PHILOSOPHIE ET CRITIQUE
C'est l'éclectisme de Victor Cousin qui, durant cette période, domine encore dans l'Université avec Vaclierot, Paul Janet, Caro; mais à côté de la philosophie scolaire, des systèmes originaux se constituent qui peu à peu provoqueront une renaissance de l'esprit philosophique. Jules Lachelier, qui s'est signalé par sa thèse sur le fondement de l'induction, initie ses élèves de l'École normale à la recherche consciencieuse de la vérité et, en même temps que Félix Ravaisson (1813-1900) rajeunit la métaphysique spiritualiste, Auguste Comte et Charles Renouvier fondent l'un le positivisme, l'autre le néo-criticisme. L'étude des travaux de Darwin et de Herbert Spencer montre l'importance philosophique des sciences naturelles, prouvée en France même par Claude Bernard. Renan et Taine contribuent à l'évolution de la critique.
Le positivisme rejette les spéculations métaphysiques pour ne s'attacher qu'aux faits révélés par l'expérience des sens et à leurs relations de simultanéité etde succession. Tel que le conçoit Auguste Comte (1798-1857), il comprend une philosophie des sciences (Cours de philosophie positive) et une sociologie aboutissant à une politique et à une religion (Cours de politique positive) ; la philosophie des sciences est donc pour lui une introduction à la politique. C'est pourquoi, après avoir « positivement » réorganisé le savoir intégral, il systématise les sentiments en vue de rénover la société, et son positivisme, soucieux de donner satisfaction aux besoins moraux de l'humanité, se complète par une politique et par une religion. Reprenant une idée de Saint-Simon, il formule la loi des « trois états », d'après laquelle toutes nos idées sur les choses ont passé ou passeront successivement par l'état théologique, l'état métaphysique et l'état positif ou scientifique. La société organisée comporte un pouvoir spirituel, distinct du pouvoir politique et assurant la supériorité du droit sur la force : de là une classe spéculative, savants, philosophes, artistes — en fait une aristocratie intellectuelle — et une classe active [commerçants, industriels, agriculteurs . Le sentiment religieux a pour objet, non le culte d'un Dieu supérieur à l'homme,
non la nature, qui est au-dessous de lui, mais l'humanité elle-même. Cette » religion de l'humanité » a ses rites et sa hiérarchie, et le positivisme, complété par elle, a comme devise : « L'amour pour principe, l'ordre pour base, le progrès pour but. »
Parmi les disciples d'Auguste Comte, les uns, comme Littré, l'auteur du célèbre Dictionnaire de la langue française, et l'Anglais Stuart Mill se refusèrent à accepter la religion comme une conséquence
Auguste Comte, photographie Philippon.
Littré, photographie Pierre Petit.
nécessaire des principes positivistes. D'autres, aii contraire, s'attachèrent surtout à la partie morale et religieuse de la doctrine : pour ceux-là le positivisme devint une religion qui connut même les schismes et fut adoptée officiellement au Brésil.
En face du positivisme, il se créait en France une philosophie dont l'objet était de rechercher, suivant une nouvelle méthode, la solution des problèmes métaphysiques. Charles Renouvier (1815- 1903), modifiant la doctrine de Kant sous le nom de niu-criticisme, s'attacha à montrer les points sur lesquels peut s'étendre, au delà de la certitude scientifique, la croyance métaphysique et, au delà de celle-ci, la croyance religieuse.
Par ses travaux et ses découvertes (Voir p. 427), Claude Bernard (1813-1878), l'auteur de V Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865), a puissamment agi sur le développement de la physiologie en France, mais ses idées et ses méthodes lui ont valu une influence plus considérable encore. 11 a posé les règles de la critique expérimentale qu'un de ses élèves, A. Dastre, a ainsi résumées : « Distinguer les faits des hypothèses le plus souvent impliquées dans leur énoncé ; — chercher le déterminisme rigoureux du phénomène, c'est-à-dire les conditions de sa production certaine; — n'adopter une explication qu'après avoir tout fait pour la détruire et avoir constaté sa résistance aux tentatives de destruction; — procéder rigoureusement par expériences comparatives. » Claude Bernard, rejetant la conceplion dualislique, a voulu démontrer l'unité physiologique des êtres vivants, chez lesquels la vie résulte de l'enchaînement des phénomènes fonctionnels ou de destruction et des
phénomènes plastiques ou de synthèse organique.
L'œuvre d'Hippolyte Taine (1828-1893), si variée qu'elle soit, a une incontestable unité de doctrine, et son livre charmant, Vie et opinions de Thomas Grnindorge, est une étude profonde sous la forme d'une critique humoristique de la société parisienne. Sa psychologie est sensationniste (Études sur les philosophes français; - De l'intelligence et sa méthode expérimentale. Il ne dislingue pis
entre le m le ï al et le
monde sensible, et, d'après lui, l'histoire humaine doit être faite de la même manière que l'histoire naturelle. Appliquant Hippoiyte Taine, par Bommat ce principe à l'art et à la litté-
Renan, photographie Pierre Petit.
rature, fonctions naturelles de cet « animal d'espèce supérieure » qui s'appelle l'homme, Taine expose la théorie des dé/icndances et celle des conditions : toutes les qualités d'un individu sont dépendantes les unes des autres et, de plus, sont gouvernées par une faculté maîtresse : faculté poétique (Essai sur les fables de La Fontaine), faculté oratoire (Essai sur Tite-Live), etc. Mais la théorie de la faculté maîtresse a pour complément celle des influences primordiales qui conditionnent le sujet : la race, le milieu et le moment. Et le grand penseur, l'écrivain précis et coloré qu'est Taine nous montre le jeu de ces divers facteurs dans son Voyage aux Pyrénées, comme dans son Histoire de la littérature anglaise, comme dans ses ouvrages sur la philosophie de l'art.
Alors qu'il apporte dans sa critique la rigueur d'un savant, Ernest Renan (1823-1892) y met ses scrupules de casuiste et son dilettantisme. Entré d'abord au petit séminaire de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, puis à la maison d'Issy, succursale de Saint-Sulpice (1840), Renan, ayant perdu la foi, renonce à l'état ecclésiastique, se lie avec le chimiste Berthelot et écrit, en 1849, V Avenir de la science, où se trouvent déjà les traits caractéristiques de son esprit. Il accomplit, en 1860-1861, une mission archéologique en Phénicie, où il perd sa sœur Henriette, et, en 1862, il est nommé professeur d'hébreu au Collège de France; mais, après sa première leçon, où il a appelé Jésus « un homme incomparable », son cours est suspendu. Dans sa Vie de Jésus (1863), point de départ de ses études sur les Origines du christianisme, il rejeta le miracle et l'authenticilé des Évangiles, se plaça au point de vue purement humain et présenta le fondateur de la religion chrétienne comme une « sublime personne qu'il est permis d'appeler divine, en ce sens que Jésus est l'individu qui a l'ait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin ». — Renan voyait dans l'histoire une « petite science conjecturale », et il se reconnaissait le droit de « solliciter » les textes. Sa méthode n'est donc pas rigoureusement objective, mais son érudition, sa science philologique, le mettent en garde contre les entraînements de son imagination, et son œuvre historique est supérieure par la peinture des individus et des masses, la justesse et la couleur du sentiment général. Sceptique et dilettante, il conserve toujours un fond natif d'idéalisme et de religiosité. Sa langue est merveilleuse de finesse, de souplesse, de délicate subtilité, d'émotion pénétrante; elle atteint saperfection dans ses œuvres familières, en particulier dans Souvenirs d'enfance et de jeunesse, où il explique son caractère et l'évolution de son ûme.
Charles-Augustin de Sainte-Beuve (1804-1869), avant de rimer des vers romantiques (Consolations, Pensées d'août) et d'écrire Volupté (1834), avait composé un Tableau historique et critique de la poésie française au xvie siècle (1828), où il signalait les affinités de la « Pléiade » et du « Cénacle ». Hevenu à la critique pour s'y donner désormais tout entier et y passer maître (Portraits littéraires, 1832- 1839; Portraits de femmes, 1844; Portraits contemporains, 1846), il voulut tempérer le romantisme en le conciliant avec la tradition, et, en 1837, il fit à Lausanne le cours d'où devait sortir Port-Royal, dont le premier volume parut en 1860 : c'est son œuvre capitale et la plus belle œuvre critique du xixc siècle, tant pour la sûreté de l'information que pour la délicatesse de l'analyse psychologique et morale; elle forme une contribution de premier ordre à l'étude de la société du xvne siècle, où le jansénisme tient une si grande place. Sainte-Beuve avait commencé au « Constitutionnel », en 1849, ses Causeries du Lundi, qu'il continua au « Temps » et qui, avec les Nouveaux Lundis, ne forment pas moins de vingt-huit volumes : pour juger les œuvres, il institue de pénétrantes enquêtes sur le tem- I" rament, l'origine, le milieu d'un auteur, et, ainsi documenté, il prétend faire 1' « histoire naturelle » des esprits; mais s'il paraît ramener ainsi la critique à la méthode même des sciences naturelles, il sait qu'elle est aussi un art, une œuvre de goût, et comme son talent est assez souple pour comprendre les génies les plus divers, ses Causeries du Lundi sont des modèles d'analyse pénétrante, d'érudition brillante, de sagacité délicate et malicieuse.
LA LITTERATURE
L'école proprement réaliste est celle qui prétendit ramener l'art à l'observation directe du réel. Même dans la première moitié du xixe siècle, quelques écrivains peuvent être déjà considérés, à certains égards, comme des réalistes : Stendhal, par exemple, Mérimée, surtout Balzac. Mais, après 1850, à une littérature essentiellement lyrique, qui procédait de l'imagination et de la sensibilité, en succéda une autre, toute positive, laquelle s'imposait de reproduire la vie ambiante, sans autres modifications que celles dont les lois mêmes de l'art font à l'artiste une nécessité.
La poésie. — Victor Hugo continue de dominer de haut toute cette période. Il est le Maître par excellence, « le Père », ainsi que l'appela Emile Augier.
Forcé de vivre hors de France, àJersey,puisà Guernesey, après le coup d'État du Deux-Décembre, il date de la terre d'exil les œuvres qui marquent sa pleine maturité : les Châtiments, violentes satires politiques dirigées contre le coup d'État, Napoléon III et son entourage; les Contemplations, où dans le livre consacré tout entier à la mort de sa fille, Pauca mex, il a mis un attendrissement qui ne lui est pas habituel ; la Légende des siècles, série de poèmes où, surtout dans les épopées chevaleresques, son génie a déployé les plus larges ailes; Shakspeare, apothéose des grands hommes de tous les temps; les Chansons des rues et des bois, fantaisie d'une étonnante fraîcheur de jeunesse; puis des romans d'une rare puissance d'émotion, comme les Misérables, les Travailleurs de la mer, ou d'une originalité grandiose comme l'Homme qui rit. Malgré son énorme influence, Victor Hugo, dans sa maturité, ne fut plus un chef d'école, et Victor de Laprade ( 1 812-1883 1, le poète panthéiste des Odes et poèmes, marque dans le romantisme une note de réaction classique : bien avant Leconte de Lisle, il prend ses inspirations dans Théocrite, Moschus, Hésiode, et il commente dans sa Psyché les mystères d'Eleusis.
Aux romantiques succèdent les Parnassiens, ainsi appelés de leur recueil collectif, le Parnasse contemporain. Plusieurs d'entre eux, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Théodore de Banville, Baudelaire, étaient déjà des maîtres à cette époque; d'autres, François Coppée, Sully Prudhomme, Catulle Mendès, José-Maria de Heredia, qui devait, dans les Trophées, donner le chef-d'œuvre de l'art parnassien, y débutaient ou à peu près. Le caractère commun de ces poètes est le souci de la forme, de la richesse et de la sonorité de la rime, de la propriété des termes, de l'expression aussi précise que possible de la nature sensible.
Déjà la poésie, avec Gautier, s'était proposé pour unique objet la
Sainte-Beuve, photographie Braun et O
Leconte de l'Isle.
(D'après une photographie.)
Baudelaire, photographie Carjat,
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
représentation du monde visible. Se dégageant du subjectivisme romantique, Leconte de Lisle 18I8-189Ï) alTecte l'impassibilité d'un pessimisme hautain et réprime, dans ses amples tableaux du genre liumain à travers les âges, toute émotion personnelle qui altérerait ou violerait la majesté de l'art. 11 cherche ses inspirations dans les épopées grecques, hindoues, Scandinaves, expose, dans des vers du coloris le plus ardent, les splendeurs des anciens mythes (Poèmes
du voisin, la Famille Benoiton, sont du Scribe, niais avec quelque chose de plus : le sentiment artistique de l'ensemble et du détail. Sans avoir une réelle valeur littéraire, les comédies d'Eugène Labiche (1815-1888) sont remarquables souvent par la finesse de certains détails et la vérité de l'observation, toujours par la note franche du comique : le Chapeau île paille d'Italie, Embrassons-nous, Folleville! l'Affaire delà rue de Lourcine, le Voyage de M. Perrichon,
Dumas fils, photographie Pierre Petit.
Emile Augier, photographie Pierre Petit.
Victorien Sardou, photographie Pierre Petit.
Labiche,
photographie Njdar.
antiques) [1852] ou la férocité des civilisations naissantes (Poèmes barbares), et peint avec une froide magnificence l'exubérance des paysages exotiques.
Après lui, l'école du Parnasse se signale par un respect superstitieux de la forme : avec Théodore de Banville (1823-1891) elle jongle avec la rime et avec les rythmes (Odes funambulesques). Quant à Baudelaire (1821-1867), il est le poète des sensations rares, le précurseur du symbolisme, et quand parurent les Fleurs du mal, Victor Hugo signala le « frisson nouveau » que donnait la lecture de ce livre curieusement travaillé, où les peintures répugnantes et les pièces d'un mysticisme dépravé se mêlent à des morceaux d'une grâce exquise.
Le théâtre. — Beprésentée après la chute des Burgraves et alors que Rachel venait de ranimer la vieille tragédie classique, la Lucrèce de François Ponsard (1814-1867) fut portée aux nues, et les romantiques essayèrent de tuer sous le ridicule le poète débutant en l'appelant « le chef du bon sens ». Il est de fait que Ponsard, dont le vers est froid comme ses intrigues et dont les dénouements sont assez pauvres, ne retrouva que deux fois dans sa carrière le succès de Lucrèce avec sa comédie l'Honneur et l'Argent (1853) et son drame le Lion amoureux (1866).
Après lui de nouveaux venus s'attachent à saisir et à rendre la réalité contemporaine.
Alexandre Dumas fils (1824-1895), dans la Dame aux Cornélius, le Demi-Monde, lu Question d'argent, étudie, au point de vue réaliste, divers fléaux de la société' contemporaine, la lorette, les tripotages de Bourse, et, dans la plupart de ses autres pièces (le Fils naturel, les Idées de madame Aubray, la Femme de Claude), cherche à résoudre quelque difficile problème de morale. Il crée un théâtre où l'étude fournit tous les matériaux, où la logique les met en oeuvre, où personnages et événements sont asservis à la démonstration d'une thèse. Il donne à l'art une mission sociale.
Emile Augier (1820-1889 , dont les premières pièces, la Ciguë, Pkiliberte, sont de simples bluettes littéraires, s'élève à la comédie de mœurs dans Gabrielle, le Mariage d'Olympe, les Lionnes pauvres, le Gendre de monsieur Poirier, el obtientses succès les plus retentissants avec les Effrontés el le Fils de Giboyer, qui sont des comédies politiques. H n'a pas la vigueur, l'éclat, la rectitude de Dumas, mais ses pièces ont un jeu plus libre, et il y met suis doute plus d'humanité.
Victorien Sardou 1831-1908 ;, dont la carrière littéraire devail se poursuivre jusqu'à sa mort, est de l'école de Scribe, mais il est pins i [ue lui, et plus qu'aucun de ses contemporains, un homme de théâtre ; doué d'une facilité extrême, sacrifiant trop à l'effet, il trouve et emploie tous les moyens propres à excitei l'attention; il a le don du mouvement, de la vie; le dialogue est aisé, rapide, spirituel, mordant. Les Pattes de mouche, les Femmes fortes, Nos intimes, les Pomnu
la Main leste, portent toutes la marque de la gaieté la plus naturelle, même lorsque les situations les plus extravagantes et les quiproquos les plus invraisemblables paraissent entassés comme à plaisir. Augier a dit de lui qu' « il ne lui faudrait qu'un peu plus d'amertume pour paraître profond ».
Le roman. — ■ Le roman accuse de plus en plus un caractère positif et analytique.
Gustave Flaubert (1821-1880) a le culte du verbe, de la forme, de la couleur, ce par quoi il est romantique autant que par sa haine furieuse contre la médiocrité et la laideur « bourgeoises » ; mais il est nettement réaliste par son souci scrupuleux d'observer avec une acuité pénétrante les êtres et les choses ; il les scrute, les analyse en physiologiste plus qu'en psychologue, accumule les notes sur ses carnets, élève des constructions d'un objeclivisme voulu, derrière lesquelles pourtant se devine son pessimisme ironique. Dans Madame Bovary (1857), dans Salammbô, merveilleuse évocation de la civilisation carthaginoise (1862) [ce sont les seuls ouvrages qu'il publia durant cette période], il se montrait inférieur à Balzac pour la richesse de l'observation et la puissance évocatrice de Ja vie, mais il le surpassait comme artiste, et aussi par son style, beau de relief, de couleur et de forte concision.
Octave Feuillet (1821-1890), auteur d'agréables proverbes et de fines comédies, est surtout connu par ses romans : la Petite Comtesse, le Roman d'un jeune homme pauvre, Histoire de Sibylle, Monsieur de
Flaubert,
photographie Nadar.
Octave Feuillet, photographie Pierre Petit.
Edmond et Jules dessin de G
Camors, où il peint mélancoliquement et avec la nostalgie de l'idéal les aventures réalistes de la sociélé mondaine dans laquelle il avécu. Il les peint dans une langue châtiée, distinguée, tantôt gracieuse et tantôt ferme, relevée par des considérations morales d'une grande élévation.
Les frères de Concourt, Edmond (1822- 1896) et Jules (1830-1890), n'ont jamais eu d'autre souci que celui de l'art. {^Histoire de la société française pendant la Révolution, YHistoire de Marie- Antoinette, F Art du xvme siècle, la Femme au xvine siècle, sont des ouvrages très minutieusement étudiés, dans lesquels revit toute la partie extérieure et anecdotique de l'histoire. Henriette Maréchal (1865) est un drame sec et brusque, mais passionné. Comme romanciers, les Goncourt sont impressionnistes : au goût de l'exactitude scientifique ils unissent une sensibilité nerveuse qui se marque par leurs raffinements, mais dont ils tiennent une aptitude extraordinaire à rendre la vie elle-même dans son actualité ilagrante ; ils excellent dans la notation rapide et vibrante du réel (Charles Demailly, Sœur Philomène,
Renée Mauperin, Germinie Lacerteux, Manette Salomon, Madame Gervaisais). A ce point de vue, leur Journal, qui s'ouvre au 2 décembre 1851, est particulièrement curieux : c'est comme un registre d'impressions personnelles et de confidences.
Eugène Fromentin (1820-1876), le peintre du Sahara et du Sahel, le critique des maîtres flamands et hollandais, est aussi l'auteur d'un roman exquis par sa simplicité élégante, Dominique (1863), œuvre d'un homme de goût, mais aussi d'un artiste qui a su rendre la mélancolie du paysage rochelais et d'un psychologue capable d'observation subtile, d'analyse délicatement nuancée, en même temps que d'émotion. Dominique est de la famille d'Adolphe et de la Princesse de Clèves.
Vers la fin de l'Empire s'annonce le naturalisme ; Emile Zola (1840- 1902), qui en sera le chef et le théoricien, a déjà publié les Contes et Ninon, la Confession de Claude (roman physiologique), Thérèse Raquin, Madeleine Férat, et des livres de critique (Mes humes, Mon salon, Manet), mais c'est à partir de 1871 que, dans les Rougon-Macquart, il appliquera au roman les procédés scientifiques, sans se dégager de l'idéalisme symbolique et lyrique vers lequel l'entraîne sa puissante imagination.
Alphonse Daudet (1840-1897) écrivit en 1866 les Lettres de mon moulin et, en 1868, le Petit Chose : impressionniste et poète, ironiste et tendre, il y mit la virtuosité de style et la spontanéité d'improvisation qui donneront tant de charme aux Rois en exil, à V Évanycliste, àSapho.
de Goncourt, ITAENI.