I.a façade occidentale du Palais de
Viollet-le-Duc.
{Dictionnaire d'architecture française.
Ch. Garnier, photographie Eug. Pirou.
Façade de l'Opéra, à Paris.
Justice valut à Duc, son auteur, le grand prix de 100000 francs
fondé par Napoléon III.
Labrouste avait inauguré sous Louis-Philippe l'emploi du métal dans la construction, non plus seulement à titre utilitaire, mais comme élément de décoration ; il en tira de nouveau un très beau parti dans la grande salle de travail de la Bibliothèque nationale. Baltard utilisa le fer dans l'édification des Halles centrales, créant un type qui fut imité dans toute la France, et combina le fer et la fonte dans l'église Saint-Augustin. Viel, qui construisit le Palais de l'Industrie pour l'Exposition universelle de 1855, eut comme le pressentiment de vastes constructions dont la Galerie des machines offrit en 1900 un spécimen plus complet et plus hardi.
L'Opéra de Charles Garnier, avec ses marbres polychromes, ses mosaïques, ses escaliers aux proportions grandioses, la richesse de sa décoration, caractérise admirablement, quoiqu'il ait été achevé sous la République, l'époque fastueuse du second Empire. Le rez-dechaussée de la façade principale, percé de sept arcades, est surmonté d'une loggia à colonnes géminées que relient des balcons et terminé par un attique richement sculpté. Rehaussée parla polychromie des marbres, cette façade est ornée de statues, de groupes (le Drame, de Falguière; le Chant, de Dubois; l'Idylle, d'Aizelin ; la Cantate, de Chapu ; la Musique, de Guillaume; la Poésie lyrique, de Jouffroy ; le Drame lyrique, de Perraud ; la Danse, de Carpeaux). Aux deux angles des avant-corps,
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
L'enterrement à Ornans, par Gustave Courbet (Musée du Louvre).
des groupes dorés, de Gumery, représentent la Musique et In Poésie, et le dôme central est couronné par un Apollon de Millet. La salle est entourée d'une frise de Lenepveu, et Boulanger, Baudry, Pils ont respectivement décoré le foyer de la danse, le foyer du public et le plafond de l'escalier d'honneur, flanqué île trente colonnes monolithes en marbre.
Si les architectes de la deuxième moitié du xixe siècle ne créent aucun style nouveau, ils sont des techniciens habiles et des érudils de premier ordre Aussi la plupart d'entre eux s'attachent-ils à restaurer des édifices anciens ou à s'en inspirer. Viollet-le-Duc (1814-1879 ! montra dans cette spécialité une érudition, un goût et un talent hors de pair; mais, passionnément épris de son art, il fut trop souvent entraîné, comme nous l'avons dit, à créer de toutes pièces au lieu de conserver et de restaurer : les fortifications et l'église Saint-Nazaire de Carcassonne, l'église abbatiale de Vézelay, Notre-Dame de Chàlons-sur-Marne, Notre-Dame de Paris, les cathédrales de Laon et de Clermont-Ferrand comptent parmi ses restaurations les plus importantes, et il construisit sur les ruines pittoresques du château de Pierrefonds un nouvel édifice où se déploie dans toute son ampleur sa vaste érudition moyenâgeuse. Près de lui se placent Lassus (Sainte-Chapelle), Hittorf (décoration de la place de la Concorde), Théodore Ballu (église de la Trinité), Louis Magne (théâtre du Vaudeville), Vaudremer (église Saint- Pierre de Montrouge), Davioud (fontaine "Saint-Michel, théâtre du Chàtelet, fontaines du square des Arts-et-Métiers, de l'Observatoire et de l'entrée de l'avenue de L'Opéra).
La peinture. — Sous l'influence des idées de 1848, le peintre lyonnais Chenavard avait entrepris d'écrire sur les murailles du Panthéon l'Histoire de l'humanité depuis la Gaule jusqu'à la Dévolution, mais le gouvernement impérial rendit le Panthéon au culte, et Chenavard dut se contenter d'envoyer à l'Exposition de 18o'i les meilleurs des cartons où il avait, habilement exprimé son idéal philosophique.
Avec Gustave Courbet (1819- 1877), on assiste à l'avènement du réalisme, qui, en dehors de toute préoccupation esthétique à priori, s'attache à observer les
formes visibles et à les reproduire exactement dans la lumière qui les enveloppe. Le jury avait longtemps tenu à l'écart le peintre de l'Homme à la pipe (1844) ; mais, au Salon de 1851, Courbet triompha avec l'Enterrement à Ornans, les Casseurs de pierres, les Paysans de Flagey, suivis des Demoiselles de village (1852), des Lutteurs, des Baigneuses, de la Fileuse endormie (1853), de la Femme à la perruche, des Demoiselles île la Seine, du Retour île la conférence. Ses adversaires lui reprochèrent d'avoir poussé le parti pris jusqu'à la vulgarité brutale, mais ce que personne ne conteste, c'est la virtuosité et la solidité de sa couleur et de sa technique, la robuste sérénité de ses paysages et son action déterminante sur l'histoire de l'art moderne.
Faritin-Latour (1836-1904) est, comme Courbet, un réaliste. Il s'affirmera après 1870 ; mais, déjà en possession de sa pensée et de son talent, il a ouvert une voie à la peinture : reprenant la tradition des Hollandais, auxquels il doit le sens des représentations collectives (Hommage à Delacroix, 1864; Atelier aux Batignolles, 1870), il excelle dans l'équilibre des lignes, la mise en perspective des objets, l'harmonie générale des couleurs et de la lumière.
Peintre de la vie rurale, Jean-François Millet (1815-1875) sent avec une émotion communicative l'accord du paysage et des figures qui l'animent, la relation étroite qui unit l'homme à la nature. Si sa facture est parfois un peu sobre, il reproduit, avec un sentiment
Gustave Courbet, photographie Pierre Petit.
Les glaneuses, par Mii.li.t (Musée du Louvre).
HISTOIRE DE FRANGE
Millet, photographie Nadar.
Manet, par F A n T i n - I , A t o u u .
Meissonier, par lui-même.
Fromentin, photographie Mulnier.
très net des valeurs, les états fugitifs de l'atmosphère et de la lumière du soir et rend admirablement la poésie de l'homme des champs, encadrant ses personnages dans des paysages superbes de couleur, d'intensité et de pensée (les Bolteleurs, le Retour des champs, les Glaneuses, l'Angélus, le Semeur, les Moissonneurs).
Le peintre tragique de Saint Sébastien et du Supplice des coins, Théodule Ribot (1823-1891), est aussi le peintre attendri du Bon Samaritain, de Jésus parmi les docteurs, et surtout des intimités familières. 11 a pour les humbles une sympathie et une compassion qui se retrouvent, moins profondément, peut-être, chez François Bonvin (1817-1887), dont l'Ave Marin, la Fontaine, le Bénédicité sont autant de petites pages pleines d'émotion discrète et sincère, malgré le ton sourd de la gamme où se complaît l'artiste et la trace visible de son effort.
Rosa Bonheur (1822-1899), qui triompha à l'Exposition de 1855, a retracé, avec un talent fait de force encore plus que de grâce, la vie animale et la vie rustique; mais, si minutieusement précise qu'elle soit dans des œuvres toujours sincères, si exactement qu'elle reproduise l'apparence des êtres, elle ne donne que rarement cette émotion qui se dégage de la profonde interprétation de la nature.
Le Retour des moissonneurs, la Bénédiction des blés (1857), le Rappel des glaneuses, la Plantation d'un calvaire, dénotent la préoccupation du style :
lepaysagiste Jules Breton (1847-1906) n'en est pas moins attentif à ne rien sacrifier de la réalité dans le choix de ses types et de ses scènes rustiques, dont la composition est bien ordonnée, les tonalités fraîches et aimables comme son talent même.
Edouard Manet (1832-1883) fut le fondateur de l'école impression) liste, qui procède du réalisme par son souci de la reproduction exacte, mais s'at lâche surtout à traduire l'influence de l'atmosphère sur la tonalité générale des objets. « Le personnage principal d'un tableau, a-t-il écrit, c'est la lumière. » Ses premières œuvres donnèrent lieu à de vives controverses, surtout son Olympia 1865), refusée parle jury de l'Exposition de 1867. Admis pourtantaux Salons annuels, il donna, en 1868, le portrait d'Emile Zola, le plus chaleureux défenseur de sa doctrine; en 1869, le Balcon et le Déjeuner. La seconde partie de sa carrière n'appartient pas à la période dont nous nous occupons, et il nous suffira de noter que le peintre du Bon Bock (1X73;, à'Argenteuil (1874), du Bar des Folies-Bergère (1882), vit enfin son talent consacré par une médaille
Le balcon, par Manet (Musée du Luxembourg).
officielle au Salon de 1881. Il avait analysé l'atmosphère avec plus de puissance encore que Courbet, pénétré les mystères de la lumière et de ses reflets, professé que les ombres elles-mêmes se colorent, placé dans leur ambiance véritable les êtres vivants et les choses inanimées.
La tradition classique, plus ou moins rajeunie, avait ses fidèles dans Ernest Hébert (la Malaria, 1850); Gérome, le représentant du style néo-pompéien; Cabanel, immuablement fidèle aux formes distinguées et conventionnelles; Élie Delaunay (la Peste à Rome); Paul Baudry, que nous retrouverons comme décorateur et qui fut. avec L.-G. Ricard et Delaunay, le portraitiste célèbre de ce temps où débutèrent Henner, Bonnat, Bouguereau, Jean-Paul Laurens.
Meissonier (1815-1891) n'a pris aucune part déterminante à l'évolution artistique du xixe siècle; mais aucun artiste ne poussa plus loin la conscience du détail, la recherche de l'ordre, de la clarté, de l'équilibre. La netteté de ses compositions reflète la pondération de son esprit, et son besoin d'exactitude explique, dans ses tableaux, la vérité des poses, la justesse des gestes, la précision des attitudes et des jeux de physionomie. Constamment fidèle à sa méthode de travail, il acquit une sûreté de main qui touchait à la perfection, et
des œuvres comme Napoléon III à Solfcrino, 1807, 1814, se recommanderont toujours par l'intérêt des sujets, la belle ordonnance de la composition, les qualités de fini, la haute probité, en un mot toutes les qualités qui font les grands artistes lorsque s'y joint l'inspiration.
Gustave Doré (1833-1883) s'essaya vainement dans la grande peinture et il garda de cet échec une amertume dont ne put triompher le souvenir de ses succès dans un genre où il excella : le dessin d'illustration. Qu'il s'attaque à Rabelais ou au Dante, aux Contes drolatiques de Balzac ou aux Contes de Perrault et aux Fables de La Fontaine, son imagination s'oppose à l'observation patiente, mais il en tire les fantaisies les plus imprévues, les effets les plus fantastiques, et la puissance du sentiment dramatique, la verve, la variété des improvisations font oublier l'imperfection du dessin, l'emphase du mouvement, l'exagération des tonalités.
Les élégances du turf, la fashion.
la vie féminine eurent un observateur primesautier dans Constantin Guys (1805-1892). Les innombrables croquis de ce prédécesseur de Forain et de Lautrec révèlent un notateur pénétrant, dont la contribution à l'étude des mœurs du second
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
Empire est de première importance.
Paul Baudry (1828-1886) orna de ses décorations murales l'Opéra, la Cour de cassation (Glorification de la Lui), le château de Chantilly, l'hôtel Fould, l'hôtel de Païva et mainte autre résidence somptueuse. Ses peintures du foyer de l'Opéra, qui
Carpeaux, par lui-même.
Le général Prim, par Henri Regnault (Musée du Louvre)
l'occupèrent pendant dix ans, attestent la fertilité de son imagination, son habileté à disposer les groupes sur de vastes parois, la sûreté de son crayon, la richesse de sa palette; il s'y inspire des maitres italiens plus que de l'observation directe. Puvis de Chavannes et Gustave Moreau, qui conçoivent si différemment la peinture décorative, débutent avant 1870, mais l'ensemble de leur œuvre les rattache à la période suivante.
L'orientalisme a de nombreux et remarquables représentants, dont Eugène Fromentin (1820-1876), le peintre du Sahara et du Sahel, le savant critique des Maitres d'autrefois (Hollande et Flandre) ; Guillaumet (1840-1887), l'observateur si fidèle de la nature sudalgérienne; Henri Regnault (1843-1871), dont la Salomé, l'Exécution
à Tanger, la Sortie du pacha, ne font pas oublier le portrait débordant de vie du Général Prim, et qui devait trouver la mort au combat de Buzenval.
La sculpture. — Pendant que les sculpteurs Guillaume, Perrault et Jouffroy restent fidèles aux formules dePradier; qu'Aimé Millet (Vercingétorix du plateau d'Alésia, Apollon du dôme central de l'Opéra) et Chapu (la Cantate de l'Opéra, Jeanne d'Arc écoutant les voix) pratiquent une sorte d'éclectisme classique, dont l'élégance
n'exclut pas l'émotion ; que Cavelier (Pénélope), Préault et Bonassieux, sortis de l'atelier de David d'Angers, subissent son influence; que Clésinger, dont les débuts au Salon de 1847 (Femme piquée par un serpent) avaient fait pressentir un maître, demeure, par la mollesse de l'idée, un artiste incomplet; qu'Auguste Gain et Gardet s'adonnent avec bonheur à la sculpture animalière, le grand Carpeaux (1827-1875), continuant la. tradition de Puget, de Houdon et de Rude, se révèle comme le plus mâle de tous les sculpteurs de la seconde moitié du xix° siècle, comme le plus vrai dans l'interprétation de la vie (la Danse du foyer de l'Opéra; les Quatre Parties du monde soutenant le Globe, fontaine de l'Observatoire), et ses bustes forment une incomparable galerie de la société du second Empire : c'est de lui que procéderont, parmi les maitres contemporains, Frémiet, Falguière, Dalou, Barlholomé, Injalbert.
La musique. — Le mouvement musical en France prend sous le second Empire une énorme extension, grâce" à la création du Théâtre-Lyrique (1851) et à la fondation, par Pasdeloup, des Concerts populaires, qui firent pénétrer dans les masses le goût de la belle et grande musique.
Le public parisien avait applaudi Victor Massé (les Noces de Jeannette, Galatée), Maillart (les Dragons de Villars), Mermet (Roland à Runcevaux), Bazin (le Voyage en Chine) et Meyerbeer, dont le Pardon de Ploërmel est peut-être l'œuvre la plus lyrique. Il siffla les Troyens de Berlioz (1863), et une cabale mit obstacle aux représentations du l'annhûuser à l'Opéra (1861). Un accueil enthousiaste était, au contraire, réservé au genre nouveau créé par Hervé (1815-1892) et Jacques Offenbach (1819-1880) : l'opérette ou opéra bouffe.
Jacques Offenbach eut dans le monde où l'on s'amuse des succès extraordinaires. Les Deux Aveugles, Orphée aux enfers, la Relie Hélène, Barbe-Bleue, la Vie parisienne, la Grande-Duchesse de Gerolstein, la Périchole, ne sont pas des pièces absolument dépourvues de sensibilité (il ne faut pas oublier qu'Offenbach était d'origine allemande et qu'il avait pour librettistes Meilhac et Halévy) et l'on y trouve des mélodies charmantes; mais ce qui les caractérise, c'est la bouffonnerie exagérée jusqu'à la folie et comme une caricature de la musique même. L'Œil crevé et le Petit Faust, de Hervé, ont la même verve endiablée.
Ambroise Thomas (1811-1896) fut un éclectique subissant simultanément l'influence allemande et surtout l'italienne. Le Caïd, le Songe d'une nuit d'été, Psyché, le Carnaval de Venise, enfin Mignon et l'opéra d'Hamlet, ses deux œuvres maîtresses, sont toutes antérieures à 1870. S'il n'eut pas d'originalité marquée, il comprit en
La danse, groupe par Cari-kaux.
(Façade de l'Opéra.)
J. Offenbach, photographie Nadar.
Ambroise Thomas, photographie Daoron.
quel sens évoluait l'art musical et il tint suffisamment compte des nouvelles tendances pour qu'on puisse le considérer comme marquant le passage de l'ancienne école à la nouvelle. Son influence fut beaucoup moins grande que celle de Charles Gounod (1818-1893) qui, après avoir étudié les vieux maîtres religieux et Sébastien Bach, débuta comme auteur dramatique par Sapho (Opéra, 1851), les chœurs d'Ulysse de Ponsard et la Nonne sanglante (1854). Faust, qui
Gounod.
(D'après une photographie.
César Franck, photographie Pierre Petit.
trouva difficilement un éditeur; Philémon et Baucis (1860), la Reine deSaba (1862), Mireille (1864), la Colombe (1866), Roméo et Juliette, complètent la carrière dramatique de Gounod sous le second Empire. Bien que sa musique ait quelque chose d'efféminé et d'alangui, Sapho, avec ses stances frivoles, d'une émotion si pénétrante, les chœurs d'Ulysse, Philémon et Baucis, où l'artiste a su mettre un sentiment très vif de la couleur locale, le premier acte de Mireille assurent au maître — beaucoup plus que son œuvre populaire, Faust — une place d'honneur dans l'histoire musicale ; elles expliquent la maîtrise qu'il exerça sur la plupart de nus compositeurs. Ses symphonies, ses mélodies vocales {la Sérénade, le Vallon, le Soir), ses cantates (Gallia), ses chœurs eurent autant de vogue que ses compositions religieuses : Rédemption, Mors et Vita, Tobie, messes, Ave Maria, où il fut mieux servi parles tendances mystiques de son esprit.
L'évolution symphonique, dont nous avons enregistré les débuts, se continua sous le second Empire. Berlioz (Voir p. 401 , à qui l'Enfance du Christ (1854) ouvrit les portes de l'Académie des beaux-arts en remplacement d'Adam (1856), inaugura le théâtre de Bade avec Béatrice et Benedict; Y échec de sa dernière œuvre, les Troyens (1863j, aggrava la maladie nerveuse qui finit par user ses forces. Si quelques parties de son œuvre ont vieilli — ■ celles qui portent l'empreinte d'un romantisme fougueux — l'intensité de l'impression musicale, la variété des rythmes, la richesse des timbres, l'abondance des idées mélodiques, la splendeur des passages symphoniques le mettent au premier rang des musiciens français.
Félicien David, l'auteur du Désert (Voir p. 401), aborda directement la scène en donnant au Théâtre-Lyrique (1851) la Perle du Brésil, dont le succès fut complet. Il ne songea plus alors qu'au théâtre, et donna successivement : Uerculanum 1859 , Lalla-Roukh (1862) et le Saphir (1865).
César Franck (1822-1890), originaire de Liège, ne voyait pas dans la musique, comme Wagner, un moyen d'expression concourant, avec d'autres, à une synthèse artistique de la vie : il pensait qu'elle se suffit à elle-même et qu'elle est supérieure aux autres arts, à qui elle peut venir en aide, spécialement sous la forme de mélodie vocale, dans l'oratorio par exemple et l'opéra. Il a donné des œuvres remarquables dans les genres les plus divers. Poète, rêveur, mystique, en même temps que riche de lectures, il a marqué ses compositions d'une empreinte profondément originale, y apportant une science accomplie, avec une inspiration séraphique qui provoque l'attendrissement; pour la période qui nous occupe, nous citerons les Béatitudes, grand oratorio en huit parties, commencé en 1870. César ick n'a pas institué dans l'art de nouvelles formes actives, mais l'influence de ses œuvres et de son enseignement (il professa au Conservatoire à partir de 1872) fut, après sa mort, déterminante sur l'esprit et la facture de la musique française qui, devenue symphonique, cessa d'être tributaire de l'Allemagne.
LES SCIENCES
Sciences mathématiques. — Michel Chasles (1793-1880) s'efforça d'ull'ranchir la géométrie des procédés qui, en quelque sorte, avaient « mis la science de l'étendue sous la tutelle du calcul ». La notion du rapport anharmonique devint la base de ses théories de l'homographie. L'idée de transformation des figures prit, grâce à lui, une place prépondérante dans la science.
Charles Hermite (1822-1901) s'occupa principalement des fonctions elliptiques et donna en 1858 une solution transcendante de l'équation du cinquième degré.
Les découvertes de Joseph Bertrand (1822-1900), à qui la forme littéraire de ses travaux scientifiques ouvrit les portes de l'Académie française, se réduisent en somme à peu de chose : l'algèbre retiendra quelques théorèmes sur les groupes de Galois, la mécanique d'habiles applications de la méthode de Jacobi et l'analyse des problèmes élégamment résolus dans le Traité de calcul différentiel et intégral publié de 1864 à 1870.
Sciences astronomiques. — La célèbre expérience exécutée par Foucault (1819-1868), en 1851, sous la coupole du Panthéon, au moyen d'un pendule long de 67 mètres, lui permit de démontrer le mouvement diurne de la Terre autour de son axe. Foucault parvint à la même démonstration grâce à un appareil très simple, le gyroscope, qu'il imagina en 1852. Il apporta aussi d'importants perfectionnements au télescope à réflexion, en remplaçant les miroirs métalliques par des miroirs argentés, travaillés de manière à faire disparaître toute aberration de sphéricité.
Janssen se rendit à Guntour (Hindoustan), Stephan, Bayet et Tisserand dans la presqu'île de Malacca pour observer l'éclipsé solaire du 18 août 1868. De ses observations, Janssen conclut que les protubérances constituent autour de la photosphère du soleil une mince enveloppe, la chromosphère.
Hippolyte-Louis Fizeau (1819-1896), en précisant un principe énoncé par le physicien allemand Doppler, montra qu'un mouvement rapide de tout corps lumineux altère la longueur d'onde des rayons simples qui composent la lumière reçue dans la direction du mouvement et que cet effet se traduit par un déplacement des raies. Il put de la sorte donner une méthode révélant la vitesse radiale des étoiles, c'est-à-dire leur mouvement dans le sens du rayon visuel.
Sciences physiques. — Dans ses Réflexions sur la puissance motrice du feu (1824), Sadi Carnot montra qu'il n'existe pas de transformation de chaleur en travail sans l'emploi de deux sources à températures différentes, autrement dit sans chute de température. Le principe de Carnot et celui de l'équivalence mécanique de la chaleur, — d'après lequel il existe un rapport constant entre la quantité de travail et la quantité de chaleur, — entrevu par Rumford et Mayer (1842), puis vérifié expérimentalement par Hirn (1858), par Joule (1850 et 1859) et plus tard (1892) par Lippmann, devinrent la base d'une science nouvelle, la thermodynamique .
La vitesse de la lumière fut mesurée par Fizeau au moyen d'un appareil à roue dentée [1849] (1) : il trouva 315000 kilomètres par seconde.
Foucault, à l'aide d'un système de miroirs tournants, obtint un chiffre plus faible (298000). En comparant, par son procédé des miroirs tournants, les vitesses d'un rayon dans le vide, l'air et les milieux transparents, il acheva de ruiner l'hypothèse newtonienne de l'émission. Désormais la théorie des ondulations, édifiée par Huyghens et Fresnel, régna dans l'optique, en attendant peut-être que la théorie électromagnétique de la lumière, imaginée par Maxwell, d'Edimbourg, vienne lui disputei la faveur des physiciens.
La prévision du temps, organisée en France par l'astronome Le Verrier (1855), fut continuée par le Bureau météorologique, qui centralise les dépêches des principaux observatoires du globe et envoie quotidiennement dans les mairies et les ports des télégrammes précieux pour la navigation et l'agriculture.
L'ingénieur Belgrand préconisa les observations plnviométriques et hydrologiques, et aujourd'hui le service d'annonce des crues, si important pour la batellerie fluviale, fonctionne dans toute la France.
Henri Giffard, en 1851, tenta d'appliquer la vapeur à la direction des ballons.
Les accumulateurs imaginés par Gaston Planté (1860) condensèrent
(1) Ce savant opérait entre les deux stations de Suresnes et de Montmartre. Pour la première fois il mesura la vitesse de la lumière à la surface de la Terre, sans l'intervention des phénomènes astronomiques.
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
de l'électricité dynamique, tout comme la bouteille de Leyde se chargeait d'électricité statique.
Chimie. — Henri Sainte-Claire Deville (1818-1881) réussit à préparer industriellement l'aluminium (1854). Il découvrit le phénomène de la dissociation; décomposition limitée et réversible qui se produit lorsque certains composés sont maintenus à une tempéra-
strideurs et dilatateurs. En mémo temps il contribuait à étendre le champ de l'observation physiologique : pour ses travaux sur les poisons et les anesthésiques, il installa son laboratoire au sein môme de l'organisme et, en rendant la mort locale et passagère, il put, selon l'expression de Paul Bert, « faire de l'autopsie vivante ». A la Faculté des sciences ou au Muséum, il se plaisait principalement au développement de ses vues théoriques (Voir p. 419) et il jetait les
Sainte-Claire Deville.
(D'après une photographie.)
Berthelot.
(D'après une photographie.
Wurtz.
(D'après une photographie.)
Pasteur, photographie Pierre Petit.
ture donnée en présence de leurs constituants. 11 découvrit l'acide azotique anhydre (1849) et s'occupa plus spécialement de chimie minérale.
Charles-Adolphe Wurtz (1817-1884) fut l'apôtre français de la théorie atomique, et la chimie inorganique lui est redevable de découvertes caractéristiques.
La théorie atomique permit de réaliser les métamorphoses les plus surprenantes, et Marcelin Berthelot (1827-1907) imagina les Méthodes générales de synthèse en chimie organique (1864) grâce auxquelles il parvint à fabriquer de toutes pièces l'acétylène et l'alcool. C'est aussi Berthelot qui formula les principes de la thermochimie. Par l'invention d'un calorimètre spécial et de la bombe calorimétrique, il put mesurer les quantités de chaleur dégagées dans les combinaisons et en déduire d'importants principes.
Enfin Louis Pasteur (1822-1895), qui devait ultérieurement révolutionner la médecine par la microbiologie, débutait par ses travaux sur la fermentation et démontrait que ce phénomène était déterminé par le développement d'un être spécifique. La question de l'origine des êtres spécifiques provoqua des polémiques ardentes sur la génération spontanée : Pasteur prouva que les germes ne se développent que s'ils préexistent dans les milieux de culture ou s'ils y ont pénétré de l'atmosphère.
Sciences naturelles. — La Société de biologie fut fondée en mai 1848 par deux jeunes médecins de Paris, Follin et Houel, et par le naturaliste Charles Robin.
Son premier président, Rayer (1793-1867), lui donna l'impulsion scientifique, etson vice-président, Claude Bernard (1813- 1878), lui apporta l'éclat de son nom. Les recherches du grand physiologiste portèrent d'abord sur les phénomènes chimiques de la digestion, particulièrement de la digestion du sucre de canne par le ferment inversif, et des corps gras par le suc pancréatique; elles le conduisirent à la découverte de la fonction glycogénique du foie et à une théorie pathogénique du diabète sucré. A la suite de travaux sur le système nerveux du grand sympathique, il fit sa
découverte Capitale des nerfs Claude Bernard,
vaso-moteurs et des nerfs con- photographie Pierre Petit.
bases de la physiologie générale; au Collège de France, il cherchait, sous l'œil même des élèves, à déduire, par l'expérimentation des phénomènes de la santé et de la maladie, les moyens d'action thérapeutiques.
Deux doctrines se partageaient la faveur des géologues : celle des soulèvements et celle des causes actuelles, dont Hébert (1812-1860) se montra le chaud partisan. Il substitua à l'idée des soulèvements brusques celle des lentes oscillations. Les mesures adaptées à notre taille, à la durée de notre existence, sont hors de proportion avec les dimensions et la durée des œuvres de la nature, où les actions faibles, longtemps continuées, produisent d'énormes effets. Hébert groupa autour de sa chaire de la Sorbonne des disciples comme Fouqué, Munier-Chalmas, Bergeron, Velain, Gaudry.