POLITIQUE EXTÉRIEURE DE 1661 A
Hugues de Lionne. — De 1661 à 1671, la politique extérieure de Louis XIV contraste, malgré quelques excès passagers, avec les actes de violence et l'ambition exagérée de la période suivante.
C'est que, à ce moment, le roi subit la bienfaisante influence d'un de ses collaborateurs les moins connus et pourtant des plus remarquables, Hugues de Lionne, secrétaire d'État des affaires étrangères. <i Pas un de mes sujets, a dit Louis XIV, n'avait été plus souvent employé aux négociations étrangères ni avec plus de succès. Il connaissait les diverses cours de l'Europe, parlait et écrivait facilement plusieurs langues, avait des belles-lettres, l'esprit aisé, souple et adroit, propre à cette sorte de traités avec les étrangers. »
Lionne, mondain, joueur et homme de plaisir, passait les jours et les nuits au travail quand il le fallait, écrivait de sa main ou dictait
LA MONARCHIE ABSOLUE
les dépêches, n'attendant aucun secours de ses commis, ei lait d'être considéré par Saint-Simon comme « le plus grand rustre du règne de Louis XIV ». Né à Grenoble en 1611 et n d'Abel Servien, il avait été de lionne heure employé par Ma/.; Des missions remplies avec éclat l'avaient mis hors de pair 1642-1643, mission en Italie pour réconcilier le duc de Parmi le Saint-Siège; en 1656, mission à Madrid pour jeter les bases de la paix entre la France et l'Espagne; en 1658, mission à Francfort pour faire élire Léopold Ier et y constituer la lieue du Hhin; mission à Fontarahie pour la conclusion de la paix des Pyrénées.
C.'.st sa diplomatie souple et habile qui prépara les premiers succès des armes de Louis XIV et la signature des traités de lire, la et d'Aix-la-Chapelle.
L'influence modératrice de Lionne sur l'esprit de Louis XIV se marqua, non par de stériles satisfactions d'amour-propre, mais par des négociations pratiques destinées à isoler l'Espagne pour le jour, prévu comme inévitable, OÙ l'on aurait à revendiquer tout ou partie de l'héritage de Philippe IV (1621-1665).
Affaires d'Espagne. — L'Espagne, dont la gigantesque ambition de Philippe il avait compromis la puissance et dont le duc de Lerme, favori de Philippe III (1598-1621), avait aggravé la situation, était gouvernée, sous le nom de Philippe IV, par le comteduc d'Olivarès, homme léger et politique médiocre. La paix de Westphalie (1648) et le traité des Pyrénées (1659) avaient ruiné
îerimieveu i n ii .
: en avec
Louis XIV, par Van dkr Mkolkn (Musée de Lyon)
son autorité en Europe. L'Italie supportait impatiemment son joug; Naples s'était même révoltée, et la Catalogne avait recouvré son indépendance.
Philippe IV pouvait être secouru par les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Suisse ou l'Empire. N'osant, pour ne pas éveiller leurs défiances, proposer aux Provinces-Unies le partage des Pays-Bas espagnols, Lionne aurait voulu les constitue ren république protégée ou en État neutre. Cette combinaison ne semblait guère sourire à la Hollande, irritée d'autre part des progrès de notre marine marchande et du droit de 50 sous par tonneau imposé par Foucquet aux navires étrangers (1659). Pourtant, la crainte du péril espagnol amena la conclusion entre les deux États du traité d'alliance
offensive et défensive du 27 avril 1662. Louis XIV, moyennant d'insignifiantes concessions commerciales, se faisait garantir plusieurs clauses favorables à sa politique. Il rendit, aux Provinces-Unies un service marqué en leur faisant obtenir de l'Angleterre un traité de bonne intelligence qui assurait leur sécurité (14 septembre 1662 .
En ce qui concerne l'Angleterre, Lionnetira habile ment parti des besoins d'argent qui devaient dominer la politique de Charles II.
Dès 1661, il obtint pour Philippe d'Orléans, frè) e 'l" Loin- XIV, la main de Hen riette d'Angleterre, sœur
Hugues de Lionne, du loi. L'année Suivante,
gravure de Nanteuil. Charles II, sur les conseils
de son chancelier Clarcndon, vendit Dunkerque à la France pour
5 millions de livres 12 octobre 1662).
Quelque temps après, Hugues d ■ Lionne décida les Suisses à renouveler, ,'i Soleure, l'alliance conclue autrefois à Fri bourg avec la France (septembre lfiti.'î).
Du côté de l'Allemagne, sa diplomatie ne fut pas moins active.
Dès le mois de janvier 1663, dixhuit mois à l'avance, il obtint de tous les cosignataires le renouvellement de la Ligue du Bhin jusqu'en 1667 et il y gagna le roi de Danemark. Il occupa Marsal en Lorraine (août 1663), conclut une alliance avec le duc de Mecklembourg, l'électeur de Saxe et l'électeur de Brandebourg (1663-1664 .
.Sauf le duc de Bavière, il n'y avait pas de prince allemand un peu considérable qui ne parût enlevé aux desseins de l'empereur. « Les empereurs d'Allemagne, écrivait Louis XIV dans ses Mémoires, ne sont ni les héritiers des Romains, ni les successeurs de Charlemagne. Chefs élus d'une république allemande, ils ne peuvent prétendre à aucune supériorité sur les autres rois d'Europe, dont les plus anciens, les plus puissants sont les nus de France. » El il refuse d'entretenir toutes relations diplomatiques avec l'empereur, parce que la notification de son élection n'a pas été faite dans les formes qui convenaient: Léopold Ier (1658-1715) dut le premier abaisser sa superbe et écrire directement au roi de France, à la veille de l'invasion de la Hongrie par les Turcs.
L'Espagne avait, enfin, un point faible dont un diplomate habile ne pouvait pas ne pas profiter. Le Portugal était en insurrection depuis 1640. Lionne rapprocha d'abord ce pays de l'Angleterre en mariant la sœur de son roi, Catherine, à Charles II d'Angleterre. Puis il envoya Schomberg, avec 6 000 hommes, aider la maison de Bragance à remporter sur les Espagnols les victoires d'Hunexial et de Villaviciosa (17 juin 1605). — A côté de ces négociations, d'objet précis et d'utilité évidente, se placent des affaires diplomatiques et militaires qu'inspire l'ambition plutôt que l'intérêt et qui servent à Louis XIV soit à affirmer sa puissance, soit à se poser en protecteur de l'Europe. « Ce fut, chez Louis XIV, un dessein arrêté défaire reconnaître, par toute l'Europe, la France comme le premier royaume chrétien, en droit, comme elle l'était en fait, et son roi comme le chef du peuple chrétien. » (F. Bourgeois.)
Questions de préséance. — Angleterre. — Les Anglais prétendaient forcer toutes les marines à saluer leurs vaisseaux, et Charles H avait renouvelé celte prétention. « I.e roi mon frère, écrit aussitôl Louis XIV au comte d'Estrades (25 janvier 1662'], et ceux dont il prend conseil ne me connaissent pas bien quand ils prennent avec moi des airs de hauteur et d'une certaine fermeté qui sent la menace. Je ne connais personne sous le ciel qui soit capable de me faire avancer un pas par un chemin de celle sorte, cl il me peiii bien arriver du mal, mais pas une impression de crainte. » L'Angleterre céda.
Espagne. — Le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne à Londres, ayant réclamé la préséance sur l'ambassadeur de France, b- eoiiiie d'Estrades, et l'avant même prise de force dans une céré-
i lie publique |ll octobre 1661 , Louis XIV rappela son envoyé à
Madrid, chassa de France le représentant de l'Espagne, et obtint que Philippe | V lui envoyât une mission e \ 1 1 a 0 1 1 1 1 n a i re, ayant a sa tête le e le de Fuenlès, lui déclarer eu audience publique, à Fontainebleau (30 mars 1662 , devant les ministres de trente Etals,
que sou maître, fâché de l'affaire de Londres, était déterminé > prévenii le retour de pareils incidents et que < les ministres esp ignols ne concourraienl plus dorénavanl avec ceux de France ». A Home, le pape Alexandre VII, qui avait été élu malgré l'oppo-
HlSTOIRE II E F 11 AN CE.
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sition «li1 kl France, ne cachai I pas ses sympathies autrichiennes. D'humeur peu Irai table, peu capable Je patience diplomatique, notre ambassadeur, !<■ duc de Créqui, froissa les Domains par sa hauteur <•(. souleva des questions d'étiquette qui h' brottillèrenl presque avec h' pape. Le 20 août 1602, quelques domestiques de l'ambassadeur s'étant piis de querelle avec des soldats de la garde corse, ceux-ci assiégèrenl le palais de l'ambassade, tirèrenl sur If carrosse de l'ambassadrice el blessèrent trois personnes de la suite du 'lui-. Louis XIV prit la chose de très haut d. la qualifia avec une extrême sévérité dans une lettre au pape; il lit saisir Avignon et, pendant dix-huit mois, chercha par tous les moyens à isoler Alexandre VII, à le déconsidérer, à l'amener à s'humilier. Finalement, le traité de Pise (février 1664) stipula l'envoi d'excuses par un ambassadeur spécial et l'érection, en l'an' de la caserne îles Corses, d'une pyramide commémorative de l'injure et de la réparation. Le neveu du pape, le cardinal Chigi, vint en France, avec le litre de légal, pro-
Le pape Alexandre VII, gravure d'après P. Mignard.
Le duc de Créqui, gravure de l'Armessin.
tester de la part de Sa Sainteté contre les malheureux accidents du 20 août 1662, « l'intention de Sa Sainteté n'ayant jamais élé que Sa Majesté lut offensée, ni M. le duc de Créqui, son ambassadeur » (1664).
Campagne de Hongrie. — En même temps qu'il aspirait au rôle de maître de la chrétienté, Louis XIV cherchait à s'en instituer le défenseur. Cette prétention se traduisit par sa participation à la guerre de Hongrie, par l'expédilion de Djidjelli et par celle d'Erfurt.
L'armée turque du grand vizir Kupruli envahit la Hongrie, menace Vienne et force l'empereur Léopold à appeler à son aide l'Europe chrétienne. Montrant cette fois une modération inaccoutumée, mais rompant avec la politique turcophile inaugurée par François 1er, Louis XIV déclara, pour désarmer la défiance de l'empereur, qu'il interviendrait comme membre de la Ligue du Rhin. Six mille hommes, commandés par Coligny et La Feuilladë, descendirent la vallée du Danube et rejoignirent l'armée allemande près de Saint-Gothard, sur le Itaab (juillet 1664). Le I"1' août suivant eut lieu une grande bataille que perdit d'abord le général impérial Montecuculli el que le contingent français transforma en victoire par son intrépidité, après sept heures de mêlée furieuse.
Expéditions barbaresques. — Les Musulmans s'étaient toujours préoccupés de posséder en même temps que des esclaves noirs un grand nombre d'esclaves chrétiens, car ils appréciaient leur vive intelligence et leurs aptitudes si variées. D'abord ils s'adressèrent aux Vénitiens, qui leur vendirent des Slavons des bords île l'Adriatique, puis ils s'en procurèrent eux-mêmes directement pu- la piraterie.
Les malheureux menaient une vie horrible dans les bagnes ou les fondouks des régences barbaresques. Pour adoucir les souffrances des esclaves, des missions religieuses s'organisèrent, lieux ordres célèbres fondés en France, celui îles Trinitaires, dits Mathurins, et celui de Notre-Dame-de-la-Merci se distinguèrent surtout dans cette Euvre de rédemption.
Les ravages des lîarharesquesayantredoublé dans la Méditerranée, Louis XIV eut d'abord la pensée de fonder un établissement en
Le duc de Vivonne (Estampe de la bibliothèque nationale).
Afrique. Lue (lolle portant 6000 hommes de débarquement, avec le duc de Beauforl comme comman dani en chef ei \ ivonne comme général îles galères, s empai a de Djidjelli, prés Algei 23 juillet 1664 .mais dut l'évacuer en octobre.
Pour répa rer cet échec, Beauforl reçut l'ordre de croiser dans la Méditerranée, qu'il parcourut en vainqueur pendant toute l'année 1665; il imposa même aux Tunisiens novembre 166S un traité de paix avantageux pour le commerce français el reconnaissant formellement notre prééminence (1).
Beauforl devait plus lard être envoyé au secours de
Candie, que les Turcs assiégeaient depuis vingt-cinq ans pour la reprendre aux Vénitiens : il y trouva la mort | 1669).
Incident d'Erfurt. -- Eh Allemagne, enfin, la considération qu'avaient value à Louis XIV les diverses manifestations de sa puissance était telle qu'il lui fut possible (septembre 1663) de prendre parti pour l'archevêque de Mayence contre la ville proteslanle d'Erfurt, d'intervenir à main armée et de terminer la querelle par un accord qui donnait satisfaction aux deux parties.
GUERRE DE FLANDRE (Uf.7)
L'héritage de Philippe IV. — ■< On peut dire que la succession d'Espagne fut le pivot sur lequel tourna presque tout le régne de Louis XIV. Elle occupa sa politique extérieure et ses armées pendant plus de cinquante ans; elle lit la grandeur de ses commencements et les misères de sa fin (2). »
Trois négociations marquèrent la poursuite de ce grand dessein : la première, pour faire révoquer l'acte de renonciation de .Marie- Thérèse, dont la dot n'avait pas été payée; la seconde, pour partager les Pays-Bas espagnols avec les Provinces-Unies; la troisième, pour obtenir que le cabinet espagnol reconnût à l'amiable le droit de dévolution, qui ménageait à Louis XIV un moyen provisoire d'agrandissement, en attendant que l'extinction de la famille royale espagnole lui permît de revendiquer la totalité de ses domaines.
Ce droit résultait de quelques coutumes locales en vigueur dans les Pays-Bas et les Flandres : il attribuait aux enfants du premier lit, lorsque le père se remariait, la nue propriété et, au décès, la propriété de ses biens, à l'exclusion des enfants du second lit. Louis XIV, transportant dans le droit public une disposition du droit privé, revendiqua, aussitôt après la mort de Philippe IV (1665), les provinces de langue française conservées par les Habsbourg, c'est-à-dire l'ancien cercle de Bourgogne (Belgique et Franche-Comté). Marie-Thérèse était en effet issue du premier lit, et Charles II du second.
En 1665, aucune de ces trois négociations n'avait abouti à un résultat effectif. L'acte de renonciation axait été maintenu par Philippe IV; l'acte de partage avec les Provinces-Unies, abandonné par
(1) Porcon de La Bardinais. — Tout le monde connaît l'histoire de Régulus, ce Etomain qui, l'ait prisonnier par les Carthaginois et envoyé à Rome, sur sa parole, pour demander un échange de captifs, dissuada héroïquement le Sénat d'accepter les propositions laites et revint à Cartilage, où I attendaient d'horribles supplices. Par contre, beaucoup de Français ignorent qu'un de leurs compatriotes montra autant de courage et de grandeur d'âme (|ue Régulus. En 1665, un officier de Sainl-Malo, nommé Porcon de La Bardinais, commandant une frégate de 36 canons, faisait la chasse aux Barbaresques dans la Méditerranée. Assailli par des forces de beaucoup supérieures aux siennes, il tomba entre les mains du dey d'Alger, qui l'envoya proposer la paix à Louis XIV, après lui avoir fait jurer de revenu- si les négociations échouaient. Porcon partit, mais ne transmit qu'à contre-coeur au roi les propositions du dey. qui furent rejetées. Aussitôt Porcon va à Sainl-Malo, prend ses dernières dispositions, retourne à Alger, où six cents chrétiens répondaient de sa parole, et meurt décapité.
(2) Mignet, Introduction à l'histoire de la Succession d'Espagne.
LA MON AllCIlïl' ABSOLUE
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i.ouis XIV lui-même, et le droit de dévolution repoussé par le gouvernement espagnol.
Louis XIV serait dès ce moment entré en campagne, mais un événement imprévu le força d'ajourner encore ses résolutions. L'Angleterre, désireuse de satisfaire ses ressentiments et d'éprouver ses forces, avait déclaré la guerre à la Hollande en Kititi, et, en vertu du traité du "27 avril 1662, Jean de Witt, grand pensionnaire de Hollande, réclama l'assistance île Louis XIV. Ce dernier, qui ue voulait pas s'aliéner Charles II, se borna d'abord à combattre son allié Bernard van Galen, évêque de Munster. Il eut ainsi un prétexte pour rassembler une année dans le nord de la France; puis, quand les deux puissances belligérantes eurent ouvert des conférences à Bréda mai 1667), il commença les bostililés sans attendre la conclusion de la paix.
Campagne de Flandre (1667). — Après avoir renouvelé la Ligue du Rhin, traité secrètement avec les princes voisins de ce lleuve, renouvelé son accord avec Cbarles II d'Angleterre, Louis XIV annonça le 8 mai 1667 à la régente d'Espagne qu'il entrait en armes dans les Pays-Bas pour saisir les provinces que touchait le droit de dévolution, >< n'entendant pas, ajoutait-il, que ladite paix soit rompue de notre part par notre entrée dans les Pays-Bas, quoique à main armée, puisque nous n'y marcherons que pour nous mettre en possession de ce qui nous est usurpé ». En même temps, il envoyait à tous les princes de l'Europe un Traité des droits de la reine Très Chrétienne sur divers Etats de la monarchie d'Espagne, divisé en deux parties, dont la première était consacrée à exposer les prétentions de Marie-Thérèse à la succession totale de la monarchie espagnole, si la ligne masculine s'éteignait, et la seconde ses prétentions actuelles à quelques-unes des provinces des Pays-Bas.
L'armée, forte de 5U0Û0 hommes, avait à sa tète le roi lui-même, mais en réalité les opérations étaient conduites par Turenne, ayant sous ses ordres Aumont et Créqui. Le gouverneur des Flandres, Castel Rodrigo, qui n'avait ni troupes ni approvisionnements, vit successivement capituler Binche, Charleroi, Ath, Tournai, Douai, Oudenarde et entin Lille, que le comte de Bruay défendit pendant dix-sept jours (27 août 1667). La Flandre était redevenue française.
Traité de Vienne entre la France et l'empereur. Triple alliance de La Haye (1668). — Les succès diplomatiques répondaient aux succès militaires. Louis XIV empêchait l'empereur Léopold de secourir les Pays-Bas, détournait la diète de Hatisbonne de les prendre sous la garantie de l'Empire, changeait les dispositions de l'électeur de Brandebourg, qu'il faisait entrer dans son alliance, et maintenait la Suède dans la neutralité. Il eut même le consentement de l'empereur Léopold au partage de la monarchie espagnole.
Le 19 janvier 1668, le chevalier de Grémonville, son ambassadeur à Vienne, signa un traité secret par lequel les deux souverains se partageaient à l'amiable la succession, au cas de mort de Charles II; le roi aurait une partie des Pays-Bas, la Franche-Comté, la Navarre, les Deux-Siriles, les possessions d'Afrique et les Philippines; l'empereur, l'Espagne, Milan, la Toscane, la Sai daigne, les Baléares, les Canaries, les Indes occidentales. Ainsi toute éventualité de guerre européenne était écartée au cas d'ouverture de la succession.
Malheureusement les Hollandais, alarmés de la disparition de la barrière qui les séparait de la France, restaient rebelles aux avances de Louis XIV. Mettant a profit la défiance de l'Angleterre et de la Suède, ils conclurent avec les puissances un traité par lequel ils s'engageaient à conseiller et au besoin à imposer aux deux belligérants un partage des Pays-Bas : ce fut la Triple Alliance île La Haye 23 janvier 166<Sj.
Conquête de la Franche-Comté. Traité d'Aix-la-Chapelle (1668). — A cette nouvelle, Louis XIV résolut d'occuper la Franche-Comté. Il lit secrètement tous les préparatifs de l'expédition, dont il conliala direction au prince de Condé, rentré en grâce et rappelé de son gouvernement de Bourgogne. Lorsque tout fut prêt, il partit de Saint-Germain 2 février 1668) pour se mettre à la tèi,- de ses troupes qui, en quelques jours, au cœur de l'hiver, enlevèrent les places loi les île Besancon, Salins, DôTe, Gray él occupèrenl tout le territoire de la province. Le conseil d'Espagne, indigné, écrivit au gouverneur que « le roi de France aurait dû envoyer si-- laquais prendre possession du pays au lieu d'y aller lui-même ». Louis XIV s'apprêtait à reprendre partout l'offensive quand il accepta, sur le conseil de ses ministres et de ses généraux, la médialion de la Triple Alliance.
Les négociations qui s'ouvrirent avec l'Espagne, à Aix-la Chapelle, aboutirent à un traité 1 mai 1668 par lequel Louis XIV restituait la Franche-Comté et gardait une partie de la Flandre (Charleroi,
Binche, Ath. Douai, Tournai, Oudenarde, Lille, Armentières, Cour-
Irai, Bergues ci Fumes).
C'était en somme un beau résultat : Louis XIV avait fait deux campagnes brillantes, jeté dans un traité secret les fondements
d'un partage futur de la narchie espagnole, frappé l'Europe pai
sa fidélité à ses alliés ainsi que par sa modération dans le succès, et obtenu l'acquisition d'une ligne de places qui ('tendait vers la Flandre la frontière la plus exposée de la France.