GUERRE DE HOLLANDE
Causes de la guerre de Hollande. — La guerre de Dévolution était à peine terminée qu'il s'en préparail une autre, dont les causes et les prétextes étaient multiples. Tout, d'abord la politique française ne pardonnait pas aux Hollandais d'avoir traité avant leurs alliés (Mi 16'i8 : c'est ce que Hugues de Lionne appelait ['abandonnement de Munster. En second lieu, Louis XIV leur gardait rancune de s'être opposés à son agrandissement, par la conclusion de cette Triple Alliance qu'il appelle dans ses Mémoires un complot. Enfin, l'orgueil du roi fut blessé par les critiques des gazettes hollandaises et par les médailles aux légendes blessantes qui avaient été frappées après la paix d'Aix-la-Chapelle : l'une d'elles, disait-on, représentait le plénipotentiaire Conrad de Beuninghen sous la figure de Josué arrêtant la marche dusoleil (In conspectu meo stetit sol), dont Louis XIV avait pris l'image pour emblème avec la devise : Nec pluribus impar.
Le roi de France résolut dès lors de se venger; mais, avant d'envahir les Provinces-Unies, il était nécessaire d'en détacher leurs alliés et de les empêcher d'en acquérir d'autres.
Isolement diplomatique de la Hollande. — L'Angleterre el
la Suède étant unies à la Hollande par le traité de la Triple Alliance, il fallait avant tout les empêcher de défendre la république; il fallait ensuite prévenir l'intervention en sa faveur des autres puissances. Pendant quatre ans, Louis XIV négocia avec toute l'Europe pour lui enlever des alliés et lui créer des ennemis.
Éloigné des Hollandais par l'effacement où ils tenaient son neveu le prince d'Orange, par son aversion pour la forme républicaine de leur gouvernement et leur protestantisme démocratique, par sa jalousie pour leur puissance maritime, enfin par l'orgueil de leur langage, le roi d'Angleterre Charles II 'Mail porté vers la France par ses inclinations et ses besoins d'argent. Son ministère se montrait moins accommodant. Louis XIV eut l'habileté de s'adresser à ses conseillers catholiques, d'utiliser le fanatisme de sou frère le duc er la vieille rivalité commerciale de Londres ci n d'envoyer au roi connue ambassadeur sa sœur ince, duchesse d'Orléans (1). Par les traités de
Cnarles II, roi d'Angleterre, par Samuel Coor i: R (Munich)
d'\ork, d'exploi' de La Haye, enfi Henriette de Fr
l La mort de Henriette d'Orléans. — Henriette d'Angleterre Va il mur , sœur de Charles II, avait épousé en lin. I le duc d'Orléans l/"» sieur . frère unique de Louis XIV. Elle mourut quelques jour-- après son retour au
palais de Saint-CIoud juin 1670 . Son oraison funèbre, pro :ée par Bos
suet, est restée parmi les plus célèbres du grand prélat. Le bruil courul que Madame étail morte empoisonnée el les oupçons se porièreul môme
.ans fondement, sur son mari. Les mis ont a t tri 1 -elle morl subite qui
n'esl pas due à un empoisoi ment à péritonite consécutive a une perforation sponla par ulcère de l'estomac Dr Broi vroel, D1 Legi i>hi
Fr. Fi \i k lim ntano . d'à ii In-, à une hémorragie interne due à une intra-utérine D» Pozzi . Le duc d'Orléans e remaria l'année suivante avec Charlotte-Elisabeth de Bavière, princesse palatine, qui fut la mi re du n Philippe d'I >rléans.
Ma. lame étail accompa i pai Louis, di Kéroualle, du-
chesse de l'oi i moulh, qui fut en \m h tei re ce que M"" de Monlespnn fui en France et soutint, à prix d'argent, tes intérêts français auprès de < iharles 11.
IIISTdllii: !)[«; FRANCE
Arnauld de Pomponne, gravure de l'Armkssin.
Douvres (1er juin 1670) et de Londres (31 décembre), Charles II B'engageait à joindre ses flottes el une armée de 6000 hommes aux forces françaises dirigées contre la Hollande; il devait recevoir en échange une pension annuelle de 3 millions de livres.
La Suède s'était alarmée de l'alliance de Louis XIV avec le Danemark et avec plusieurs princes de l'Empire, et de la prépondérance française en Allemagne. En 1671, Arnauld de Pomponne fui envoyé à Stockholm et y entama des négociations qu'interrompit son retour en France, où il remplaça Hugues de Lionne (1671), mais que son successeur lit aboutir par le traité .lu 14 avril 1672 : la France s'engageait à payera la Suède un subside annuel de 600 000 écus, et la Suède à envoyer 16000 hommes en Allemagne contre les princes qui marcheraient au secours des Provinces- Unies.
En mêmetemps LouisXIV négociait à Vienne et à Madrid pour paralyser la bonne volonté et prévenir les efforts de l'Autriche et de l'Espagne en faveur de ses futurs ennemis. Après avoir détourné l'empereur d'adhérer à la Triple Alliance, le chevalierde Grémonville lui lit signer, le 1er novembre 1671, un trailé par lequel il promettait de rester neutre pendant la guérie qui se préparait. La diplomatie française fut moins heureuse auprès de la régente d'Espagne, qu'elle ne put empêcher de conclure avec la Hollande (17 décembre 1671) un traité d'assistance mutuelle. Mais l'Espagne était, avec l'électeur de Brandebourg (26 avril 1672), le seul allié des Provinces-Unies, et il ne restait plus à Louis XIV qu'à accomplir par les armes ce que ses négociateurs avaient si habilement préparé.
Situation des Provinces-Unies. — Le traité de Munster (1648) avait établi la paix entre les Provinces-Unies et l'Espagne, et la république fédérative était devenue un Etat maritime, une puissance commerciale et coloniale de premier ordre. On appelait les Hollandais les « rouliers de la mer ». Les États généraux, formés des députés des sept provinces, constituaient une assemblée permanente à La Haye, mais la réalité du pouvoir résidait dans chacune des provinces, dont la plus importante était la Hollande. Deux éléments différents, l'un féodal, l'autre urbain, étaient entrés dans leur composition; aussi la république était-elle alternativement gouvernée par des stathouders militaires et par des « grands pensionnaires » bourgeois. En 1650, à la mort du dernier stathouder, Guillaume II, le parti bourgeois avait repris le pouvoir, qu'il devait garder jusqu'en 1672. Il avait à sa tête le célèbre Jean de Witt (1625-1672), l'un des politiques les plus remarquables de son temps. Il s'était mesuré avec Cromwell jusqu'en 1054 ; après la restauration des Stuarts, il avait senti le besoin de resserrer l'ancienne union avec la France et envoyé auprès de Louis XIV son ami Conrad de Beuninghen, qui avait fait signer le traité d'alliance du 27 avril 1662. Depuis, la question des Pays-Bas espagnols avait brouillé les deux puissances.
Au moment où il allait entrer en campagne (janvier 1672), Louis XIV reçuteommunication d'un mémoire qu'avait rédigé le philosophe Leibniz, alors âgé de vingt-six ans. Leibniz détournait le roi de France d'attaquer la Hollande, lui montrait que ses conquêtes mêmes alarmeraient toute l'Europe et lui conseillait de diriger ses armes vers l'Egypte, dont la prise de possession sérail facile, ouvrirait la route de l'Inde et permettrait de frapper bien plus sûrement les Hollandais en ruinant leur commerce. Cette suggestion n'eut aucun succès. « Les projets de guerre sainte, répondit Pomponne, ont cessé d'être à la mode depuis saint Louis » (juin 1672).
Une guerre de tarifs préluda aux hostilités, dont Colbert fut partisan pour des motifs économiques, et Louvois parce qu'il considérait la ruine des Hollandais comme la préface nécessaire de la conquête des Pays-Bas espagnols. La déclaration de guerre fut lancée le 6 avril 1072.
Invasion de la Hollande (1672). — L'activité de Louvois avait mis sur pied [20000 hommes, donl 20 000 Suisses el 10 000 étrangers, commandés par Condé, Turenne el Luxembourg. Pour atteindre la Hollande sans toucher les Pays-Bas espagnols, Louis XIV s'était assuré' l'alliance de l'électeur de Cologne el de l'évêque de Munster; les États généraux, se liant à leur marine, s'élaienl bornés à donner le titre de capitaine général au prince d'Orange. Le Brandebourg seul avait pris parti pour les Provinces-Unies, mais son armée n'était pas prête.
Louis XIV, laissant l'ennemi dans l'incertitude de ses desseins, tourna la place de Maestrichl et rejoignit à IS'euss l'armée de Condé. La prise d'Orsoy, de Wesel, dé Bhinberg el de Burick le rendit maître des deux rives du lihin. Feignant de menacer l'Yssel, gardé par le prince d'Orange, le roi arriva devant le Lech, défendu par Montbas, et le 12 juin au matin il parvint au gué de Tolhuis. Les cuirassiers français se mirent à l'eau et s'emparèrent de la rive opposée. Tout aurait été terminé- si le jeune duc de Longueville, neveu (h; Condé, n'avait susriié un engagement qui lui coûta la vie. Ayant tiré un coup de pistolet sur les ennemis qui demandaient grâce à genoux : « Point de quartier pour celle canaille! » cria-t-il. Les Hollandais reprirent les armes et une décharge tua Longueville, mais ils prirent peur et se débandèrent (1). Le roi put passer le fleuve avec l'infanterie sur un pont de bateaux.
Au jugement de Napoléon, ce passage du Rhin tant vanté' par la poésie et les beaux-arts ne fut « qu'une opération militaire de quatrième ordre, puisque dans cet endroit le fleuve est guéable, appauvri par le Wahal, et qu'il n'était d'ailleurs défendu que par une poignée d'hommes <>; mais l'effet moral fut considérable.
Le vainqueur parut à la fois sur tous les points du territoire. Tandis que Luxembourg occupait Zwolle et Groningue, le roi achevait la conquête de la Gueldre et faisait capituler Doesbourg et Zutphen. A sa gauche, Turenne prenait Arhneim et investissait Nimègue. Enfin, le marquis de liochefort lançait un détachement sur Muyden, à deux lieues d'Amsterdam. Utrecht même était assiégée et envoya ses clefs le 20 juin 1672. De Muyden, où étaient les écluses qui protégeaient Amsterdam, Turenne et le conseil étaient d'avis de marcher sur cette capitale, dont la prise eût terminé la guerre d'un seul coup. Louvois préféra mettre garnison dans les places conquises; mais pendant ce temps les écluses fuient ouvertes et Amsterdam sauvé'.
Sur mer, une grande bataille navale avait été livrée par Buyter, le 7 juin, aux flottes anglo-françaises qui portaient 34000 hommes et 6000 canons, composées de 83 vaisseaux, d'une vingtaine de frégates et de 30 brûlots. La flotte française était commandée par le vice-amiral Jean d'Eslrées (1624-1707), qui avait pour seconds le vieux Duquesne et le jeune Tourville; la flotte anglaise, par le duc d'York. Ruyter faillit les surprendre dans la baie de Solbay comté de Suffolk), où elles avaient opéré leur jonction. Une lutte acharnée s'engagea et se prolongea jusqu'à la nuit sans que la victoire fût décidée. La flotte anglo-française avait perdu huit vaisseaux ; les Hollandais, trois. Les alliés ne parurent pas sur les côtes de Hollande (7 juin 1672).
Rejet des propositions de paix de la Hollande. Guillaume d'Orange. — Dès le 16 juin, l'assemblée des États généraux avait envoyé auprès de Louis XIV des députés avec pleins pouvoirs pour traiter. Celui-ci commença par les renvoyer en leur demandant de lui apporter des propositions fermes. Ils revinrent le 29 juin en offrant au vainqueur les villes du Rhin, Maestricht, le Brabant, la Flandre hollandaise et une indemnité de guerre de 10 millions. Ces conditions étaient avantageuses, puisqu'elles permettaient au roi d'enserrer les Pays-Bas espagnols, mais Louis XIV demandait en outre Nimègue, la Gueldre méridionale, l'île de Bommel, Grave et le comté de Meurs, la suppression des taxes sur les produits français, la liberté du culte catholique en Hollande et l'envoi d'une ambassade annuelle qui lui porterait une médaille commémorative de sa clémence. Ces exigences devaient porter les Hollandais à des résolutions désespérées. La responsabilité en remonle-t-elle à Louvois et à Louvois seul? On l'a prétendu longtemps. Il semble pourtant que Colbert l'ait partagée, égaré par sa rivalité commerciale contre les Hollandais.
A l'exemple des bourgeois d'Amsterdam, la plupart des villes de Hollande rompirent les écluses qui retenaient les eaux et inondèrent le pays (22 juin). En même temps un mouvement populaire éclata
(1) Condé sortait du fleuve et montait à cheval, quand un coup de pistolet lui fracassa le poignet : c'est la seule blessure qu'il reçut dans tout le cours de ses campagnes.
ÉSmbmSnA— panamaSc,
Le Passage du Rhin, par Van der Meules (Louvre).
contre le parti bourgeois, dont l'imprévoyance avait amené l'invasion. Jean de Witt fut blessé par des assassins, et le stathoudérat, aboli après la mort de Guillaume II, fut rétabli en faveur de Guillaume d'Orange 8 juillet), qui repoussa définitivement les propositions de Louis XIV. La conquête se trouvant suspendue par l'inondation, le roi revint à Versailles.
Agé de vingt-deux ans, arrière-petit-fils de Guillaume le Taciturne, neveu par sa mère du roi d'Angleterre, Guillaume d'Orange, qui devait être le sauveur de la Hollande et le libérateur de l'Angleterre, a été défini par Mignet un « habile politique, qui semble n'avoir jamais rien ressenti pour rien, tant ses calculs cachent ses ardeurs, profond dans la conduite, simple dans la gloire, triste dans la prospérité, communiquant peu ses pensées, ne montrant presque jamais ses sentiments, ne révélant pour ainsi dire ses desseins que par ses actions, ne paraissant pas aimer, ne cherchant jamais à plaire, vigoureux génie sans éclat, fier caractère sans attrait, grand homme sans séduction ».
Grande alliance de La Haye. Campagne de 1673. — L'ambition de Louis XIV commençait à alarmer toute l'Europe; la fortune se retourna subitement contre lui. En Hollande, Jean de Witt et son frère Corneille, vaillant capitaine, furent massacrés par la populace qui ne leur pardonnait pas d'avoir demandé la paix
12 aoûl . Leurs partisans furent déchus de leurs charges, et le stathouder', tout-puissant, imprima à la guerre une violente impulsion. En violation de ses engagements, l'empereur signa (23 juin) avec l'électeur de Brandebourg un traité ayant pour but apparent de protéger l'Allemagne et pour objet réel d'opérer une diversion en faveur des Hollandais. Saisi bientôt par la terreur universelle, il conclut avec les États généraux la grande alliance de La Haye
'-■> juillet , qui le rangeait parmi les ennemis déclarés de
1 ' ince- Jean de Witt,
En présence de gravure de C. IUge.
cette coalition, Louis XIV agit avec, promptitude1 et résolution. Il envoya Condé en Alsace avec 17(100 hommes pour couvrir le haut Rhin, Turenne en Westphalie avec ItiOOO hommes pour défendre le bas Rhin. Ce dernier prit une vigoureuse offensive, trouva devant lui l'armée austro-brandebourgeoise (septembre), l'empêcha de passer le Rhin pour se joindre au prince d'Orange, la refoula ensuite en Allemagne et la suivit dans sa retraite, malgré la rigueur de l'hiver. Pendant ce temps, l'infatigable prince d'Orange, qui avait affaire à l'actif Luxembourg, éprouvait trois échecs consécutifs devant Nalrden, Woerden et Charleroi (décembre), cherchait en vain à couper nos garnisons de leurs communications et voyait son adversaire s'avancer sur la glace (26 décembre) jusqu'à quelques heures de La Haye. Le dégel sauva de nouveau la république, que l'inondation avait six mois auparavant préservée de la ruine.
Au début de 1673, Turenne, méprisant les ordres de Louvois qui, par jalousie, lui avait prescrit de s'arrêter, marcha de nouveau contre l'électeur de Brandebourg et le força, par le traité de Vossem, à garder la neutralité (26 juin 1673).
La Hollande, dont la situation semblait de nouveau désespérée, fut encore sauvée par ses succès sur mer. Tandis que Louis XIV investissait et prenait Maeslricht, Ruyter arrêtait dans trois glorieuses batailles navales, près des îles Walcheren (7 et 14 juin) et au Texel,(20 août), les quatre-vingt-dix vaisseaux du prince Robert d'Angleterre et du duc d'York, qui ne purent tenter de débarquer
sur les côtes des Provinces-Unies.
Sur le terrain diplomatique, la grande alliance se renforçait de ren ues nouvelles.
Un traité d'alliance offensive fut conclu le 30 août 1673 entre l'empereur Léopold, la reine d'Espagne, la Hollande et le due de Lorraine Charles IV, qui avait été contre nous pendant la guerre de Trente ans et pendant la guerre espagnole; I Empii e se joignit à la coalition (mai 107 'i . En même temps, la France perdait ses alliés : le roi d' Ingle-
Corneille de Witt (Estampe de la Bibliothèque nati> l
terre, qui, bous la poussée de l'opinion
IIISTolItrc DE FRANCE
La batailla d« SenefTe, gravure fie Le Clerc.
publique, fit la paix avec la Hollande (9 février Iti74); l'évêque île Munster et l'électeur de Cologne. La guérie changea dès lors d'aspect; elle cessa d'être purement hollandaise. Seul contre tous, sans autre allié que la Suède, Louis XIV évacua toutes ses conquêtes, sauf C rave et Maëstricht, et porta désormais ses vues et ses armes dans le voisinage du royaume, pour s'attaquer aux Espagnols.
PLAN oela BATAILLEde
SENEFFE
10 Août 1674 Armée de Conde .. de Guild Orange
Plan de la bataille de SenefTe (1674,
La guerre espagnole. Conquête de la Franche- Comté (1674). - Louis XIV a exposé lui-même dans ses Mémoire son plan de campagne : « La plupart des princes de ['Europe, dit-il, s'étaient ligués contre moi... J'avais mes troupes divisées en Allemagne, en Hollande, en Flandre, sur mes frontières, et peu dans mon royaume. Mes ennemis étaient postés de manière qu'ils pouvaient traverser les retraites et les jonctions que je voudrais faire, et empêcher ce que chaque partie séparée pourrait entreprendre... Il me fallait résoudre à perdre presque toutes mes conquêtes éloignées et penser à en faire dans les endroits par où je pourrais attaquer et me défendre. » Conformément à ce programme, la Hollande fut évacuée.
Louis XIV résolut de conquérir en personne la Franche- Comté ; Turenne devait couvrir l'Alsace et la Lorraine, Schomberg défendre le Roussillon, Coudé fortifier les positions françaises sur la Meuse et tenir tête au prince d'Orange.
La Franche-Comté, poste avancé de la coalition, fut conquise. Après avoir calmé par de l'argent et des promesses les alarmes des Suisses, Louis XIV envoya, en février, Luxembourg occuper Ornans, Pontarlier et Baume, puis vint avec Vauban et 20(1(10 hommes faire en personne le siège des places fortes. Il lit capituler Besançon le 20 mai, Dôle le 7 juin, pendant que Turenne, près de Bàle, empêchait le duc de Lorraine de secourir la province.
Bataille de Seneffe (1674). - C'était sur la Flandre et sur l'Alsace que se concentrait L'effort de la coalition, formée désormais de l'empereur, des ligues germaniques, de la Hollande, de l'Espagne, du landgrave de Hesse, des électeurs de Trêves et de Brandebourg, de l'évêque de Munster, des ducs de Lorraine, de Brunsv/ick el de Luxembourg. Le projet des alliés était de pénétrer par le nord en Champagne et en Picardie, par l'est en Alsace.
Au nord, ce plan fut déjoué par l'énergie de Condé. Avec 40000 hommes il tint tête dans la belle position de Piéton (près Charleroi) aux 60 000 Impériaux et Hollandais du prince d'Orange, qui, n'ayant pu le faire sortir de ses retranchements, esquissa le 11 août un mouvement de retraite. A cette vue, Condé s'élance, bat l'arrière-garde ennemie à SenefTe ou Senef, dans un premier combat, et s'avance avec une impétuosité irrésistible jusqu'au village de Saint-Nicolas-du-Bois, où il remporte un second avantage sur le prince d'Orange, qu'il force à se réfugier sur la hauteur du Fayt, entourée de bois, de marais et de fossés.
Il a l'imprudence de l'y poursuivre et de l'y attaquer une troisième fois, mais ne peut enlever la position, bien que le combat ait continué, furieux, au clair de lune. Il compromettait par là le succès de ses deux actions précédentes et rendait moins incontestable cette sanglante bataille de Seneffe, où furent laissés 23 000 morts. « Nous avons tant perdu à cette bataille, écrivait Mme de Sévigné, que sans le Te Deum et quelques drapeaux portés à Notre-Dame, nous croirions avoir perdu le combat. » Toutefois, depuis ce moment, les entreprises des alliés furent déconcertées.
LA MONARCHIE ABSOLUE
Le vicomte de Turenne, par Philippe de Cu ampaiGnk (Munich,.
Le prince de Condé força Guillaume d'Orange à lever précipitamment le siège d'Oudenarde ^21 septembre et la campagne se termir.a sans autre avantage pour les alliés que la prise de Dinant, de Iluy et l'occupation de Grave, dernier poste avancé des Français en Hollande 26 octobre .
Défense de l'Alsace par Turenne (1674-1675). Bataille de Tûrckheim. — Nos succès sur le Rhin avaient été plus glorieux et plus nombreux. Au printemps, Turenne empêcha le duc de Lorraine d'occuper la Franche-Comté en lui fermant la route du Jura suisse; puis, ayant résolu de combattre le comte Caprara et le duc de Lorraine avant qu'ils ne tussent réunis par le duc de Bournonville, qui leur amenait des renforts impériaux, il passa le Rhin à Philippsbourg avec 10 000 hommes et les rejeta derrière le Neckar, après les avoir battus à Sintzheim 1 16 juin).
Maître du Palatinat et des deux rives au Rhin, il y ravitailla ses troupes en paille et en pain. A ce moment, l'armée ennemie, que l'arrivée des contingents de l'Empire avait
portée à3o000 ou 40 000 hommes, voulut profiter de son écrasante supériorité numérique. Elle passa le Rhin à Mayence (1er septembre , le remonta jusqu'à Spire et menaça d'envahir l'Alsace. Louvois, toujoursjaloux de Turenne, voulut humilier sa trop grande renommée, en lui prescrivant de battre en retraite sur les Vosges, sous prétexte de couvrir la Lorraine. Turenne se refusa à abandonner la frontière sans la défendre et écrivit au roi : « Je suis persuadé qu'il vaudrait mieux pour le service de Votre Majesté que je perdisse une bataille que d'abandonner l'Alsace et de repasser les montagnes... Je connais la force des troupes impériales, les raux qui les commandent, le pays où je suis; je prends tout sur moi. et je me charge des événements. »
Louis XIV, persuadé, donna à Turenne complète liberté d'action. Comme il gardait le Rhin dans la liasse-Alsace, les Impériaux remontèrent le fleuve jusqu'à Strasbourg, dont ils avaient décidé les magistrats à violer la neutralité promise et à leur livrer passais. Turenne, avec ses 22000 soldais, se trouva dans une position critique, ayant en face de lui une année de 40 000 hommes que
devaient rejoindre les 25000 hommes de l'électeur de Brandebourg. Il al laqua aussitôt les Impériaux à Rnsheim 'i octobre , les battit el leur tua 15 00(1 hommes. (Juand la jonction fut accomplie, il se relira dans la montagne, entre Saverne et Maguenau, s'y fortifia el rouvrit encore la Basse-Alsace pendant un mois.
Il n'avait pu empérher la jonction de Bournonville et du Grand Electeur, mais il conçul pour déloger les confédérés un projet plein de génie el d'audace. Vprès avoir
Le grand Condé, ,;„,,, cllCVaiM de
par C otsi '. o i Lou
L'amiral Tromp, par G. M et su (Louvre).
l'arrière-ban et de nombreux renforts, il ne laissa dans Saverne et Haguenau que les troupes nécessaires pour garder ces deux villes, et le 27 novembre il rentra en Lorraine avec toute son aine,'. Cette retraite, qui cachait des desseins profonds, enhardit les Impériaux à disséminer leurs troupes dans la Haute el. la liasse-Alsace. Aussil.il. Turenne se met en marche le long des Vosges du nord au sud el
les prend à revers. Celle marche dérobée, à travers des tagnes
couvertes de neige, des torrents débordés et des chemins presque
impraticables, s'exé cuie avec, tanl de précision que le 27 décembre toutes ses troupes se trouvent réunies à Belfort, rendez-vous fixé. Les ennemis épouvantés se replient sur Colmar. Le 5 janvier, Turenne, qui vient «le remporter un comba I de cavalerie à Mulhouse, l'once sur l'électeur de Brandebourg, solidement retranché à Tûrckheim, avec le gros des forces ennemies. La bataille, commencée une heure avant le coucher do soleil, se termina par un éclatant succès. Les confédérés se replièrent sur Strasbourg, repassèrent le Rhin et évacuèrent toute l'Alsace.
Cette campagne, la plus habile et la plus profonde de la vie militaire de Turenne, le place au-dessus de tous les capitaines de son temps. Aussi rien n'égala l'enthousiasme dont il devint l'objet. Lorsqu'il vint à Saint-Germain, sur toute la route, les populations qu'il avait sauvées de l'invasion accouraient au-devant de lui, remplies d'admiration et émues de reconnaissance. A la Cour, Louis XIV le combla de témoignages de la plus vive satisfaction; il l'embrassa publiquement et prescrivit à Louvois de lui faire des excuses. Turenne semblait embarrassé de sa gloire.
Sur mer, Ruyter avait été repoussé devant la Martinique et Tromp avait tenté deux descentes infructueuses à Relie-Ile et à Noirmoutiers. Sur la seule frontière du Roussillon, Schomberg s'était laissé un instant déborder par les Espagnols.
Campagne de 1675. Mort de Turenne et retraite de Condé. — La campagne de 167'j s'ouvrit par deux diversions au moyen desquelles Louis XIV réussit à inquiéter la coalition au nord et au sud. Au nord, Louis XIV, après une longue négociation, décida non sans peine les Suédois à remplir les engagements qu'ils avaient
pris avec lui par le traité du l 'i avril 1672.
Moyennant une augmentation de subsides, il leur lit. signer (27 septembre 1674) un nouvel engagemenl
à la Suite duquel ils
parurenl sur les terres de l'électeur de Brandebourg janvier 1675 dont les troupes évacuaient en ce moment l'Alsace. Ils s'étaient avancés jusqu'à quelques milles de Berlin, quand ils essuyèrent à Fehrbellin (18 juin 1675 un écln c reteni issa m . Leur i nter-
vent n e n a va i I
Pas moins immobilisé Le comte de Montecuculli,
d< gros contingents. gravure a a i bki r.
Au sinl avait lieu une autre diversion. La révolte de Messine, que la France eut soin d'alimenter en envoyant aux insurgés de Sicile ilrs vivres, des munitions et des troupes sous la conduite du cheva
lier de Valbelle, du duc <!<■ \i\ e, frère de .M"1" de Montespan, et
de Duquesne, contraignit les Espagnols à porter leurs principales forces dans l'île.
En Flandre, Louis XIV, mieux préparé el plus résolu que ses ennemis, grâce à l'infatigable activité de Louvois, entra plus tôt
qu'eux en campagne avec 70000 I mes sous
lés ordres directs de Condé. Maître de la Moselle par Trêves, il voulut le devenir du cours de la Meuse pour empêcher l'armée impériale de joindre eu Flandre l'armée hispano-hollandaise; la prise de Liège, de Dinant et de lin y le lui permit. Puis il investit la capitale du duché de Limbourg, empêcha le prince d'Orange de la secouri-r, et, après l'avoir prise, revint à Versailles le 21 juillet.
Tendant ce temps, Turenne, opposé sur le Rhin au célèbre général impérial Montecuculli, y renouvelait ses savantes manœuvres do l'année précédente. Après avoir empêché son adversaire de passer en Alsace, il l'entraînait à sa suite sur la rive droite dufleuve, se fortifiait six semaines dans l'Orteiiau, culbutait l'ennemi le 1S juillet et allait l'attaquer en pleine retraite avec un succès certain, près de Salzbach (grand-duché de Bade), lorsqu'il fut tué le 26 juillet, au moment où, visitant les avantpostes, il s'écriait : « Je les tiens, ils ne pourront pas m'échapper. » Un boulet perdu, qui emporta le bras de son coin mandant d'artillerie Saint-Hilaire, l'avait atteint au flanc gauche : il avait soixante-quatre ans. Le fils de Saint-Hilaire s'étant jeté en larmes sur le corps de son père : « Ce n'est pas moi, dit le blessé, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer. Pauvre armée, que vas-tu devenir? » Et les soldats criaient : « Notre père est mort, nous sommes perdus; nous voulons venger notre père! » Sous la conduite du comte de Lorges, neveu de Turenne, ils livrèrent près d'Altenheim une bataille sanglante où les Impériaux perdirent 4000 à 5000 hommes et les Français 3000 hommes environ (1er août 1675).
Turenne avait été le plus grand tacticien de son siècle. Calme et impassible, maître de lui-même, il eut rarement de ces inspirations subites qui changent la face des événements, mais souvent aussi entraînent des échecs irréparables. N'abandonnant rien au hasard, avare du sang des troupes, il calculait tous ses mouvements et déployait avant de combattre tout ce que l'art et l'expérience la plus consommée peuvent offrir de ressources. Moins hardi et moins brillant que Condé, son rival de gloire, il avait plus que lui l'habileté stratégique qui prépare le succès et la prudence qui évite les revers. « Il est mort aujourd'hui, s'était écrié Montecuculli, un homme qui faisait honneur à l'homme. » Chez Turenne, « chaque jour marque un progrès; aucune leçon n'est perdue. La prudence était de son tempérament; la réflexion lui donna l'audace. » (Duc d'Aumale.)
Cependant l'armée de Turenne, commandée par Vauban et le maréchal de Lorges, qui ne s'entendaient pas, battit en retraite jusqu'à Schlestadt, etCondé, appelé en hâte en Alsace, ne put empêcher Montecuculli de passer le Rhin à Strasbourg; enfin le 11 août, le maréchal de Créqui, qui couvrait l'électorat de Trêves, était complètement défait à Consarbrùck par le duc de Lorraine, au confluent de la Sarre et de la Moselle, et se jetait dans Trêves, dont la garnison capitula malgré lui le 3 septembre; il se retira dans la cathédrale, où il fut fait prisonnier.
Condé, faisant un nouvel effort, put enfin délivrer Saverne et Haguenau et obliger les Impériaux à repasser le Rhin. Ce fut sa dernière campagne : atteint d'infirmités, il se retira dans sa magnifique résidence de Chantilly, l'année même où Montecuculli rentrait lui aussi dans la vie privée. Il y
véCUl jusqu'en [686, adoucissant les ennuis de ses infirmités el
d une inaction forcée par le culte des lettres, dans la société la plus brillante et la plus éclairée. L'armée française perdait en lui m h capitaine dont l'élan, les i onceptions soudaines, les manœuvres hardies avaient plus dune fois assuré bi usquement la victoire. Ses opérations, par leur promptitude Blême et leur vigueur, coûtaient beaucoup de sang, ce qui l'a fail accuser de chercher les actions rapides sans tenu- compte de la \ ie des soldats, mais il convient de remarquer, avec Napoléon, que si, chaz Turenne, l'audace avait crû avec l'expérience, ce fut plutôt le contraire chez Condé, qui en avait tant déploj •■ au début de sa cari ièi e.
La campagne de 1 1 i 7 .' » n'avail pas eu une issue heureuse. A l'intérieur, la situation financière était déplorable el Louis XIV était obligé d'accabler le peuple d'impôts. La Bretagne s'était révoltée; Bordeaux avait envoyé secrètement des députés auprès du prince d'Orange.
Abraham Duquesne, gravure (TEdelinck
Campagne de 1676. La guerre navale. Opérations sur la frontière du nord. — Si l'on jette un coup d'oeil sur les trois premières campagnes de la guerre de Hollande, on voit quel'armée de l'Est, sur laquelle portait surtout le poids de la guerre, a défendu la ligne du Rhin et pénétré plusieurs fois en Allemagne; que l'année du Nord a arrêté à Seneffe l'invasion des forces hollandaises et impériales; que les Espagnols n'ont pu forcer les Pyrénées; enfin, que l'occupation de Messine a ouvert à la guerre un nouveau champ de bataille : la mer.
La campagne de 1676 eut, comme les précédentes, des débuts très favorables à Louis XIV, qui était toujours prêt avant les coalisés. Dans la mer de Sicile, Duquesne fit éprouver aux Espagnols et aux Hollandais réunis des échecs inaccoutumés et une perte irréparable : après avoir battu le 11 février 1675 l'amiral espagnol Melchior de la Cueva, qui assiégeait Messine, et installé dans cette ville un vice-roi français, le duc de Vivonne, il eut à lutter contre le terrible Ruyter que les États généraux envoyaient au secours de leur allié avec quatre-vingts vaisseaux. Duquesne, qui n'en avait que trente, réussit à sauver le convoi de blé qu'il escortait, après s'être mesuré avec la flotte ennemie, le 8 janvier, en vue du Stromboli (îles Lipari). Une seconde bataille (22 avril , livrée dans le golfe de Catane, non loin d'Agosta, resta indécise, mais coûta la vie à Ruyter qui eut la jambe droite fracassée et le pied gauche emporté par un éclat de mitraille. Le vice-amiral hollandais, Haën, fut décapité par un boulet, sur le pont même du vaisseau où reposait le corps de Ruyter. Louis XIV ordonna que, si le navire qui portait le corps de l'amiral passait en vue des ports français, on rendît à ces glorieux restes les honneurs militaires. Comme on lui faisait observer que cette mort le débarrassait d'un ennemi dangereux : « On ne peut, dit-il, s'empêcher d'être sensible à la perte d'un si grand homme. »
La Hotte alliée s'était réfugiée dans le golfe de Palerme : la Hotte française Vivonne, Duquesne, Tourville) vint l'attaquer le 3 juin et détruisit ou submergea 12 vaisseaux, 700 canons, 15 000 hommes. Les Français restèrent maîtres de la mer de Sicile (1 .
La campagne de terre n'avait pas été heureuse. Louis XIV poursuivait son projet d'étendre la frontière de la Fiance sur une ligne continue depuis le Jura jusqu'à l'Océan. Après avoir pris, en 167 4, la Franche- Comté; en 1673, Liège, Givet, Dinant, Huy, Limbourg sur la Meuse, il porta, en 1676,
L'amiral Ruyter, par Franz H al s (Coll. Spencer).
(1) Malgré nos brillants succès en Sicile, Louis XIV dut abandonner ultérieurement une conquête où il lui semblait difficile de se maintenir conlre deux grandes puissances coalisées. Le 13 mai 1678, La Feuillade évacuaMessine, abandonnant la ville à la vengeance de ses anciens maîtres.
LA MONARCHIE ABSOLl E
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ses armées sur l'Escaut. Il enleva Condé (26 avril' cl Bouchain ^11 mai) et retourna à Versailles, niais son successeur en Flandre, Schombcrg, empêcha le prince d'Orange de prendre Maastricht, que défendail héroïquement le comte de lalvo : le seul succès des coalisés pendant cette campagne fut la conquête de Phiïippsbourg 8 septembre .
Campagne de 1677.
Bataille de Cassel. — I - coalisés tirent d'immenses préparatifs et projetèrent de grands efforts pour la campagne de 1 G77.
Mais Louis XIV, toujours prêt avant eux, les déconcerta par la rapidité de ses succès dans les Pays- lias.
où commandait le maréchal de Luxembourg. Il ne lui i - stail plus qu'à s'emparer de Valenciennes el de Cambrai pour tenir tout le cours de l'Escaut. La première de ■ ■• s places lut prise d'assaut le 17 mars, à la suite d'une vigoureuse attaque; la seonde fut assiégée le 22 mars et capitula le 18 avril. Pendanl le
ge, le duc d'Orléans, qui investissait Saint-Omer, avait vu s'avancer pour délivrer cette place le prince d'Orange, à la tête de 40 000 hommes. Il marcha contre lui, le rencontra le 11 avril près de Cassel, lui tua 3000 hommes, lui fit 4000 prisonniers, lui prit 61 drapeaux et, après l'avoir mis en pleine déroute, vint continuer le siège de Saint-Omer, qui capitula le 19 avril. En sept semaines, à la fin de l'hiver, les Fiançais avaient gagné une bataille rangée, expulsé les Espagnols de l'Artois et occupé Cambrai, « une place, disait Louvois, qui a fait des maux infinis au royaume et qui doit rendre le repos à un million de sujets du roi ».
Louis XIV repartit alors pour Versailles (31 mai), espérant qu'il en imposerait aux alliés par sa modération même; mais ainsi qu'il arrive le plus souvent en pareil cas, ceux-ci l'interprétèrent comme un signe de faiblesse. Croyant la France anxieuse de l'avenir, ils redoublèrent d'activité, tinrent un grand conseil de guerre près de Wesel et lancèrent le duc de Lorraine sur la Moselle et l'électeur Brandebourg contre les Suédois. Mais tandis que l'amiral Jean d'Esti'ées capturait quatorze vaisseaux hollandais devant Tabago et s'emparait de Gorée Sénégal : tandis que le roi Charles XI de Suède prenait à Lunden sa revanche de Fehrbellin 16 décembre 1676 el à Landskrona (24 juillet 1677 , le prince d'Orange et le duc de Lorraine, qui avaient projeté deux attaques, l'une aux Pays-Bas i ontre Luxembourg, l'autre sur la Moselle contre i'a '-qui. échouèrent l'un et l'autre. Le premier, avec 'illllllO hommes, vint mettre le siège devant Charleroi, mais dut le lever sans même avoir ouverl la tranchée par suite des savantes manœuvres de son adversaire. Le second trouva dansCréqui le meilleur élève et le glorieux continuateur de Turcnne. Lai --a ni Montclar couvrir l'Alsace contre l'armée des Cercles, Créqui harcela telle al l'armée impériale qu'il l'empêcha, el d'entrer en Lorraine, el de joindre celle du prince d'Orange bataille de Kokersberg, 9 oct. ; il se retourna ensuite contre celle des Cercles, en enferma une partie dans une lie du Rhin et la réduisit à capituler. Puis, au moment on le due de Lorraine prenait Si quartiei s d'hiver, il se jeta brusquement sur Fribourg-en-Brisgau et fit capituler la plan', le 16 novembre, à la stupéfaction de la cour de Vienne.
Ainsi, la fortuné du roi de France apparaissait plus brillante que jamais, el le prime d'Orange, constamment malheureux dans ses entreprises, était l'objet de récriminations universelles.
Histoire de France. — II.
Bataille de Palerme, gravure de Lu Clerc.
Défection du roi d'Angleterre (1678). — Il semblait dès lors que la paix dût être imminente; el de fait, un congrès réuni à Nimègue dès le mois de juin 1676 avait commencé à en débattre les conditions. La volonté de Louis XIV de ne pas trop réduire les tarifs douaniers de 1667 et la résistance du prince d'Orange avaient jusque-là l'ait échouer les négociations. Ce dernier essaya au dernier moment de les rompre, et par un incident diplomatique el par un coup de force.
En octobre 1677, il se rendait à Londres, invité par son oncle Charles II dont il épousa la nièce, fille aînée du duc d'York. Le roi d'Angleterre était partagé depuis longtemps entre son désir personnel de rester l'allié de Louis XIV, qui lui fournissait d'abondants subsides el auquel il devait 27 millions, et la crainte de ne pouvoir s'opposer longtemps à l'irrésistible mouvement d'opinion qui entraînait son peuple contre la France. La démarche du prince d'Orange porta le dernier coup à ses hésitations; le 10 janvier 1678, il contracta une alliance défensive avec les Provinces-Unies.
Sous cette menace, Louis XIV agit avec autant de prudence que de vigueur^ Tandis que ses armées évacuaient la Sicile, position trop excentrique en cas de guerre maritime, il réunissait une armée aux Pays-Bas, et, le 3 mais, paraissait devant Gand. Jamais encore fin vasion française n'avait pénétré si avant dans les Flandres. La ville capitula le 9 et Ypres le 2o. Les Hollandais, se voyanl découverts, comprirent qu'il était plus avantageux de Iran siger. La prise de Puycerda 26 mai , les succès de Créqui dans la Forêt Noire juin el ceux de noire marine sur toutes les mers convainquirent l'Empire el l'Espagne de la même nécessité.
Traité de Nimègue (1678). Paix générale (1679). Les négociations ouvertes à Nimègue reprirent une n elle ai tivité el sem
blaient près d'aï tir quand nu scrupule de
Louis XIV faillit en retarder l'issue. \ peu près d'accord avec les coalisés sur les conditions de paix, il réclamait le rétablissemenl dé son alliée, la Suède, >\'\n*< toutes ses anciennes possessions. Le Brandebourg, le Danemark, l'empereur ne voului eni pas \ consentir el la guerre reprit : Créqui eul encore le temps de batl i e les Impériaux sur le Rhin juillet 167s et la Suède rendit elle même au roi de Fi ance la liberté de traiter se
parement avec la Hollande el l'Espagne. I. s \l\
en profita et, le lu août, signa la paix avec les Pi o\ im es i s. Quati e jours après, le pi ince
d'Estrées
(Estât rialc).
IIISTiHlii: !>!• FRANCE
d'Orange se jetail sur l'armée il'1 Luxembourg, qui croyail les 1 1 < >-i i lités terminées, enlevail la position de Saint-Denis, près de Mons, el échouait devant celle du Casteau, après un sanglant combat. Avait-il connaissance du traité? Il le nia sur l'instant, niai-; l'avoua plus lard ,'i Gourville. Quoi qu'il en soit, L'Espagne traita a Nimègue le 17 septembre; l'empereur, le •> février 1 » » T '. ' . La pacification lui complétée car 1rs traités de Saint-Germain entre Louis XIV el l'électeur de Brandebourg (20 .juin 1679 ; de Fontainebleau, entre la France et le Danemark (2 septembre ; de Lunden, entre la France cl, la Suède 26 septembre] 1 .
Par le premier traité signé avec la Hollande H) août 1678 , Louis XIV rendail à cette puissance Maèstrichl avec les villages environnants; il donnail satisfaction à Guillaume i i' sa principauté
d'Orange, qu'il axait confisquée. Le traité politique lui suivi le même jour d'un traité de commerce qui abolit pour les Hollandais le tarif prohibitif de 1667 et les exempta du droit d'aubaine.
Par le second traité, signé avec Charles 11 (17 septembre 1678), Louis \l\ consentail à rendre à l'Espagne Charleroi, Limbourg, Apt, Binche. Gand, Courtrai, Saint-Ghislain, mais il obtenait en échange la Franche-Comté toul entière et, dans lr Nord, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai et le Cambrésis, Ain', Saint- Omer, Ypres, Warwick, Warneton, Poperinghe, Bailleul, Casse! cl leurs dépendances.
L'empereur Léopold, qui avait réclamé la restitution «le l'Alsace, lui. obligé de se soumettre aux conditions que voulut bien lui accorder Louis M V (5 février 1679). Il garda Philipsbourg, donl il s'était emparé, mais il céda Fribourg-en- Bi'isgau avec une route militaire de cette ville à Brisach. Le traité de Munster, de 1648, fut renouvelé el confirmé dans toutes ses clauses.
Le duc de Lorraine, qui avait été l'allié de l'empereur, fui, rétabli dans ses États, mais il dul abandonner .Nancy cl sa banlieue et ouvrir au roi de France quatre routes d'une lieue de largeur à travers ses Etats.
Les princes qui restaient encore en armes contre la France et ses alliés, les Suédois, ne pouvaient [dus continuer la résistance. Les princes de la maison de Brunswick signèrent, le même jour que l'empereur, le traité de Zell, par lequel ils restituaient au roi de Suède tout ce qu'ils avaient enlevé du duché de Brème.
Deux traités furent signés à Saint-Germain avec l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume 1er, les 29 juin et 23 octobre 1679. Par le premier, qui fut patent, l'électeur de Brandebourg faisait la paix avec la Suède en lui restituant ses possessions des bouches de l'Oder, sauf pour les terres situées sur la rive droite de ce fleuve. Par le second, qui restait secret, Louis XIV promettait à l'électeur un subside annuel de 100000 livres pendant dix ans. En échange, Frédéric-Guillaume s'engageait, au cas d'élection impériale, adonner sa voix à Louis XIV ou au Dauphin, ou à tout autre prince désigné par la Fiance. Celte alliance de la maison de Hohenzollern
et du mi de France dura officiellement jusqu'à la ri de l'électeur
(1688). Le Danemark, en guerre avec la Suède depuis ll>7r>, entendait garder toutes ses conquêtes et même revenir sur les clauses territoriales des précédents traités. Louis XIV refusa de se rapprocher du Danemark tant que celui-ci n'aurait pas fait sa paix avec la Suède, et le roi de Danemark s'y décida enfin par le traité' de Fontainebleau "2 septembre 1679). De son côté, la Suède signa avec la France le traité de Lunden (26 septembre .
Ainsi se termina, au bout de dix ans, cette longue suite de négociations et de guerres. Louis XIV avait su changer à propos de desseins, et, obligé de renoncer à la Hollande, diriger aux dépens de l'Espagne une lutte dans laquelle chaque campagne, supérieurement préparée el conduite, avait été suivie d'une acquisition considérable de territoire.
Arbitre de l'Europe, il atteignil à Nimègue l'apogée de sa grandeur. » L'Europe s'était année contre lui, il avait résisté, il avait grandi encore, alors il se laissa donner le nom de Grand. Le duc de La Feuillade alla plus loin : il entretint un luminaire devant sa statue (place des Victoires), comme devant un autel. On croil lire l'histoire des empereurs romains. » (Michelet.)
Colbert de Croissy, gravure (I'Edelinck,