LA FIN DU RÈGNE
Dernières années de Louis XIV. — Les dernières années du règne de Louis XIV furent particulièrement tristes. Sous l'intluence de Mme de Maintenon et de son entourage, le roi vieillil dans une atmosphère d'austérité sombre. Le Grand Dauphin lient à Meudon une cour « libertine » et, quand il meurt en 1711, on pressent que le duc de Bourgogne inaugurera en France un gouvernement réformateur (Voir p. 100); mais l'héritier du trône est lui aussi emporté subitement parla maladie, suivant de huit jours dans la tombe Adélaïde de Savoie, et les deuils se succèdent dans la famille royale avec une brutalité foudroyante : le grand roi déclare les princes légitimés aptes a régner sur la France.
La situation à la fin du règne. Les résultats. Louis XIV eut de graves défauts, donna trop longtemps l'exemple d'une vie
(1) V. Albert Vanhai., Les Premières Origines de l'Europe contemporaine (Leçon d'ouverture faite à l'École des sciences politiques, 13 novembre 1908).
scandaleuse, commit des fautes politiques et sociales, mais il eut au plus haut point |e sentiment de la grandeur de la France.
La première partie de son règne fut incontestablement glorieuse: la comparaison de l'état de la France après la Fronde et eu 1672 démontre avec évidence les bienfaits d'un gouvernement que l'ambition et l'orgueil n'ont pas encore aveuglé.
Malgré b-s reproches justifiés (pion a adressés a Louis XIV, malgré^ son amour de la guerre iil avoua lui-même à son lit de mort qu'il l'avait trop aimée , malgré- son besoin de domination, on doit, en se plaçant au point de vue exclusivement français, lui reconnaître deux mérites : d'abord un vif sentiment de l'honneur national et de la grandeur du pays. • Je s.uis encore plus Français que roi, disait-il à Villars après Friedlingen; tout ce qui ternit la gloire «le la nation m'est plus sensible que toul autre intérêt. En second lieu, son amour de la guerre dous a valu l'acquisition durable de cinq provinces : l'Alsace, l'Artois, le Itoussillon, la Flandre et la Franche-Comté. Il tient donc une place d'honneur danla série des grands ouvriers de l'unité française.
Il semble bien que, même dans ses erreurs, Louis XIV ait été de bonne foi, mais sa doctrine politique devait avoir des conséquences mortelles pour la monarchie, parce qu'elle aboutissait à une mauvaise répartition des forces nationales : une noblesse de naissance volontairement exclue des emplois publics, sauf de l'armée ; un clergé' sans indépendance ; une noblesse de robe et de finance maîtresse des forteresses administratives, et, au-dessous de cette élite privilégiée, le gros de la nation qui peine et qui soutire.
La France comptait, à la fin du règne, moins de "20 millions d'habitants, tant les guerres et la misère l'avaient décimée. Sauf dans le Languedoc, la situation matérielle du pays est lamentable. La guerre, la fiscalité-, la disette, l'émigration protestante ont fait leur œuvre : les roules sont mal entretenues ; les paysans manquenl du nécessaire; les fabriques sont fermées. En l~o7, au dire de Vauban, « près de la dixième partie du peuple est réduite à mendier; des neuf autres parties, cinq ne peuvent taire l'aumône à celle-là, dont elles ne diffèrent guère; trois sont fort malaisées; la dixième ne compte pas plus de 100000 familles, dont il n'y a pas 10000 fort à leur aise ».
Ainsi l'établissement monarchique de Louis XIV est ébranlé par l'exercice d'une autorité sans frein, par une situation économique désespérée et par un complet défaut d'équilibre dans le corps social.
Les abus, qui ont déjà trouvé dans La Bruyère un critique sévère et parfois outré, provoquent vers la fin du règne un véritable mouvement d'opposition. L'auteur anonyme des Soupirs de la France esclave (1689), Boisguillebert (Détail de la France, 1697 ; Faclum de la France, 1707), Vauban (Dîme royale, 1707 , Fénelon, Saint-Simon, les réfugiés calvinistes, comme Jurieu, s'en prennent au principe d'autorité, tandis que Fontenelle et Bayle préludent à la diffusion des idées du xvme siècle.
Mort de Louis XIV (1715). — Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du mois d'août 1715, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Conformément aux désirs pressants de Mn,e de Maintenon et du duc du Maine, il déposa au Parlement un testament (2 août 1714) par lequel il instituait un conseil de régence, sous la présidence du duc d'Orléans. Le duc du Maine, chargé de veiller à la sûreté, conservation et éducation du roi mineur, aurait sous son autorité Villeroi, gouverneur du jeune souverain. Mais Louis XIV ne se faisait guère d'illusions sur le sort réservé à ses dernières volontés; car il dit à la veuve du roi d'Angleterre Jacques Il : « J'ai fait un testament; on a voulu absolument que je le tisse; il a fallu acheter mon repos; mais, dès que je serai mort, il n'en sera ni plus ni moins. Je sais trop bien ce qu'est devenu le testament du roi mon père ! »
Louis reçut les sacrements le 25 août et fit le lendemain ses adieux à son entourage. Il demanda à la duchesse de Ventadour, gouvernante du Dauphin, de lui amener cet enfant de cinq ans : » Mon enfant, lui dit-il, vous allez être un grand roi ; ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'ai eu pour la guerre ; tâchez, au contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez, faites-le honorer par vos sujets. Suivez toujours les bons conseils, tâchez de soulager vos peuples; ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire. Mon cher enfant, continua-t-il en embrassant le Dauphin, je vous donne ma bénédiction de tout mon cœur. »
La sérénité du roi ne l'abandonna pas un instant. « J'avais cru plus difficile de mourir, » dit-il à Mme de Maintenon; puis, voyant