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Président à mortier, Conseiller au Parlement,
gravures de Lu clerc.
vant; mais l'acquisition des offices a donné lieu à un véritable trafic, préjudiciable au bon recrutement de la magistrature. Peu à peu les grandes familles parlementaires et honorables — les d'Ormesson, les Mole, les Harlay, les Nicolaï, les Séguier, les Talon — ont constitué une exception, et les prétoires se sont garnis de jeunes magistrats plus riches d'écus que de science juridique. La vénalité des offices permettait aux ambitieux de réaliser leur idéal; mais, comme ils y mettaient le prix, ils prétendaient percevoir, sous forme d'épices, l'intérêt du capital dépensé. De là des abus criants, surtout dans les villes de province, où les exactions de la robe moyenne (juridictions inférieures) et de la petite robe (procureurs et clercs) ruinaient en frais de procédure la noblesse secondaire, sans parler des conflits perpétuels entre la bourgeoisie judiciaire et la bourgeoisie échevinale qui, rivalisant d'influence et de puissance, se jalousaient mutuellement.
« 11 y a dans la ville, dit La Bruyère, la grande robe et la petite robe, et la première se venge sur l'autre du dédain de la Cour et des petites humiliations qu'elle y essuie. De savoir quelles sont leurs limites, où la grande finit et où la petite commence, ce n'est pas une chose facile ; il se trouve même un corps considérable (lçs avocats) qui refuse d'être du second ordre et à qui l'on conteste le premier; il ne se rend pas néanmoins; il cherche, au contraire, par la gravité et par la dépense, à s'égaler à la magistrature ; on ne lui cède qu'avec peine; on l'entend dire que la noblesse de son emploi, l'indépendance de sa profession, le talent de sa parole, et le mérite personnel, halancent du moins les sacs de mille francs que le fils du partisan ou du banquier a su payer pour son office. »
La finance n'était pas moins ambitieuse que la robe et l'échevinat. Elle fournissait des ressources à la monarchie dans les heures critiques et instaurait la puissance sociale de l'argent. Quant aux traitants, il suffira pour les juger de rappeler les poursuites dont ils furent l'objet, particulièrement devant la commission extraordinaire constituée par Colbert pour leur faire rendre gorge.
La petite bourgeoisie (médecins, chirurgiens, apothicaires, corps de métiers) subissait l'influence de la grande et ne se mêlait encore que très rarement à la vie publique.
L'élévation du tiers état fut, comme nous l'avons dit (voir p. 53), favorisée par Louis XIV, et Saint-Simon ne peut pardonner au roi d'avoir réduit l'aristocratie de naissance au rang d'une noblesse courtisane, de l'avoir exclue des fonctions publiques au profit de ces dynasties de ministres, tels que les Le Tellier et les Colbert, qu'il appelle les bourgeois porphyrogénètes. « Le roi, dit-il, n'aimait pas
Dame se promenant, gravure de Saint- J e an.
la naissance, qu'il craignait autant que l'esprit. Ses ministres et ses secrétaires d'État venaient on ne sait d'où, et b-s plus grands seigneurs faisaient antichambre à la porte de ces messieurs. 11 fallait donner du Monseigneur à Colbert, à Louvois, à Le Tellier, à tulli quanti, et eux refusaient cette qualification de juste humilité et de politesse aux gens de qualité, gouverneurs de places ou de provinces. Leurs femmes aussi arrivaient peu à peu à entrer dans les carrosses et à n'être en rien différentes des femmes de première
qualité Wait-on quelque chose à due au roi, à demander au
roi, jamais on n'avait audience dans son cabinet; on était toujours entendu de quelque ministre, ou dans leur perruque, ce qui n'était lias plus avantageux ; et le roi vous répondait par un « Je verrai ,,
qui vous glaçait. Souvent même il refusait audience aux gens de première qualité. »
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Ouvrages à consulter : Barine (Arvède), Louis XIV et la Grande Mademoiselle, 1652-1693 (nouv. éd., 1906); — Madame, mère du Régent (1909 . — Baudrillart, Madame de Maintenait : son rôle politique pendant les dernières années du règne de Louis XIV (Revue des Questions historiques, 1890).
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LA VIE EN FRANCE
Règne de Louis XIV.
Fig. 1. — Entrée dis Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche a Paris, le 26 août 1660, a l'occasion de la signature de la paix générale et de leur mariage. — a l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, au milieu de la place nommée de nos jours place de lu Nation, un haut-dais ou trône royal, soutenu par quatre colonnes et couvert d'un dôme, avait été édifié : c'est là que Leurs Majestés devaient recevoir les hommages et les félicitations.
Toutes les rues que devait suivre le cortège étaient tapissées, les portes des maisons couronnées de fleurs et de verdure, les fenêtres garnies d'étoffes de soie et de tapisseries, le pavé couvert de sable fin et semé d'herbes odorantes. La milice alla au-devant de Leurs Majestés, dans le plus bel ordre, conduite par son colonel général, le président de Guénégaud, monté sur un cheval caparaçonné. Le Parlement et les cours souveraines, précédant le chancelier et les officiers de la chancellerie, vinrent prendre position autou. du trône royal. Louis XIV et la reine partirent du bois de Vincennes : le roi, vêtu d'un habit tout en broderie d'argent-trait, mêlée de perles et de rubis, avec un bouquet de plumes incarnat et blanc au chapeau, était monté sur un genêt d'Espagne ; la reine, assise dans un char découvert. Sous le dais du trône vinrent prendre place les souverains, entourés des princes et princesses du sang et des plus grands seigneurs de la cour.
Après les harangues, l'entrée commença : l'équipage du cardinal Mazarin marchait le premier; ensuite venaient les écuries de Monsieur, de la reine mère et du roi. La compagnie des mousquetaires et celle des chevau-légers furent suivies par les pages de la chambre, les gentilshommes ordinaires, les maîtres d'hôtel, les officiers de la prévôté de l'hôtel et d'autres officiers de la maison du roi. Les cent Suisses, les hérauts d'armes et quelques officiers de la couronne, tous à cheval, précédaient le roi, entouré de plusieurs princes et de ses gentilshommes de bec à corbin. Les officiers de la reine marchaient en avant de son char. Une longue suite de carrosses fermait le cortège, qui traversa toute la ville, au milieu des acclamations du peuple, pour se rendre au Louvre.
Fig. "2. — Les plaisirs de l'Isle enchantée. — Représenta imn de « la Princesse d'Elide » dans la grande
ALLÉE DU PARC DE VeRSAILLKS, A L'OCCASION DE FETES DON- NÉES en 1664. — La représentation de la Princesse d'Elide eut lieu le soir de la seconde des journées intitulées « les plaisirs de l'isle enchantée », offerte par le roi à ses invités. Le vent qui s'éleva dans la journée menaça de compromettre le succès de la fête, mais le roi fit couvrir de toiles l'endroit où l'assistance allait se grouper, éclairée par 1 000 grands flambeaux chargés de grandes torches en cire blanche.
Molière, dans la pièce, mimait le rôle d'un valet de chien : « // faut avoir vu Molière qui dormoit sous l'habit de Lisiscas, dit un témoin oculaire, et les figures inimitables qu'il fit en s'éveillant au bruit des veneurs, pour juger de ce jeu de théâtre, dans lequel aucun de ceux qui l'ont copié depuis ne l'ont jamais imité. »
Fig. .''. — La chambre p.leue de l'hôtel de Rambouillet. — L'hôtel de Rambouillet fut bâti en 1618 par Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, clans la rue Saint-Thomas-du-Louvre. La marquise de Rambouillet, si célèbre dans l'histoire littéraire, fut elle-même, raconte Tallemant des Réaux, l'architecte de son hôtel. Suivant la mode du temps, il était construit en briques et pierre. En 1641 , les bâtiments furent augmentés d'un beau pavillon auquel on travailla en secret, et qui, un soir, fut ouvert brusquement à une nombreuse compagnie. La chambre bleue, décrite par Voiture, o estoit parée d'un ameublement de velours bleu, rehaussé d'or et d'argent. C'estoit le lieu où Catherine recevoit ses visites. Les fenêtres sans appui, qui régnent du haut en bas, depuis son plafond jusqu'à son parterre, la rendent très gaye et laissent jouir sans obstacle de l'air, de la vue et du plaisir du jardin. »
Vers 1778, le duc d'Orléans fit l'acquisition de l'hôtel pour y installer ses écuries; en 1784, on le transforma en Vauxhall d'hiver; en 1792, on y établit le théâtre du Vaudeville, incendié le 18 juillet 1836. L'hôtel servit ensuite d'écuiie pour les équipages du roi Louis-Philippe et fut démoli en 1850.
Fig. 4. — Les plaisirs de l'Isle enchantée. — Le feu d'artifice de la troisième journée (1664). — La troisième journée était réservée au ballet. La cour prit place sur les bords du grand bassin circulaire, sur lequel on avait élevé le palais d'Alcine, au milieu d'une ile défendue par des animaux fantastiques. La magicienne, portée sur le dos d'un monstre marin et entourée de ses nymphes, se promena d'abord sur les eaux pour s'assurer qu'on ne tenterait pas de délivrer les chevaliers enfermés dans son palais. Alors commença le ballet : Alcine fit paraître des géants énormes et des nains, qu'elle chargea de faire bonne garde autour du palais. Plusieurs chevaliers essayèrent en vain de s'échapper : ils furent vaincus par des monstres, qui luttèrent avec eux. Alcine, inquiète des résultats d'une nouvelle révolte de ses prisonniers, fit appel aux esprits et ensuite aux démons, en leur ordonnant de veiller nuit et jour. Mais, pendant que Roger et ses compagnons se désolaient de leur captivité, la sage fée Mélisse, sous la forme d'Atlas, réussit à parvenir jusqu'à Roger, qui lui remit l'anneau d'Angélique. Aussitôt un coup de tonnerre annonça la fin des enchantements d'Alcine : son palais fut réduit en cendres par un splendide feu d'artifice.
Fig. 5. — Le grand carrousel donné en 1662, sur la place relunt le Louvre et les Tuileries. — Les 5 et 6 juin 1662, Louis XIV donna sur la place située devant les Tuileries un carrousel, d'où le nom que la place porte encore aujourd'hui.
La fête effaça, par sa pompe et sa splendeur, toutes les précédentes, bien que Louis XIV n'y eût consacré que 1200000 livres. On avait disposé la place en forme d'un camp fermé de doubles barrières et entouré d'amphithéâtres immenses qui pouvaient contenir des milliers de spectateurs. Tous les courtisans conviés tinrent à honneur, selon l'usage, de se faire remarquer par le luxe de leurs équipages. La fête se composait de courses en char, de courses de tètes et de courses de bague. Les concurrents avaient été divisés en quadrilles de nations différentes : le roi, vêtu à la romaine, marchait en tète de la première quadrille, représentant les Romains, et Monsieur, frère du roi, en tète de la seconde quadrille, représentant les Perses; la troisième quadrille (les Turcs) était conduite par le prince de Condé, et la quatrième (les Indiens), par le duc d'Enghien; le duc de Guise conduisait la cinquième (les sauvages).
La reine, la reine mère, la reine d'Angleterre, entourées de toute la cour et désignées comme les reines du camp, furent chargées, à ce titré, de distribuer les prix de chaque journée.
On voit, dans le fond de notre reconstitution, le palais des Tuileries en 1662 ; le pavillon de Marsan n'était pas encore construit, ni l'aile nord du château, qui devait relier ce pavillon à la partie du palais construite par Catherine de Médicis.
Au premier plan, le prince de Condé commande la quadrille des Turcs.
Fig. 6. — Célébration de la victoire de Lens. - Le 26 août 1648, un Te Deum solennel fut célébré à Notre- Dame, pour la réception des drapeaux pris sur l'ennemi à la bataille de Lens et qui y furent portés en cérémonie. Cette solennité motiva un grand déploiement de troupes, qui remplirent toutes les rues de l'île du Palais. C'est immédiatement après la rentrée des membres du Parlement à leur domicile que l'on procéda à l'arrestation du conseiller Broussel et des présidents Charton et Potier de Blancmesnil, qui étaient considérés comme étant les chefs les plus dangereux de la faction parlementaire. ( Voir Livre X, chap. III.)
LA VIE EN FRANCE