‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 38 sur 196 · LA VIE EN FRANCE. — XXII. RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LA VIE EN FRANCE. — XXII. RÈGNE DE LOUIS XIV

Histoire de Francs. — II.

Planche XXII

LA VIE EN FRANCE

Règne de Louis XI

Fir- 1. — Les harengères des mai. les au xvii" siècle. Les halles avaient servi, avant la place de Grève, de lieu d'exécution. Là s'éleva encore, jusqu'au XI////' siècle, le pilori (voyez planche XII, fig. 5).

Vie. 2. — Une école au xvir siècle. - Pendant des siècles, le fouet et les verges furent considérés comme indispensables pour inculquer aux enfants l'amour de l'étude. Aussi voyons-nous dans notre tableau, inspiré par une gravure d'Abraham Bosse, un maitre d'école tenant des verges à la main cependant qu'il fait réciter des leçons à deux de ses é/èves La salle d'école parait éclairée et aérée, bien différente en cela de celles des XV' et XI//" siècles.

Fig. ;!. — La foire Saint-Germain au xviic siècle. — La célèbre foire Saint-Germain se tenait entre les rues du Four-Saint-Germain, du Petit-Lion-Saint-Sulpice, des Boucheries et de Seine, c'est-à-dire à peu près sur l'emplacement occupé par le marché actuel du même nom.

En 1482, les religieux de Saint-Germain-des-Prés, ayant éprouvé de grandes pertes pendant les guerres civiles de Charles VI et Charles VII, demandèrent à Louis XI le droit d'établir dans le faubourg Saint-Germain une foire franche, semblable à celle de Saint-Denis. Les 340 loges que les religieux firent construire en 1486 étaient si peu solides que Guillaume Brissonnet, abbé de Saint-Germain, les fit rebâtir en 1511. Elles étaient divisées par neuf rues tirées au cordeau, se coupant à angles droits. Chaque loge était composée, au rez-de-chaussée, d'une boutique et, au-dessus, d'une chambre ou petit magasin. On avait ménagé derrière un certain nombre d'entre elles des cours avec puits, pour éteindre le feu en cas d'accident.

L'ouverture de la foire avait lieu tous les ans, le 3 février; elle se prolongeait ordinairement jusqu'à la veille du dimanche des Rameaux.

Dès le XI//' siècle la foire Saint-Germain était devenue un lieu de plaisirs et de combats, funeste à la morale publique. Henri III aimait à s'y promener. Le 4 février 1579, les ligueurs, informés que le roi devait s'y rendre, ameutèrent les écoliers qui mirent autour de leur cou de grandes fraises de papier, semblables à celles que portaient Henri III et ses mignons. Ils s'y promenèrent en criant : « A la fraise on reconnaît le veau. » Fermée pendant les troubles, la foire fut rouverte le 7 février 1595.

« Pendant la foire Saint- Germain de ceste année, dit l'Estoile, où le roy alloit ordinairement se proumener, se commirent à Paris des meurtres et excès infinis, procédans des desbauches de la foire, dans laquelle les pages, laquais, escoliers et soldats des gardes firent des insolences non accoustumées, se battans dedans et dehors comme en petites batailles rengées, sans qu'on y pust ou voulust donner autrement ordre. Ung laquais coupa les deux aureilles à un escolier dans la foire et les lui mist dans sa pochette, dont les escoliers mutinés, se ruans sur tous les laquais qu'ils rencontroient, en tuèrent et blessèrent beaucoup Ung soldat des gardes aiant esté attaqué desdits laquais au sortir de la foire, et attéré par eux de coups de baston sur les fossés Saint-Germain, s'estant enfin relevé, en tua deux et les jetta tous morts dans les fossés, puis s'en alla et se sauva. Voilà comme les débauches, qui sont assez communes en matière de foire, furent extraordinaires en celle de cette année, laquelle néantmoins on prolongea jusques à quaresme-prenant. »

// y avait à la foire Saint-Germain plusieurs académies de jeux, où le roi, les princes, les seigneurs venaient risquer leur fortune.

Fig. 4. — Coi.bert visitant la galerie des Gobelins. — Dès le XIVe siècle, des teinturiers s'étaient établis le long de la petite rivière de Bièvre, dont les eaux avaient la réputation d'être d'une qualité supérieure pour la teinture. Vers 1450, Gilles Gobelin, teinturier en escarlate, s'installa sur les bords de la petite rivière et y fit fortune.

Ses fils continuèrent et acquirent une telle célébrité que

le peuple donna le nom de Gobelins, non seulement au quartier où se trouvait leur établissement, mais encore à lu rivière de Bièvre, qui le traversait.

Les sieurs Canaye, qui succédèrent aux Gobelins, commencèrent à teindre les tapisseries de haute lice. Vers l'an 1655, ils furent remplacés par un certain Gluey, un Hollandais qui attira l'attention par les perfectionnements qu'il apporta dans son industrie. Colbert résolut de mettre la fabrique sous la protection spéciale du roi et de l'employer uniquement à son service : à cet effet, il acheta en 1662 toutes les maisons et jardins qui forment aujourd'hui le vaste emplacement des Gobelins, y fit construire des ateliers et réglementa l'établissement par un édit de 1667. La direction en fut confiée au célèbre peintre Le Brun.

Fig. •>• — Intérieur d'un cabaret au xvii0 siècle. — Les cabarets jouèrent de tout temps à Paris un grand rôle dans la vie privée, et plusieurs d'entre eux ont laissé un souvenir dans l'histoire. Rabelais a mentionné la Pomme de Pin. rue de la Juiverie, à l'extrémité du pont Notre-Dame ; Pantagruel a célébré les cabarets de la Madeleine, près de l'église de ce nom ; dans la cité, du Costel, de la Mule et du Château-Festu.

Racine, Molière, La Fontaine et bien d'autres se réunissaient à la Croix de Lorraine, place du cimetière Saint-Jean (auj. rue Bourtibourg).

Ils avaient fréquenté d'abord le Mouton Blanc, dans la rue du Vieux-Colombier.

Parmi les cabarets dignes de mémoire, il faut citer encore : l«' Petil Panier, rue Trousse-Vache (auj. rue de la Reynie); les Bons Enfants, dans la rue de ce nom; la Petite Bastille, au pont Saint-Paul ; la Galère, rue Saint-Jacques; l'Alliance, rue des Fossés-Saint-Germain (auj. rue de l'Ancienne- Comédie) ; la Grand'Pinte, rue des Percherons; enfin le noble établissement de Renard, dans le jardin des Tuileries.

Les cabarets où l'on fumait la pipe s'appelaient des estaminets.

Les premières pipes portèrent d'abord le nom de cornets. La terre qui servait à les fabriquer et que l'on employait, depuis le siècle précédent, pour la fabrication d'une vaisselle spéciale, dut aux fumeurs le nom de terre de pipe.

Fig. 6. — Intérieur de la manufacture de glaces du faubourg Saint-Antoine. — Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la France tira de Venise toutes ses glaces. En 1664, Colbert chargea notre ambassadeur d'y engager de bons ouvriers. La négociation fut difficile, Venise se montrant jalouse de son industrie, n'admettant aucun étranger dans ses ateliers, confisquant même les biens de tout artisan qui quittait sa patrie. Pourtant, dès l'année suivante, il existait à Tourlaville, près de Cherbourg, une fabrique de glaces. Vers 1666, Louis XIV accordait à Nicolas Dunoyer le privilège d'ouvrir, dans le faubourg Saint- Antoine, à Paris, en un bâtiment occupé aujourd'hui par la caserne de Reuilly, sa manufacture royale de glaces de miroirs, qui reçut des armoiries et le droit d'avoir des domestiques à livrée royale. Les glaces qui donnèrent leur nom à la grande galerie de Versailles provenaient de la manufacture du faubourg Saint-Antoine.

En 1691, un gentilhomme verrier de Normandie, Louis-Lucas de Nehou, présenta à Louis XIV les premières glaces coulées, obtint un privilège, et créa à Saint-Gobain, dans les ruines d'un vieux château, la manufacture royale des grandes glace--.

Une troisième manufacture, qui parait avoir eu une courte existence, fut fondée, vers 1690, au faubourg Saint-Germain, dans la rue de l'Université; on y fabriquait « des glaces d'une grandeur si extraordinaire » qu'elles mesuraient jusqu'à 7 pieds (2"',27) de haut.

En 1702, les deux manufactures de Saint-Gobain et de Reuilly furent réunies. Les glaces, frustes encore, partaient de Saint-Gobain dans des bateaux qui descendaient l'Oise et arrivaient à la maison de Reuil'y, où elles recevaient le poli et l'étamage.

LA MONARCHIE ABSOLUE

Page 1