LES PHILOSOPHES
Les philosophes français du XN'in0 siècle ont pour précurseurs Vauban,Fénelon,Fontenelle (Voir p. 122), Bayle (Voir p. 123), et l'abbé
L'abbé de Condillac, gravure de Volpato.
Montesquieu (Estampe de la Bibliothèque nationale).
de Saint-Pierre, qui appartiennent pour moitié de leurs œuvres au siècle précédent, mais dont l'influence s'exerça surtout dans celui-ci. L'abbé de Saint-Pierre, auteur d'un projet de Paix perpétuelle (1713) et d'un Discours sur la polisynodie (1718) qui est une critique des plus acerbes contre les actes de Louis XIV, participe avec l'abbé Alary à la fondation du « Club de l'entresol », où se discutent les questions politiques et sociales. Il met la justice et la bienfaisance à la base de sa morale collective, demande la liberté du travail agricole et industriel, réclame l'établissement de tarifs différentiels suivant l'état des taillables. L'action des philosophes anglais, de Locke surtout, s'ajoute, au xvine siècle, à celle de Descartes: l'Essai sur l'entendement humain est le point de départ du sensualisme de Condillac; les Lettres sur la toh'rance correspondent aux préoccupations des philosophes français; les Pensées sur l'éducation des enfants inspirent sur bien des points Y Emile de Jean-Jacques Rousseau. Montesquieu, de son côté, reprend, défend et développe la théorie de politique libérale exposée dans l'usai stir le gouvernement ci cil, où Locke (1690) avait opposé à l'absolutisme le principe de la souveraineté' populaire, et Voltaire déclare qu'après avoir adopté puis abandonné les doctrines du penseur anglais, il lui est finalement revenu.
Condillac. — L'abbé Bonnot de Condillac (1715-1780), frère de l'abbé de Mably, né à Grenoble, fut, au xvm» siècle, le représentant le plus autorisé en France de la philosophie spéculative. Simplifiant l'empirisme de Locke, il s'en tint au pur sensualisme. Précepteur du prince de Parme, pour lequel il composa tout un cours d'études (1769-1773), membre de l'Académie française, auteur d'un Essai sur l'origine des connaissances humaines (1746) et d'un Traité des sensations (1754), il considéra la sensation comme le principe primitif des connaissances et prétendit tout expliquer en nous par les sensations transformées et combinées. L'attention est une sensation exclusive; la comparaison est une double attention; le jugement résulte de la comparaison et le raisonnement du jugement. Les mots résument nos sensations, et les sciences sont simplement des langues bien faites.
Représentative, la sensation explique les facultés de l'entendement; affective, c'est-à-dire agréable ou pénible, elle explique les prétendues facultés actives. La volonté n'est qu'un désir plus énergique. Le moi de chaque homme n'est que « la collection des sensations qu'il éprouve et de celles que la mémoire lui rappelle ; ces! tout à la fois la conscience de ce qu'il est et le souvenir de ce qu'il a été' i).
Dans l'ordre des recherches métaphysiques, la philosophie française du xvm0 siècle ne va guère au delà du naturalisme anglais ou d'un demi-rationalisme : dans la critique des institutions politiques et sociales elle apporte plus de hardiesse et d'originalité; elle s'at-
taque au catholicisme, mais elle n'est pas antireligieuse et elle ne conçoit pas un État laïque, neutre, détaché de tout dogme (1).
Montesquieu. — Charles de Secondât, baron de Montesquieu, né au château de La Brède, près Bordeaux, mort à Paris en 175b, conseiller, puis président à mortier (1716) au Parlement de Bordeaux, fut un magistrat médiocre, et vendit sa charge en 1726. Du jour au lendemain, il s'ouvrit les salons de la capitale en publiant ses Lettres persanes (1721), œuvre d'ironie pimpante et d'irrévérencieuse satire, où, sous le voile d'une fiction assez frivole, il instruisait le procès des institutions et des mœurs du temps.
Quatre ans plus tard, il donna un ouvrage d'un caractère plus léger, le Temple de Guide, suivi de Céphise et l'Amour (1725), et il fut élu membre de l'Académie française (1727).
Dès lors, au lieu de s'endormir dans les succès faciles, il consacra sa vie au grand ouvrage dont le plan se présentait déjà à son esprit. Il voyagea pour voir de près les hommes et les institutions. De retour en France, il s'enferma avec ses souvenirs et ses pensées au château de La Brède, où il écrivit les célèbres Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence [1734] (2). Ce n'était là qu'un fragment de l'œuvre grave et pondérée à laquelle il avait voué sa vie, V Esprit des lois( 1748), qui le rendit célèbre. « Les lois, dit-il, sont relatives à la nature et au principe du gouvernement; elles sont relatives au physique du pays, au climat glacé, brûlant ou tempéré, à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur, au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs; elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir, à la religion des habitants, à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs mœurs, à leurs manières. Enfin, elles ont des rapports entre elles; elles en ont avec leur origine, avec l'objet du législateur, avec l'ordre des choses sur lesquelles elles sont établies. » Montesquieu étudie ces différents rapports et conclut en proposant comme idéal un gouvernement mixte dont il emprunte le type à l'Angleterre. La liberté est assurée par la séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, qui fait que « le pouvoir arrête le pouvoir », et l'équilibre résulte de l'union harmonieuse des diverses formes de gouvernement : démocratie, monarchie et aristocratie. Disciple de Locke, rationaliste et non sensualiste, Montesquieu a été un des précurseurs de la sociologie moderne, et sa théorie des trois pouvoirs a passé dans notre droit constitutionnel.
Voltaire. — Voltaire, dont le nom domine de haut toute la littérature du xviue siècle, s'est essayé dans tous les genres, tant étaient variées et puissantes ses aptitudes littéraires. Il a de plus entretenu avec des personnages de tout rang une précieuse Correspondance journalière qui comprend plus de dix mille lettres où il se montre tout entier : c'est un monument d'esprit et de style. Il n'y a pas d'exemple d'une pareille influence exercée par un seul homme sur tout son siècle et dans tous les ordres d'idées.
Fils d'un notaire, François-Marie Arouet (1694-1778), qui prit à vingt-quatre ans le nom de Voltaire, naquit à Paris, lit ses études chez les jésuites, à Louis-le-Grand, et fréquenta la société du Temple. Misa la Bastille en 1717 pour une satire contre Louis XIV, qui lui était faussement attribuée, il y commença la Henriade et y acheva
Voltaire, par Houdon (Foyer de la Comédie-Française).
sa première tragédie, Œdipe (1718). En 1722, il écrivit VÉpttre à Urémie, profession de foi déiste. En décembre 1725, le chevalier de Rohan, pour se venger d'une épigramme, le fit bàtonner. Embastillé une seconde fois, il ne sortit de prison que pour gagner l'Angleterre. Son séjour de trois années au pays de Bacon et de Locke, de Shakspeare, de Bolingbroke et de Shaftesbury, exerça sur lui une grande influence.
A son retour en France (1729), il fait représenter successivement
plusieurs tragédies, publie Y Histoire de Charles XII (1731), le Temple du goût, les Lettres anglaises ou Lettres philosophiques, qui furent brûlées par arrêt du Parlement et mirent en péril la liberté de leur auteur. H se réfugia à Cirey, auprès de Mme du Châtelet, la « divine Emilie », où il écrivit les tragédies d'A faire, de Mahomet, de Mérope, et les Discours en vers sur l'homme (1738), qui opposaient aux dogmes catholiques une religion et une morale exclusivement rationalistes. En 1745, revenu à Paris, il est protégé par Mme de Poinpadour et entre à l'Académie française (1746). En 1747, il se fixe à Sceaux chez la duchesse du Maine, puis fait un court séjour à Nancy : alors paraissent ses premiers contes philosophiques, Zaditj et Micromégas. Froidement accueilli à Versailles, il part en 1750 pour Berlin, où Frédéric II l'appelait depuis longtemps:
c'est là qu'il fit paraître le Siècle de Louis XIV (1751). Le roi et le philosophe ne tardèrent pas à se brouiller : après maintes vexations, Voltaire s'enfuit de Berlin, mais en ayantsoin d'emporter un recueil des poésies royales pour en faire — on n'en peut douter — un très mauvais usage. Frédéric fit arrêter son ami à Francfort et, contre tout droit, obtint qu'il fût mis en prison jusqu'à ce qu'il eût rendu le précieux manuscrit (1753).
Préoccupé de sa sûreté personnelle, il va s'établir aux Délices, puis au château de Ferney, sur la frontière de la Suisse. Les vingttrois années qu'il y passe ne sont pas les moins fécondes de sa carrière; dans cette période paraissent : Y Essai sur Y histoire générale et sur les mœurset l'esprit des nations, le Dictionnaire philosophique, Candide, l'Ingénu, la Princesse de Babylone, la tragédie de Tancrède, sans parler d'une multitude de traités, de mémoires, de pamphlets, d'oeuvres de propagande. Devenu le patriarche de Ferney, il exerce une sorte de souveraineté littéraire, il règne sur l'opinion publique, il est le « roi Voltaire ». A lui s'adressent tous ceux qui souffrent de l'intolérance, des iniquités sociales : il est le défenseur de Calas (1), de Sirven (2), de La Barre (3), des serfs du mont Jura, de Lally-
(1) Voir Albert Mathiez, Les Philosophes et la séparation de l'Église et de l'État (lievue historique, 1910, t. GUI).
(2) A la fin du volume se trouvait le Dialogue entre Sylla et Eucrate, devenu classique.
(1) Jean Calas (1698-1702), négociant calviniste de Toulouse, accusé d'avoir étranglé son (ils pour prévenir sa conversion au catholicisme, fut condamné à mort par ie Parlement de Toulouse et rompu vif. Voltaire recueillit la veuve et les enfants de Calas et fit reviser le procès : la mémoire de Calas fut réhabilitée (1765). En fait, lejeune homme s'était suicidé, mais les parents avaient nié le suicide pour ne pas voir le corps de leur fils traîné sur la claie.
(2) Pierre-Paul Sirven, né à Castres en 1709, fut accusé d'avoir assassiné sa fille cadette, Elisabeth, qui avait, par ordre de l'évèque, été enfermée dans un couvent. On voulait lui faire abjurer le protestantisme, mais elle s'y refusa et, devenue folle quand on la rendit à ses parents, elle se jeta dans un puits (17G2). Sirven se retira à Ferney et fut condamné à mort; sa femme et ses deux autres filles, au bannissement et à la confiscation. Voltaire obtint la cassation de la sentence et la réhabilitation des condamnés.
(3) Jean-François Le Fèvre, chevalier de La Barre, né et mort à Abbeville (1747-17G6), fut désigné par son oncle, le juge Duval de Saucourt, comme ayant mutilé un crucifix de bois sur le pont neuf d'Abbeville, et accusé en outre d'être resté couvert devant une procession et d'avoir chanté des chansons injurieuses pour la religion. La Barre avoua qu'il ne s'était pas découvert, mais nia
LA MONARCHIE AIJSOLUE
Tollendal; il consacre à ceux qu'il protège une activité que ni les maladies ni l'extrême vieillesse ne peuvent affaiblir. En 1778, il faille voyage de Paris, où doit se jouer sa tragédie d'Irène. Reçu en triomphe, il voit smi buste couronné sur la scène, au milieu des acclamations; la fatigue et l'émotion hâtent sa fin et il meurt paisiblement quelques jours après. Ses restes, ensevelis clandestinement dans l'abbaye de Scellières, furent, en 1791, transportés au Panthéon. Voltaire n'eut, pas une philosophie originale, mais l'éclat avec lequel il exposa ses idées leur donna une force d'expansion extraordinaire. Il emprunta aux Anglais leur théorie du gouvernement libéral. Il considéra la civilisation comme l'éducation par excellence, s'opposant ainsi à Rousseau, peur qui la société esl éminemment corruptrice. Il donna pour base à sa morale la croyance en Dieu et l'immortalité de lame. Il préconisa un despotisme éclairé, protecteur des libertés publiques et privées, réalisant les améliorations utiles, dominant l'Église, qu'il entendait conserver comme religion d'État (1). Il n'eut ni l'amour désintéressé du peuple comme Vauban, ni l'esprit construrtifde Rousseau; niais armé' d'un immense talent d'écrivain, il inaugura véritablement la littérature de combat, le règne de
l'opinion, et, comme l'a dit Brunetière, concentra et résuma toutes les forces éparses de la libre pensée. Son influence littéraire et sociale tint à l'énergie qu'il mit à défendre l'intolérance des causes qui lui semblaient justes et au caractère fondamental de ses œuvres ; nul, en effet, ne fut plus Français comme écrivain, ni plus « humain» par les tendances générales de ses idées.
L'Encyclopédie. — Diderot et d'Alembert. — C'est dans la seconde moitié du xviu0 siècle que la critique des institutions religieuses, politiques et sociales, changea de caractère : de frondeuse et ironique, elle devint batailleuse.
L'Encyclopédie, dont Diderot eut l'idée et dont il dirigea la publication avec d'Alembert, eut [mur rédacteurs Voltaire, Montesquieu, Turgot, BulTon, Condillac, Marmontel, llelvétius, Jaumont et, au début, Jean-Jacques Rousseau. Divisés sur des points de doctrine, tous affirmaient l'omnipotence de la raison. Ils propageaient l'idée d'un droit naturel, combattaient les croyances et les institutions du passé en glorifiant le progrès des sciences, considérées comme capables d'assurer une amélioration intellectuelle et matérielle du sort de l'humanité. \.' Encyclopédie fut donc une machine de guerre autant qu'une œuvre savante. Dès le premier moment, le clergé engagea la bataille
'utre les encyclopédistes, avec l'aide du Parlement, du comédien Palissot et de publicisles, dont le plus acharné fut Fréron.
I.e Discours préliminaire de V Encyclopédie futrédigé par Jean Le Rond d'Alembert (1717- 17«:i , fils naturel de Mme de ïenrin et d'un commissaire d'artillerie nommé Destouches.
D'Alembert, d'après Cathelin.
Jean-Jacques Rousseau, par La. Tocr.
1 inlen ion irrévérencieuse ; quant aux chansons, il allégua qu'il était en état d'ivresse lorsqu'on l'avait entendu, et la mutilation du crucilix ne fui pas prouvée. Condamné à avoir la langue et la main coupées et à être brûlé vif, La Barre en appela au Parlement qui confirma la sentence, mais ordonna que le chevalier serait décapité avant d'être brûlé. Voltaire essaya en vain d'obtenir -a réliabili talion, que prononça la Convention (23 brumaire an II).
(1) Le mot célèbre Écrasons Vin fume! termine invariablement presque toutes ses lettres aux encyclopédistes. Voltaire n'a pas entendu par là s'en pnndn: au rond même du christianisme, comme le prouve celle lettre à d'Alembert : « Il faut que voua écrasiez l'infâme... C'est là le grand noint, Vous pensez bien que je ne parle que. de la supers lilion; car, pour la religion, je l'aime el la respecte Connue ion-, .,
Denis Diderot, par Fragonard.
Exposé dès sa naissance sur les marches de la chapelle Saint-Jeanle-Itond, près Notre-Dame de Paris, il fut élevé par la femme d'un pauvre vitrier, mais son père lui assura, sans se dévoiler, une rente de 1200 livres. Il lit de si fortes études qu'il fut admis à l'Académie des sciences à l'âge de vingt-quatre ans. Dans le Discours préliminaire, il étudie l'origine et les progrès des diverses sciences, en partant de principes nettement sensualisles. Il divise nos connaissances en directes (immédiatement acquises par l'intermédiaire des
sens) el en réfléchies (provenant des opérations de l'esprit sur les premières); il les classe en s'appuyant sur la division de Bacon et les range d'après les trois modes d'opération de notre esprit : mémoire, imagination, raison.
Denis Diderot (17M-1784), fils d'un coutelier de Langres, ne l'ut pas seulement l'initiateur el le directeur île l'Encyclopédie.
Touten travaillant à cette œuvre absorbante, il donna au roman philosophique : Jacques le Fataliste, la Religieuse, le Neveu de Rameau; il inaugura le drame à thèse avec le Fils naturel et le Père de famille; il fonda la critique d'art. Il est difficile de dégager de ses ouvrages : Pensées philosophiques (17 ïG) , Pensées sur l'interprétation de la nature (1754), Œuvres philosophiques (1772), l'unité d'un système. Il professe une sorte de vague panthéisme, emprunte à Leibniz les principes de raison suffisante, de moindre action, de continuité, et demande à la nature elle-même l'explication de la nature. Au point de vue proprement littéraire, il voulut partout, critique ou auteur, rapprocher l'art de la vérité. Son rôle fut beaucoup plus grand que son œuvre. Dans son abondante correspondance avec M"e Voland il se peint lui-même avec une franchise un peu libre et, en même temps que lui, le monde des encyclopédistes.
Buffon. — Buffon (1707-1788) ne fut pas seulement un naturaliste et un écrivain remarquable, mais aussi un philosophe, cherchant les vues d'ensemble, s'élevant aux grandes hypothèses sur le monde et les êtres. 11 adopta la théorie de la variabilité des espèces vivantes. Ses Epoques de la nature, qui rappellent par la forme le cinquième livre du De natura rerum de Lucrèce, font de lui un précurseur éloquent de l'évolutionnisine contemporain. Pour lui la spéculation philosophique doil avoir pour fondement l'observation méthodique de la réalité.
Helvétius (1715-1771), dans ses ouvrages : De l'esprit (1758) et De l'homme (1772), réduit toute la morale à l'intérêt bien entendu et explique le développement de la civilisation par la conformation des organes.
Les matérialistes. — La Mettrie (1709- 1750) et d'Holbach (1723-1789), le premier lourdement dans l'Uomme machine, le second avec plus de talent dans le Christianisme dévoilé (1756) et surtout dans le Système de la nature ou Des lois du momie physique et du monde moral (1770), développèrent une doctrine purement matérialiste.
Jean-Jacques Rousseau. — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778 se sépare de ses contemporains et même s'y oppose. Il naquit à Genève d'une famille française calviniste. Clerc chez un procureur, puis apprenti gra veur, il s'enfuit à Annecy el rencontre une jeune veuve vaudoise, Mmo de VVarens, qui le convertit et l'envoie à Turin, où il abjure. A [nés avoir vagabondé en Italie el en Suisse, il rejoint sa protectrice à Chambéry, aux Chai mettes, el passe dans ce poétique séjour huit années heureuses, pendant lesquelles von cœur s'ouvre aux émotions, sou espril à la vie intellecluelle. 11 arrive à Paris en 17 'il, sans ressources, pour tenter la loi lune. H débute comme musicien, écrit des
articles pour Y Encyclopédie, compose de peLil.es pièces devers ou des ébauches d'opéra, se lie avec Grimm et Diderot, est présenté à Mme d'Épinay, cherche sa voie. Il la trouve enfin en 1750. L'académie de Dijon ayant mis au concours ce sujet : Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les mœurs, Rousseau écrit une éloquente diatribe contre la civilisation. Le voilà discuté et il peut faire représenter son opéra le Devin du village (1752); puis il écrit un second Discours .sur l'origine de l'inégalité parmi If s hommes (1753). Revenu au calvinisme, il sera désormais le « citoyen de Genève », l'homme de la nature, l'ennemi des conventions sociales.
De 1756 à 1762, deux retraites forestières chez Mme d'Épinay, à l'Ermitage (1), et chez le maréchal de Luxembourg, à Montmorency, lui permettent d'élaborer coup sur coup, dans la solitude, face à face «avec la nature entière et son inconcevable auteur », Julie ou ta Nouvelle Héloise (1761) [Voir p. 174]; le Contrat social (1762); Emile ou De l'éducation (1762). Persécuté pour la publication de Y Emile, il prend le chemin de l'exil, vieilli avant l'âge, malade, brouillé avec Voltaire, Diderot, Grimm, soupçonneux, se croyant persécuté par la « coterie holbachique », menant une existence vagabonde et orageuse, épousant son indigne compagne, Thérèse Le Vasseur, rencontrée vingt ans auparavant, et dont il avait eu plusieurs enfants, qu'il mit aux Enfants trouvés. Cependant, il herborise en Suisse cL en Dauphiné, rédige des constitutions pour la Corse et la Pologne, écrit ses Lettres de la Montagne (1764) et compose ses Confessions (1766-1770), qui sont l'histoire de sa vie, mais surtout l'histoire de son âme. De retour à Paris, hypocondriaque jusqu'à la folie, il écrit ses Rêveries du promeneur solitaire (1777-1778) et meurt à soixante-six ans, dans la petite terre d'Ermenonville, que le marquis de Girardin avait mise à sa disposition.
En politique, Rousseau, en qui ses adversaires voient «un terrible interrupteur de tradition » 'Jules Lemaîthe), reprend dans le Contrat social (1762), œuvre de combat dirigée contre la monarchie de droit divin, l'idée du contrat, signalée par Hobbes, reprise par Locke et dont il fait le fondement de l'ordre civil et politique. Le problème essentiel de la science sociale consiste pour lui à « trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacune, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant ». Le pacte fondamental substitue une égalité «morale et légitime » à ce que la nature a pu mettre d'inégalité physique entre les hommes. Le gouvernement doit assurer à toutes les volontés, présentes ou futures, la souveraineté sur elles-mêmes. La loi sera faite par tous aussi directement qu'il est possible (2).
A la fin de YÉmile, dans les pages intitulées « Profession de foi du Vicaire savoyard », Rousseau préconise une religion toute personnelle, fondée à la fois sur le spectacle de la nature et sur le sentiment intérieur. Il proclame sa foi en l'esprit indépendant de la matière et en un Dieu créateur infiniment bon. Il atteste la sainteté des Évangiles et déclare que, «si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Die.u ». C'est là que se trouve aussi cette éloquente apostrophe à la conscience : « instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal. » Par l'exaltation du sentiment moral qu'elle développe, par l'ardeur de spiritualisme qui s'y trouve, la Profession de foi du Vicaire savoyard s'oppose nettement au matérialisme.
Partout d'ailleurs chez Rousseau les élans du sentiment, l'amour de la simplicité, de la nature, remplacent l'esprit d'analyse. Il proteste contre les raffinements de la corruption sociale, travaille à resserrer les liens de la famille, dicte leurs devoirs aux pères comme aux mères, les invite — lui qui abandonna ses enfants à la charité publique — à se préoccuper de l'éducation des êtres qui leur doivent la vie et en qui repose la destinée de l'humanité future. Sa morale, comme sa religion, reposent non sur la raison, mais sur l'instinct et l'émotion. L'éducateur doit, pour ainsi dire, servir d'intermédiaire entre l'enfant et la nature : l'homme étant naturellement bon, l'éducation doit consister à tirer de son propre fonds les principes qui y sont latents ci à développer ses heureuses dispositions naturelles. \'Émile exerça une action considérable, et, pour n'en citer qu'un exemple, il remit à la mode l'allaitement maternel.
Condorcet, d'après Saint-Aubin.
1 Pendant son séjour à l'Ermitage il s'éprit de Mme d'Houdetot (1730-1813), belle-sœur de M"10 d'Épinay. C'est la peinture qu'il a faite de cet épisode de sa vie (]ui a rendu célèbre Mme d'Houtetot.
(2) Sur l'action de la pensée de Rousseau, voir Jules Lemaîtiië, Jean-Jacques Rousseau (1909), et, contra, Edme Ciiampio*, J.-J. Rousseau et la Révolution française 1909]
Au point de vue littéraire, Rousseau peut être considéré comme l'initiateur du siècle suivant, 'tandis que Voltaire, Montesquieu, Buffon, d'Alembert, simm Diderot, sont surtout des intellectuels, il est un sensitif. De lui procède le romantisme et l'on en retrouve chez lui tous les éléments : exaltation du moi, culte de la nature, religiosité chrétienne, lyrisme, rêverie, mélancolie. Des livres comme la Nouvelle Héloise, la Profession de foi du Vicaire savoyard, les Confessions, sont déjà «romantiques». Le «moi» de Rousseau est
plus d'une fois gâté, dans les Confessions, par l'orgueil, par une misanthropie chagrine et ulcérée, par les écarts d'une imagination maladive, et sa sincérité, d'ailleurs, tourne au cynisme quand il dévoile certaines taches dont il eût vraiment pu garder pour lui le secret. Mais on y rencontre aussi ce qu'il y a en Rousseau de plus touchant : sa tendresse, son instinct de la vie intime, son amour de la nature, son goût pour la mélancolie et pour la rêverie.
Condorcet. — L'idée du progrès, développée par Turgot dans son Discours sur l'histoire universelle, se précisa avec Condorcet (1743-Ï794), qui à seize ans soutenait une thèse d'analyse, à vingt-six ans entrait à l'Académie des sciences, à trente-neuf était reçu à l'Académie française. Dans son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1794), il demanda la réforme des méthodes d'enseignement, le perfectionnement des sciences naturelles, morales et philosophiques, celui de la science sociale par l'application du calcul des probabilités, l'amélioration des institutions et des lois, l'abolition de l'inégalité des sexes, la diminution puis la fin des guerres de conquête, l'établissement d'une langue scientifique universelle, l'augmentation progressive de la durée moyenne de la vie par la médecine et l'hygiène. Condorcet fut l'un des principaux théoriciens île la Révolution et un précurseur de la sociologie.
Les salons. — Un tableau de la vie intellectuelle au xvme siècle serait incomplet si l'on n'y mentionnait le rôle considérable des salons. L'un des premiers ouverts fut celui de l'abbé Alary, dit Club de l'entresol (Voir page 175), où fréquentèrent de 1724 à 1731 l'abbé de Saint-Pierre, le marquis d'Argenson, l'Anglais Bolingbroke; mais les plus célèbres salons — littéraires ou philosophiques — fuient tenus par des femmes.
La duchesse du Maine, petite-fille du grand Coudé, avait formé une cour de conspirateurs à Sceaux, dans le magnifique domaine qu'elle avait acquis du marquis de Seignelay (Voir p. 136). Après l'échec de ses ambitions politiques, elle s'étourdit de nouveau au bruit de ses fêtes, et, renonçant à la politique, elle ne s'occupa plus que de divertissements, de comédies et de tournois littéraires. Voltaire liii-nii'ine vint à Sceaux et y composa son conte de Zndig.
La femme de chambre de la duchesse du Maine, Marguerite- Jeanne Cordier (1684-1750), compromise dans la conspiration de Cellamare et incarcérée pendant deux ans (1718-1720) à la Bastille, où elle inspira une passion très ardente au chevalier de Maison- Rouge, lieutenant du roi à la prison d'État, épousa en 1735 le baron de Staal de Launay, officier dans les Suisses. Constamment réduite au rôle de subalterne, grave et désabusée, elle a décrit la petite cour de Sceaux dans des Mémoires d'une observation pénétrante et d'une fine mélancolie, qui l'ont fait qualifier de « La Bruyère femelle ». (Sainte-Beuve.)
Le salon de la marquise de Lambert (1647-1733) était plus particulièrement littéraire : dans son hôtel de Nevers, la marquise préparait les élections académiques et écrivait pour ses enfants d'élégants traités de morale mondaine.
Marie-Anne Legendre (1677-1771), mariée au secrétaire des commandements du Régent, Doublet de Breuillepont, groupa surtout autour d'elle une société coquette et médisante. Les commérages qui s'y racontaient, publiés sous le nom de Nouvelles à la main, furent une contribution précieuse aux Mémoires de Bachaumont.
Gracieuse, aimable, spirituelle, fine et d'un sens profond, la
LA MONARCHIE ABSOLUE
Un salon au XVIIIe siècle. — Le thé à l'anglaise chez la princesse de Conti, par Ollivier (Louvre).
marquise d'Épinay 1726-1783 , délaissée par un mari joueur et débauché, recevait d'Holbach, Voltaire, qui l'appelait un « aigle dans une cage de gaze »; Jean-Jacques Rousseau, qu'elle nommait son « ours » et pour lequel elle fit construire V Ermitage, attenant à son parc de la Chevrette, dans la vallée de Montmorency; Grimm, le [dus français des esprits allemands, son intime ami pendant vingtsept ans; l'abbé italien Galiani, dont elle consola la vieillesse par des lettres tout à fait remarquables.
Fille d'un conseiller au Parlement de Grenoble, Alexandrine de Tencin (1682-1749), d'abord destinée au cloître et lancée par une de ses sœurs dans la société parisienne, s'enrichit dans les alfaires de Law, ht nommer son frère arebevèque d'Embrun, et fut enfermée à la Bastille après l'issue tragique de sa liaison avec La Fresnais (qui se suicida chez elle), mais fut déclarée innocente par le Grand Conseil. Elle se recueillit en province, puis revint à Paris plus ambitieuse que jamais, entra en relations avec Fleury, en poussant son frère à prendre parti contre les jansénistes, et réussit à faire donner à l'archevêque d'Embrun la pourpre cardinalice et l'entrée au Conseil. Elle rêvait de faire de cet indigne prélat, créature de Dubois, un premier ministre, et dans ce but elle flatta les favorites. Le salon de cette femme, aussi peu scrupuleuse et amorale que séduisante, était fréquenté par Fontenelle, Duclos, l'abbé de Saint-Pierre, l'abbé Prévost, Montesquieu, Mably, Helvétius, Piron, Chestertield. Elle y régnait par sa grâce, son esprit, sa volonté et la sûreté de son commerce.
Marie de Vichy-Champrond (1697-1780), mariée à vingt-deux ans au marquis du Deffand, s'était fait remarquer de bonne heure par un scepticisme dont Massillon n'avait pu triompher. Belle, cultivée, spirituelle, elle se trouva lancée, sans principes-etsans guide, dans une vie de plaisirs, s'afficha avec le Hégent et bien d'autres, et fut chas-
sée par son mari, ce qui ne l'empêcha pas d'être reçue à Sceaux dans la brillante société de la duchesse du Maine : elle y rencontra Voltaire, Fontenelle, la marquise de Lambert, le président llénault, avec lequel elle contracta une liaison qui dura jusqu'à la mort du magistrat. Retirée en 1747 au couvent de Saint-Josepb, elle y entraîna la meilleure compagnie, mais non Jean-Jacques, seul réfractaire à sa domination intellectuelle. Menacée de perdre la vue, elle va chercher à Champrond sa nièce Julie de Lespinasse pour en faire sa dame de compagnie et l'ornement de son salon ; mais la jeune provinciale l'éclipsé et finalement la quitte, lui enlevant une partie de sa société (1758). Mmo du Deffand a hérité de son père, gentilhomme campagnard, une solidité de jugement et une faculté d'observation qui la rendent aussi rebelle aux entraînements de la sentimentalité qu'accessible aux conseils de l'intérêt. Pourtant, à soixante-huit ans, elle s'éprend d'Horace Walpole, plus jeune qu'elle de vingt ans, et lui adresse des lettres pleines de délicatesse charmante et de passion soumise. Elle traîne jusqu'à quatre-vingt-trois ans une vieillesse dévorée par l'ennui et la désillusion, fruits de son méprisant égoïsme.
Julie de Lespinasse (1732-1776), née à Lyon, était née hors mariage de la comtesse d'Albon et de Gaspard de Vichy, qui, en épousant la fille légitime de la comtesse, devint ainsi le beau-père de sa propre fille. Élevée avec tendresse tant que vécut sa mère, elle mena ensuite (1747-1752) chez sa sieur, la marquise de Vichy, une vie douloureuse et humiliante, et elle allait entrer comme pensionnaire dans un couvent de Lyon lorsque sa tante l'appela à Paris. MUe de Lespinasse n'était point belle, mais sa physionomie vive et mobile reflétait ses sentiments passionnés, et elle avait beaucoup d'instruction, d'esprit naturel et de tact, un enthousiasme vibrant, l'art consommé de faire briller ses invités, de les mettre à l'aise etde leur
M*! d'Épinay, par Liotaed (Versailles).
M"c de Tencin, d'après de Tboy.
Mma du Deffand, gravure de F o r s h e l .
M"c de Lespinasse, gravure de Verra n .
inspirer la plus confiante affection. Après sa rupture avec Mm0<lu Deffand, le président Hénault, Turgot, Maimontel, d'Alembert, la duchesse de ■ hàlillon suivirent Julie dans son salon de la rue Saint- Dominique. D'Alembert vint habiter la même maison. Deux passions remplirent la fin de sa vie : le marquis de Mora, fils de l'ambassadeur d'Espagne en France, et le comte de Guibert, auquel sont adressées des Lettres dont Sainte-Beuve a dit qu'elles étaient In Nouvelle Ilcluïse en action. Délaissée par ce dernier, dont la froi-
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Mme GeofTrin, gravure de Miger.
Mmt Necker, gravure de Lips.
deur blessa cruellement sa sensibilité débordante, sans venir à bout d'une passion irréductible, elle mourut usée par le chagrin et par une maladie de la poitrine et des nerfs, après avoir demandé le pardon de d'Alembert.
Mme fieoffrin (1699-1777), fdle d'un valet de chambre de la dauphine et femme d'un bourgeois aussi sot que cossu, n'avait qu'une instruction rudimentaire ; mais elle suppléait à ce défaut de culture par l'esprit naturel, l'intelligence, le sentiment, et, très serviable, elle sut grouper autour d'elle des écrivains et des artistes. Formée à l'école de Mme de Tencin, dont son salon recueillit l'héritage vers 1750, elle recevait alternativement, sans les mêler, les intellectuels et la noblesse. Le lundi elle accueillait les artistes; le mercredi, elle réunissait dans un dîner littéraire célèbre, — qu'organisait l'académicien Burigny, — • Voltaire, Montesquieu, Fontenelle, l'abbé Galiani, d'Alembert.
Le salon de Mmc Geoffrin, moins grave que celui de Mmo de Lambert, moins spirituellement pervers que celui de Mmc de Tencin, moins romanesque que celui de M"c de Lespinasse, moins « philosophe » que celui de Mme du Deffand, fut particulièrementaccueillant et aimable. Stanislas Poniatowski y fréquenta et, quand il fut roi de Pologne, il invita Mme Geoffrin à venir à Varsovie, où il la combla d'honneurs (17fi6). On désignait sous le nom de « Royaume de la rue Saint- Honoré » le salon de celte femme remarquable, qui pendant près d'un demi-siècle y tint avec fermeté le sceptre de sa souveraineté bourgeoise.
Mme Necker (1739-1794), fille d'un ministre protestant et femme du célèbre financier, ouvrit un salon rival de ceux de M"ie du Deffand et de Mm" Geoffrin. Elle sut s'y faire des amitiés illustres par son esprit sérieux et sa bienfaisance éclairée. Elle créa en 1776 avec le concours de Louis XVI et administra pendant dix ans l'hôpital qui reçut ultérieurement le nom de sa fondatrice.
Aimable, jolie, spirituelle, la comtesse de Ltoul'fiers-Rouvrel (1725- 1800), qu'on surnomma la Minerve savante, fut l'àme de la joyeuse et sceptique société du Temple. Le prince Philippe de Conli, dit le grand prieur de Vendôme, l'avait connue au Palais-Royal, alors qu'elle était dame d'honneur de sa sœur, la duchesse d'Orléans. Le Temple était le salon du plaisir et de l'inlimité sans façon: musique de chambre, thé à l'anglaise, et absence de laquais, remplacés par des servantes alertes en tablier blanc. Outre les réceptions intimes, le salon du Temple avait ses grandes réceptions, ses souliers du lundi, où se pressaient les hommes et les femmes de la Cour.
Fille du prince de Craon, vice-roi de Toscane, sœur du prince de Beauvau et de la maréchale de Mirepoix, la marquise de Boufflers (171 1-1787] régnait à Lunéville, sous l'œil indulgent du roi Stanislas. La marquise présidait aux divertissements de la petite cour joyeuse et accueillante qui était le centre des l'êtes frivoles, mais aussi le foyer d'où rayonnait sur la Lorraine une vie intellectuelle dont la
fondation de l'Académie Stanislas, en 1750, fut comme l'aboutissement. « C'était une femme fort séduisante et supérieure par son charme aux plus belles. Quand elle parlait, il lui était impossible de le faire sans originalité; toutes ses paroles étaient inattendues, promptes, vives, p métrantes. Elle" était douée d'un esprit supérieur, à la fois fin, gai, juste, original. Tous ceux qui rapprochèrent sont unanimes à dire qu'il surpassait sa beauté. Et cependant c'était la nature même: jamais aucun soin, aucun apprêt, aucune recherche. » (Gaston Mauoras.)
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