‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 74 sur 196 · EH · texte numérisé non relu

EH

François Quesnay, gravure de J.-G. Will.

Du Pont de Nemours, gravure de Cathelin.

l'académisme, qui va de nouveau et pendant longtemps détourner l'art fiançais de ses sources traditionnelles d'inspiration.

Architecture. — La réaction contre le xvne siècle se fait sentir dans les dispositions intérieures et la décoration des appartements bien plutôt que dans l'ordonnance extérieure des constructions. On recherche les distributions commodes, les décorations gracieuses. Les hôtels privés, au lieu de vouloir rivaliser avec Versailles, se font plus coquets et de dimensions plus restreintes; à l'intérieur, des boiseries sculptées et des moulures encadrent des panneaux décorés de peintures appropriées au caractère architectural des salles et à leur destination, faisant corps avec l'ensemble, harmonie qu'il est impossible d'obtenir avec des tableaux suspendus le long des murs. C'est aussi à cette époque que l'architecte, à côté du grand salon d'apparat, ménage des petits salons, cabinets, boudoirs, où le luxe intime se déploie à son aise.

Au style baroque (1), dont les Italiens Palladio et Bernin avaient été les représentants les plus influents, succède sous la régence le style rococo, dit encore rocaille ou coquille, qui emprunte ses modèles aux rochers, aux produits bruts de la nature, à la géologie; c'est un style arrondi, contourné, sinueux, d'une élégance mouvementée, bizarrement capricieuse, où le goût individuel se donne librement

carrière. Le rococo fut en faveur jusque vers le milieu du siècle, puis on revint à la régularité, aux formes géométriques, à l'imitation de l'antiquité. Ce mouvement factice fut favorisé par un certain nombre de circonstances : voyages de Soufflot en Italie et en Grèce, diffusion de la poésie hellénique et alexandrine (dont s'inspira André Ché nier), découverte des ruines de Pompéi, désir de n'avoir rien de commun avec le Japon et la Chine, dont l'art encore mal compris provoquait surtout le sarcasme, influence des écrits de l'archéologue allemand Winckelmann. Malgré l'opposi

J.-A. Gabriel, par Le. MO Y. ne ^Louvre).

I I hi portugais burocco, huître de forme très irrégulière.

Le Petit Trianon, par Gabriel.

tion du sculpteur Falconet et des raies artistes qui s'élevèrent contre le faux goût, le mouvement « néo-grec », commencé sous j|me (je Pompadour et sous le mécénat de son frère, le marquis de Marigny, directeur des bâtiments civils, s'accusa sous Mme du Barry, domina sous Louis XVI, la Révolution, le premier Empire, et ne prit fin qu'avec le mouvement néo-chrétien provoqué par Chateaubriand.

Bobert de Cotte (1656-173î>), à qui l'on attribue l'idée du style rocaille, Germain Boffrand (-1-667-1754 , Gilles-Marie Oppenert (1G72- 1742), trop imprégné d'italianisme, construisent ou décorent dans le style « Régence » d'innombrables bôlels. Boffrand décore l'hôtel Soubise [Archives nationales), et son disciple, Emmanuel fléré, élève à Nancy les bâtiments de la place Stanislas, dont Jean Lamour forge les admirables grilles.

Jacques-Ange Gabriel (1710-1782), premier architecte du roi, éleva les deux hôtels à colonnades corinthiennes (1) et remarquables de force et de légèreté qui, au nord de la place Louis XV (place de la Concorde), forment l'entrée de la rue Royale ; la salle du théâtre de Versailles; le Petit Trianon, miniature de palais à un seul étage dont Louis XVI lit présent à Marie- Antoinette comme don de joyeux avènement, en 177 4. Il donna les plans de l'École militaire, d'une ordonnance si ample et si majestueusement élégante. Il recons-

(1) Aux frontons, sculptures de M. -A. Slodlz et G. Coustnn le jeune.

truisit le château de Compiègne et la façade de l'aile qui rattache à l'ancien Louvre la colonnade de Perrault.

Avec l'Italien Nicolas Servandoni (1695-1766), qui élève le portail de Saint- .Sulpicc, et Germain SoulHot (1714-1780), qui construit l'Ecole de droit et l'église Sainte'-Geneviève (Panthéonj, l'architecture française s'efforce de retrouver la grandeur imposante de la Rome monumentale, mais ne réussit guère qu'à mettre au jour les produits d'une inspiration artificielle. Ces défauts sont atténués

Soufflot, par Michel van Loo.

Watteau, gravure de Boucher.

par l'originalité personnelle dans les constructions de Victor Louis (1731-1807), à qui l'on doit : à Bordeaux, le Grand-Théâtre et l'hôtel Saige (Préfecture); à Paris, les galeries qui entourent le jardin du Palais-Royal, et surtout dans celles de Jacques-Denis Antoine (1733-1801), artiste d'un style noble, ferme, pur, et grâce à qui l'architecture dite Louis XVI compte un monument de premier ordre : l'hôtel des Monnaies de Paris.

Au xviue siècle appartiennent encore : le palais de l'Elysée, par Mollet; — le Palais-Bourbon, le château de Bellevue (à Mme de Pompadour), l'hôtel de Roquelaure (ministère des Travaux publics), par Jean Cailletcau, dit VAssurance; — le pavillon de Louveciennes (à Mmo du Barry) et les pavillons des anciennes barrières de Paris, par Nicolas Lcdoux; — la décoration intérieure du Petit Trianon et du château de Saint-Cloud, par Richard Miquc ; — l'hôtel de Salm (Palais de la Légion d'honneur), par Rousseau ; — l'hôtel de Soubise, par Lcmaire; — le théâtre de l'Odéon, par de Wailly.

Ce n'est pas dans les monuments publics, mais dans les demeures particulières qu'il faut chercher le fidèle reflet de la société du temps. A ce point de vue, le palais de Bagatelle est tout à fait caractéristique : sous la direction de Chalgrin, architecte de l'hôtel de Talleyrand, et de Bélanger, neuf cents ouvriers élevèrent en soixantequatre jouis, pour le comte d'Artois, qui voulait y recevoir sa bellesœur Marie-Antoinette, ce bijou d'élégance et d'harmonie qu'encadrait un parc à l'anglaise dessiné par le célèbre jardinier paysagiste Thomas Blaikie.

Peinture. — L'époque de Louis XV et de Louis XVI est, pour la grande peinture, la peinture religieuse et historique, une époque de déclin. Les meilleurs artistes enjolivent la religion, humanisent la mythologie, se préoccupent de charmer les yeux plus que de toucher les cœurs; mais à côté des artistes qui peignent sans conviction de vastes compositions décoratives (1), il y a au xvin° siècle tout un essaim de peintres légers, gracieux, pimpants, ne relevant que de leur caprice. Cette école est éminemment française. Joseph- Marie Vien, Louis David et ses disciples la firent tomber dans le discrédit, mais elle a retrouvé de nos jours toute son ancienne vogue. Elle prit naissance sous la Régence, alors que la Cour, délivrée de la solennité austère du grand roi et de la tutelle de Mme de Mainténon, se jeta à corps perdu dans le plaisir et dans les fêtes.

Le Panthéon, par Soufflot.

(1) Les frères Antoine (1661-1722) et Noël-Nicolas (1690-1734) Coypel, François de Troy (1679-1752), Pierre Subleyras (1699-1749). Jean-JBapListe van Loo (1684-1715) et son frère Carie (1705-1765), Jc-an-Lou s-François Lagrenée (1724-1805) et son frère Jean-Jacques (1739-1821), sont les principaux représentants de cette peinture historique et mythologique, que déparent la convention et la froideur.

LA MONARCHIE ABSOLUE

L'embarquement pour Cythère, par Watteau (Louvre).

Les marquis devinrent des Damons, des Tityres, des Corydons; les marquises se transformèrent en faunesses, en dryades. Le besoin d'enjoliver la nature, pour donner aux nymphes sentimentales et aux bergers langoureux un cadre digne de tout ce monde brillant et fardé, poussa, dans l'art des jardins, à un slyle d'un maniérisme adorable qui eût effarouché Le Nôtre. Ne leur fallait-il pas des prairies, des bocages et des grottes moussues pour roucouler leurs idylles, des pièces d'eau où l'on pût s'embarquer pour Cythère?

Ces fanlaisi ces fêtes gala Jean-Antoine Cythère, du G du Concert en Il fallait une et aussi rianl dant pour fait

es séduisantes, ces parcs arrangés en décors d'opéra, ntes trouvèrent leur interprète par excellence dans Watleau (1G8/i-1721 ), l'auteur de l'Embarquement pour Mes de la galerie Lacaze (musée du Louvre), de Finette, plein veut, de Vile enchantée, de l'Accord parfait, etc. sensibilité aussi délicate, une imagination aussi vive e, un talent d'exécution aussi ferme et aussi mor- •e accepter un genre incontestablement factice; mais,

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Portrait de la Guimard, par Frai; onabd.

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