Scène pastorale, par Bouchkr (Louvre
qu'il habille ses personnages des costumes de la comédie italienne ou des vêtements à la mode du joui1, il en fait des êtres vivants, Lien groupés dans des paysages irréels, et dont l'ensemble est d'un charme exquis et irrésistible.
Nicolas Lancret (1690-1743), surnommé comme Watteau le « peintre des fêtes galantes », traduit en simple prose la poésie de son devancier. A défaut de sentiment, on admire l'harmonie des
Toute fausse qu'elle est, sa couleur n'en est pas moins éblouissante de lumière, une, variée, légère et transparente. Les sujets chers à Boucher ne sont pas son apanage : Carie van Loo ( 170")-176o) ne dédaigne pas de peindre une Balte de citasse, et Jean-François de Troy (1679-1752) des tableaux « Régence*» qui, malgré quelque froideur, sont la distinction même.
Comme Bouclier, mais avec moins de talent et de fécondité,
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François Boucher, par Lundberg (Louvre).
André Fragonard (Estampe de la Bibliothèque nationale).
Siméon Chardin, par lui-même (Louvre).
J.-B. Greuze,
par lui-même (Louvre).
Couleurs, l'élégance des costumes, la Leauté des feuillages, la lumière des fonds dans la, Conversation galante, le Repas italien, le Jeu de Colin-Maillard, les Heures du jour, les Douze mois de l'année. Jean- Baptiste-Joseph Pater (1695-1736) produit aussi dans la manière du maître, mais avec une sensualité moins atténuée, un grand nombre de tableaux de genre, de bambochades, de dessus de portes et cartouches (Fêtes champêtres, Tente des vivandiers, le Mari battu et content). Le véritable peintre de la Bégence et du règne de Louis XV, c'est François Boucher (1703-1770). Si les colorations tendres et fraîches de sa palette évoquent un inonde purement artificiel, du moins ses compositions s'harmonisent-elles admirablement avec la décoration des appartements auxquels elles sont destinées. Sujets allégoriques, muses, bergères, nymphes, sujets religieux tout aussi mythologiques que ses Grâces et ses Amours, dans tout cela Boucher, le peintre du « joli », a mis un charme indéniable, quoique mignard et maniéré (Vénus commandant des armes pour Énée, le Bain de Diane, le Café [ Louvre]
La cruche cassée, par Greuze (Louvre).
Charles-Joseph Natoire (1700-1777), maniériste académique, peint des mythologies et des portraits : Vénus apportant à Énée les armes forgées par Vulcain (Louvre), Bacchus et Ariane (musée de l'Ermitage), sans parler de cartons pour les tapisseries des Gobelins (Amours d'Antoine et Cléopâtre) et d'une belle suite de tableaux représentant divers épisodes de Don Quichotte. Boucher a encore pour élèves et pour imitateurs Pierre-Antoine Baudoin (1723-1709), son gendre, spirituel, plein de verve, mais le plus licencieux des petits maîtres du xvin0 siècle dans ses gouaches, popularisées par la gravure (la Fille surprise, le Coucher de la mariée, la Sentinelle en défaut), et surtout Honoré Fragonard (1732-1806), « le petit poète de l'art d'aimer du temps, le chérubin de la peinture erotique »(E. et J. ue Goncouht), bien supérieur à son maître par l'observation et l'ingéniosité dans le Seraient d'amour, le Verrou, l'Escarpolette, le Sacrifice de la rose et l'illustration des Contes de La Fontaine.
Le plus grand maître du -\viue siècle et l'un des plus grands de l'école française, Siméon Chardin (1699-1779), n'eut d'autre guide que son instinct artistique, d'autre atelier que la nature, et il n'avait guère plus de vingt-huit ans lorsqu'il fut reçu à l'Académie de peinture. Après s'être montré, dans les natures mortes (Table servie, la Raie), l'égal des meilleurs entre les Hollandais, il se consacra à la peinture des scènes d'intimité bourgeoise (le Bénédicité, la Mère laborieuse, l'Econome, la Gouvernante, le Jeu de l'Oi/e, l'Ecolier, la Toilette du matin), où se manifestent ses facultés d'observation franche, de grâce simple, d'émotion naïve, de fine bonhomie, sa sensibilité délicate, son aptitude à discerner les relations et les harmonies des objets et des hommes dans la lumière. Il s'est contenté d'observer autour de lui, dans le cadre de sa vie familiale et familière, et il a montré que les plus humbles sujets sont pour les vrais artistes matière à chefs-d'œuvre.
La gouvernante, par Chardin (Vienne).
LA MONARCHIE AIJSOLUE
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Nattier et sa famille, par lui-même (Versailles).
Si la bourgeoisie du xvuie siècle trouvait en lui le peintre de sa vie intime, c'est que, parallèlement à la littérature sentimentale de Diderot, de Rousseau, de Nivelle de La Chaussée, un mouvement se développait qui entraînait les esprits vers un art moralisateur et populaire. Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) voulut continuer Chardin et transposa dans la peinture les théories eslhétiques de Diderot : le Pire de famille expliquant la Bible à ses enfants, F Accordée de village, la Piété filiale, la Malédiction paternelle, le Fils puni, la Cruche cassée. Même dans les scènes familières, qui valent par la vérité du cadre, Greuze reste 'très inférieur à Chardin. Ce qui lui manque, c'est la sincérité de l'émotion, et sa sensiblerie voulue n'est même pas relevée par la chaleur du coloris.
Il faut encore citer dans la peinture de genre François-Bernard Lépicié (1698-1755), qui nous intéresse surtout par ses interprétations de Chardin.
Un genre dans lequel excellèrent les peintres du xvnie siècle, c'est le portrait. Nicolas de Largillière (1656-1746), qui appartient surtout au grand siècle, exécuta des portraits du roi, de la reine et de plusieurs personnages de la Cour. Carie van l.oo (1705-1765), qui en a donné de superbes, entre autres celui de Louis X V, eut pour rivaux Nattier (1685-1766), « l'élève des grâces et le peintre de la beauté » (la Camargo,
le Maréchal de Saxe, Ma rie Leszczynslca , Marie-Thérèse, Mesdames Henriette et A delà ïde, 1 e Da uphin, la Daupliine, etc.); l.ouisTocqué (1696- 1772); François-Hubert Drouais (1727- 1775), dont Diderot qualifie la peinture de « crayeuse et vermillonnante » (le Comte d'Artois, le Go m te de Provence, Louis XV, Madame du Barri/; Mme Vigée-Le Brun (1755- 1842), dont les portraits de Marie- Antoinette, de la Duehesse d'Orléans, ont tant de grâce et de naturel; Simon Du plessis ( 1725- 1802), qui a si bien rendu l'expression des physionomies dans ceux de Mademoiselle de Lespinasse, de Franklin, de Thom-'s, de Gluck, de Marmontel; le Suédois Alexandre lioslin, le « peintre des dentelles et des satins ». Leur maître à tous est Quentin de La Tour (1704-1788), avec ses pastels d'une sûreté de main extraordinaire : rois, princes, hommes d'État, philosophes, tout le monde voulut avoir son portrait au pastel par La Tour. Ses plus beaux sont ceux de Louis XV, de Marie Leszczijnska, du Prince Charles-Edouard, de la Marquise de Pompadour; ils ont l'accent de la vie, la vérité de la nature. Pulris es, et in pulverem reverteris (Tu n'es que poussière et tu retourneras en poussière), leur disait Diderot, faisant allusion à la fragilité d'œuvres qui ne sont, en effet, que de la poussière sur du papier : les pastels de La Tour n'en ont pas moins conservé jusqu'à présent leur éclat et leur fraîcheur. Le dessin en est parfait, d'une précision incisive et pénétrante; la vie, le caractère, se concentrent dans les yeux avec une admirable intensité.
Le pastel fut encore pratiqué, notamment par Jean -Baptiste Perroneau (1715-1783), remarquable coloriste, qui sut mieux que
Vigée-Le Brun et sa fille, par elle-même (Louvre).
Maurice Quentin de La Tour, par lui-même (Amiens).
Le port de La Rochelle, par Joseph Vkhmt (Louvre).
IllSTUItlE DE l'kANCE. — II.
La Tour faire baigner ses modèles dans l'atmosphère ambiante. Dans les autres genres, le xvine siècle n'a pas manqué de peintres excellents. Le paysage a été cultivé par Lantara [1729-1778] (un Orage, la Nappe d'eau, Effet de matin) ; par Hubert-Robert (1733-1808), le peintre de la campagne de Rome et des ruines (le Pont du Gard, le Cotisée, les Arènes de Nimes, le Temple de Vénus); par Joseph
mentales avec Girardon, Antoine Coysevox, les Coustou ( Voir p. 126-127), Robert Le Lorrain (1666-1743), l'auteur de l'admirable bas-relief les Chevaux du Soleil (hôtel de Rohan), Jean-Baptiste Lemoyne (1704-1778), Falconet, Bouchardon et surtout Pigalle. Etienne Falconet (1716-1791) reçut les leçons de Lemoyne, débuta par un Milon de Crotone, un Pygmalion, une Baigneuse, l'Amour menaçant,
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Camille Falconet (Estampe de la Bibliothèque nationale)
J.-B. Pigalle, gravure de Saint-Aubin.
Augustin Pajou, par Guiard (Louvre).
J.-A. Houdon, par lui-même (Louvre)
Vernet (1712-1789), artiste d'une grande vérité, d'un coloris chaud, dans ses vues des ports, ses clairs de lune, ses tempêtes. Alexandre- François Desportes (1661-1743), dont le chef-d'œuvre (Cerf aux abois) est au château de Compiègne, et Jean-Baptiste Oudry (1686- 1755), le peintre des chasses de Louis XV, sont deux animaliers remarquables. Dans la peinture des batailles se distinguent Charles Parrocel (1668-1752) et François Casanova (1730-1805), frère de l'auteur des Mémoires, artiste plein de fougue et d'émotion, sachant rendre avec une maestria incomparable l'horreur des combats, la violence d'une charge de cavalerie, bien qu'il n'ait jamais vu de près une seule bataille!
Avec Joseph-Marie Vien (1716-1809), directeur de l'Académie de Fiance à Rome, l'enseignement de l'art va définitivement reprendre pour base et pour règle l'étude de l'antique et du modelé. Son élève le plus célèbre, Louis David (1748-1825), expose au Salon de 1785 le Serment des Horaces, qui clôt l'art du xvme siècle en même temps qu'il inaugure l'ait de la Révolution et de l'Empire.
La sculpture. — La sculpture continue de se débattre au xvme siècle entre l'instinct national et la formule académique.
Les traditions du grand siècle persistent dans les œuvres monu-
puis donna dans un genre plus grave un Christ agonisant et une Annonciation pour l'église Saint-Roch. La statue équestre de Pierre le Grand, qu'il érigea à Saint-Pétersbourg sur un bloc colossal de granit, est son œuvre la plus populaire ; mais ses élégantes et gracieuses fantaisies (l'Hiver, la pendule dite des Trois Grâces) ont une valeur d'art infiniment supérieure. 11 n'admirait pas aveuglément les anciens, qui lui paraissaient ne pas s'être suffisamment préoccupés des « plis de la peau », de la « mollesse des chairs » et de la « fluidité du sang ».
Bouchardon (1698-1762), qui cherchait la grâce et la rencontrait souvent, tout en tombant quelquefois dans le maniéré, subit l'inlluence de ses longues études à Rome, influence visible dans son dessin, correct, mais froid : l'Amour taillant son arc (Louvre), le Roi et le Dauphin (Versailles), les groupes du bassin de Neptune (parc de Versailles), la statue équestre de Louis XV sur la place de ce nom (terminée par Pigalle et détruite sous la Révolution), la Fontaine de
la rue de Grenelle témoignent d'efforts consciencieux et permettent de le ranger au nombre des vrais artistes.
Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785), comme Falconet, a le sentiment de la statuaire monumentale; son œuvre la plus considérable est le Mausolée du maréchal de Saxe (à
Moreau le jeune, gravure de Saint-Aubin.
Fontaine de la rue de Grenelle, à Paris, par Bouchardon.
Cochin le fils, gravure de J. Daullé.
LA MONARCHIE ABSOLUE
Strasbourg, temple Saint-Thomas), dont on peut rapprocher son Mausolée du maréchal
d'Harcûurt (Notre-Dame de Paris), son Monument de Louis XV(à Reims). Parmi ses autres œuvres, sa Vierge de l'hôtel des Invalides, sa Vénus et son Mercure assis du palais de Sans- Souci (le Mercure est le plus beau morceau qu'il ait sculpté), son Enfant à la cage, son groupe de V Amour et VA initié, exécuté pour Mma de Pompadour, contrastent, par leur robuste virilité, avec l'art léger, facile et agréable de son temps. Son attachement obstiné, parfois malheureux, àl'acailémisme éclate surtout dans le Voltaire de la bibliothèque de l'Institut.
Mais la sculpture du xvme siècle est surtout remarquable dans le portrait, et cette forme d'art compte trois maîtres : Caffieri, Pajou et Houdon. J.-J. Caftîeri (1725-1792) a fait un grand nombre de bustes, soit de célébrités contemporaines, soit de grands hommes du temps passé (Rotrou, Corneille, Molière Théâtre-Français]), reconstitués d'après les documents et encore aujourd'hui admirés pour la vérité et la finesse de l'expression.
Augustin Pajou (1730-1809), l'auteur du Fronton de la cour du Palais-Royal, de Pluton tenant Cerbère enchaîné, des Naïades ajoutées à celles de Jean Goujon pour la Fontaine des Innocents, exécuta les statues de Turenne, Descartes, Pascal, Bossuet, Buffon, où, le premier, il sut tirer un heureux parti de la forme ingrate du vêtement moderne. On lui doit un buste intéressant de Madame du Barri/.
Jean-Antoine Houdon (1741-1828), élève de Pigalle, se fit connaître par une Vestale, une Minerve et un Écorché qui est resté célèbre. Dans ses innombrables bustes (Washington, Catherine II, Turgot, Gluck, etc.), et surtout dans le Voltaire assis du foyer des Français, il a fait preuve d'une profondeur d'observation et d'un esprit d'analyse incomparables. Dans un autre genre, sa Diane nue, sa Frileuse, sa Grive suspendue par une patte retinrent justement, l'attention.
Claude Michel, dit Clodion, excella dans le genre léger et gracieux (Baigneuse ; Jeune Enfant portant des raisins ; Nymphe rattachant sa chaussure; Jeune Fille cherchant à attraper un papillon ; Jeunes Filles jouant avec des oiseaux). Les amateurs recherchent ses figurines en terre cuite, nymphes et bacchantes au visage souriant et provocateur.
Gravure. — Les graveurs français sont, au xvme siècle, les premiers de toute l'Europe. Nos grands recueils d'estampes (Galerie du Luxembourg [Nattier], Cabinet de Croizat, Cabinet de Boyer d'Aguilles, Galerie de Versailles, Galerie de Dresde) sont universellement réputés et les œuvres de la peinture sont popularisées par de nombreuses reproductions. La librairie fait appel aux graveurs pour l'illustration
Buste de M'
B du Barry, par Pajou (Louvre).
Pendule des trois Grâces, par Falconet (Collection Camondo).
des livres. Les grands seigneurs, le Régent, le comte de Caylus cultivent la gravure à l'eau-forte, et Mme de Pompadour, la reine Marie Leszczynska s'essayent dans les arts du dessin.
Pierre Drevet, déjà célèbre sous Louis XIV (portraits du Cardinal de Fleury et de Louis XIV enfant); — son fils Pierre-Imbert (portraits de Bossuet, d'Adrienne Lecouvreur); — Charles-Nicoias Cochin (1688- 1754), qui a gravé surtout d'après Coypel et les peintres des fêtes galantes; — son fils, Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), plus habile encore, dont l'œuvre se compose de plus de quinze cents pièces; —
hot. Giraudnn.
Les Chevaux du Soleil, par Le Lorrain (Haut relief de l'ancien hôtel de Rohan).
Phot. Lévy et dis.
Monument du maréchal de Saxe, par Pigai.lk (Église Saint-Thomas, à Strasbouif; .
Un salon » ou « le concert », par Saint-Aubin.
Jean Daullé; — Pierre Aveline; — Jean Moyne ; — Jacques-Philippe Lebas, le spirituel interprèle de Teniers et, avec Cocliin, des fameux Ports de France, de Vernet, sont les graveurs les plus renommés de cette période, pendant laquelle Gravelot, Eisen et Moreau le Jeune se révèlent comme illustrateurs hors ligne d'éditions célèbres. Gauthier Dagoty et ses fils popularisent l'estampe en couleur en adoptant le procédé imaginé par un Français réfugié à Francfort, Jean Le Bon (1). Gilles Demarteau de Liège et Louis-Marin Bonnet de Paris pastichent la sanguine par des tirages en bistre, et le pastel par des superpositions de planches coloriées. J.-C. François, de Nancy, découvre l'aquatinte, et sa technique, employée par Descourtis, Janinet, Debucourt (le Menuet de la mariée), Sergent-Marceau, permet la création d'une foule d'oeuvres charmantes.
Arts industriels. Le mobilier. — l.a sévérité de la ligne droite, si fort en faveur au xvue siècle, est abandonnée au profit de la ligne courbe. Le genre rocaille ne présente à l'œil que des formes rondes habilement combinées : les chaises, les fauteuils, sont faits pour épargner au corps toute fatigue ; les lits sont entourés, sur trois côtés, de dossiers rembourrés. On crée, dans ce style, une foule de petits meubles : étagères, chiffonniers, tables à miroir, bonheurdu-jour pour lesquels un bois exotique nouveau, le bois de rose, est souvent employé, en concurrence avec la laque, que l'on marie aux incrustations, aux dorures, aux ciselures, aux marqueteries. Martin invente un vernis d'un merveilleux éclat, qui, au dire de Voltaire, « a surpassé l'art de la Chine». Partout des bibelots, des statuettes, des objets de l'extrême Orient (2).
Sous Louis XVI le mobilier devient plus sévère; on revient aux
(1) Ce procédé consiste à colorier une planche unique avec un pelit tampon dénommé poupée, en se servant d'un ou plusieurs tirages. Le procédé moderne consiste à préparer autant de planches qu'on veut obtenir de tons différents en ne gravant sur chacune d'elles que la partie du dessin réservée pour un ton et en les imprimant successivement sur la même feuille de papier.
(2) Sur l'influence artistique de l'extrême Orient, voir La Chine en France au XV] II" siècle, par Henri Cordier (Séance publique annuelle de l'Académie des inscriptions, 20 novembre 1908).
Le comte de Provence, frère de Louis XVI, chargea un artisan, Desrnelles, qui avait rapporté de Pékin les formules de composition de la fameuse pâte k porcelaine des Chinois, de diriger la « Porcelainerie de Monsieur » ou de i ll'tguancourt, dont les produits firent concurrence à ceux de la manufacture <le Si' vies.
profils grecs, sans pour cela négliger le confort; la sculpture reprend sa vogue avec les cannelures, les colonnettes, les culots d'acanthe ou de laurier, les rosaces inscrites dans un carré, les boudins, les perles et les rubans dans les moulures. Oeben, Biesener, Duplessis, Hervieux, Gouthière, liencmaun sont les plus renommés de ces artisans, dont la collaboration engendra ces meubles ornés de cuivre ciselé qui sont des chefs-d'œuvre de l'art du doreur et de celui du découpeur de bois.
La mode des tissus de coton dits indiennes fit fureur au xvne siècle, et des imprimeries sur toile se fondèrent à Chàtellerault, Marseille, Montpellier, Bouen : dans l'intérêt des fabricants de velours, un édit de 1686 avait interdit l'importation des indiennes et leur imitation par l'industrie française ; mais l'application de cet édit somptuaire ne put lasser l'obstination des élégantes : en 1759 les interdictions furent levées et un jeune Allemand, Oberkampf, établit près de Versailles, sur les bords de la Bièvre, la manufacture rie toiles peintes de Jouy.
La musique. — Jean Bameau (1683-1764), théoricien profond et compositeur admirable, renouvela la musique d'opéra avec Hippohjte et Aricie, les Indes galantes, Castor et Pollux, Dardanus, œuvres remarquables non seulement par leur forme nouvelle, mais aussi par la puissance et la vérité de la déclamation, le sentiment dramatique, et aussi par le rôle important donné pour la première fois à l'orchestre.
Des chanteurs bouffes italiens viennent à l'Opéra (1750) jouer les intermezzi de Pergolèse, Léo, Latilla : la fameuse « guerre des bouffons » (1752), guerre de pamphlets et de libelles, éclate entre les partisans de la musique italienne et ceux de la musique française. J.-J. Bousseau fait jouer à l'Opéra son Devin du village, qui obtient un succès fou.
Pendant ce temps l'Opéra-Comique de la Foire, qui jusqu'alors n'avait joué que des vaudevilles, s'avise de faire représenter une petite pièce musicale, les Troqueurs, conçue dans le genre des intermèdes italiens et dont la musique est écrite par un compositeur français : c'est le premier modèle du véritable opéra-comique, qu'on appelait alors comédie à ariettes (1752). Bientôt Demi, Pliilidor, puis Monsigny et Grétry (1741-1813), écrivent en ce genre toute une série d'œuvres (les Dl-ux Chasseurs, les Moissonneurs, le Sorcier, le Bûcheron, le Maréchal ferrant, Rose et Colas, le Déserteur, Lucile, V Amant jaloux, Richard Cœur de Lion) qui enchantent le