LA GUERRE. CAMPAGNES DE 1794 ET DE
La coalition, découragée, fut ranimée par l'ardeur de Pitt et les subsides de l'Angleterre, malgré l'opposition de lord Stanhope dans la Chambre haute, de Fox et de Sheridan dans la Chambre des communes. Le roi de Prusse, las d'une guerre dont il ne tirait aucun profit personnel, voulait rappeler sa grande armée; mais l'Angleterre le retint en concluant à La Haye, en son nom et au nom de la Hollande, un traité de subsides (19 avril 1794).
Opérations dans le Nord. — Bataille de Tourcoing (18 mai 1794). — L'armée du Nord, que commandait Pichegru, était principalement concentrée vers Lille, Guise et Maubeuge.
Résolu à marcher par Guise sur Paris, le prince de Cobourg, avec 100 000 hommes, vint assiéger Landrecjes, et entra dans la place le 30 avril, après avoir repoussé la division de Cambrai. L'attaque du
centre ennemi paraissant impossible, nos troupes s'étaient divisées en deux corps, dont l'un marcha sur la Lys et l'autre sur la Sambre. Pichegru pénétra en Flandre, en s'appuyant sur la mer et l'Escaut; à sa droite, Souham etMoreau s'emparèrent de Courtrai et de Menin, battant Clerfayt à Mouscron (29 avril 1794) et à Courtrai (11 mai). L'état-majorautrichien conçut alors le plan dit de destruction, qui consistait à couper Moreau et Souham de leurs communications avec Lille, à envelopper l'armée française et à l'anéantir.
A ce plan s'opposait celui de Carnot, qui consistait à agir parles deux ailes : Jourdan, avec l'armée de la Moselle, se dirigerait vers la Meuse et attaquerait Namur et Liège, tandis que les généraux Charbonnier et Desjardins passeraient la Sambre pour prendre contact avec la gauche ennemie, Moreau et Souham se tenant entre la Lys et l'Escaut. Le passage de la Sambre fut, sur l'ordre de Saint-Jusl, tenté à quatre reprises au mois de mai ; mais les Autrichiens de Kaunitz eurent facilement raison de ces mouvements offensifs.
Cependant le prince de Cobourg et le duc d'York étaient venus au secours de Clerfayt; ils se proposaient, sur le conseil de Mack, d'envelopper à Tourcoing les troupes de Souham et de Moreau : 62 000 hommes (Hanovriens, Anglais, Autrichiens) devaient prendre part à l'action; mais Souham, avec 40 000 hommes divisés en deux corps, enfonça les retranchements de Tourcoing et mit ses défenseurs en déroute, leur infligeant une perte de 3 000 hommes et 60 canons (18 mai 1794). Les coalisés se replièrent sur Tournai. Pichegru, qui arriva lorsque la bataille était gagnée, se mit à leur poursuite : un combat sanglant mais indécis, où périrent sept ou liuit mille hommes de part et d'autre, se livra à Pont-à-Chin, le long de l'Escaut. Pichegru, se portant vers la Flandre maritime, avec Macdonald, battit de nouveau Clerfayt à Hooglède (13-14 juin) et s'empara d'Ypres (17 juin 1794).
L'armée de Sambre-et-Meuse. Bataille de Fleurus (26 juin 1794). — Depuis le déblocus de Landau, l'armée de la Moselle, forte de 60 000 hommes, était restée dans l'inaction. Jourdan, qui la commandait, reçut de Carnot l'ordre de se réunir à l'armée de la Sambre. Les deux armées, fortes de près de 100000 hommes, formèrent alors Vannée de Sambre-et-Meuse, qui réussit à franchir la Sambre et à investir Charleroi. Les opérations du siège furent poussées si vivement qu'en huit jours tout fut préparé pour l'assaut. Un officier s'étant présenté pour parlementer, Saint-Just le renvoya après avoir refusé d'ouvrir la lettre dont il était porteur : « Ce n'est pas, dit-il, un chiffon de papier, c'est la place qu'il nous faut, » et la place se rendit le 25 juin au soir.
Cobourg arriva avec les Austro-Hollandais pour la secourir, ignorant qu'elle s'était rendue; mais grâce à la diversion polonaise, qui désunissait les alliés et immobilisait les Prussiens sur le Rhin, les armées françaises triomphèrent à Fleurus (26 juin 1794).
Seconde invasion de la Belgique. — La victoire de Fleurus ouvrit aux Français les Pays-Bas, dont Pichegru et Jourdan achevèrent
LA «EVOLUTION
l'hut. Vi,.zai
La bataille de Tourcoiny, par Boom
promptement la seconde invasion : leurs avant-gardes pénétrèrent le 10 juillet 179 'i à Bruxelles, où les deux généraux opérèrent leur jonction.
Les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse se dirigèrent l'une sur Anvers avec Pichegru, l'autre sur la Meuse avec Jourdan, en attendant la reprise de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes et de Condé, qui avaient été investies.
Opérations sur le Rhin. — Les armées Moselle, affaiblies depuis le départ de Jourdan,
Armée française (nftm Armpn autricluenne libertii
o\Frjsnez;
Wjquelée SombrelTe
Plan de la bataille de Fleuris ( 179-4).
Apprenant que Jourdm. commandant l'armée do Santbreet-Mcusc, conviait le siège de Cliarleroi, le prince de Cobourg vien' au secours de la place avec 70000 Austro- Hollandais, commandés par le prince d Orange, Latour, Quasdanovitcli, Kaunitz. l'archiduc Cliarl- s, Beaulieu.
L'armée française, au moins aussi nombreuse, lui oppose, outre Jourdan, Championnet, Lef'vre, Marceau, ■ Kléber, Hatry, Montaigu; elle forme en avant de roi un demi-cercle d nt 1rs extrémités s'appuient sur ubre.
Le 26 juin, à trois heures du malin, les coalisés prennent l'offensive avec une telle vigueur que la division de Montaigu. a l'extrême gauche française est 1 ejotée sur la Sambro Mais bientôt Kléber s'élance à son tour sur l'ennemi, qui est !.i ramené en arrière. An centre, Championnd résiste à tous les assauts de Kaunitz. qu il a en face de lui. Cobourg fait alors porter ses efforts sur la droite, établie au village de Lambussart, qui est pris et repris trois fois ;'i la ba'ion- FinaJement, Jourdan jet te sur l'ennemi toute la cavadu général Dubois et, chargcinl lui-même à Li tête de trois bataillons, culbute tous les obstacles. A ce mnmenl irg apprend la reddition de Charleroi et, jugeant inutile de résister plus longtemps, il ordonne la retraite générale sur Marbaix 27 juin 1794 , Débordés sur les deux ailes, les coali s. qui avaient perdu quatre ou cinq mille hommi -, décidem de seconc ntrer sur Bruxelles.
C est à Flcurus que naquit l'aérosiation militaire : le physicien Coutclle, capitaine des aérosliers de l'arméi de Sanibrc-et-Meuse, monté dans un aérostai captif, renseigna 1 Jourdan sur les mouvements de l'ennemi, au moyen de signaux de convention.
du Rhin et de la étaient restées sur la défensive : le maréchal prussien Mœllendorff en profila pour reprendre Kaiserslauter n (23 mai 1794) ; mais le général Michaud, maître de la crête des Vosges (115 juillet), reprit cette place, ainsi que Pirmasens, pendant que l'extrême gauche occupait Trêves.
Mœllendorff, renlié de nouveau à Kaiserslautern (18 sept e in b r e ) , d u f néanmoins abandonner le Palatinat en apprenant le résultai de la bataille de la Iioêr, et les armées de la Convention commencèrent l'investissement de Mayence.
Batailles de Boxtel et de la Roër. — La reprise île Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes el de Condé obligea les Anglo-Hollandais à reculer vers Bois-le-Duc et permit à Pichegru, pendant
que les Hollandais se retiraient derrière le Wahal, de battre les Anglais à Boxtel (14 septembre).
Dans le même temps, Clerfayt, n'ayant pu défendre la ligne de l'Ourthe contre Scherer et Marceau (18 septembre), se mit en devoir de défendre celle de la Roër, qu'il retrancha de Dueren à Aldenhoven et à Ruremonde. Le 2 octobre, l'armée de Sambre-et-Meuse attaqua avec succès les retranchements : le plateau d'Aldenhoven fut enlevé au centre, Dueren tomba au pouvoir de Marceau, Kléber put franchir la lioër, et le 5 octobre les Autrichiens repassèrent le Rhin, dont la rive gauche était décidément au pouvoir des troupes françaises.
Conquête de la Hollande. — Les Prussiens, découverts par cette retraite, quittèrent le Palatinat. Jourdan entra dans Cologne (6 octobre) et s'empara de Bonn (20 octobre) ; Kléber et Marescot allèrent faire le siège de Maëstricht. Pichegru, de son côté, s'empara de Bois-le-Duc, abandonné par le duc d'York, et lit franchir la Meuse à deux de ses divisions (18 et 19 octobre 1794). L'ennemi se réfugia dans le camp de Nimègue : le 8 novembre 1794 les Français étaient maîtres de celte place.
Ainsi les troupes républicaines occupaient la Relgique, la partie de la Hollande située sur la gauche de la Meuse et toutes les villes placées sur le cours du Rhin, sauf Mayence et Mannheim.
Du coté du sud, les Pays-Bas sont protégés par les diverses branches du Rhin, qui constituent une triple enceinte que Pichegru avait réussi à pénétrer de vive force. La température lui apporta, en même temps que des soull'rances cruelles pour ses troupes, des facilités imprévues pour l'invasion du pays; car, à la lin de décembre 1794, la gelée permit en maint endroit le passage des rivières. Le 2tf décembre, nos soldats franchirent la Meuse sut la glace
Le commissaire aux armées, par lin i i i. lie quoi vous plaignez- vous?... L'ennemi menace la France, m. us vous élancez, il est foudroyé!... les peuples gi missent dans l'esclavage, ils vous tendent les bras, e1 mus i,-s affranchissez du joug qui les opprime ! ! !.. le drapeau t i-i colore couvre di scs plis généreux les capitales conquises par vous I ! ! et vous vous plaignez? quand il n'est pas un mortel qui ne vous porte envie I... »
Prise de la flolle batave bloquée par les glaces, par Ch. Morin (Musée de Versailles).
avec leur artillerie, surprirent 1rs Hollandais et s'emparèrent de Bréda. Le général Walmoden, à qui le duc d'York avait laissé le commandement de ses troupes, se retira sur l'Yssel et abandonna les provinces d'Utrecht et de Gueldre. Le stathouder, prince d'Orange, après avoir déclaré aux Étals généraux, réunis à La Haye, qu'il ne pouvait plus rien pour la défense du pays, s'embarqua pour l'Angleterre, et les vainqueurs n'eurent plus qu'à se répandre comme un torrent dans toute la Hollande. La brigade Salm entra à Ulrecbt, le général Vandamme à Arnhem, le général Pichegru à Amsterdam (janvier 1795). « Cette cité, fameuse par ses ricbesses, vit avec une juste admiration dix bataillons de ces braves, sans souliers, sans bas, privés même des vêtements les [dus indispensables et forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs, au son d'une trompette guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivouaquer pendant plusieurs heures sur la place publique, au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans murmure qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement. » (Jomini.)
Pichegru, arrivé sur l'Amstel, chargea le chef de bataillon Lahure, d'origine belge, de prendre possession de la province de No.ord- Holland Le jour môme où le général en chef entrait à Amsterdam (20 janvier 179*3), Lahure apprit que la Hotte batave était, bloquée par les glaces dans le détroit, qui sépare le llelder de l'île du Texel : dès le lendemain malin, ses cavaliers, prenant les fantassins en croupe, s'élancèrent sur la glace et cernèrent les bâtiments hollandais. Les États avaient mandé à tous les commandants militaires de ne plus opposer de résistance aux troupes françaises; mais Lahure, qui ignorait celte décision, était résolu à se mesurer avec les marins hollandais, pour la plupart orangistes.
La République batnve succéda à la République fédéralive des Provinces-Unies. Le parti patriote, qui avait fait cause commune avec les Français, prit en mains le gouvernement du pays. Sous la direction de Paulus, il pénétra dans les régences municipales, les Etals
provinciaux, les États généraux, et s'empara de l'organis :on-
stitutionnel existant, se réservant de le réformer plus tard.
Opérations aux Pyrénées et aux Alpes. — Sur la frontière d'Espagne, les Espagnols avaient conquis la ligne du Tech et occupaient encore le fameux campilu Boulou, maisilsavaienl perdu l'habile général Ricardos, remplacé par le brave et médiocre La Union. Dugommier passa le Tech et attaqua les Espagnols en avant de Céret; il les mit en d îroute '30 avril 1795 .
pui: bloqua Port-VendresetCollioure. Après la capitulation de Bellegai de 27 septembre 1794 , il pénétra dans la Catalogne et IL de s, ,ii]t-|. aillent de la MûUga (18 novembre Dugommier 1794), le passage des montagnes, (Musée Carnavalet).
défendu par 77 redouteset 250 pièces d'artillerie.
Il périt à l'engagement de la Montagne-Noire ; mais La Union fut lui aussi mortellement frappé pendant sa retraite sur Figuières, quiouvrilsesportes(27 novembre) au général Pérignon. Posas ne capitula que le 3 février 17'.i">.
A l'autre extrémité de la chaîne des Pyrénées, Moncey s'empara en 1794 de Fontarabie, de Saint- Sébastien, de Tolosa, du Guipuzcoa tout entier et arriva jusqu'aux portes de l'ampelune. Le G juillet 1795, la prise d'Ollereguy sépara l'armée de Navarre de l'armée de Biscaye, et les Français venaient de se rendre maîtres de Vittoria et de Bilbao, lorsque l'Espagne fit la paix avec la France. (Voir plus loin, p. 265.)
Aux Alpes, du côté de Nice, l'armée d'Italie campait devant Saorgio, qui commande le col de Tende : elle ne pouvait forcer le formidable camp des Fourches, qui la tenait en échec depuis deux ans, lorsque Bonaparte imagina de tourner à droite le camp de Saorgio par les sources du Tanaro. De leur coté, Dumerbion et Masséna attaquèrent de front les positions des Piémontais, qui, après plusieurs actions assez vives, abandonnèrent Saorgio [28 avrili et même le col de Tende.
Au commencement de mai 1794, les Français étaient maîtres de toute la crête des Alpes, de la source de la Stura à celle de la Doria d'Aoste; par ces deux rivières, nos armées des Alpes et d'Italie pouvaient pénétrer jusqu'à Turin.
Revers sur mer. Le « Vengeur » (1er juin 1794). -- Le
conventionnel Jeanbon Saint-André et l'amiral Villaret-Joyeuse avaient, reçu l'ordre de se porter au-devant d'un convoi de grains que ïamenait d'Amérique l'amiral Vanstabel. Une Hotte de 28 vaisseaux, montés par des pfliciers et des équipages novices, sortit donc de Brest, sous le commandement de Villaret-Joyeuse, non pour livrer bataille, mais pour protéger l'arrivée du convoi : elle rencontra presque aussitôt la Hotte anglaise, forte de 25 navires ; deux engagements indécis, simples escarmouches, eurent lieu les 9 et 10 prairial an II (29 et 30 mai 179 i)
Le 13 prairial (2 juin), à neuf
par
Villaret-Joyeuse, P. G u En in (Versailles).
leures du matin, les deux flottes lurent de nouveau -aux prises à la hauteur de l'île d'Ouessant.
Une fausse manœuvre d'un de nos vaisseaux, la Montagne, permit à l'amiral llowe de couper noire ligne et d'accabler de toutes ses forces notre aile gauche. L'issue du combat nous lut fatale; mais, pendant que nos matelots se mesuraient avec les équipages de l'amiral llowe, le convoi de grains put entrer à Brest.
Le Vengeur du peuple, commandé par le capitaine Renaudin, avait, essuyé' déjà le feu de deux bâtiments ennemis, lorsque le Brnnswiclc l'accrochaavec son ancre. Un combat furieux s'engagea : on ne voyait plus personne debout sur le pont du Brunswick, où le feu s'était dé-
LA RÉVOLUTION
claré en deux endroits, et les Français allaient sauter à l'abordage, lorsque le bâtiment ennemi fut dégagé.
Le Vengeur avait perdu tous ses mâts et le tiers de son équipage; l'eau, pénétrant par les soutes, gagnait de toutes parts : Renaudin fit mettre son pavillon en berne, espérant que les Français viendraient à son secours, niais ce fut dans des canots anglais arrivés le long du bord que dut s'embarquer la moitié des survivants, y compris Renaudin. Deux cent six malades et blessés restèrent sur le Vengeur, qui allait sombrer. Ces braves eurent un moment de découragement en songeant à la mort terrible qui les attendait; mais, reprenant bientôt toute leur force d'âme, ils voulurent que leur dernier vœu fût pour la patrie, et ils disparurent dans les flots en criant : « Vive la nation ! Vive la République! »
Traités de Bâle et de La Haye (1795). — Les conquêtes des armées républicaines posaient une question très importante : que faire des territoires occupés? Deux tendances se dessinèrent dans le Comité de saint publie : les modelés, qu'on accablera bientôt du nom de faction des anciennes limites (Carnot, Scherer, Beurnonville), voulaient limiter les agrandissements, pour ne pas s'aliéner irrémédiablement l'Angleterre par l'annexion de la Belgique, et l'Allemagne parcelle de larive gaucbe du Rbin. Mais la majorité, de plus en plus impérieuse avec le succès, demandait les frontières naturelles du Rhin (Merlin de Douai, Merlin de Thionville, Dubois-Crancé, Cambacérès, Boissy d'Anglas, Sieyès). Celte conception eut pour conséquence le retour aux traditions diplomatiques de l'ancien régime, et la politique de l'an II posa trois propositions qui s'enchaînent nécessairement : acquisition des frontières naturelles, guerre sans merci à l'Angleterre, coalition du continent pour réduire la « nouvelle Carlhage ».
Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II inclinait à traiter depuis janvier 1794; il s'y décida en apprenant qu'un soulèvement national en Pologne, à la suite du second partage, avait provoqué une intervention russe et déterminé Catherine II à négocier avec l'Autriche un troisième partage, dont les Hohenzollern seraient exclus; le 25. octobre, il dénonça son traité d'alliance avec l'Angleterre et permit à son envoyé à Bàle de négocier un armistice. Les conférences s'ouvrirent le 12 janvier 1795. La France était représentée par Barthélémy, diplomate de carrière, disciple de Vergennes, qui ne cessa de donner au Comité de salut public des conseils de modération; le roi de Prusse eut successivement pour plénipotentiaires Goltz et Hardenberg. Barthélémy demanda la reconnaissance de la République et la frontière du Rhin; Hardenberg réclama des dédommagements pour les territoires perdus par la Prusse et la confédération de l'Allemagne du Nord sous l'hégémonie de son souverain.
Le traité fut signé en hâte sur ces bases le 5 avril 1795. La Fiance obtint les territoires prussiens de la rive gauche du Rhin, évacua ceux de la rive droite et, par des articles secrets, promit des compensations lors de la paix générale et la neutralisation de l'AIlemagne du Nord sous la direction de la Prusse. Ainsi l'extension de la France républicaine jusqu'au Rhin avait pour corollaire l'unification de l'Allemagne.
La Hollande avait été conquise et érigée en république démocratique : il fallait régler ses rapports avec la République souveraine, es et Reubell, venus à La Haye, y signèrent, le 16 mai 1795, un traité par lequel les Provinces-L'nies cédaient à la France la Flandre hollandaise, Maëstricht et Vcnlo, payaient une forte contribution de guerre et promenaient une coopération militaire et maritime efficace contre l'Angleterre.
vi la Prusse avait traité pour pouvoir disputer l'Orient aux Russes, l'Espagne déposa les armes pour ne pas abandonner la Méditerranée aux Anglais. La mort du dauphin (8 juin 1795) mit fin aux dernières hésitations du roi, car il avait demandé au début que Louis XVII fût reconnu comme roi de la Navarre française. Le traité, négocié à Bàle entre Bourgoing et d'Yriarte, fut signé le 22 juillet 1795: la France, abandonnant toutes ses conquêtes au delà des Pyrénées, recevait en échange la partie espagnole de Saint- Domingue.
La Convention vota, le l,r octobre L795, sur la proposition de Merlin de Douai, un décrel déclarant à jamais réunies à la France -' - nouvelles acquisitions.
Opérations sur le Rhin en 1795. Siège de Mayence.
- La Fiance restait en guerre avec l'Autriche el l'Angleterre.
Pendant que l'armée de Sambre-el-Meuse, sous Jourdan, occupait la rive gauche du Rhin, de Mayence à la frontière hollandaise, Pichegru était maître du fleuve, de Bàle à Mayence, et Kléber pour-
suivait le siège de cette place : Luxembourg, affamé, se rendit le 24 juin. Du côté des alliés, Wurmser et Clerfayt se tenaient respectivement sur le haut Rhin et sur le Main, prêts à se réunir contre nous.
La campagne de 1794 avait, placé Pichegru au premier rang de nos généraux. Rappelé à Paris pour y réprimer l'insurrection du 12 germinal (1er avril 1795), il fut proclamé parla Convention « le Sauveur de la Patrie »et reçut le commandement des armées réunies du Rhin et de la Moselle.
Jourdan et Pichegru ayant reçu du Comité de salut public l'ordre de passer le Rhin, l'armée de Sambre-et-Meuse obéit le 7 septembre et s'établit vers Nassau, et les armées du Rhin et de la Moselle reçurent la capitulation de Mannheim(20 septembre); mais Pichegru échoua devant Heidelberg (24 septembre), volontairement peutêtre (1), et Jourdan dut repasser le Rhin, reculant devant Clerfayt. Celui-ci débloqua alors Mayence (29 octobre) et enleva la Pfrim et le canal de Frankenlhal à Pichegru, qui se replia sur le Speyerbach (11-14 novembre). Quelques jours après, Mannheim nous échappait (22 novembre), et les Autrichiens, maîtres de la rive gauche du Rhin, du Speyerbach à la Nahe, obtinrent un armistice.
L'œuvre de la Convention. — La Convention nationale tint sa dernière séance le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) et se sépara aux cris de : « Vive la République ! » Elle voulut terminer sa longue et tragique carrière par un acte de clémence : elle décréta qu'à dater de la paix générale la peine de mort serait abolie en France, changea le nom de la place de la Révolution en celui de place de la Concorde, et prononça une amnistie pour tous les délits politiques, à l'exception des faits d'émigration et de participation à l'insurrection du 13 vendémiaire.
Pour porter sur son œuvre un jugement équitable, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles elle exerça son redoutable pouvoir.
Le droit public élaboré par l'Assemblée constituante avait été insuffisant à établir l'ordre en France, et, sous la Législative, les girondins s'étaient montrés impuissants à résoudre par la légalité les contlils qui aboutirent à la guerre étrangère, à la déchéance du roi, à la toute-puissance de la Commune et des clubs, à l'écrasement du parti modéré'. Mais alors se produisit une déviation sanglante et tumultueuse des idées fondamentales de la Révolution, et cette déviation, on ne peut l'attribuer qu'en partie à l'action des personnalités les plus influentes, comme les girondins, comme Marat, Danton, Robespierre : ce qui domine dans cette crise, c'est l'impulsion de la force collective du peuple, représentée par la Commune de Paris et ses sections, par les Communes provinciales, les comités révolutionnaires, les clubs, les journaux, et cette force fut assez puissante pour envoyer à l'échafaud les girondins, Danton, Robespierre, dès qu'ils voulurent imposer la forme de leur volonté individuelle. C'est elle qui donna naissance aux paniques, aux compromissions auxquelles se résignèrent les consciences les plus hautes, comme Carnot, et réduisit au silence les conventionnels eux-mêmes, qui assistèrent, « le cœur maigri d'épouvante », à la domination implacable du gouvernement de la multitude.
Mais, à côté de celte action collective, de la pression trop souvent brutale et irraisonnée des sections, de la médiocrité de certains caractères, de l'inexpérience politique, de la crainte des surenchères, de la peur suggestive des cruautés inconscientes, il fautconsidérer la rapidité et la complication des circonstances terribles où se trouva, la Convention. Elle avait à lutter contre l'invasion étrangère, le soulèvement catholique et royaliste, l'insurrection girondine, el l'on a vu comment s'étaient constitués peu à peu, non d'après un plan préconçu, mais sous la pression dis événements, les organes de la dictature révolutionnaire (Voir p. 242) ; comment ce régime fui, substitué « jusqu'à la paix » à la constitution démocratique de 1793, qui avait pour but de donner satisfaction à la fois à Paris et aux provinces ; comment, au nom du salut de la République, la souveraineté de la nation et, les délibérations régulières de ses représentants fuient remplacées à Paris, dans les départements et aux armées, par l'action décisive du Comité' de salut public et, des conventionnels en mission ; ci nu nie ni, en un mol s'éleva, sur la violation des libertés publiques, la dictature qui triompha de l'invasion et de la guerre civile, mais dégénéra sous les hébertistes, puis sous Robespierre en un régime de tyrannie sanglante.