LA PERIODE THERMIDORIENNE
Modification du gouvernement révolutionnaire. — Le
gouvernement révolutionnaire fut maintenu par les thermidoriens, mais ils en modifièrent peu à peu les organes. Tout en instituant douze commissions executives permanentes, ils prévinrent le retour de la dictature en répartissant la direction des affaires entre seize comités, renouvelés mensuellement par quart. La durée^de la mis-
craie, les mots : « Du pain! La Constitution de 1793! La liberté des patriotes! » La Convention, délivrée par la garde nationale, vota la déportation de Barère, de Collot d'Herbois, de Vadier et de Billaud-Varenne, si violemment pris à partie au souvenir de son terrorisme méthodique — dont il ne cessa de se glorifier comme de l'accomplissement d'un devoir — qu'on dut le faire sortir nuitamment de Paris pour le soustraire aux fureurs de la foule.
La famine croissante et les manii'estations de la jeunesse dorée
Fréron, gravé d'après Bonnevillb.
Billaud-Varenne, gravé d'après Bonnevillb.
Fermeture de la salle des Jacobins, par Dupl essis-Bertaux.
sion des représentants fut limitée par l'Assemblée, qui les nomma elle-même. Toutes les sociétés populaires furent interdites. La Commune ne constitua plus qu'une administration subordonnée à la Convention. La garde nationale fut réduite à l'impuissance politique par la création d'un état-major de cinq membres substitué au commandement unique. Le tribunal révolutionnaire, supprimé le 31 mai 1795, devint en attendant une juridiction à peu près régulière, et la loi de prairial fut rapportée. La liberté de la presse fut rétablie, avec interdiction de demander ouvertement la restauration de la monarchie. Un grand nombre de suspects sortirent des prisons. Ce fut la Convention qui gouverna elle-même par des majorités successives.
La réaction thermidorienne. Fermeture du Club des jacobins. — • A la tête de la réaction thermidorienne se distinguait le rédacteur de l'Orateur du peuple, Louis-Marie-Stanislas Fréron, naguère farouche cordelier, acharné maintenant contre les révolutionnaires.
Il poursuivait de ses sarcasmes la société des jacobins, dernier refuge des terroristes, et faisait appel aux jeums gens de la classe riche, qu'on appelait les muscadins ou la jeunesse dorée. Des rixes fréquentes eurent lieu dans les rues entre les muscadins et les jacobins, dont le club fut envahi et mis à sac. La Convention, loin de sévir, supprima, le 9 novembre 1794, la célèbre société, qu'elle accusait maintenant d'avoir « rendu le régime républicain si odieux qu'un esclave courbé sous le poids de ses fers eût refusé d'y vivre ».
Soixante-treize conventionnels, détenus à Port- Louis (Morbihan) pour avoir signé une protestation contre le 31 mai, rentrèrent à Paris; puis vingt-deux girondins vinrent renforcer le parti thermidorien, qui envoya à l'échafaud Carrier et l'ouquier-Tin ville.
Journées des 12 germinal et 1er prairial (1er avril et 20 mai 1795). — Le peuple, aux prises avec la disette, établissait une relation entre sa misère et le mouvement de réaction. Il y eut des troubles le 1er et surtout le 12 germinal (21 mars et 1er avril 1795). Les jacobins soulevèrent les faubourgs et envahirent la salle des séances, portant écrits sur leurs chapeaux, à la
déterminèrent, le Ier prairial an III (20 mai 1795), une grave insurrection du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Marceau, qui se levèrent en armes pour réclamer « du pain et la Constitution démocratique de 1793 ». Les portes de la Convention sont de nouveau forcées; plusieurs coups de feu sont tirés dans la salle et le président Boissy d'Anglas est couché en joue. Un jeune député, Féraud, se précipite à la tribune pour le couvrir de son corps; on le prend pour Fréron, on l'entraîne dans les couloirs, on le tue : sa tète, placée au bout d'une pique, est présentée à Boissy d'Anglas, qui se découvre, s'incline avec respect et impose à la foule par son sang-froid. Cependant les émeutiers, maîtres de la tribune, venaient de faire adopter, au milieu des applaudissements de la multitude, le manifeste de l'insurrection, lorsque les représentants Auguis, Legendre, Kervelegan entrent au pas de charge à la tète des sections les plus voisines, après s'être emparés du Carrousel et de ses
La tête de Féraud présentée à Boissy d'Anglas, par Du pleSS is- Bertaux .
LA RÉVOLUTION
principales avenues. « Au nom de la loi, s'écrie Legenilre, j'ordonne aux citoyens armés de se retirer. »
Les insurgés évacuent la salle en désordre, et aussitôt vingt-huit Cretois (1 sont arrêtés comme auteurs ou complices indirects de l'insurrection et éloignés de la capitale.
Le lendemain, les faubourgs vinrent de nouveau menacer la Convention, qui les apaisa pardes promesses; mais le 4 prairial, jour du supplice de l'assassin de Féraud, le général Menou dut menacer d'un bombardement le faubourg Saint-Antoine.
A la suite des journées de prairial, les derniers montagnards, traduits devant une commission militaire, furent condamnés à mort :
Romme, Goujon, Duquesnoy se poignardèrent; Bourbotte, Soubrany, Du Roy, qui n'avaient réussi qu'à se blesser, furent traînés sanglants à l'échafaud ; Rùhl s'était suicidé avant sa comparulion; Prieur de la Marne put prendre la fuite. C'est à grand'peine que Garnot fut épargné en raison des services rendus par 1' « organisateur de la victoire ».
Insurrections royalistes dans le Midi. La Terreur blanche. — A la faveur de la réaction thermidorienne, les royalistes exerçaient dans le Midi de sanglantes représailles et se vengeaient de la Terreur rouge par une véritable Terreur blanche. Ils étaient organisés en bandes armées sous le nom de Compagnies de Jé/nt ou de Jésus et de Compagnons du Soleil. A Lyon, ils envahirent les prisons, égorgèrent les détenus réputés terroristes et jetèrent leurs cadavres dans le Rhône. A Tarascon (24 et 25 mai 1795), les prisonniers du fort furent aussi précipités dans le ileuve, et, sur les cadavres que les eaux, en se retirant, laissèrent à découvert, les royalistes attachèrent, à l'aide de poignards, des étiquettes portant ces mots : « Défense d'ensevelir sous peine de la vie. » Aix (12 mai), Marseille (9 juin) furent aussi le théâtre de tueries impitoyables, encouragées parles commissaires de la Convention et les autorités locales, et des conflits ensanglantèrent Avignon, Nimes, Toulouse.
Le prince de Condé et l'Angleterre négociaient avec Pichegru pour l'amener à trahir la cause républicaine; des émigrés, passant la frontière de Suisse, rentraient en foule;. l'insurrection reprenait en Vendée et en Bretagne; la chouannerie normande avait trouvé dans Louis de Frotté un chef extrêmement actif, un organisateur habile, qui sut donner de la cohésion à des bandes pillardes et indisciplinées.
La guerre de Vendée et la chouannerie en 1794 et 1795.
— La bataille de Savenay avait consommé l'anéantissement de la grande armée royaliste d'outre-Loire, mais la guerre de partisans n'avait pas pris fin. Le général Turreau, nommé, le21 décembre 17'.».'!, commandant en chef de l'armée de l'Ouest, fit occuper l'île de Noirmoutier. Vingt-deux chefs vendéens furent faits prisonniers, parmi lesquels d'Elbée qui, blessé et mourant, fut porté dans un fauteuil au lieu de l'exécution [9 janvier 1794).
Bientôt douze colonnes mobiles, dites colonne* infernnlrs, parcourent le pays, y portant le fer et le feu, pendant que Carrier se déshonorait par les « noyades » de .Nantis Voir p. 243). Après la mort de La Rochejaquelein, tué au combat de Trémentines (28 janvier), Stofflet prend le commandement et dispute Cbolet (10 mars) au généra] Moulin, qui se brûle la cervelle. De son côté le général Haxo perd la vie au combat de Vansault [19 mars et l'affaire de Challans 30 avril, entraine la disgrâce du général Turreau. Son successeur,
Mort du général vendéen d'Elbée, par Lu Blant.
Vimeux, adoptant une tactique moins brutale, répartit ses forces en quator/.e camps retranchés, pour enserrer le champ principal de l'insurrection, et, après le 9 Thermidor, le gouvernement se relâche de ses rigueurs envers les Vendéens : une amnistie est promise à ceux qui déposeront les armes dans un délai de trois mois.
Le général Canclaux fut de nouveau appelé au commandement de l'armée de l'Ouest, le 8 octobre ; les rivalités personnelles qui divisaient les survivants des chefs royalistes prenaient en ce moment même un caractère si aigu que Stofflet, blâmé par un conseil extraordinaire (6 décembre), se sépara définitivement de Charette. Les représentants Ruelle et Prieur de la Marne, alors à Nantes avec Canclaux, estimèrent que ces dissensions intestines pouvaient favoriser la pacification, et Ruelle entama avec les Vendéens les pourparlers qui aboutirentaux Iraitésde La Jaunayeetde LaMabilais. Le traité de La Jaunaye (17 février 1795) garantissait aux Vendéens le libre exercice du culte catholique et accordait à Charette, outre une garde territoriale de 2000 hommes soldée par l'État, une indemnité de guerre de 2 millions.
Charette ne signait lapaix que pour avoir le temps de refaire son armée (1) : Stofilet tenait pour indigne de la cause royaliste de déposer les armes avec l'arrière-pensée de les reprendre, et il se proclama général en chef. Cependant, lorsque Cormatin, chef des forces royalistes de Bretagne, eut signé de son côté le traité de La Mabilais (20 avril 1795), Stofllel, réduit à des effectifs insuffisants, se résigna à déposer les armes (traité de Saint-Florent, 2 mai 1795).
Dès le 26 juin 1795, Charette rompait le traité de La Jaunaye.
Le comte de Provence, qui s'était proclamé roi de France sous le nom de Louis XVIII, lorsqu'on lui avait annoncé la mort de sou neveu au Temple (2), se mit, de Vérone, en relations de corres-
(1) On appelait Crélois les derniers terroristes, ceux qui siégeaient sur les bancs les plus élevés de la Montagne.
Le général Canclaux, gravé d'après Bonn e v 1 1. 1. f-: .
(1) Voir Louis XVIII el Charette (Lettres inédiles publiées par Ernest Daudet, dans le Temps, 15 août 1905 .
(2) La « question « Louis XVII.
— L'enfant qui s'éteignit au Temple le 8 juin 1795 était-il le tils de Louis XVI ou bien un enfant mi1>stitué au véritable dauphin .' < >n adiii. i généralement que Louis-Charles de France, né à Versailles en 1785, deuxième tils de Louis XVI el de Marie-Antoinetle , d'abord duc de Normandie, puis dauphin à la mort de son frère aîné (1789), el proclamé
pondance avec le chef vendéen et lui manda qu'il l'avait depuis déjà longtemps nommé lieutenant général du royaume.
William Pitt avait aidé pécuniairement les émigrés réfugiés en Angleterre et favorisé chez nous la guerre civile, dans le but d'accroître l'empire colonial anglais à la faveur des divisions et de l'affaiblissement de la France; il entendait bien contribuer au rétablissement de la monarchie, mais à la condition d'obtenir des compensations territoriales aux colonies, de conserver Pondichéry, Chandernagor, Saint-Pierre et Miquelon occupés de vive force. Il éloignait de son mieux les princes et les royalistes des lieux où la guérie aurait pu les mettre en vedette, et il ne cachait pas que l'Angleterre exercerait le haut commandement des forces à sa solde qui pourraient être autorisées à débarquer en France. Il consentit enfin à ce débarquement lorsque les troupes britanniques eurent été battues en Hollande.
L'expédition de Quiberon (1795). — Le 16 juin 1793, cinq régiments sortirent de Southampton sous les ordres de Puisaye, secondé par Rolalier, d'Hervilly, du Dresnay, La Châtre et Hector; l'évèque émigré de Dol, Ms1' Hercé, était le « chapelain en chef » de ce premier corps, que protégeait l'escadre du commodore Warren et qui, le 27 juin, débarqua sur la plage de Carnac : Berthelot et le chevalier de Tinténiac avaient préalablement constaté que la côte était dépourvue de toute garnison républicaine; puis, ayant rejoint leurs chouans, ils s'étaient emparés, le premier du bourg de Carnac, le second de la bulte Saint- Michel, qui domine les alignements. La division était forte de 4000 hommes, comprenant, avec les émigrés, 2 848 prisonniers de guerre français, retenus sur les pontons anglais et qu'on avait enrégimentés en leur promettant la liberté.
Le plan de Puisaye était de prendre Vannes et Rennes, de rallier les chouans et de se porter sur Paris. Mais pendant que d'Hervilly, contrairement à
Louis XVII, d'après Kocharsky
l'avis de Puisaye, de Georges Cadoudal et des Bretons, se refusait à marcher de l'avant, le général Hoche, commandant les forces républicaines, enlevait aux chouans, qui venaient de les occuper, Auray, Mendon et Landévant.
Le 28 juin, d'Hervilly, à l'approche des républicains, décida de marcher sur le fort Penthièvre, et le commandant Delise, qui n'avait à opposer que 450 soldats, se rendit à l'armée anglaise, h la condition toutefois que sa petite troupe pourrait sortir avec les honneurs de la guerre et rejoindre l'armée française (3 juillet). La capitulation fut arrêtée sur ces bases; mais d'Hervilly, sur le conseil de Puisaye, signifia aux bleus qu'ils étaient tous « prisonniers du roi Louis XVIII » et les fit conduire en Angleterre, à l'exception de ceux qui consentirent à être enrôlés dans l'armée royaliste.
Hoche comprit la faute qu'avait commise d'Hervilly en s'isolant dans la presqu'île, et, le 7 juillet, il écrivit à son état-major de Rennes : « Les Anglo-émigrés-chouans sont bloqués comme des rats. » Prenant l'offensive, il occupe les positions de Sainte-Barbe, et s'y retranche. Pour l'en déloger, on convient que Tinténiac sera transporté à la côte de Sarzeau, avec 3500 hommes, ira recevoir à Saint-Brieuc un renfort d'émigrés venus des îles normandes et, grossi de tous les chouans qu'il ralliera, viendra prendre à revers les républicains, pendant que les émigrés du fort Penthièvre les attaqueront de front. Mais Tinténiac, pour des motifs mal connus, ne revint pas à Quiberon et se dirigea vers les Côtesdu-Nord.
Les émigrés attaquèrent néanmoins les positions de Hoche.
L'affaire commença le 15 au soir par une vaine tentative de Vauban vers Carnac et se termina, le 16, par l'écrasement des 4000 hommes, dont 1600 chouans, amenés devant Sainte- Barbe par d'Hervilly, qui reçut une blessure dont il ne se releva pas. Le second corps d'émigrés, venu d'Angleterre aux
Puisaye, gravé d'après Bonnicvi lle.
roi par les royalistes a partir du 21 janvier 1793, mourut bien en prison le 8 juin 1795.
Le dauphin fut séparé de sa mère en 1793 et mis sous la garde du cordonnier Simon. Le jeune prince, fin et aimable, fut mal nourri, privé d'air et d'exercice, sevré de toute
affection par un gardien, sinon cruel, du moins grossier et dur. A ce régime, son intelligence précoce et maladive, déjà frappée par les émotions des journées révolutionnaires, ne tarda pas à s'affaiblir.
Le prisonnier qui mourut le 8 juin 1795 reçut les soins des chirurgiens Desault et Pelletan; trois autres praticiens attestèrent par procès-verbal qu'il avait succombé à une maladie scrofuleuse, et il fut enterré le 10 juin au cimetière Sainte-Marguerite.
L'identité de Louis XVII et de l'enfant mort au Temple, admise par des historiens autorisés (Beauchesne, Chanlelauze, La Sicotière), a cependant été contestée, et, de nos jours encore, nous avons des évasionnistes, des suni-
vanlisles, des réinlégralionnistes, des néo-évasionnistes, respective >nt
convaincus (pie le dauphin s'est évadé, ou qu'il a survécu au 8 juin 179.">, ou qu'il a été réintégré au Temple après eu être sorti et qu'il s'est évadé une seconde fois. Pour ne pas encourager les royalistes, les ré\ olutionnaires auraient tenu secrète l'évasion, et les frères de Louis XVI, dans leur intérêt dynastique, se seraient abstenus d'éclaircir le problème.
Le plan de cet ouvrage ne comporte pas l'analyse des solutions proposées et qui toutes reposent sur des hypothèses plus ou moins rigoureusemenl déduites, en particulier des tentatives d'enlèvement dont le fils de Louis XVI a été l'objet. Si la version officielle n'est pas absolument probante, les plus nieux parmi les récits des « évasionnistes » le sont peut-être moins encore. En 1815, Louis XVIII prescrivit une enquête pour découvrir les restes de son neveu elles faire transporter à Saint-Denis, mais il donna brusquement l'ordre de surseoir aux fouilles. Celles-ci ont élé faites sans résultat par la Commission du « Vieux Paris », en 1904. Le Comité directeur de la « Société de l'Histoire de la Révolution » a chargé de l'examen de la « question Louis XVII » une sous-commission, qui a fait connaître, le 1er décembre 1909,
D'Hervilly (Estampe de la Bibliothèque nationale)
que « l'état actuel de la documentation n'offre à la discussion aucune base solide et vraiment historique ».
Quoi qu'il en soit, de nombreux individus ont tenté de se faire passer pour le fils de Louis XVI. Sans parler de Morin de La Guérinière, un enfant de dix ans que, dès 1795, on prit malgré lui pour Louis XVII, nous citerons parmi les faux dauphins : Jean- Marie Kervagault, fils d'un tailleur de Saint-Lô, né en 1781, mort en 1812 à Bicêlre, où la police impériale l'avait fait enfermer en ISO'i ; — le sabotier Mathurin Bruneau, petit paysan des environs de Cholet, né à Vezins en 1784, arrêté à Rouen, puis incarcéré au Mont-Saint-Michel, où il mourut en 1822; — Charles-Louis Bourlon, né près de Rouen, placé près de Kléber comme aide de camp par le prince de Condé, prisonnier d'Élat à Milan en même temps que Silvio Pellico, mis en liberté en 1 825, venu en France sous le faux nom de Henri-Louis-IIector Hébert. Il réussit à se faire employer pendant deux ans dans les bureaux de la préfecture de la Seine-Inférieure, puis fit acte de prétendant, prit les noms de baron de Richemont et de duc de Normandie, fut condamné en 183'i pour crime contre la sûreté de l'État, s'évada de Sainte-Pélagie, voyagea à l'étranger pour y recruter des partisans, fut reçu par Pie IX, tenta de convaincre la duchesse d'Angoulême, et mourut en 1851 près de Lyon, dans un château où il avait été recueilli par des royalistes convaincus; — Karl-Wilhelm Naiindorf, né, peut-être à Berlin, d'une famille juive de la Pologne prussienne. Horloger à Spandau en 1812, il prit sous la Restauration le titre de duc de Normandie, publia des Mémoires ( 1 s 3 1 ) et des Révélations (1832), où il racontait sa prélendue évasion, favorisée par Barras et Fouclié après le 9 Thermidor, intervint en 1834 dans le procès intenté à Richemont (qu'il accusa d'imposture), réclama judiciairement la possession d'État et assigna le comte de Chambord et les duchesses de Parme et d'Angoulême (1835), fut expulsé comme étranger, se réfugia à Londres, d'où il ne cessa de soutenir ses prétentions par la parole et par la plume, et mourut à lielft en 1845. Ses héritiers essayèrent, sous la République de 1848 et en 1874, de se faire attribuer légalement en France le litre qu'il avait revendiqué, mais Jules Favre plaida vainement leur cause.
LA REVOLUTION
ordres de Sombreuil et débarqué près de Port-Haliguen, n'avait pu obtenir île d'IIervilly l'ajournement de l'altaque.
Le 21 juillet, à minuit, par une nier furieuse, trois colonnes républicaines, commandées par le général llunibert, l'adjudant général Mesnage, le général Valletaux, et suivies par Hoche en personne, accompagné des généraux Lemoine et Botta, se dirigèrent vers le fort, le bruit de la tempête favorisant leur marche. Dès que le soleil se leva, les royalistes les aperçurent et tirèrent le canon. Les soldats du général Humbert, qui s'était avancé par la grève, furent dispersés par l'artillerie d'une canonnière anglaise; mais, pendant ce temps, la colonne Mesnage, conduite par des transfuges, avait abordé parles rochers et arboré' sur le fort le drapeau tricolore. Les troupes de Hoche achevèrent la victoire en refoulant de position eu position les chouans et les émigrés, abandonnés en niasse par les républicains enrôlés sur les pontons. Puisaye envoie Sombreuil occuper les hauteurs du moulin de Saint-Julien et lui promet de le rejoindre après avoir sauvé sa correspondance politique et prévenu Warren d'avoir à envoyer ses vaisseaux à Port-Haliguen; mais les débris de la première division royaliste, à la suite de Puisaye, se hâtent de fuir en canot ou à la nage vers les bâtiments anglais.
Sombreuil, avec environ 3 000 hommes, se précipite à l'assaut du fort Penthièvre. Abandonné, chemin faisant, par les chouans, réduit â ses émigrés, il se replie jusqu'au Fort-Neuf, à l'extrémité de la presqu'île; le désordre y estàson comble; l'artillerie anglaise, qui veut protéger L'embarquement des fuyards, atteint aussi bien les royalistes que les bleus. La violence du flot ayant empêché les embarcations anglaises d'aborder, les vaincus se jettent à l'eau pour essayer de lesjoindre à la nage.
La division Sombreuil va être jetée à la mer, et les tambours s'apprêtent à battre la charge. Mais Rouget de l'isle, venu de Paris avec le représentant Tallien, empêche l'hécatombe qui se prépare, et le général Mesnage est délégué auprès des émigrés pour les sommer de se rendre. Sombreuil demande une entrevue à Hoche, à qui il remet son épée en présence des conventionnels Tallien et Blad.
Le 24 juillet, l'escadre anglaise quitta la cote bretonne (1). Les émigrés prisonniers furent, au nombre de 751, condamnés à mort par une commission militaire siégeant à Vannes. Les uns furent exécutés sur les remparts de celte ville, les autres près d'Auray, sur les bords du Loc, dans la prairie appelée depuis Champ des martyrs. Sous la Restauration, une chapelle expiatoire y fut élevée, et l'on transporta les ossements des royalistes à la Chartreuse d'Auray.
L'Angleterre n'avait que perfidement secondé les émigrés. A Pitt, qui se félicitait que le sang anglais n'eût pas coulé, Sheridan répondit que l'honneur anglais, lui, avait coulé à Ilots.
Eu apprenant les exécutions de Quiberon, Cbarette fit fusiller les prisonniers républicains du camp des Essarls, dont il s'était emparé le 27 mai. Puis il s'efforça, ainsi que Stofflet, de rallumer l'incendie en Vendée, dans l'espoir que le comte d'Artois descendrait enfin sur la côte. Le prince ne fit que poser le pied à File d'Yeu (29 septembre).
Conquête de la Corse par les Anglais (Voir p. 248). — La prise de Bastia et de Calyi mai-aoùt 1794), qui avait terminé la conquête matérielle de la Corse par les Anglais, fut suivie d'un ac-
I La capitulation de Quiberon. — Sombreuil s'esl-il rendu sans conditions pour sauver ce qui restait de son année ou a-t-il obtenu une cajiilulalion eu forme garantissant aux vaincus — lui-même excepté — le traitement îles prisonniers de guerre? Sombreuil et les historiens royalistes affirment que Hoche promit la vie sauve aux royalistes (Voir : Relation de Chaumereix. — Villeneuve de La Roche Barnaud, L'Expédition de Quiberon. — Comte de Montbrun, Récit de l'évasion d'un offii ier pris <i Quiberon.— V. de La Viluïgoi Rio, Ma sortie de Quitterait. — < ;ouile nie Pi iswe. Mémoires. — Comte de Vauban, Mémoires. — Baron Ciiahrox, L'Expédi de Quiberon. — Berthier de Grandry, Récit de lu déplorable affaire de Quiberon. — Ciiasle de La Touche, Relation </» désastre île Quiberon. — Le Garrec, Quiberon, tu bataille et le martyre. — Eug. Loi ui i, l.u Bretagne, eh. IV : Quiberon. — Bittard des Portes, Les Émigrés à cocarde noire. — Charles li ibi rt, île l'Oratoire, E a pédilion des émigrés o Quiberon . [loche s'en est toujours défendu et les historiens de son parti l'ont consLam nié (Voir Boche, Quiberon, par C, Chassin [189(T et Dr Closmadeuc, ieron [1X98 . L'article 7'. du décret du js mars 1793 refusait aux émi le traitement des prisonniers de guerre el celui du 15 novembre 1794 prescrivait leur jugement dans les vingt quatre heures. Hoche n'aurait dune irdé une capitulation qu'en violation de ces dispositions légales, violation 'l ie la Convention pouvait seule autoriser. Il est certain du moins qu'il n'y eut pas de convention écrite, ainsi que l'établit le témoignage du major des émigrés, Contades : « La corvette l'Alouette, écrit-il, faisait un feu terrible sur la côte. Comptant obtenir à ce prix une capitulation, on lit cesser le feu, el
Histoire de France. — II.
cord, conclu â Murato, entre Paoli et les délégués de l'amiral Hood, accord sanctionné' par les députés de la nation dans une grande Consulta tenue en juin. La Constitution qu'ils votèrent établissait entre le souverain de la Grande-Bretagne et la Corse le lien d'une union personnelle et partageait le pouvoir entre un vice-roi, dépositaire de l'autorité royale, et un Parlement, interprète des vieux de la nation. Les Corses étaient satisfaits de conserver leur indépendance sous une suzeraineté nominale, les Anglais d'acquérir une possession qui, selon l'expression de Cioberli, était « un pistolet que l'Angleterre tenait armé au cœur de la France ».
Constitution de l'an III. — Après le 9 Thermidor, la Convention nomma une Commission chargée spécialement de travailler à la confection des lois organiques, qui devaient « mettre en activité la Constitution démocratique de 1793 ». Mais quand les insurrections populaires eurent été décidément vaincues, on renonça à la Constitution de 1793 et on élabora celle qui, adoptée le 5 fructidor (22 août 1795), fut proclamée loi fondamentale de la République, le 1er vendémiaire an IV (23 septembre).
La Constitution de l'an III supprimait le suffrage universel; elle n'accordait en principe le droit de suffrage au premier degré', dans les assemblées primaires, qu'aux citoyens âgés de 21 ans, payant une contribution directe, foncière ou personnelle, sachant lire et écrire, et exerçant une profession. Les assemblées primaires choisissaient les électeurs du second degré' parmi les citoyens de 25 ans, propriétaires, locataires ou fermiers, et satisfaisant à certaines conditions d'instruction : ces électeurs formaient l'assemblée électorale chargée de nommer les membres du Corps législatif et de certaines administrations (tribunal de cassation, administrateurs des départements, etc.).
Le pouvoir législatif était exercé par un Corps législatif, composé d'un Conseil des Anciens de 250 membres et d'un Conseil des Cinq- Cents. Le Conseil des Cinq-Cents discutait et volait les lois, dont il avait seul l'initiative : ses résolutions étaient ensuite soumises au Conseil des Anciens, qui les approuvait ou les rejetait. Au renouvellement intégral adopté' par les Constitutions précédentes, la Constitution de l'an III substituait le renouvellement partiel (par tiers tous les ans).
Le pouvoir exécutif était délégué à un Directoire exécutif de cinq membres, âgés de 40 ans au moins, choisis par le Conseil des Anciens sur une liste décuple dressée par les Cinq-Cents, élus pour cinq ans, non rééligibles et soumis aussi au renouvellement partiel à raison d'un Directeur par année. Le Directoire administrait par l'intermédiaire de ministres, qu'il nommait et révoquait à son gré et qui ne formaient pas un conseil.
Les districts étaient supprimés, mais il était créé des municipalités de canton. L'administration du département était réduite à cinq membres, nommant annuellement leur président: un commissaire du gouvernement, placé auprès de chaque administration départementale ou municipale et recruté dans le département, requérait l'exécution des lois.
La Constitution de l'an III, inspirée par le souvenir des excès de la démocratie et faite par une Assemblée où réapparaissaient déjà les tendances royalistes, fondait le nom eau droit public sur la fortune et sur la capacité, puisqu'elle diminuait le nombre
nos malheureux camarades mirent bas les armes. Ils ont attesté une capitulation qui n'a jamais existé... Il n'y a jamais eu de vraie capitulation faite avec le général, qui n'avait aucune raison d'en accorder à des gens qui ne l m m .li.' ni. l'aire la plus petite résistance. <> Le corn inodore Warren ayanl envoyé à terre le capitaine Keals pour solliciter l'échange îles prisonniers, » il lâcha, dit un autre royaliste, le comte de Vauban, de faire valoir la prétendue capitulation. Tout fui réglé dans les formes les plus dures. <>n nia loute espèci de capitulation ».
Le lexle de la convenlion produit, par La Roche-Barnaud a été contredit par Eugène Louduu, qui, après a voir recueilli sur les lieux mêmes les souvenirs de l'expédilion, estima que, s'il y eut une capitulation, elle ne fui p is n gulière, mais conditionnelle. La bonne foi de Sombreuil étanl incontestable el la loyauté de Hoche ne l'étant pas moins, on se trouvi eu pré i d'un pro
bleuie in soluhle.
Les grenadiers de Hoche jetaient a leurs camarade; enrégimentés parmi
les i migres l'appel donné coin mol d ordre pai le général en chef dès le
deiiui des opérations : » \ nous tes patriotes ! lias les armes ! i (n ne uns fera
rini ! » El cel engagemenl spécial fui tenu. S breuil a i il cru que I appel
des bleus s'adressait à Ions, aux émigrés cou un.' aux prisonniers républicains?
El | lant, delà ne l'a pas empôc é de upplier es officiers de s'embarquer,
ei ceux ci de - efforcer de lui obéir ou mêi le ne pas attendre qu'il les en
pri -n. Vauban, Chalus, Rotalier, d'autres encore se sont sauvés, les uns ne croyaul pas à la capitulation, les autres « préférant se confier à celte mer furieuse plutôt qu'aux républicains •>. Ernest Dai di
des électeurs par l'augmentation du cens et l'exclusion des illetlrés. Elle attribuait le pouvoir législatif à deux Chambres. Elle faisait du principe de la séparation des pouvoirs une application peut-être trop absolue; car, non seulement le Directoire était obligé de sanctionner les lois régulièrement votées, ce qui était logique, mais il n'avait pas le droit de dissoudre le Corps législatif qui, de son côté, ne pouvait rien sur le Directoire, si ce n'est mettre ses membres en accusation. Et comme le renouvellement annuel du tiers du Conseil ne coïncidait pas avec un renouvellement suffisamment large du Directoire exécutif, des conflits étaient inévitables entre deux pouvoirs exposés à ne pas représenter, pour une même période de temps, les mêmes idées politiques.
Parmi les autres traits caractéristiques de la Constitution de l'an III, on peut citer les dispositions organisant un système complet d'instruction nationale et celles qui proclamaient la liberté des cultes : « Nul ne peut être empêché d'exercer, en se conformant aux lois, le culte qu'il a choisi. Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'un culte. La République n'en salarie aucun (1). »
La Constitution était précédée d'une nouvelle Déclaration des droits de l'homme et d'une Déclaration des devoirs fondée sur des préceptes évangéliques et moraux (2).
Journée du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795). —
Après avoir voté la Constitution de l'an III, la Convention, alarmée des progrès de la contre-révolution, décida que les deux tiers de ses membres siégeraient dans le nouveau Corps législatif (décrets des 5 et 13 fructidor — 22 et 30 août 1795). Les décrets des « deux tiers conventionnels » furent soumis au vote des assemblées primaires dans toute la France et adoptés à une grande majorité.
Les sections parisiennes, où dominait maintenant la bourgeoisie, jugèrent cette disposition contraire à leurs intérêts. Pour y résister, quinze d'entre elles sur quarante-huit signèrent un « acte de garantie » qui proclamait expirés les pouvoirs de la Convention et organisèrent une force armée. La Convention riposta en prononçant la dissolution des assemblées primaires, en armant les anciens terroristes bannis des sections depuis le 1er prairial, en décrétant l'arrestation du bureau de la section Le Peletier. Ces mesures précipitèrent l'émeute : dans la nuit du 12 vendémiaire, les sections opposantes placèrent à leur tête le général Danican, qui, le 13 au matin, s'efforça d'enlever les Tuileries.
La Convention appela à Paris les troupes du camp de Meudon et nomma général en chef un de ses membres, Barras, qui se fit seconder par un jeune officier d'artillerie, Napoléon Bonaparte. On se battit autour des Tuileries, cernées par Vingt mille hommes, tandis que les défenseurs de la Convention n'étaient que cinq mille, mais avec du canon; au Carrousel, où Brune réussit à culbuter les rebelles; rue de l'Échelle, où ils furent également repoussés; rue Saint-llonoré, où la lutte fut particulièrement vive : l'artillerie canonna les seclionnaires qui, des fenêtres de l'église Saint-Roch, dirigeaient sur les troupes des feux de file meurtriers, et, à six heures du soir, l'église n'était pas encore enlevée; il fallut recommencer l'attaque le lendemain. Finalement, la Convention resta victorieuse; les sections Le Peletier et du Théâtre-Français furent désarmées et la garde nationale placée sous les ordres du général commandant l'armée de l'intérieur.
La journée du 13 vendémiaire an IV ne fut pas le résultat d'un complot royaliste, mais le soulèvement de la bourgeoisie, excitée parles écrivains royalistes et effrayée par le spectre d'un retour de la Terreur (3). Bonaparte n'y joua pas un rôle prépondérant, mais le concours qu'il prêta au général de la Convention le tirade son obscurité : Barras le fit nommer commandant en second, puis commandant en chef de l'armée de l'intérieur.
(1) Le principe de la liberté des cultes avait été proclamé par un décret du 3 ventôse an III (21 février 1793) qui séparait l'Église de l'État. La Constitution civile du clergé se trouvant ainsi abrogée, les prêtres insermentés reparurent. Les évoques constitutionnels, dirigés par Grégoire, obtinrent la restitution aux communes des églises non aliénées et le droit d'y célébrer des offices pour les prêtres ayant juré leur « soumission aux lois de la République » : ce serment qui, à la différence de celui de 1791, ne touchait pas au dogme, put être prêté par des prêtres réfractaires. Après le 13 vendémiaire, la Convention, impliquant les insermentés dans l'insurrection, remit en vigueur la législation répressive qui les concernait.
(2) Art. 2. Tous les devoirs de l'homme et du citoyen dérivent de ces deux principes gravés parla nature dans tous les cœurs : Ne faites pas a autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît; — Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir. — Art. 4. Nul n'est bon citoyen s'il n'est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux.
; Voir Le 13 vendémiaire an IV, par Henry Zivy (1900).
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Le général de Clerfayt, d'après Loutheruourg.