POLITIQUE INTÉRIEURE DU DIRECTOIRE JUSQU'AU 18 FRUCTIDOR AN V
Les cinq premiers Directeurs (Barras, Beubell, Carnot, La Bevellière- Lépeaux et Letourneur) entrèrent en fonctions le 4 novembre 1795. Barras, homme d'esprit, homme d'action, politicien d'intrigues et de police, personnalité encombrante, s'efforça d'éclipser ses collègues par l'étalage d'un luxe princier. Ses réceptions du Luxembourg, les létes et lt-s chasses qu'il donnait dans son domaine de Grosbois, Sun train de grand seigneur, ses relations avec la « jeunesse dorée », le firent accuser de vénalité, et, lorsqu'il eut perdu son omnipotence, après le 30 prairial an VII, il se vendit à Louis XVIII, si du moins l'on s'en rapporte à Fauche-Borel, agent secret du prétendant. La Réveil ière- Lé peaux se croyait du talent, mais n'en avait pas. Reubell était de ceux qui ne font de bons administrateurs qu'à la condition d'être dirigés. Letourneur, ancien officierdu génie, manquaitde résolution etde volonté. Quanta Sieyès, qui ne voulait pas gouverner d'après une Constitution qu'il ne considérait pas comme viable ni peut-être siéger dans le Directoire
aux côtés de Beubell, il fut heu- Me. oc , r .. ,
Membres du Conseil des
reusement remplacé par Carnot. et du Conseil
Le Directoire est, devant l'histoire, en fâcheuse posture : la corruption et l'avilissement régnent dans les services publics désorganisés, les mœurs s'abaissent en même temps que les consciences, la misère des rentiers s'oppose au luxe tapageur des concussionnaires et des « nantis », et c'est en procédant par coups d'Etat que les Directeurs brisent les résistances de ceux qui les gênent, jusqu'au jour où ils seront emportés par le même moyen. Il est vrai que la Constitution de l'an III avait poussé si loin le principe de la séparation des pouvoirs que le Gouvernement et les Conseils, indépendants l'un de l'autre, devaient nécessairement entrer en conllit : d'où l'instabilité et le désordre en permanence.
L'opposition jacobine. Conspiration de Gracchus Babeuf. Affaire du camp de Grenelle (1796-1797). — L'opinion publique
était républicaine, mais nettement antijacobine. Elle était, en somme, plus indulgente pour l'agitation royaliste, pour le club de la Société de Clichy, que pour les manifestations des démocrates, qui continuaient de défendre au Club du Pantin' un ou Surit' té des égaux les conceptions de 1793.
Le 8 ventôse an IV le Directoire lit fermer le Club du Panthéon, avec lequel il avait marché d'accord les premiers temps.
Cette mesure provoqua la conspiration communiste dite des Egaux. Babeuf, qui se donnait luimême le surnom de Caius Gracchus, parce que, dans un journal imité de celui de Marat, le Tribun du peuple, il proposait de Cinq-Cents, du Directoire réaliser le « bonheur commun »>
des Anciens. au moyen de 1 égalité de toutes
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Gracchus Babeuf, gravé d'après Bonneville.
les propriétés, s'associa avec Darlhé, membre du Conseil des Cinq- Cents, avec les ex-conventionnels Vadier, Amar, Choudieu, avec le révolutionnaire italien Buonarroti, etc., pour se débarrasser des Conseils et du Directoire et les remplacer par un Comité de salut public. Il voulait accomplir une révolution à la fois politique et socialiste, rendre au peuple le gouvernement et substituer la propriété collective à la propriété individuelle en procédant à une nouvelle réparti lion des biens nationaux, dont la vente n'avait profité qu'à une partie des citoyens. Il fut arrêté au moment où le complot allait éclater (10 mai 1796). Sept cents jacobins déterminés essayèrent (9 septembre 1796) de soulever le camp de Grenelle, mais ils furent reçus à coups de sabre par un régiment de dragons :
traduits devant une commission militaire, vingt-cinq furent fusillés, les autres déportés ou emprisonnés; il n'y eut que quarante-six acquittements. Quant à Babeuf, il fut envoyé devant la haute cour de justice de Vendôme, condamné à mort avec Darthé, et guillotiné le 8 prairial an V (25 mai 1797 .
Le parti démocratique est maintenant désorganisé : le séjour de la capitale est même interdit aux anciens conventionnels qui ne siègent pas au Corps législatif.
L'opposition royaliste. Pacification de la Vendée. Conspiration de Pichegru. — Dans le Midi, les compagnies de Jéhu ou du Soleil continuaient leur opposition violente. Dans l'Ouest, même
après le désastre de Quiberon, les Vendéens n'avaient pas ren ;é
à lutter contre la République. Mais Cliarelte, traqué dans les bois, tomba dans une embuscade que lui tendit le général Travot et fut exécuté à Nantes, le 29 mais 1796. Il ne voulut ni se laisser bander les yeux, ni se mettre à genoux. Il avait perdu trois doigts dans un dernier combat et portait le bras en écharpe : il le détacha pour donner lui-même le signal. On dit qu'il regarda la mort si franchement qu'une balle entra en pleine prunelle sans toucher les paupières. — Stolïlet fut également pris et, le 23 février 17!Mi, fusillé à Angers.
Le général Hoche obtint beaucoup par sa fermeté, unie à une intelligente tolérance. Il exigea le désarmement des paysans, mais il les autorisa à célébrer publiquement le culte catholique. Il rassura suffisamment les esprits pour que, le 15 juillet 1796, la pacification de la Vendée put être solennellement proclamée. Le mois suivant, le chef de la chouannerie normande, Louis de Frotté, fit sa soumission.
Pichegru, après avoir réprimé l'insurrection du 12 germinal an IV (Ier avril 1795 .avait été proclamé par la Convention « le Sauveur de la pairie » et mis à la tète des armées réunies du Rhin, du Nord et de Sambre-et-Meuse. Disposant ainsi de presque toutes les forces de la République, dévoré d'une ambition maladive, facilement influençable, trop peu perspicace pour n'être pas le jouet de ses complices, il appréhenda l'instabilité de la faveur populaire et se persuada que la monarchie pouvait seule lui garantir sa situation acquise : il se prêta donc aux intrigues des royalistes qui, depuis longtemps, cherchaient parmi les généraux républicains un Monk disposé à relever le troue des Bourbons 1 . Destitué par le
l D'après l'aventurier politique, Roques de Montgaillard, La Trahisonde Pichegru (1804), la plupart des historiens admettent que Pichegru mira di s 1705 en relations formelles avec le prince de Coudé par l'entremise du libraire suisse Fauche-Borel et lui promit de lui livrer les places fortes dont la défense lui avait été confiée : sa trahison devait lui cire payée un million comptant, plus deux cent mille francs de renie, le bâlon de maréchal, le gouvernement de l'Alsace, le château de Chambord et un hôtel à Paris. Pichegru aurait donc, à cette époque, commis le crime de trahison envers sa pairie au profit des émigrés, des Anglais et des Autrichiens. Ernest Daudet, dans La Conspiration de Pichegru en 1796 (1901), considère comme se celle accusation, comme invraisemblables les allégations de Montgaillard et de Fauche-Borel, transmises au Directoire par Bonaparte, comme suspectes les pièces trouvées par Moreau dans Ses fourgous de Klinglin. Il reproche au Directoire de s'être servi de ces documents pour
Directoire (1796), il se retira dans ses propriétés, mais sans renoncer à ses intrigues.
Les théophilanthropes. - C'est à la fin de l'an IV que le libraire Chemin-Dupontès, ancien girondin, le célèbre éducaleur des aveugles Valentin Haûy, ancien terroriste, le physiocrale Du Pont de Nemours (de la Société de Clichy), fondèrent la thêophilnnthropie. Persuadés que le peuple ne peut vivre sans croyance, les théophilanthropes, disciples du « Vicaire Savoyard», voulaient remplacer les croyances mystiques par la foi en un Dieu simplement puissant et bon. Aucun culte n'était célébré. Les adeptes se réunissaient, dans des locaux d'une simplicité toute puritaine, pour faire des lectures en commun et chanter les louanges du Créateur. Fondée par l'initiative privée, la théophimnthropie fut protégée par le Directeur La Revellière-Lépeaux jusqu'au coup d'État du 18 fructidor an V.
Élections de l'an V (mai 1797). Coup d'État du 18 fructidor an V (3 août 1797). — Les tentatives communistes de Babeuf avaient, épouvanté les propriétaires, qui possédaient la majorité dans les collèges électoraux. Les élections de l'an V (mai 1797) introduisirent dans les Conseils deux cent cinquante députés monarchistes, malgré la pression officielle etl'obligation pour les candidats de jurer fidélité à la République et à la Constilution de l'an III. A la télé des nouveaux élus se trouvait Pichegru, le général WilM, Imbert Colonies, le catholique Camille Jordan (de Lyon), etc. Pichegru, à qui Louis XVIII écrivait : « Je dépose en vos mains la plénitude de ma puissance et de mes droits, » fut nommé président des Cinq-Cenls et Barbé-Marbois président des Anciens. Letourneur, que le sort avait désigné comme Directeur sortant et qui formait avec Carnot la minorité dans le Directoire, fut remplacé par un monarchiste constitutionnel, Barthélémy, ancien ambassadeur en Suisse et négociateur île la paix de Bàle. Les Conseils rapporlèreut la loi du 3 brumaire an IV, qui excluait les parents d'émigrés des fonctions publiques, amnistièrent les Toulonnais, qui avaient livré leur ville aux Anglais, abolirent la peine de la déportation contre les prêtres non assermentés, et sapèrent l'autorité du Directoire en le déconsidérant.
Barras, La Revellière-Lépeaux et Reubell, jugeant menacées la République, leur autorité' et leur faction; proposèrent un coup
d'Etat. Carnot et Barthélémy refusèrent de sortir de la légalité; mais leurs collègues n'en poursuivirent pas moins l'exécution de leurs projets. Une première tentative, pour le succès de laquelle ils comptaient utiliser l'appui de Hoche, fut dénoncée au Conseil des Cinq- Cents. Ils la renouvelèrent et bientôt s'adressèrent cette fois à Bonaparte, qui leur envoya le général Augereau.
Augereau, violant les dispositions constitutionnelles qui interdisaient l'accès de la capitale à la force armée, exécuta, pendant la nuit du 17 au 18 fructidor (3-4 septembre 1797), dans l'espoir de faire partie du nouveau gouvernement, le plan arrêté par les « triumvirs ». Vers une heure du matin, 12000 hommes et 40 pièces de canon cernèrent, les Conseils. Les grenadiers qui formaient la. tarde du Corps législatif tirent en partie défection aux cris de : » Vive Augereau! Vive le Directoire! » Leur commandant, llamel, fut conduit au Temple avec Pichegru, Willol, les inspecteurs chargés de la police et de la surveillance des Conseils. A dix heures du malin, le coup d'État était accompli.
Augereau, par R. Ijepêvre (Versailles).
porter un coup irréparable à Pichegru, président du Conseil des Cinq-Cenls, cl légitimer le coup d'Étal qu'il préparait en dénonçant à la France une grande conspiration royaliste contre la République, faite avec la complicité de ce général. — La tîicse contraire a élé soutenue par G. Caudhillier, dans La Trahison de Pichegru et les intrigues royalistes dans l'Est avant fructidor (1908) : les négociations de Pichegru avec les émigrés de Condé ont influencé les opérations de l'armée du Rhin et de la .Moselle eu l'an IV, et le général a réellement Irahi la France. — Voir l'état du problème dans Pichegru a-t-il trahi? par limite Couvreu 1908).
LA REVOLUTION
Le Directoire convoqua à l'Odéon et à l'École de médecine les minorités des Conseils qui lui étaient dévouées et til annuler les élections de quarante-neuf départements : les sièges des représentants invalidés devaient rester vacants. Les lois révolutionnaires récemment abrogées furent remises en vigueur ou aggravées, notamment celles qui concernaient les émigrés etles prêtres réfraclaires. Les minorités des Conseils condamnèrent à la déportation i -inquante-trois de leurs membres, parmi lesquels Boissy d'Anglas, Camille Jordan, Noailles, Pastoret, Pichegru, Villaret-Joyeuse, YVillot, Barbé-Marbois, Dumas, Porlalis, Tronçon-Dueoudray. A celle liste on ajouta les propriétaires ou rédacteurs de quarante et un journaux, plusieurs généraux, un ancien ministre de la police, et huit mille prêtres, dont sept mille, appartenant aux nouveaux départements do la Belgique, se virent également atteints par la proscription. Les condamnés fuient conduits, les uns à Cayenne, les autres à l'île d'Oléron.
Carnot put s'enfuir en Allemagne, Barthélémy aux États-Unis. Ils fuient remplacés au Directoire par les ministres de la Justice et de l'Intérieur, Merlin de Douai et François de Neufchàteau, celui-ci bientôt remplacé parTreilhard. Le Directoire, pour mettre l'opinion de son côté, dénonça la trahison de Pichegru.
Embarras financiers. Les mandats territoriaux. Le tiers consolidé. — Le 9 Thermidor avait mis un terme à l'abus des émissions d'assignats. Mais comment retirer de la circulation l'immense quantité de papier qui l'encombrait? Une loi du 10 décembre 1795 décida un emprunt forcé sans intérêt, au capital de (300 millions, sur les « citoyens aisés », et stipula que les assignats seraient reçus pour le centième de leur valeur nominale; en fait, le Tn'sor n'encaissa que 100 millions en espèces.
Vingt-cinq millions d'assignats furent alors remplacés par 2 milliards 400 millions de mandats territoriaux, échangeables contre des pièces de terre dont la valeur était établie d'avance. (Loi du 18 mars 1796.) On se flattait de rembourser les assignats au trentième de leur valeur : la combinaison n'aboutit qu'à faire subir aux immeubles la dépréciation du papier. Le législateur n'essaya pas de lutter plus longtemps : la fameuse planche aux assignats fut enfin brisée.
Ni l'emprunt ni les mandats territoriaux n'ayant remédié à la détresse du Trésor, le Comité des finances proposa, en l'an V, de réduire la dette des deux tiers. Le Directoire hésita devant une pareille mesure; mais, en l'an VI, ayant à faire face à un déficit de 172 millions, il s'y décida. Aux termes de la loi du 9 vendémiaire an VI 30 septembre 1797 , chaque inscription, tant perpétuelle que viagère, liquidée ou à liquider, devait être remboursée pour les deux tiers en bons au porteur, qu'on pouvait fournir en payement des biens nationaux; l'autre tiers serait conservé en inscriptions au grand-livre et l'intérêt payé sur ce pied en espèces à partir du deuxième semestre de l'an V. La loi du 8 nivôse an VI édicta l'inhabilité des rentes et des arrérages.
La portion conservée, dite tiers consolidé (40216000 francs), est le premier élément de la dette inscrite actuelle.
CAMPAGNES D'iTALIE ET D'ALLEMAGNE (1796-1797)
Pour venir à bout de l'Autriche, qui ne désarmait pas, Carnot avait conçu un plan gigantesque en vue de la campagne de 1796. Jourdan et Moreau, dont le premier commandait l'armée de Sambreet-Meuse et le second celle de Rhin-et-Mosêlle, devaient pénétrer en Allemagne (Jourdan par la vallée du Main, Moreau par la vallée du Necker , porter la guerre au cœur des États autrichiens et marcher simultanément sur Vienne, en même temps que Napoléon Bonaparte, commandant l'armée d'Italie, essayerait d'enlever le Milanais à l'Autriche et d'atteindre la capitale de l'empereur par la vallée du Pô etles Alpes autrichiennes.
Après la signature des traités de Bâle, le Comité- de salut public
avait négocié avec la Sardaigne, et les hostilités avaient langui dans
Llpes. Lorsqu'elles reprirent, le généra] autrichien «le Vins s'em-
ide Savoie- el rejeta les républicains jusqm'àOrméa 25 juin 1795).
liellermann fut envoyé, à l'année des Alpes et remplacé par Scherer
à l'armée d'Italie .'il aoûl .
Le 23 novembre, Schérer écrasa de Vins à Loano, réoccupant le
Histoire de France. — II.
Portrait de Bonaparte,
dessiné par un de ses condisciples de Bricnne
(Musée de Versailles).
passage des Alpes et les ports de la Rivière ; mais il s'attarda, laissa le désordre gagner son armée et perdit les fruits de sa victoire. Le Directoire le remplaça par Napoléon Bonaparte.
Napoléon Bonaparte. — Le nouveau général en chef n'avait que vingt-six ans. Plein d'ardeur et, d'audace, mais petit et d'apparence chétive, il n'inspira d'abord aucune confiance aux généraux qui allaient servir sous ses ordres. Lorsqu'il leur eut expliqué ses plans, ils changèrent d'avis. « Nous avons trouvé notre maître, » dit Masséna à Augereau.
Second fils de Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino, Napoléon naquit à Ajaccio le 15 août 1769, trois mois après le combat île Ponte-Novo. Pendant son enfance il n'entendit parler que de la guerre d'indépendance où s'illustra Paoli; il grandit dans l'admiration du héros national et s'imprégna de tradition corse. Son père, avocat besogneux et chargé de famille, rallié- à l'occupation française, obtint pour lui, en même temps que pour son autre fils, Joseph, une bourse à la maison de cadets d'Autun. Napoléon n'y resta que trois mois et fut envoyé à l'Ecole militaire de Brienne avec ses frères Joseph et Lucien.
Là, il se trouve si dépaysé, si déraciné qu'il supplie sa famille de le rappeler dans l'île, dûtil apprendre un métier mécanique. 11 parle à demi français, se blesse jusqu'à en souffrir des lazzis de ses camarades, s'imagine qu'on se moque de la Corse en sa personne, se replie sur lui-même. Il garde pour l'île natale des sentiments d'un patriotisme farouche, déplore l'annexion, dit à Bourrienne dans un accès de colère: «Ah! tes Français! je leur ferai le plus de mal que je pourrai. »
Outre plusieurs notes d'inspecteurs qui constatent, au point de vue moral, un caractère dominateur, impérieux, entêté, et, au point de vue intellectuel, des aptitudes pour la marine, il faut retenir surtout celle d'un de ses professeurs : « Corse de nation et de caractère, il ira loin si les circonstances le favorisent. »
Il ignore le latin, parce qu'on a dû lui donner un maître particulier pour le français et qu'on ne veut pas lui imposer l'élude de deux langues. Son orthographe reste douteuse. II excelle par contre dans les mathématiques, montre un goût particulier pour les armes savantes : artillerie, génie, marine. Il lit la plume à la main, accumulant les notes et les extraits, des ouvrages d'histoire et, entre autres, un volume italien sur la Corse qui exalte Paoli, loue l'Angleterre et maltraite la France.
Il ne dédaigne pas les amusements de son âge. II joue passionnément aux barres et aux exercices qui ne demandent que de l'ardeur. S'il néglige la paume, la corde, le cercle, le volant, c'est qu'il y est fort maladroit.
Nommé cadet gentilhomme de l'École militaire de Paris, il débarque au port Saint-Paul le 21 octobre 1784. Le lor septembre 1785, il est reçu, le quarante-deuxième, officier d'artillerie et désigné en qualité de « lieutenant en second de la compagnie de bombardiers cl'Autume au régiment de La Fère », du corps royal d'artillerie stationné à Valence.
Il n'est pas encore rallié- à sa nouvelle patrie. Il est toujours partisan de l'indépendance de la Corse, qu'il rêve de réorganiser d'après les conceptions de Rousseau. Tout en approfondissant les mathématiques, il consacre à l'étude le temps que lui laisse le métier des armes, prend sur ses nuits pour lire les vies des grands hommes, les méditations des grands penseurs, les ouvrages d'histoire générale et de doctrine politique. Il écrit des opuscules déclamatoires, mais d'une ardente grandeur.
La misère le poursuit à Lyon (1786), à Douai (1787) et à Auxonne, où il tient garnison lorsque éclate la Révolution; il l'accueille avec ferveur. Aigri par le sentiment de sa pauvreté, exaspéré contre les privilèges, il est prêt à accepter un bouleversement social dont il profitera.
Le 21 août 1789, il obtient un congé de semestre pour retourner en Corse, où il se signale par son exaltation révolutionnaire.
L'assimilation de l'île à la France, au point de vue des droits politiques et administratifs, lui fait brusquemenl abandonner ses idées séparatistes. » Tranquille sur le sort de mon pays, écrit-il en 1791, je n'ai plus de sollicitude que pour la mère pairie. » Premier lieuleiiani.aii i° régiment d'artillerie, à Valence 16 juin L791), il se fait
remarquer par ses opinions démocratiques, désapprouve l'émigration et se fait recevoir de la Société des Amis de la Constitution. Capitaine à vingt-trois ans, il sollicite le grade de lieutenantcolonel dans l'infanterie de marine; Monge lui refuse cette faveur.
Il retourne en Corse pour y ramener sa sœur Élisa, élève dé la maison Saint-Louis à Saint-Cyr, maison qu'on venait de licencier avec d'autres établissements religieux. Il se prononce maintenant contre Paôli, et, lorsque celui-ci est acclamé, la maison des Bonaparte est pillée à Ajaccio. Le jeune officier se rend à Nice et rentre dans son régiment comme capitaine commandant. Une brochure célèbre, le Souper de Beaucaire, attire sur lui l'attention des commissaires de la Convention; il y combat le fédéralisme, excuse les excès de la Montagne victorieuse, estime que le succès absout tout, même les coups de force. Un hasard l'appelle et le fixe devant Toulon, où sa réputation commence à s'établir (Voir p. 248) et où il se lie avec Robespierre jeune, Saliceti, Barras, Gasparin, Fréron.
Nommé général de brigade, grâce à ses protecteurs montagnards, et chef de l'artillerie de l'armée d'Italie, il s'établit à Nice avec sa famille et prend part à une tentative de Masséna pour déborder l'armée piémontaise par les crêtes des Alpes. C'est alors qu'il ébauche un roman avec Désirée Clary, belle-sœur de Joseph, qui lui préfère Bernadotle. Un moment emprisonné après le 9 Thermidor, puis destitué, il refuse de reprendre du service en Vendée, car il veut la grande guerre et non les embuscades de la chouannerie. Il songe à se rendre en Turquie pour doter ce pays d'un service d'artillerie, lorsque survient la journée du 13 vendémiaire, qui le tire de l'inactivité et facilite sa nomination au commandement en chef de l'armée d'Italie (29 février 179b).
Conquête du Piémont. — Batailles de Montenotte, Millésime», Dego, Mondovi. Armistice de Cherasco. — Bonaparte disposait de 38000 hommes à opposer aux 25000 Piémontais du général Colli et aux 25000 Autrichiens du général Beaulieu, qui se disposait à marcher sur le Var. Il se préoccupa tout d'abord de relever le moral de ses soldats et lit afficher la proclamation suivante :
<< Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus. Le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience, votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni avantage ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces: vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqûeriez-vous de courage.' »
Arrivé à Nice le 26 mars 1796, Bonaparte pénètre en Italie par le col de Cadibone et, courant d'abord aux Autrichiens, culbute le centre ennemi à Montenotte 12 avril . Augereau défait les Piémontaisà Millesimo(14 avril). Masséna et Laharpe enlèvent Dego (15 avril). Pendant que les Autrichiens, séparés (1rs Piémontais et rejetés vers l'est, prennent la fuite vers Acqui, sur la route de Milan, Sérurier bat les Piémontais à Ceva et à Mondovi (12 avril). Bonaparte arrive à Cherasco, et le roi de Piémont demande un armistice (28 avril), bientôt suivi du traité de paix de Paris (15 mai), par lequel la Savoie et le comté de Nice étaient cédés à la France (3 juin).
Conquête de la Lombardie. — Batailles de Lodi et de Borghetto. — Les Autrichiens attendaient Bonaparte à Valenza pour lui disputer le passage du Pô : il leur dérobe sa marche, descend la rive droite du fleuve et, le 8 mai, le franchit à Plaisance, où il bat le général Liptay. Il arrive sur l'Adda, au pont de Lodi, dont 30 canons défendent le passage : 6 1)00 grenadiers, conduits par Masséna, l'emportent au pas de course, au milieu d'un feu épouvantable qui abat la tète entière de la colonne (10 mai); Beaulieu se relire sur le Mincio. Le 9 mai, Bonaparte avait imposé ses conditions au duc de Parme et, le 12, au duc de Modène.
Cinq jours après Lodi, Augereau occupait Pavie, et Masséna était à Milan avec l'avant-garde. Le lendemain (15 mai) Bonaparte y fut reçu, à la porte romaine, parles décurions et par l'archevêque, à la tète de son clergé. Il assura les Lombards que leurs croyances et leurs propriétés seraient respectées et que le mérite seul servirait de démarcation enlre les hommes. La populace, effrayée danssadévolion à l'approche des révolutionnaires, ne se montra pas; mais les Français furent accueillis avec enthousiasme par les jeunes gens, la bourgeoisie, l'aristocratie - éclairée » : toute une population enrubannée aux couleurs tricolores acclamait les soldats qui la libéraient du joug de l'Autriche. Les femmes, de leurs fenêtres ou de leurs équipages, les couvraient de (leurs.
Bonaparte se met bientôt à la poursuite de Beaulieu, défait à Borghetto les Autrichiens qui lui disputent le passage du Mincio (30 mai , et prend Peschiera, Vérone, Legnago, qui lui assurenl la
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ligne de l'Adige. Il lève sur le Milanais 20 millions de contributions, en exige 2 du duc de Parme et 10 du duc de Modène; puis, après avoir pourvu aux besoins de ses soldats, il fait pa-- - 10 millions au Directoire et 1 million à Moreau, pour lui permettre d'empêcher les Autrichiens de porter toutes leurs forces en Italie. Beaulieu est rejeté dans le Tyrol.
Conventions de Brescia avec la Cour de Naples et de Bologne avec le Saint-Sièg'e. — Le roi de Naples, faible et incapable, était dominé par la reine Marie-Caroline, sœur de Marie- Antoinette, qui abandonnait la direction des affaires à son favori Acton, vendu aux Anglais. Pris de peur, il envoya à Bonaparte
le prince Pignatelli pour obtenir un armistice : par la convention de Brescia (5 juin 1700 , il s'engagea à ouvrir ses ports aux Français, à retirer aux Andais ses vaisseaux et aux Autrichiens un corps de cavalerie qui servait dans leurs rangs.
Bonaparte, arrivé sur le territoire du Saint-Siège, reçut à Bologne l'ambassadeur d'Espagne, d'Azara, qui demanda au nom du souverain pontife une suspension d'armes (23 juin .
Pie VI dut consentir la cession de Bologne et de Ferrare, l'installation à Ancône d'une garnison française, l'envoi d'un plénipotentiaire au Directoire, une contribution de 21 millions, un tribut de cent tableaux ou statues: Monge, Bpithollet et les frères Thouin furent envoyés par le Directoire pour choisir les objets destinés aux musées de Paris.
Bien que la guerre eût cessé avec la Toscane, Bonaparte fit saisir à l'improviste les marchandises anglaises qui se trouvaient dans le port de Livourne, et il se rendit de sa personne à Florence, où le grand-duc lui lit une réception magnifique. Il retourna ensuite à son camp de Boverbella, près de Manloue. Le 26, il se mit en marche sur Livourne et se trouva maître de toute la côte entre les Pyrénées et la Toscane 1 1 .
Restait Venise. La vieille République, menacée par les ambitions autrichiennes, avait dès 1792 toléré le passage des troupes impériales à travers ses provinces et, tout récemment, pour couvrir sa retraite, Beaulieu avait, le 26 mai, occupé momentanément Peschiera : Bonaparte s'empara de celle ville et, avec elle, de Vérone et de Legnago, qui commandaient le cours de l'Adige.
Opérations autour de Mantoue. Offensive de Wûrmser : batailles de Lonato, de Castiglione, de Roveredo, de Bassano et de Saint-Georges. — Wûrmser, après avoir réuni dans le Tyrol une puissante armée, descendil, le 23 juillet, la vallée de l'Adige. tandis que Kasdanovitch, avec un autre corps, suivait la rive occidentale du lac de Larde.
La possession de Mantoue était pour les Autrichiens d'une importance capitale, parce que cette place commandait la vallée de l'Adige, qui leur permettait de communiquer avec leurs possessions italiennes : ils forcèrent le passage du fleuve et débloquèrent la place 2 août). Bonaparte rappela aussitôt Sérurier, qui la cernait, et attaqua ses adversaires avant qu'ils eussent pu faire leur jonction : le 3 août, il battit Kasdanovitch à Lonato, et, le 5, Wûrmser à Cas-
Joubert, gravé d'après Bonnevi i. lu.
1) Reprise de la Corse. — Le vice-roi que le ministère anglais avait envoyé en Corse, sir Gilbert Elliol, se heurta dans l'accomplissement de sa tache à des difficultés sans nombre : conflits d'autorité avec les chefs du corps d'occupation anglais, lutte d'iulluence contre Paoli, qui prétendait rester le vrai maître de l'île et qu'il fallut rappeler en Angleterre (octobre 1795 . Sir Gilbert Elliot songeai! à tenter un coup demain sur la Sardaigne, lorsque Bonaparte, maître de Livourne, tourna ses armes vers sa terre natale: les officiers de son armée qui étaient originaires de l'île y débarquèrent secrètement et préparèrent par une active propagande l'expédition militaire qui devait la rendre à la France. Le ministère anglais, inquiet de la tournure que prenait la guerre continentale et désireux de ne pas disperser ses forces, n'attendit pas celle attaque. Malgré les représentations du vice-roi, il ordonna brusquement l'évacuation de la Corse, qui lui aussitôt occupée par des garnisons françaises (novembre 179G).
LA RÉVOLUTION
Bonaparte au pont d'Arcole, par Gros.
BATAILLE DE RIVOLI 14 Janvier 17T17
tiglione. Après un mois de repos, 1rs deux adversaires reprirent simultanément l'offensive : Wùrmser, laissant Davidovitch à Trente, descendit par la Brenta poursecourir Manloue. Au même moment, Bonaparte remonta l'Adige; le 4 septembre, il culbutait Davidovitch à Roveredo; le 5, il était à Trente et se précipitait à la recherche de Wiirmser : il l'atteignit et le battit le 8 à Bassano, sur la Brenta, le poursuivit, le vainquit encore le 15 à Saint- Georges, faubourg de Mantoue, et l'enferma dans cette place.
Confédération cispadane. — Le 8 octobre, le Directoire conclut la paix avec Naples; le 9, il signa un traité avec les Génois, qui s'engagèrent à fennec leurs poils aux Anglais; il fit, ouvrir des négociations à Turin en vue d'une alliance offensive et défensive; enfin, il s'efforça de contracter une alliance avec Venise, l'Espagne et la Turquie. Pour ne pas ajouter aux difficultés de la paix avec l'Empire, il ajourna l'organisation du Milanais, qui sollicitait l'indépendance. Il permit seulement la constitution de la Confédération cispadane par la réunion des légations de Bologne et de Ferra re et des duchés de Modène et de Reggio, dont les habitants s'étaient proclamés indépendants (16 octobre).
Offensive d'Alvinczy. Arcole et Rivoli. — L'armée autrichienne s'étail reformée dans le Frioul : Alvinczy franchit la Piave le Iep novembre lT'.Ki, et Davidovitch descend du Tyrol en suivant le lac de Garde. Bonaparte se porte au-devant d'Alvinczy et le bat sur la Brenta :
niais, menacé sur ses derrières par Davidovitch, il est obligé de se replier sous Vérone; Alvinczy le suit et se retranche à Caldiera. Le 12 novembre, Bonaparte essaye vainement de le débusquer; repoussé de front, il fait un détour hardi et vient s'établir à Bonco (14 novembre 1796), où il est protégé par des marais impraticables, traversés seulement par deux chaussées, dont l'une conduit à Vérone en remontant l'Adige, l'autre à Villanova en passant devant Arcole, situé sur la petite rivière de l'Alpon, laquelle se jette dans l'Adige. On se bal avec fureur pendant trois jours sur ces chaussées étroites (15, 16, 17 novembre 1796 .Le pont d'Arcole, qu'il faut emporter pour arriver à temps sur lesderrières d'Alvinczy-. résiste à toutes nos attaques. Alors Bonaparte s'élance au milieu des balles et de la mitraille, un drapeau à la main; mais il est repoussé el tombe dans le marais, au milieu des ennemis. A ce cri :
Soldats, en avant, pour sauver I" général ! », ses grenadiers re viennentau pas de course el cent les Autrichiens jusqu'au delà du pont. Après soixantedouze heures d'une lutte achar-
L'archiduc Charles, gravé par P. A un oc in,
Wùrmser (Kstampe de la Bibliothèque nationale).
Plan de la bataille de Rivoli (1797).
Le 13 janvier 1797, Joubert, obligé d'abandonner ses positions de la Corona, mande à Bonaparte qu'il continuera de rétrograder le lendemain. Le général en chef décide aussitôt de s'emparer des hauteurs de Kivoli.
L'ordre de bataille autrichien est le suivant: les divisions Liptay, Koblos, Ockzay marcheront de front contre Joubert, que la division Lusignan viendra surprendre vers le mont Pipolo. Kasdanoviti h, avec l'artillerie et la cavalerie, arrivera parlncanale, et Voukassovitch bombardera nos positions de la rive droite de l'Adige.
Le 1 i. au mutin, les Autrichiens enlèvent aux avant-postes de Joubert les positions avancées de Tombalora et de San-Marco, et la colonne Kasdanovitch s'ébranle. Mais Masscna, qui a reçu la veille l ordre d'aï courir, apparaît à ce :n1 e1 repous o
mtei'ie ennemie. Aussitôt les tirailleurs de la brigade \ ial se retournent vers la
ane Kasdanovitch, que l'artillerie de Mas i te du haut d'Incanale et que
charge ensuite la cavalerie de Lasalle. Vial, faisanl volte-face, réoccupe San Marco sur i lekzay, et Lusignan, arrivé au mont Pipolo, est pris entre Monnicr et Re
Alvinczy se replie sur la Corona ; Murât, appelé la veille par Bonaparte, lui barre la route, et ses soldats se débandent vers Kivalta (15 janvier;.
née, Alvinczy bat en retraite, ayant perdu l'élite de ses troupes. Celte victoire était plus glorieuse que décisive, et Bonaparte, qui ne s'y trompa point, poursuivit les négociations avec le Piémont. Pour rassurer la Toscane, il conclut avec elle un arrangement et évacua Livourne. Il occupa Bergame, dans la crainte d'une trahison des Vénitiens, et il essaya encore de traiter avec le pape, qui resta inflexible.
Déjà Alvinczy revenait à la charge avec une nouvelle armée de 80000 hommes et se portait sur Rivoli ; le 13 janvier 1797, il prenait contact avec Joubert entre l'Adige et le lac de Garde, à la Corona,
tandis que Provera marchait au secours de Mantoue et qu'un autre corps autrichien allait attaquer Vérone. Bonaparte accourt au-devant d'Alvinczy et, le 14, le met en déroute à Rivoli, lui faisant perdre la moitié de son effectif. Se retournant alors contre Provera, il le bat le 15 à Saint-Georges, l'écrase le 16 à la Favorite et le fait prisonnier. Wùrmser n'avait plus qu'à capituler : il quitta, le 2 février, la place qu'il avait si vaillamment détendue.
Invasion des États pontificaux. Traité de Tolentino.
- Pour la seconde fois Bonaparte avait les mains libres. Le 4 février 1797 il dispersa les troupes pontificales sur les bords du Senio et le 13 il était à Tolentino. Pie VI, obligé à la paix (19 février), s'engagea à remplir les conditions inexécutées de l'armistice de Bologne et, en outre, à payer 15 millions; il abandonna la Romagne et laissa Ancùne à la France jusqu'à la pacification générale.
Opérations dans les Alpes autrichiennes. — Marche sur Vienne. Batailles du Tagliamento, de Tarvis et de Neumarkt. — François II réunit à la hâte une quatrième armée, qu'il plaça
sous les ordres de son je
frère, l'archiduc Charles, qui
él ùl dist ingué à Tourcoing el
sur les talents duquel on f lail
déjà de grandes espérances. 11 fut en effetle plus grand homme de guerre que l'Europe oppo-
HISTOIRE DK FRANCE
sera à Bonaparte : âgé de vingt-six ans, il joignait à ses connaissances techniques une promptitude de coup d'œil et un esprit de décision rares chez les généraux autrichiens. Il fut très bien secondé par ses lieutenants, Latour et Wartensleben.
L'archiduc attendait des renforts d'Allemagne : Bonaparte ne lui laissa pas le temps de les recevoir. Dès le 10 mars, revenu sur l'Adige, il laisse hardiment l'Italie sur ses derrières, se proposant, avec une année de 50000 hommes, de franchir les Alpes une seconde
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