L ART
Le mot Renaissance caractérise, dans l'histoire de l'ait, le mouvement général qui a entraîné les artistes à s'inspirer des doctrines et des œuvres antiques, considérées comme l'expression d'un idéal supérieur. Quelques auteurs ont cru pouvoir détourner ce terme de
son acception historique en parlant de « Renaissance anticipée », à propos de la statuaire naturaliste du xive et du xve siècle , mais l'abus est évident, puisqu'il s'agit d'un développement esthétique normal et non d'un retour à des principes ou à des modèles abandonnés. Ce n'est, en réalité, qu'à la période d'iniluence italo-gréco-latine du xve et du xvie siècle que l'appellation s'applique d'une façon absolue.
La Renaissance se manifesta en Italie, à la fin du moyen âge, avec les progrès de l'humanisme, et Pétrarque en dégagea, le premier, les aspiralions. Elle s'imposa graduellement à tous les arts plastiques au cours du xve siècle, et parvenue, au xvie, à son apogée, elle exerça son action sur tous les pays européens, entrant en lutte avec les instincts nationaux et les habitudes locales, suggérant des conceptions le plus souvent arbitraires, provoquant d'incontestables progrès techniques, mais répandant des malentendus esthétiques. C'est pourquoi, malgré lés chefs-d'œuvre qu'elle a suscités, elle a été principalement favorable à la virtuosité pure et au dilettantisme et a eu pour conséquence fatale, au xvne siècle, le triomphe de l'académisme.
Pour les hommes du xvne siècle, il n'y avait pas d'art national avant la Renaissance, et la Renaissance française tenait tout entière dans le retour à l'antique. Cette doctrine, dite académique, poussa de si profondes racines que Beulé n'hésitait pas à dire : « L'architecture gothique n'est pas chrétienne ; elle n'est pas française. » Or, si les artistes du xve siècle ont fait des emprunts à l'ornementation antique, ils se sont aussi inspirés de la nature, et ils s'en sont inspirés directement, sans passer nécessairement par l'Italie, comme le prouve l'étude de la sculpture en Champagne et en Bourgogne.
La bourgeoisie champenoise, par ses libéralités pieuses, favorisa l'éclosion d'un art local que l'italianisme ne déforma qu'après 1540 environ. En Bourgogne, où la guerre de Cent ans n'avait pas ruiné le pays et découragé la vie sociale, on a vu qu'il s'était formé à Dijon une école franco-flamande dont riniluence se fit encore sentir après la disparition de Claus Sluter.
Enfin, nous avons fait ressortir le caractère essentiellement
français de l'œuvre de Michel Colombe. « L'art français, à la veille des guerres d'Italie, était doué d'une admirable vitalité. II subit l'apport italien comme un accident, et ce qu'il y a de plus robuste, de plus sain, de plus fécond dans l'art du xvi° siècle, le réalisme saisissant d'un Germain Pilon, par exemple, lui vient encore de ce vieux fonds gothique et national, de ce tempérament puissant que purent altérer, mais non détruire, les nouveautés ultramontaines, les grâces raffinées et les trop savantes leçons de la renaissance italienne (1) ».
Philibert Delorme.
(1) Vitry, Michel Colombe et la sculpture de son temps, p xvm.
ARCHITECTURE RENAISSANCE
ARCHITECTURE RENAISSANCE
ARCHITECTURE RENAISSANCE
Hôtel Xaincoings, à Tours (Indre-et-Loire).
Hôtel du Bourgtheroulde, à Rouen.
Hôtel d Alluyc, à Blois (Loir-et-CheiO.
Hôtel Dumontat, à ftiom (Puy-do-Dôraoj.
ARCHITECTURE RENAISSANCE
LES f.IIERRES D'ITALIE.
LA RENAISSANCE EN FRANCE
En France, dès le règne de Charles VIII, le conflit se fait pressentir, dans l'architecture, entre les traditions gothiques, restées puissantes el populaires, et l'italianisme, soutenu car la cour et les grands. Charles VIII, Louis XII et surtout François I"1' s'entourent d'artistes d'outre-monls : i'ra Giovanni Giocondo, Bernabei de Cortone dit le Boccador), Léonard de Vinci, AndreaSolario, Andréa del Sarte, Benvenuto Cellini, les Juste, le Bernin, Niccolo dcll' Abbate, Rosso, qui groupe autour de lui les artistes de l'école dite de Fontainebleau, que dirigera ensuite le Primat ire.
Cependant, l'invasion de l'italianisme, déjà en décadence, ne se produisit pas sous la forme d'une révolution violente; elle absorba l'art de la période précédente bien plus qu'elle ne le détruisit. Lorsque les artistes italiens initièrent notre pays aux goûts de l'architecture néo-romaine qui florissait abus en Italie, l'art national n'en persista pas moins longtemps encore, surtout dans la construction des églises, où on essaya de l'associer aux dispositions de l'architecture antique. Les chapelles des châteaux de Blois, de Chenonceaux, d'Ecouen ; les llèrhes de la cathédrale de Chartres, de Notre-Dame de Rouen, de Saint-André de Bordeaux; la façade de la cathédrale de Tours; la façade nord de la cathédrale d'Évreux ; le portail sud de la cathédrale di^ Beauvais; les églises Notre-Dame de Brou (Ain), de Saint-Pierre de Caen, de Saint- Germain-l'Auxerrois, de Saint-Etienne-du- Mont, et en dernier lieu de Saint-Eustache
de Paris. « squelette gothique revêtu de haillons romains », a dit en termes méprisants Viollet-le-Duc, sont (\<-^ spécimens de cet art de transition.
Dans l'architecture civile, l'absorption fut plus complète. Les guerres d'Italie avaient fait connaître les palais romains el florentins, si différents, dans leurs élégantes architectures, des constructions féodales. Fia Giocondo, Serlio, Vignole instruisirent nos artistes à les imiter. Toutefois, on a généralement fait une part beaucoup trop grande ;uix étrangers et la plupart des grandes constructions de l'époque doivent être restituées à îles Fiançais, l'ornementation seule étant italienne et plus spécialement toscane.
i in mentionnera particulièrement, outre Fontainebleau ivoir p|. XV, fig. 3), Chain bord, le Versailles du xvi° siècle (voir pi. XV, fig. 'i ; Blois (voir pi. XV, fig. 1 et 2 : Chaumont voir pi. W II, fig. -2 , d'aspect sévère et dont la plus grande partielles constructions date du cardinal d'Amboise : (.ailion, dont il ne subsiste que le portique placé dans la cour pri ne i pa le de I Ecole des Beaux-Arts); Amboise, la gracieuse résidence de Charles VIII, due encore au célèbre cardinal de ce nom, le Mécène des architectes de l'époque, et qui marque la transition du manoir féodal à l'habitation seigneuriale; Chenonceaux. non moins original qi' ■ Chambord, et qui appartient à la même école : Azay-le-Rideau (voir pi. XV, fig. 6] ; Ussé, avec son fouillis de tourelles de l'effet le plus pittoresque.
Et ce n'est pas seulement en Touraine cl dans le Blésois
que s'affirme la prédominance du goût français : elle est également manifeste dans les châteaux de Saint-Germain, de Villers-Cotterels, de Madrid (qui s'élevait dans le bois de Boulogne , de Fontainebleau, deValençayen Berry, de Tanlay et d'Ancy-le-Franc en fîour-
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