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HISTOIRE DR FRANCE

Porte d'entrée du château d'Anet (Eure-et-Loir).

sa source d'inspiration : la nature et la vie; le style « à platebande " triomphe à Fontainebleau; les maîtres de France finissent par capituler. Du moins, leurs appropriations des données italo-anliques sont-elles supérieures, malgré tout, aux créations correspondantes des maîtres d'Italie à la même époque. A Chantilly, transformé en château de plaisance pour le connétable de Montmorency, Pierre Chambiges, s'inspirant des principes de Vitruve, associa le style antique et le style français, et son initiative fut suivie par ses successeurs.

La dernière période de la Renaissance est caractérisée par l'emploi beaucoup plus large îles éléments d'importation. Les principaux architectes de cette période son!. Pierre Lescot (1510-11578), Jean Huilant (15127-1568), Philibert Delorme 1517-1570) et Jacques Androuet Ducerceau (1515?-1584?). l'auteur célèbre des Plus excellent bastimens de France. Deux grandes constructions dominent foules les antres: le Louvre et les Tuileries. Ce fut François Pr qui, dans les dernières années de son règne, chargea Pierre Lescot de remplacer par un palais no.uveau le vieux Louvre de Charles V. Cet habile architecte s'associa deux sculpteurs du plus grand mérite, Jean Goujon et Paul-Ponce ïnebati, et à celte collaboration son! ducs deux des façades du Louvre, dont celle de l'ouest, où la magnificence de l'ordonnance le dispute à la richesse de l'ornementation (voir pi. XVII, fig. 1). Un peu plus tard Catherine de Médicis chargeait Philibert Delorme, l'architecte du tombeau de François Ier, d'édifier le château des Tuileries (voir pi. XVII, fig. 3), qui fut achevé

par Jean Bullant. C'est à ce dernier que l'on doit en outre le château d'Écouen, et c'est à Philibert Delorme qu'est attribué le plan de celui d'Anet, aujourd'hui en grande partie détruit, où l'on admirait l'architecture de trois ordres de colonnes, le portique orné d'une figure de Diane, d'un cerf et de quatre chiens (actuellement à l'École des Beaux-Arts), la chapelle, décorée de pilastres en marbre blanc, le tombeau de Diane de Poitiers, un grand escalier orné de bustes.

La Renaissance marque la décadence des eliàteaux formidablement fortifiés. On les transforme, on les embellit, on perce les murs d'ouvertures qui laissent pénétrer l'air et la lumière. Les constructions nouvelles ne sont plus des forteresses capables de soutenir un siège, couronnant des hauteurs ou commandant les vallées, mais des demeures de plaisance élevées dans des si les gracieux.

Les vergers, où se confondaient le beau et l'utile, font place en même temps aux jardins de plaisance; mais, alors que l'architecture reste suit oui française, c'est le goût italien qui domine exclusivement dans les jardins qui entourent, les châteaux du xvic siècle. Charles VIIÏ avait ramené d'Italie dom Pacello Mercoliano, qui filles jardins de Rlois, Amboise et Caillou.

L'architecture civile n'est pas moins florissante dans les groupements urbains. Le lils de Martin Chambiges, Pierre, est associé' à Dominique de Corlone pour l'édification de l'hôtel de ville de Paris (voir pi. XVL fig. 1); la tour Saint-Jacques se dresse non loin de la maison commune; Fra Giovanni Giocondo rebâtit la Chambre des comptes (voir pi. XV, fig. 5); Pierre Lescot et Jean Bullant élèvent l'hôtel Carnavalet.

Les hôtels de ville d'Orléans, de Beaugency, <le Compiègne; les hôtels particuliers du Bourgtheroulde, à Rouen; de Xaincoings (1), à Tours; d'Alluye, à Blois; Dumontat, à Riom; de Cluny, à Paris, méritent d'être distingués.

La sculpture. — C'est aussi l'introduction de l'ornement à l'antique qui prélude à l'évolution de la sculpture. Elle fut propagée notamment par une lignée d'artistes italiens établis à Tours, les Juste, dont l'un d'eux, Jean, sculpta les gisants cl les orants du Tombeau de Louis XII et /l'Anne de Bretagne (Saint-Denis).

L'école de Michel Colombe est encore profondément française; c'est le maître lui-même qui, en 1512, commença, d'après les plans de Jean Perréal, à élever à Brou le Mausolée de Philibert le Boni, due de Savoir (-2), et son influence est incontestable dans le Tombeau des enfants de Charles VIII (Saint-Gatien, à Tours), de Guillaume Regnault ei île Jérôme de Fiesole, aussi bien que dans le Tombeau des cardinaux d' Amboise (cathédrale de Rouen).

Celte école, qui admet à titre d'accessoire seulement l'emploi des motifs de l'ornementalisme florentin, est heureusement représentée par Guillaume lîegnault, Jean de Chartres, Aimé le Picard, Jean Rollin, Jean Texier, surnommé Reaucc, l'auteur d'une grande partie des groupes en ronde-bosse qui ornent le pourtour du chœur de la cathédrale de Chartres; mais la transformation, a s'accomplir sous les auspices du groupe francoitalien de Fontainebleau, et nos maîtres subiront la contagion d'un art amolli et décadent, sans toujours abdiquer entièrement leur personnalité.

Les cariatides de Jean Goujon, au Louvre.

(1) L'hôtel connu sous ce nom n'a sans doute jamais appartenu au trésorier de< îharles VIJ,.Tean de Xaincoings. Il a été construit dans le dernier tiers du xve siècle et remanié sous François I"'.

(2) Peut-être Michel Colombe travailla-l-il aussi au tombeau de Marguerite de Bourbon, mais il fut certainement étranger à l'exécution de celui de Marguerite d'Autriche. C'est après la mort de Philibert le Beau (1504) que sa vem e, Marguerite d'Autriche, décida d'élever à Brou (Ain), à la mémoire de son mari, un couvent, une église et les trois tombeaux somptueux qu'on admire encore aujourd'hui.

LES GUERRES D'ITALIE. — LA RENAISSANCE EN FRANCE

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Figures de la fontaine des Innocents (Paris) par Jean Goujon.

Germain Pilon (Chronologie collée).

Le plus illustre des statuaires de celte seconde époque de la Renaissance est Jean Goujon (né en Normandie vers 1515, mort à Bologne avant 1568). Les Cariatides et les Renommées ( Louvre ) , les bas-reliefs de la Fontaine des Innocents, la statue de Diane île Poitiers, au château d'Anet, les sculptures de l'hôtel Carnavalet montrent qu'il sut s'inspirer encore des traditions nationales et de l'étude de la nature; il a mis sur toutes ses œuvres un suprême cachet de grâce et d'élégance.

Son émule Ggnnain Pilon (1535-1590) a peut-être encore un talent plus souple et plus varié. Avec Pierre Bonteinps, il sculpte à Saint-Denis les bas-reliefs du tombeau de François Ier, dont Philibert Delorme fut l'architecte; puis, les gisants du tombeau de Henri II (('gaiement à Saint-Denis) sous la direction de Pierre Lescot. Le monument dit des Trois Grâces ou plus exactement des Trois Vertus théologales, destiné à contenir le cœur de Catherine de Médicis (Louvre), le Tombeau du chancelier de Birayue et de sa femme, Valentine Balbiani (Louvre), sont ce qu'il a produit de plus parfait. Parmi les œuvres dues aux diverses écoles provinciales qui rivalisent avec Paris, citons les bas-reliefs de l'hôtel du Bourgthcroulde (Rouen), représentant ÏEntrevue du Camp du drap d'or; le Tombeau de Louis de Brêzè (cathédrale de Rouen); les jolies fontaines de Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) et d'Amboise (Clermont-Ferrand); la Sainte Marthe, de l'église de la Madeleine (Troyes) ; le jubé de la cathédrale de Limoges, œuvre de Jean d'Angoulême; la Alise au

tombeau (13 personnages) et le Crucifiement, de Saint-Mihiel, par Ligier Richier, élève de Michel- Ange; Richier est aussi l'auteur du Squelette, œuvre saisissante qui fait partie du Tombeau de René de Châlons, dans l'église Saint- Pierre, à Bar-le- Duc.il faut aussi mentionner les stalles des églises d'Amiens, de Rodez, d'Albi, d'Auch, de Toulouse, de Rouen, les premières surtout, où se continue la tr.i- Phot. ch. jiiivi. t. dition réaliste

Fontaine de Saint-Saturnin (Puy de Dôme). Iiaiiçaise.

La peinture. — En peinture, l'italianisme est triomphant et omnipotent : l'art français ne se défend plus que par le portrait avec Jean Bellegambe (de Douai), avec les Clouet, avec Estienne Dumonstier.JehannetClouet était fils d'un peintre peut-être 11amand, etpetit-fîls, par sa mère, d'un orfèvre tourangeau. Etabli en Touraine, il y épousa la fdle d'un orfèvre de Tours, devint peintre et valet de chambre de François Ier et mourut en 1541, laissant un fds, François Clouet (mort en 1572), qui continua son œuvre. "Dans la portraiture, écrivait Corneille, il n'est pas question si un visage est beau, mais s'il ressemble. » Les crayons des Clouet sont de vraies « portraitures », sincères, d'un sentiment mesuré, d'une observation pénétrante, d'une facture simple, naturelles en un mot, aussi éloignées de la virtuosité italienne que de la tension bourguignonne. Le Louvre possède trois François Clouet de la plus grande beauté : les portraits de Henri II, de Charles IX et de la reine Elisabeth d'Autriche.

Mais, en dehors du portrait, on ne fait plus cas que des représentations mythologiques ou religieuses, suivant la mode d'outre-monls. Le Primatice et le Rosso, chargés de décorer le château de Fontainebleau, s'entourèrent de nombreux compatriotes qui les aidèrent dans leurs travaux : Luca Permi, Lorenzo Naldini, Niccolo dell' Abbate, Claudio Baldovini, Prospero Fontana, etc.; puis, nombre d'artistes français vinrent s'initier sous leur direction à la peinture

Les trois vertus théologales, par Germain Pilon (Louvre).

Tombeau do Louis de Brézé (Calhi il Itoucn).

rhot. Charles Uurgeat.

Stalles de la cathédrale d'Auch (Gers).

italienne. Une place à pari doit être donnée à Toussaint Dubreuil et ,'i Roger de Hogery qui, après la mort du Primatice, prirent la direction de l'école de Fontainebleau; à Martin Freminel qui continua, sous Henri IV, les grandes décorations du château. Mais tous ces Fiançais italianisés ne font guère que des pastiches, et l'influence étrangère se l'ait trop visiblement sentir chez Jean Cousin (1) lui-même, à la fois peintre, sculpteur et architecte, comme Michel-Ange. Les fresques dont il décora Chambord n'existent plus, mais on a de lui une Descente de croix Mayence), Eoa prima Pandora, composition d'une originalité singulière el dans un style archaïque Sens), une Artémise A.uxcrrc . un Jugement dernier (Louvre). On lui a attribué la slalue de l'amiral Chabot (Louvre , mais les illustrations du Livre de fortune et du Livre de pourtraicture sont probablement de son lils, Jean Cousin le Jeune, avec lequel on l'a très longtemps confondu.

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La peinture sur verre. — La peinture sur verre, qui avait produit au xive et au xve siècle des chefsd'œuvre incomparables, jette au xvie siècle un dernier éclat. Les caractères que nous avons signalés pour le xvc siècle persistent et s'accentuent au xvi° (vitrail des Bourbons à la cathédrale de .Moulins; verrière de la cathédrale d'Auch, peinte en 1513 par Arnaud de Moles; vitraux des églises de Brou et de Montmorency, etc.). Jean Cousin l'Ancien se révéla surtout comme peintre verrier [Auguste et la Sibylle, cathédrale de Sens; vitraux de l'église de Moret 1 j, et c'est sans doute son lils qui dessina les verrières de Saint-Gervais, à Paris. Robert Pinaigrier, dit le Bon Pinaigrier, est avec les Cousin le plus grand maître verrier de l'époque. Il avait, sans nul doute, été en Italie, car l'un de ses vitraux les plus célèbres, les Vendanges du sang divin, qu'il lit pour Saint-Hilaire de Chartres et qui orne maintenanl l'église Saint-Pierre de la même ville, offre dans le fond, en perspective, une vue de Home; on conjecture qu'il dut fréqxienter l'atelier de Léonard de Vinci. Il existe de lui quelques œuvres capitales : le Jugement de Saloiiwn et l'Histoirc de la Vierge, à Saint-Gervais. VHisïoire de saint Joseph, à Saint-Merri, n'est qu'en partie de lui, mais ses vitraux se distinguent des autres par l'éclal de leur couleur et la supériorité de leur style. 11 en avait fait bien d'autres pour diverses églises de Paris : les Débauches de l'enfant prodigue, la Résur- \re, la Cène, la Vie de saint Léger, à Saint- Victor; Franreine de Navarre, Y Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem,

Le Jugement dernier de la chapelle de Vincennes ne paraît pas devoir attribué à Jean Cousin l'Ancien.

(1) Jean Cousin l'Ancien IVJO-CiGir.' , qu'il ne faut pas confondre avec Jean Cousin, son fils 1522-1594).

Cathédrale d'Amiens : détail des stalles du chœur.

Le Juycment dernier, par Jean Cousin (Louvre).

LES GUERRES D'ITALIE

LA RENAISSANCE EN FRANCE

Jésus-Christ au milieu des enfants, à l'église des Enfanls-Rouges, dont il reste des copies dans des dessins de missels coloriés d'après les originaux. Robert Pinaigrier laissa trois lils qui portèrent vaillamment son nom : Nicolas, le meilleur des trois, exécuta quelques-uns il es vitraux de Saint-Aignan, à Orléans, et ceux de la crypte Notre- Dame de Chartres. Mais en se perfectionnant, en cherchant à obtenir sur le verre de véritables tableaux, les maîtres verriers d'alors dépassaient les limites naturelles de leur art et allaient au delà de snn véritable but. Quelquefois les verriers s'inspirent des estampes réminiscences d'Albert Durer sur un vitrail de l'église d'Arches) ou bien ils font apparaître le paysage avec des perspectives contraires à l'esprit du vitrail. Sans parler des influences italiennes (Triomphe de la loi de grâce, à Saint-Patrice de Rouen; Jugement de Salomon, île Robert Pinaigrier; Jugement dernier île Yincennes), la vogue des grisailles, qui commença dès la fin du xvc siècle et s'accentua de plus en plus à partir de 1550, fut pour le vitrail une autre cause de décadence (Légende de Psyché, du château d'Ecouen, à Chantilly; Histoire de Daniel, à Gisors; Vie du Christ et Histoire de l'obie, aux églises Saint-Pantaléon et Saint-Nicolas de Troyes). Dans les verrières de l'église de Montmorency, dans celles de la cathédrale de Moulins, dans ce qui reste des grisailles d'Ecouen, aujourd'hui à Chantilly et représentant la Légende de Psyché, le vitrail est détourné de son caractère propre pour devenir un tableau transparent. C'était un commencement de décadence, auquel s'opposèrent vainement quelques excellents maîtres verriers : Jacques de Paroy, Saint- Pourçain, P. Tâcheron, Anquetil, Mahiet, Evrard.

La gravure. — Née au xive siècle, mais pratiquée surtout au xv°, un peu en retard chez nous sur l'Allemagne et l'Italie, la gravure sur bois commence dès la fin du xve siècle à produire des chefsd'œuvre, comme les illustrations de la Ballade des chasseurs (1461),

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François I" écoutant la lecture de la traduction de Diodore de Sicile par son secrétaire Macault (Gravure de Gcflroy Toby).

du roman de Fierabras, de Bélial ou la Consolation des pauvres pécheurs [IA84 . Antoine Bérard grave celles de la Danse des morts, imitée d'Holbein, de la Mer des Histoires, des Chroniques de France. Au siècle suivant, la gravure au burin, sur cuivre, et la gravure à l'eau-forte commencent à être usitées. Jean Cousin grave à l'eau-forte quelques pièces d'une insigne rareté : Y Annonciation et une Descente de croix, dont le caractère « gothique » atteste qu'elles sont de la jeunesse du maître. Geoffroy Tory, de Bourges, typographe et graveur connu sous le nom de Maître du pot cassé (un pot cassé était l'enseigne de sa boutique sur le Petit-Pont, à Paris), dessine et grave une foule de vignettes, de frontispices, de marques, de lettres ornées, de devises. Son portrait équestre de Henri II, de Y Entrée du roy à Paris (1549) [voir p. 326], est d'un travail fini et merveilleux. Jacques Durel, de Langres, connu sous le nom de Maître à la licorne, à cause de la marque qu'il avait adoptée, grave des scènes de l'Apocalypse ainsi que d'autres sujets religieux. Au même temps appartiennent Noël Damier, Etienne Delaune, buriniste délicat, né à Orléans (1519- 1583), qui fit des copies des estampes de Marc-Antoine Raimohdi et reproduisit un assez grand nombre d'arabesques dessinées par lui pour les orfèvres; Pierre Woeiriot, de Bar-le-Duc, qui s'établit, à Lyon; René Boyvin, d'Angers (1530-1598), qui travailla surtout d'après le Rosso et le Primatice. Jean Goujon grave sur bois les planches du Vitruve de Jean Martin et le frontispice du Songe de Polijilule. Salomon Bernard, de Lyon, surnommé le Petit Bernard, est le premier graveur sur bois de l'époque : les planches des Métamorphoses d'Ovide, de la Bible de Lyon, où l'on remarque surtout celle du Déluge, passent pour ses chefs-d'œuvre. Androuet Ducerceau grave à l'eau-forte les planches de ses trois Livres d'architecture. Notons encore Philippe Thomassin, de Troyes, le Lorrain Nicolas Béatrizct, Léonard Gaultier, Thomas de Leu, qui imita avec succès la manière fine et précise de Wierix et de Crispin de Passe.

Rabel, Mallery, Granthownie, Isaïe Fournicr, Jacques de Fornazens continuent sous Henri II, Charles IX, Henri III et Henri IV à s'illustrer dans l'art de la gravure.

Gravure en médailles. — Les plus anciennes médailles gravées en France remontent à l'expulsion des Anglais, en 1451, date mémorable que Charles VII célébra en faisant exécuter plusieurs variétés de grandes pièces d'or. Francesco Laurana exécute une médaille à l'effigie de Louis XI et un autre graveur italien celle de Charles le Téméraire. Le Lyonnais Louis le Père grava les effigies de Charles VIII et d'Anne de Bretagne (1494) ; ce furent des artistes de Lyon qui exécutèrent celles de Louis XII et de la même souveraine; Philippe le Beau et Marguerite d'Autriche s'adressèrent à un Bressan, Jean de Marende.

Sous Louis XII, la médaille frappée commence à remplacer la médaille en métal coulé. La plus ancienne, dont Michel Colombe donna le modèle (1498), commémora l'entrée du roi à Tours. Sous François Ier, Benvenuto Cellini, Matteo del Nassaro, Jacques Primatice, Benedetto Ramelli représentent ce roi et les personnages célèbres de la cour. On attribue à Germain Pilon de grands médaillons en bronze, et les pièces du même temps sont du Lyonnais Jacques Gàuvain. Les règnes de Henri IV et de Louis XIII sont illustrés par Nicolas Briot et surtout l'illustre Guillaume Dupré, qui grave les magnifiques médaillons de Marie deMédicis, de Henri IV. de Gaston d'Orléans, de Louis XIJI enfant, etc. : le côté le plus saillant de son talent est une ampleur majestueuse qui donne à ses œuvres une allure pleine de grandeur et une h a r m o n i e p a r faite. Ses portraits sont pleins de vie.

Il égale, s'il ne les surpasse, ses maîtres italiens.

Emaux. Céramique. —

Comme au siècle précédent, Limoges est le grand rentre de fabrication des émaux.

Durant toute la Renaissance, plusieurs générations

Le mois d'Avril.

Assiette émaillée par Pierre Ri i uono Louvre).

IIISTOIIÎF. DR FRANCE

d'émailleurs appartenant à la même famille, les Pénicâudj exécuteni (1rs émaux translucides ou peints : aiguières, coupés, salières, reliquaires, plaques d'évangéliaires, représentant lès sujets 1rs plus divers, portraits, scènes historiques, mythologiques ou religieuses, crosses d'évêques ou d'abbés mitres, coffrets, croix, qui sont les joyaux de nos musées. A côté d'eux travaillent avec la même supé-

Plat émaillé, par Bernard Palissy.

riorité les Limosin, dont le plus célèbre, Léonard, exécuta une Vie du Christ en quatorze émaux de toute beauté, des épisodes de la fable de Psyché, le portrait de la Reine Claude, femme de François I'1', la Passion musée de Cluny), etc., toutes œuvres admirables. Et l'on peut encore citer après eux Pierre Raymond, donl quelques émaux (les Mois) sont au musée du Louvre; Jehan Gourtin ou Courteys, Pierre Lamontroy, Jehan Court, Martin Didier, Poncet Élie, tous Limousins. Martial Courtois, à l'imitation de Délia Rôbbia, exécute de grands médaillons de faïence émaillée pour la décoration extérieure du château de Madrid, au bois de Boulogne (musée de Cluny .

Bernard Palissy (lol0?-1589?), ayant eu entre les mains une coupe émaillée de Fàenza ou de Castel-Durante, découvrit, à force de génie, après beaucoup de tâtonnements et de recherches, des procédés équivalents ou de meilleurs et revêtit d'émaux aux couleurs chatoyantes ces admirables plats où s'étalent toute la faune et toute la flore fluviale, anguilles, poissons, grenouilles, coquillages, écrevisses, herbes et joncs des marécages, rendus avec une vérité admirable. Il a emporté son secrel avec lui.

Les faïences dites d'Oiron ou mieux de Saint-Porchaire sonl également célèbres. D'une extrême rareté, elles se composent d'un petit nombre de pièces, toutes connues el cataloguées dans les musées ou collections de France, d'Angleterre et de Russie : ce sont des coupes, des aiguières, des biberons-, des [lambeaux marqués en bleu, dans la pâte, de la salamandre de François Ier, des chiffres entrelacés de Diane de Poitiers, de Henri H et de Catherine de Médicis, parfois de l'écu de France ou du blason des Montmorency. Leur décor consiste généralement en bandelettes d'un jaune d'ocre, lisérées de brun foncé el enlacées avec goût, se détachanl sur le fond de la pâte, qui est d'un blanc jaunâtre.

La musique. — A partir du ixe siècle on avait vu dans les pays francs la monodie lilurgique et profane faire place à la diaphonie, au déchant : au xrue siècle, Paris et l'Ile-de-France ont produit les maîtres de la première école

de musique polyphonique notable; puis le i

vel art progresse el s'étend avec G. de Machault (1284-1370 , avec les Flamands Dufay et .1. Ockheghem (xve siècle). Le xvic siècle enfin ipogée de cet arl devenu parfait. La grande école franco-belge de la Renaissance présente une pléiade d'artistes extrêmement remarqua-

Claude le Jeune.

Roland de Lassus (Ex. des Mélanges, 157G)

blés. Ce sont Josquin des Prez, surnommé par ses contemporains le Prince des musiciens; Brumel. Pierre de la Rue, Carpentras, Jean Mouton, Clément Janequin, l'auteur de la Bataille de Marignan, curieuse composition de musique imitalive; Claude Goudimel, le célèbre auteur des Psaumes de David (motets à seize voix, 1652), Roland de Lassus, Claude le Jeune (de Valenciennes), Guillaume Costeley,d'Évreux,Eustache du Caurroy, les Regnard (de Douai), etc.

Ces compositeurs ont laissé des œuvres qui affirment leur talent, soit dans le genre religieux : messes, motets, psaumes, soit dans le genre profane : chansons, madrigaux, à plusieurs voix concertantes. Quelquesunes de ces compositions de chambre étaient accompagnées parfois par des luths, des théorbes et des épinettes, voire par des hautbois et même par des trompettes. La danse était également en honneur : pavanes, branles, tordions, etc., qu'exécutait un petit orchestre formé d'ordinaire d'un ou deux hautbois, d'un tambourin, d'une flûte longue et d'une vielle à archet.

Les maîtres franco-belges se répandirent dans les grandes villes d'Italie, d'Allemagne et d'Espagne, créèrent partout des écoles, furent les initiateurs de la musique polyphonique, tracèrent la voie aux Palestrina et aux Vittoria par leurs leçons et leurs chefs-d'œuvre.

A l'ancienne musique de la chambre royale, François I" avait ajouté celle de la chapelle, où l'on trouvait, avec les chantres, divers instruments tels que violons, luths et théorbes; puis on eut celle de la grande écurie, avec ses trompettes, trombones, sacquebutes, etc. L'un des plus célèbres musiciens de ce temps, Eustache du Caurroy, fut successivement maître de la musique particulière de François 11, de Charles IX, de Henri III et de Henri IV. En 1570, le poète Jean-Antoine de Baif obtint, de Charles IX des lettres patentes pour la fondation d'une académie de poésie et de musique, qui n'eut qu'une existence éphémère (voir p. 344).

L'année L>81 marque une date dans l'histoire du théâtre et de la musique en France : à l'occasion des noces du duc de Joyeuse avec la princesse Marguerite de Lorraine, fut représenté au Louvre le fameux Ballet comique de la reine, dont la musique avait été écrite par Salomon et Eustache de Beaulieu.

Bientôt, sous Henri IV, naît le ballet de cour, mélange heureux de poésie, de musique et de danse, d'où devait sortir forcément l'opéra, et qui allait prendre toute son ampleur sous Louis XIII et surtout sous Louis XIV, l'un et l'autre ne craignant pas de participer personnellement à son exécution.

BIBLIOGRAPHIE

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