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BUFFET HENRI II

LES GlERRES D'ITALIE

LA RENAISSANCE EN FRANCE

LES SCIENCES

Sciences naturelles. — Au commencement du xvie siècle, tes botanistes, — si l'on peut les dénommer ainsi, — ne voyaient dans la recherche et clans l'étude des- plantes que le moyen de se proemvr des drogues (1). Leurs descriptions sont naïves et manquent absolument de méthode. Mais vers la tin du xvi° siècle, des savants allemands et, hollandais observèrent les plantes sauvages qui croissaient aux alentours de leur demeure et petit à petit la botanique se constitua. En France, Clusius (1526-1609), plus connu sous le nom de Charles de l'Écluse, voyagea dans toute l'Europe, devint directeur des jardins de Vienne sous Maximilien II et Rodolphe II, alla se fixer à Francfort à la mort de ce dernier, puis professa la botanique à Leyde. On trouve dans son Histoire des plantes rares (1576) la description de six cents plantes nouvelles, (Mitre autres celle de la pomme de terre, rapportée par les Espagnols des environs de Quito (2). De son côté, Mathias Lobelius (né à Lille en 1538, mort en Angleterre en 1616), tenta d'établir une classification des plantes d'après les rapports extérieurs qu'elles présentent entre elles quant à la forme des feuilles. Dans son Historia generalis plantarum (1586), Jacques Dalechamps, de Bayeux, adopta un ordre plus arbitraire et classa les deux mille sept cent trente et un végétaux qu'il y décrit suivant leurs grandeurs, leurs figures et leurs qualités. Sous Henri IV, le botaniste Richer de Belleval fonda le jardin des plantes de Montpellier.

Pierre Cilles, d'Albi, posa les bases de la zoologie moderne. Protégé par le cardinal d'Armagnac, évêque de Bodez, il voyagea en Italie, recueillit tout ce qu'on savait sur les animaux et essaya une classification méthodique. La publication de son livre lui attira l'estime de François Ier qui, en 1546, l'envoya visiter l'Asie Mineure. Pierre Belon, né au Mans en 1517, cultiva avec un égal succès les différentes branches de l'histoire naturelle; il visita l'Allemagne, la Bohème, la Saxe (1549), l'île de Candie, Constantinople, la Syrie, [a Palestine et l'Italie, recueillant des plantes et, autres curiosités minérales ou animales. On remarque dans ses Observations de plusieurs singularitez (1553) les premières mentions du caméléon, de la civette, du dauphin, de l'éléphant, de la girafe et de l'hippopotame. Deux autres de ses ouvrages : la Nature et la diversité despoissons et V Histoire des oiseaux avec leur description etnaïfs pourtraicts (1555) ne sont pas sans valeur pour l'époque.

Un autre naturaliste français, Guillaume Rondelet (1507-1566) grand ami de Rabelais, se plaça au rang des fondateurs de l'ichtyologie parla publication de son /Fis/, rire des poissons (1554-1555). Les gravures sur bois qui ornent son ouvrage se signalent par leur exactitude. Son anatomie est savante, son texte excellent, mais Belon se montre meilleur observateur et critique plus avisé-. Le traité de Rondelet resta capital pendant plus de cenl cinquante ans.

Le premier géologue digne de ce nom fut un Allemand, Agricola (1494-1555), qui essaya d'établir une classification des minéraux, mais c'est Bernard Palissy, l'auteur du Discours admirable de lu nature des eaur ci fontaines (158U), qui mérite d'être regardé comme le créateur de la géologie. Il appela l'attention sur les révolutions du globe, attribua la chaleur des eaux thermales au feu central; il vit l'origine des sources dans les eaux de pluie : ces eaux tendent a descendre dans l'intérieur de- la terre jusqu'à ce qu'elles rencontrent

Bernard Palissy, peinture sur vélin (xvie siècle, Musée de Cluny).

(1) J. von Sachs, Histoire de la botanique, trad. de Varigny (Paris, 1892).

(2) JeanXicot. ambassadeur de France à Lisbonne 1550 . y connut la plante désignée sous le nom de petun plus tard sous celui de tabac); il envoya à Catherine de Médicis de la poudre de tabac pour guérir ses migraines, el la piaule lui l'objet d'un engouement excessif en raison des vertus médicinales qu'on lui attribuait.

le roc ou un fond argileux ou imperméable qui, en les retenant, les oblige à chercher une issue vers la partie déclive du terrain traversé; il donna une explication rationnelle des fontaines jaillissantes et

aussi de l'altération des eaux de source par les matières salines OU minérales renfermées dans les sols où elles liassent.

Sciences mathématiques et astronomiques. - - François Viète (1540-1603) ouvre un^ ère nouvelle pour les mathématiques. Avec lui la trigonométrie moderne commence ,i prendre corps; laissant de côté les laborieux procédés des Crées ou roux plus perfectionnés des musulmans, il ramène la recherche du sinus fondamental de une minute à celle de la longueur de la circonférence par la méthode des bissections successives imaginée par Archimède, mais qu'il rajeunit. Son Canon mathematicus est un recueil de tables où se rencontrent, pour la première fois, en regard des angles correspondants, les valeurs des sinus, tangentes, sécantes, cosinus, cotangentes et cosécantes calculées de minute en minute. Dans divers autres ouvrages, il affranchit la trigonométrie des énoncés prolixes précédemment adoptés. Il présenta sous forme de tableaux les éléments connus et inconnus d'un triangle et arriva de la sorte aux formules générales et expéditives que l'on utilise aujourd'hui. Puis, après avoir renouvelé la trigonométrie des anciens, il édifia la science algébrique.

Au moment où il aborda cette étude, l'Europe en était encore aux rudiments que Léonard de Pise avait enseignés. Les équations du second degré formaient la barrière au delà de laquelle aucun algébriste ne s'était aventuré. Viète commença d'abord par remplacer dans les formules les termes connus par des voyelles : A, E, I, <>, U, Y et les quantités inconnues par des consonnes : B, C, I), F... Pour indiquer les puissances de ces dernières, il se servait des mêmes lettres affectées d'un des indices q, c (abréviations de quadratum et de cubus) combinés par addition des exposants. Puis il exposa la théorie des équations. Ce n'est pas une ébauche : « la science de bien trouver en mathématiques » (1) s'élève tout à coup à une hauteur inespérée. On y trouve les méthodes usitées encore actuellement, les relations entre les racines positives et les coeffîcients des équations du second degré et des règles pour résoudre dans certains cas les équations du troisième et du quatrième degré.

Les successeurs de Viète ont perfectionné son œuvre; ils ont remplacé ses notations parfois assez compliquées par des symboles plus élégants ou plus généraux, mais les fondements de ses méthodes sont restés.

La France n'eut aucun astronome à opposer à Copernic et à Tycho- Brahé, précurseurs des Kepler el ih-sCalilée. Cependant, le médecin Jean Fernel (1497-1558) exécuta avec une erreur minime la première mesure du méridien terrestre en évaluant la distance qui sépare Paris d'Amiens.

Sciences médicales. — La France peut presque considérer comme une de ses gloires l'illustre anatomiste André Vésale, qui étudia la médecine à Montpellier et à Paris. Sa Composition du corps humain (1543) constitue la base de la science anatomique moderne, etautour de ce livre, qui battait en brèche l'autorité de Galien, alors prépondérante, d'ardentes luttes s'engagèrent. Son maître, Jacques Dubois, professeur à Paris, ardent défenseur des anciens, sulistilua cependant les cadavres humains aux cochons dont on s'était servi jusque-là pour les démonstrations anatomiques. Son élève, Gabriel Fallope, fournit des notions précises sur le développement des os, une description de l'oreille interne et découvrit la trompe portant son nom.

La Dissection du corps humain (1545) de Charles Estienne présente quelques remarques intéressantes. D'autre part, Jean Fernel | 1 i97- 1558 , médecin de Henri II et, praticien renommé, publia une Universa medicina (1567) qui eul plus de trente éditions el qui lui valut le surnom de « Galien moderne ».

Les travaux d'Ambroise Paré (1517-1590 jetèrenl \\i\ vif éclal sur la chirurgie française. Contrairement à l'opinion courante, il démontra que les plaies d'armes à l'eu ne sonl pas empoisonn au lieu de les cautériser à l'huile bouillante, il les pan sa ivec de la charpie. A la cautérisation par le fer rouge il substitua laligati des ailères.

Enfin, les deux Riolan, le père et le fils, firent faire d'importants progrès à la médecine d'observation et à l'anatomie.

c'est au xvie siècle que se publient les premier- traités de j haï macie écrits en français, entre autres VEnchirid du Manipul des Miropoles, par Michel Dusseau, imprimé à Lyon en 1561.

i C'est ainsi que Viète nomme -on algèbre.

ASSASSINAT DU DUC DE GUISE, par Paul Delaeoche (Chantilly)

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