‹ Histoire de France illustréeChapitre 126 sur 182 · II. — FRANÇOIS II · texte numérisé non relu

II. — FRANÇOIS II

François III, qui n'avait pas seize ans, étail naturellement » roide et sévère », taciturne, obstiné, aussi faible de corps que d'esjuil. Il avait épousé Marie Sluarl, nièce des Cuise, qui le dominait absolument et qui subissait à son tour l'influence de ses oncles.

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par François G i. oc ht.

Sceau de François II.

Monnaie de François II frappée à l'effigie de son père.

Les partis. — ■ l.e duc François, que la reprise de Calais avait rendu populaire, cul « le soin de ce qui regardait la milice » ; le cardinal, ci l'administration des affaires civiles »; la reine mère, Catherine de Médicis, la surintendance générale du royaume. Lorsqu'on demanda à François II à qui il lui plaisait qu'on s'adressât pour savoir sa volonté, il répondit qu'il avait donné la charge » de toutes choses » à ses deux oncles, le duc et le cardinal.

Le fondateur de l'illustre et puissante maison de Cuise fui le premier duc de ce nom, Claude de Lorraine (1496-1550 , mari d'Antoinette de Bourbon, fille du conile François de Vendôme el de Marie de Luxembourg. Vaillant capitaine, compagnon du roi à Marignan, il avait été crée duc el pair pour avoir pendant la captivité de Madrid sauvé la France de l'invasion. N'abandonnant rien au hasard, calculateur à froid, intéressé jusqu'à l'égoïsme, il ne cessa de préparer la grandeur de sa maison. Trop adroit pour compromettre son crédit dans les intrigues, à l'avènement de Henri II il se relira en Lorraine, mais ses fils restèrent à la cour pour y poursuivre leur ambitieuse carrière.

François de Cuise, " qui voyait se réaliser sa devise audacieuse: Chacun son finir, avait une tenue de souverain avec une grâce hautaine, et cette bonne humeur du général qui sait ne pas déplaire à ses compagnons de guerre par le ton d'autorité, l'aisance des manières et une altitude un peu théâtrale. La richesse de ses vêlements, la vivacité de ses chevaux, l'éclat bruyant de ses escortes de gentilshommes armés, frappaient les esprits et le présentaient aux imaginations sous les traits d'un héros et d'un vainqueur » (2). On le con-

(1) François 11, lits de Henri II et de Catherine de Médicis, né à Fontainebleau le 19 janvier 1544, mort à Orléans le '6 novembre 1560, avail épousé, le 24 avril 1 b.'is, Marie Stuart, Mlle de Jacques V, roi d'Ecosse, el de Marie de Lorraine, née à Linlilhgow, morte sur l'échafaud au château de Follieringay (Angleterre) en 1587.

(2) II.FonNERON, Les Ducs de Guise et leur époque (2e éd. 1893, t. I", p. 244)»

LA RÉFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIT. ION

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Claude de Lorraine, par Léonard Limosin (Émail do Cluny)

Antoinette de Bourbon, par Léonard Limosin (Émail de Cluny).

François de Lorraine, par C. Dcmonstier.

Le cardinal Charles de Lorraine (Écolo des Clouet).

sidérait ajuste titre comme un homme de guerre de premier ordre « pour ce qui est du conseil, de la conduite et de la valeur militaire ».

Le cardinal Charles de Lorraine, instruit, lettré, éloquent, doué d'une intelligence perspicace, servie par une mémoire remarquable, était prompt à s'offenser, vindicatif, envieux, très en dedans, et ses façons blessantes lui créèrent de nombreuses inimitiés tant qu'il détint le pouvoir. « Il n'y a, dit un contemporain, qui ne branlât et tremblât sous le nom de Guise. »

Par leur mère, les Guise étaient cousins germains d'Antoine de Bourbon., qui tenait de son mariage avec Jeanne d'Albret la possession de la Navarre. C'était au fond un roi sans dignité, brave seulement sur le champ de bataille, mais se perdant dans de maladroites intrigues en se faisant tour à tour catholique ou huguenot selon ses intérêts.

Il avait épousé Jeanne d'Albret, chez qui le trait distinctif du caractère était au contraire une inébranlable fermeté d'opinion. Bien qu'elle eût hérité de sa mère, Marguerite de Valois, la charmante sœur de François Ier, une grâce et un esprit exceptionnels, les épreuves qu'elle traversa lui donnèrent un sérieux précoce et Agrippa d'Aubigné la définissait « une princesse n'ayant de femme que le sexe, l'âme entière aux choses viriles, l'esprit puissant aux grandes affaires, le cœur invincible aux adversités». Le jour de Noël 1560, elle embrassa solennellement le calvinisme. C'est par elle que pendant dix ans (1560-1572) se soutint la guerre civile. Reine, elle abandonna son royaume aux plus dangereux hasards, envoyant même son iils sur les champs de bataille. L'histoire de la Réforme gravite autour d'elle; elle est l'âme du parti, en inspire les chefs, exalte les courages, donne le signal des prises d'armes.

Les frères d'Antoine, le cardinal de Bourbon et le prince de Condé, étaient absolument divisés en matière de religion. Le premier était un des catholiques les plus zélés du royaume et les Ligueurs en feront plus tard un fantôme de souverain, sous le nom de Charles X, pour l'opposer à Henri IV. Le prince de Condé, rallié au calvinisme, «■(ait l'ennemi déclaré des Guise qui l'avaient éloigné des affaires. Audacieux, remuant, il était capable de tout entreprendre pour replacer sa maison au premier rang. Et ainsi les Bourbons se trouvèrent à la tète du parti qui disputa le pouvoir aux princes de Lorraine.

Au nombre des opposants était le vieux connétable Anne de Montmorency, éloigné lui aussi par les Guise et qu'un commun ressentiment avait rapproché du roi de Navarre. Mais les plus forts appuis de l'opposition furent les neveux mêmes du connétable, les Châtillon : Odet, ancien évoque de Beauvais; Gaspard de Chàtillon, comte de Coligny, et François de Chàtillon, sire d'Andelot.

Odetde Chàtillon, cardinal etévèque-comte de Beauvais (1517-1571), avait été l'un des rares évoques qui furent gagnés de bonne heure au calvinisme. Ayant abjuré le catholicisme en 1561, il se maria et installa son ménage dans l'hôtel de l'évêché.

Gaspard de Coligny (1519-1572), après avoir fait ses premières armes en Flandre, s'était distingué à Cérisole et avait reçu en 1547 la charge de colonel général de l'infanterie, qui le plaçait dans la hiérarchie à la suite des maréchaux de Fiance. Nommé amiral en 1532, il s'était illustré par son rôle patriotique à Saint-Quentin en 1557. Il fut le plus redoutable champion des revendications du calvinisme, et l'ascendant qu'il prit sur l'esprit de Charles IX fut cause de sa perte. Quant à François d'Andelot (1531-1569), il se montra soldat intrépide et habile capitaine.

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