IV. — HENRI III
Avènement et caractère de Henri III (1). — L'habile diplomatie de Jean de Monluc, évêque de Valence, avait, décidé les Polonais à offrir au duc d'Anjou, lils préféré de Catherine de Médicis, le trône de Pologne, devenu vacant par la mort de Sigismond III, le dernier des Jagellons.
Henri apprit la mort de son frère alors qu'il s'inquiétait de la perspective d'une guerre contre les Turcs. Il avait promptement pris en dégoût la noblesse polonaise, rude, turbulente et dont les mœurs
gnèrenl comme régent le duc d'Alençon à la place de Catherine de
Médicis et choisirent pour chef le prince de Condé. Celui-ci, alors réfugié en terre d'Empire, n'hésita plus à se liguer avec l'Électeur palatin Jean-Casimir, pendant que le duc d'Alençon s'enfuyait de la cour (15 septembre 1575; et dictait ses conditions à sa mère (Trêve de Monsieur, 8 novembre 1575); mais Thoré s'était mis en route, de Strasbourg, avec 2 0110 reîtres, 5Q0 chevaux et des arquebusiers, pour opérer sa jonction avec Damville, chef des confédérés du Languedoc. Le 10 octobre, il veut franchir la Marne, près deDormans: il est battu par le duc Henri de Guise, gouverneur de la Cham-
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Henri III, vers 1588, par François Quesnel.
Louise de Lorraine (Musée du Louvre).
Le cardinal de Guise (École des Clouet).
Henri I" de Bourbon, prince de Condé.
Sceau et monnaie de Henri III.
contrastaient si fort avec la vie de luxe, d'intrigues et de plaisirs de la cour de France. Aussi quitta-t-il Cracovie pendant la nuit, emportant avec lui les diamants de la couronne; pour n'être pas poursuivi, il fit couper les ponts derrière lui. Il gagna Vienne, Venise, et revint en France à travers la Lombardie, s'attardant aux fêtes que lui donnaient les petits princes italiens, se préparant par des danses et des divertissements de toutes sortes aux orages qui l'attendaient de l'autre côté des Alpes.
Catherine alla à sa rencontre; ils firent ensemble leur entrée à Lyon (6 septembre), où Henri passa deux mois dans les fêtes. Ce ne fut que le 13 février (1575) qu'il fut sacré à Reims par le cardinal de Guise. Le cardinal de Lorraine était mort le 26 décembre précédent.
Le surlendemain du sacre, il épousa Louise de Lorraine, dont il s'était épris à son passage à Nancy, lorsqu'il avait été régner sur la Pologne. Il était indigne de l'affection touchante et dévouée de cette princesse affable, simple, bienfaisante et pieuse, dont il ne fit jamais aucun cas.
Cinquième guerre civile (1575-1576). — Bataille de Dormans. — Le 16 juillet 1574, les politiques, par l'intermédiaire de Damville, s'allièrent formellement aux calvinistes du Languedoc, réunis à Millau: les protestants demeurèrent fidèles à Henri III, mais ils dési-
(1) Henri III, fils de Henri II et de Catherine de Médicis, né à Fontainebleau en septembre 1551, assassiné à Sainl-Cloud le 1er août 1589 et mort le lendemain, fut successivement duc d'Anjou, duc d'Orléans, roi de Pologne (1573) et roi de France (30 mai 1574). Il épousa (1575) Louise de Lorraine, née àNomény, morte à Moulins (1553-1601), fille de Nicolas de Lorraine, duc de Mercosur, comte de Vaudémont, chef de la branche cadette de la maison de Lorraine et de Marguerite d'Egmont.
pagne, qui reçoit au visage une blessure à laquelle il devra son surnom de Balafre (10 octobre 1575).
Paix de Loches ou de Beaulieu (1576). — Cet avantage, dû à la supériorité du nombre, n'était pas assez décisif pour rassurer Catherine, surtout quand on apprit que Condé et l'Électeur palatin entraient dans le Bourbonnais et marchaient sur Paris à la tète de 30000 mercenaires allemands et que Henri de Navarre, à la faveur d'une partie de chasse, s'enfuyait de la cour pour appuyer la politique du frère du roi. Aussi Catherine se décida-t-elle à signer la paix de Loches ou de Beaulieu (Indre), appelée aussi paix de Monsieur, parce que le frère puîné du roi en avait été l'instigateur. Henri III, indifférent au fond au conflit d'idées et de sentiments qui divisait la France, désavouait « les désordres et excès faits à Paris et autres villes, le 24 août 1572 et jours suivants, au grand déplaisir du roi ». Les réformés obtenaient, outre l'admissibilité aux emplois publics, la liberté des cultes partout, excepté à Paris, des chambres mi-parties de catholiques et de réformés dans les parlements du royaume, et huit places de sûreté. L'Anjou, la Touraine et le Berry furent cédés au duc d'Alençon, devenu duc d'Anjou. Condé eut le gouvernement de la Picardie, Henri de Navarre celui de la Guyenne.
La Ligue (1576).— Le traité de Beaulieu révolta les catholiques; il mit définitivement aux prises les Valois et les Guise et détermina la formation déjà conçue ou tentée d'une vaste association contre les calvinistes (1576). Groupant dans le principe un grand nombre de catholiques sincères, animés d'intentions loyales pour défendre lareligion menacée par les progrès du protestantisme et l'incapacité de Henri III, cette association, soutenue par l'or de Philippe II, deviendra factieuse et révolutionnaire, en 1588, sous la domination démagogique des Seize.
La sainte Union catholique ou sainte Ligue prit naissance (1576) en Picardie (1). Le maréchal d'Humières, dévoué aux Guise, catholique ardent, gouverneur des trois villes de Péronne, Hoye et Monldidier, se refusa à céder à Condé la plus importante de ces places. Il décida les habitants de la province à signer sous serment l'engagement de défendre la religion catholique, de ne déposer les armes qu'après l'accomplissemenl de leurs projets, d'obéir au chef élu par les confédérés. La Ligue devint très populaire; l'idée s'en répandit bientôt dans toute la France, à Paris notamment, où (die eut pour premier organisateur un président au Parlement, nommé Hennequin.
(1) 11 s'était déjà formé des unions locales de défense contre la Réforme à Toulouse (1563), Angers (1565), Dijon (1567), Troyes et Bourges (1568), etc.
LA REFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
Henri de Guise, dit le Balafré (Louvre).
Dirigée contre le traité de Beaulieu, la Ligue était nécessairement et du même coup dirigée contre le roi qui l'avait signé, avouant ainsi sa complaisance ou son impuissance à l'égard des réformés.
Premiers États généraux de Blois (1576). — Le véritable chef de la Ligue était la Balafré, aussi redoutable par sa popularité' que par ses talents, surtout a côté d'un roi frivole, versatile, tombé si lias dans l'opinion de ses sujets.
Henri 111 ouvrit les États généraux à lilois le ti décembre, et le 12, croyant déjouer les projets de son adversaire, il se déclara chef de la Ligue. Les États ne comptaient qu'un seul député calviniste. Les deux premiers ordres et la majorité' du tiers état déclarèrent qu'ils ne voulaient «qu'une foi, qu'une loi » et demandèrent la révocation de l'édit de pacification.
Vers la Noël, on apprend que les huguenots ont repris les armes dans le Midi; on leur envoie une ambassade pour les mettre en demeure d'accepter l'autorité des Liais généraux : ils s'y refusent à défaut de garanties. Pour les obliger à la soumission, il faut donc recourir à la force, mais le Trésor est à sec. Dans l'intervalle, l'opinion du tiers état s'est modiliée : il ne veut plus la guerre. Le clergé et la noblesse en sont toujours partisans; mais quand le roi demande des subsides ou l'autorisation de vendre une partie des biens de la couronne, les États s'y refusent. « Ils ne me veulent secourir du leur, s'écria Henri, ni me permettre que je m'aide du mien, voilà une trop énorme cruauté! » Les États se séparèrent le 1er mars 1577. La situation du Trésor avait fait indirectement échouer l'adoption de la solution belliqueuse du conflit.
Quelques esprits clairvoyants avaient cru opportun de préconiser les idées de conciliation et de mettre leurs concitoyens en garde contre l'intervention étrangère. Un anonyme publia, en 1376, une Remonstranee aux François pour les induire à vivre en paix à l'advenif :
« Jusquesà quand, François, jusques à quand voulez-vous demeurer armés les uns contre les autres?...
Que ne découvrez-vous vos voisins et anciens ennemis qui espient l'occasion pour vous courir sus, quand vous serez affaiblis... Accordez-vous, vuidez vos différens amiablement, puisque les armes depuis seize ans ne vous ont peu accorder. Vous êtes assez sages, sans appeler des étrangers pour arbitres, qui tireront des deux costez, et vous entretiendront en débat. Ils ne sont de même naturel que vous, ni de mêmes moeurs; ils n'ont mesmes façons de faire, mesmes complexions, pour pouvoir juger de vos affaires; ils ne vous cognoissent pas, mais seulement vostre argent et vos meubles. »
Mais les esprits étaient trop échauffés pour se ranger à d'aussi sages avis, et, après deux ans d'une paix chancelante, les partis firent un nouvel appel à la force. Henri 111 avait eu beau se déclarer chef de la Ligue, le vrai maître de cette redoutable association ''tait toujours le Balafré, qui la lit servir à son secret dessein île détrôner le roi à sou profil . surtout, lorsque la morl du 'lue d'Anjou eut désigné pour la coin .mue un prince hérétique. Idole de la popu-
lation parisienne, stigmatisant à grand renfort de pamphlets les vices du roi, revendiquant le trône comme descendant de Charlemagne, il commença contre le dernier Valoisune guerre sans merci.
Sixième guerre civile. — Édit de Poitiers et paix de Bergerac
(1579). — Le roi de Navarre, Gondé etDamville avaient recoi neé
les hostilités en janvier 1577. Condé prit Loudun; le duc d'Anjou s'empara de La Charité et d'Issoire ; Henri de Navarre occupa La Réole et Marmande, mais Damville abandonna le parti des réformés, et le duc de Mayenne, frère du Balafré, prit Brouage après deux mois de siège.
Les négociations se poursuivaient en même temps que les hostilités: elles aboutirent, le 17 septembre 1577, à l'édit de pacification de Poitiers, qui accordait aux protestants le libre exercice de leur culte dans une ville par bailliage, des juges spéciaux dans chaque parlement (Chambres de Védit) et neuf places de sûreté; en retour, les réformés devaient rendre à l'Église catholique les biens qu'ils lui avaient pris, payer des dîmes et chômer extérieurement les jours fériés des catholiques. Il était interdit aux protestants comme aux catholiques d'entretenir des intelligences avec l'étranger, et le roi cassait et annulait « toutes ligues, associations et confréries faites ou à faire, sous quelque prétexte que ce fût ». Le même jour fut signée la paix dite de Bergerac, contenant quarante-huit articles secrets confirmant les principales dispositions de l'édit de Poitiers, reconnaissant notamment la validité des mariages contractés par les prêtres et les moines, accordant au prince de Condé Saint-Jean-d'Angely et La Réole comme places de sûreté. >*
L'ordonnance de Blois (1579). — Dans un but de pacification, Henri III rendit au mois de mai 1579 l'ordonnance de Blois. Il y est traité de l'autorité des Étals généraux, du gouvernement intérieur de l'Église de France et de ses rapports avec l'Etat ou avec les particuliers, de l'enseignement public, de l'administration des hôpitaux, de l'organisation judiciaire (interdiction de la vénalité des charges, règlement des taxes, obligation de la résidence, suppression des juridictions privilégiées), de la législation civile et criminelle, de la situation financière, économique, militaire.
Inspirée des délibérations des États généraux, l'ordonnance de Blois constituait un ensemble remarquable de dispositions sur
« la police générale du royaume », mais la reprise des guerres civiles en empêcha l'application.
Manteau des chevaliers de l'ordre du Saint Esprit (Musée de Cluny).
Médaille de l'ordre du Saint-Esprit.
L'ordre du Saint-Esprit fut fondé par Henri III, qui lui donna ce nom en mémoire du jour do la l'enterûte, ou il était moulé sur le trône. Il avait pour objet la défense de ta foi catholique, du roi el du royaume, et la première réception de chevaliers eul lieu a Taris le 31 décembre 1578 dans L'église des Augustins. Les chevaliers, dont le nombre fut jusqu'à crin, suspendaient au cou, par un ruban do soie noir eu bleu, la crois de l'ordre,
e -, ourlée d'argent , avec une colombe 'les
deux côtés de la croix si le titulaii i
pas l'ordre de Saint-Michel, et, s'il l'avait,
avec saint Michel d'un côté, la col b do
l'autre et quatre Heurs de lis dans les reins. Ceux cpii avaient les deux ordres furent qualifiés de chevalien des ordres du roi. Devise : Duce et auspii e.
Prodigalités et désordres. Les mignons. — Henri III semblait prendre à tâche de provoquer la désaffection générale par l'infamie de ses mœurs, la frivolité de ses occupations, ses extravagances, alors que la situation économique était des plus défavorables.
« Il n'aime aucune espèce d'amusements et d'exercices fatigants, écrit l'ambassadeur vénitien Giovanni Michel; par conséquent, il
duel célèbre contre les mignons du duc de Guise : le 27 avril 1578, à cinq heures du matin, derrière le parc de Courcelles, Quélus, Maugiron et Livarot se battirent contre Charles de Balzac (dit le Bel Entragues ou Entraguef), Ribérac et Schomberg. Seuls Balzac et Livarot en réchappèrent. Moins de deux mois après, Saint-Mégrin, qui passait pour être dans l'intimité de la duchesse de Guise, femme
Anne de Joyeuse en 1581, par Fr. Quesnkl.
Bernard de Nogaret, duc d'Épernon.
Dessin anonyme (Bibl. nationalo).
Maugiron, vers 1580, par Pierre Gourdbllb.
Le comte de Quélus.
Dessin anonyme (Bibl. nationale).
n'a aucun goût pour les joutes, les tournois et autres choses semblables. Il est en cela l'opposé de son père et des princes ses frères. Cet amour de la vie molle et paisible lui a fait vraiment beaucoup perdre dans l'opinion de son peuple. » Et au rapport d'un autre diplomate, Jérôme Lipomano : « Il aime les riches habillements, les joyaux, les parfums. Il est presque toujours rasé, et il fait usage de bagues, de bracelets, de boucles d'oreille. Il s'amuse à garder dans ses appartements des chiens, des oiseaux et des nains. Dans ses cabinets, il occupe des alchimistes ou bien des ouvriers qui travaillent à de beaux engins mécaniques.»
C'est un spectacle pénible, à cette époque si redoutable, que la présence sur le trône d'un monarque diminué par le vice, livré à d'infâmes favoris, instituant des confréries de pénitents, mais mêlant la dépravation aux pratiques de la religion, les indécentes mascarades aux pèlerinages et aux retraites, ornant de tètes de mort ses chapelets et les reliures de ses livres, se travestissant en femme (1) et vivant le plus souvent retiré dans ses appartements, tout occupé des soins minutieux de sa toilette, apportant à la conservation de sa beauté un raffinement éhonté, allant jusqu'à coucher avec des gants d'une peau particulière pour conserver la blancheur de ses mains, jusqu'à s'enduire le visage d'une pâte onctueuse recouverte d'un masque. « Il allait ordinairement en coche, avec la reine sa femme, par les rues et maisons de Paris, prendre les petits chiens damerets, se faisait lire la grammaire et apprenait à décliner. » Ses prodigalités à ses mignons étaient monstrueuses. Il créa le duc Joyeuse pair et amiral de France, lui fit épouser la sœur même de la reine, Marguerite de Lorraine- Vaudémont, et dépensa pour les noces 1200000 livres (voir pi. XVII, fig. 4).
Saint-Mégrin, le duc de Joyeuse, le marquis d'O, le duc d'Épernon, Livarot, Maugiron, Quélus sont les plus connus de ces courtisans, dont les deux derniers, que préférait Henri III, périrent dans un
Charles de Balzac d'Entragues,
dit le bel Entraguet,
par François Quesnei, .
du Balafre, fut assailli et assassiné un soir qu'il sortait du Louvre.
Dans les provinces, les grands ne donnent pas toujours non plus le bon exemple. Le commandant du château d'Angers, Bussy d'Amboise, se rend tristement célèbre par ses iniquités jusqu'au jour où Charles de Chambes, comte de Monsoreau, qui avait contre lui des griefs particuliers, l'assassine au château de La Coutancière (août 1579).
Le gaspillage des finances n'a plus de limites et, pour satisfaire à ses prodigalités, HenrilII abusedes «acquits de comptant » (1), imaginés par François I"'; il met la main sur le contingent versé parle clergé pour le payement des rentes de l'Hôtel de Ville et il crée pour 14 millions (en capital) de rentes nouvelles. C'est à un de ses mignons, le marquis d'O, qu'il confie la charge de surintendant des finances, et le peuple, pressuré par les collecteurs d'impôts, succombe sous le poids de charges croissantes.
« Et pourtant ce triste monarque, n'eussent été les tares de son éducation et sa corruption précoce, eût pu fournir une carrière glorieuse. Il était doué d'un esprit vif et pénétrant, beau parleur, protecteur éclairé des arts et des lettres, très cultivé lui-même, capable en outre de s'intéresser aux affaires, comme le prouvent la grande ordonnance de Blois (1579), l'édit sur la marine (1584), le projet de rédaction d'un Code Henri III où auraient été compilées les ordonnances nivales à la manière des lnstitutes. Malheureusement, les excès avaient rendu sa sensibilité maladive au point
de la pervertir, et il n'eut que des révoltes de volonté.
Septième guerre civile. — Traité de Fleix (1580). — Catherine de Médicis avait espéré que, venant en personne dans le Midi, elle pourrait y rétablir la paix, et elle signa effectivement avec les députés des Églises languedociennes le traité de Nérac, qui laissait temporairementaux protestants quinze places de sûreté (28 février 1579); mais
(1) Si qu'au premier abord chacun était en peine
S'il voyait un roi-femme ou bien un homme-reine.
Agiuppa d'Aubigné.
Louis de Clermont d'Amboise, seigneur de Bussy.
(1) Les acquits de comptant étaient des lettres patentes par lesquelles le Trésor était déchargé de sommes remises au comptant entre les mains du roi et qui échappaient au contrôle de la Chambre des comptes.
LA VIE EN FRANCE
XYIL
XVIe siècle.
Les derniers Valois.
FlG. 1. — Ll'. CHATEAU DU I.OUVRE EN 1572. — Notre
reconstitution représente le Louvre et ses environs tels qu'ils étaient le 24 août 1572, le matin même de la Saint- Barthélémy. Au premier plan à droite, on voit l'entrée d'un égout passant sous le quai : c'est /'arche d'Autriche, ainsi appelée à cause de son voisinage avec la rue portant le même nom.
Le bâtiment d'un étage surmonté d'un toit percé de lucarnes, donnant sur le quai, était appelé la Galerie Dorée et faisait partie de l'hôtel de Bourbon. A gauche de cette galerie, on voit une construction très simple séparée de l'hôtel de Bourbon par la rue d'Autriche : c'était le Jeu de paume que Henri II avait fait construire en 1530. L'entrée en était sur la rue d'Autriche et c'est là que, le 22 août, avant-veille de la Saint-Barthélémy, le roi amena l'amiral Coligny pour y voir jouer son gendre, Teligny, avec le duc de Guise. La partie finie, l'amiral se retira, accompagné de douze gentilshommes; il marchait lentement en lisant une requête qu'on venait de lui remettre. Pour se rendre à son logis, situé n/e de Béthisy, il dut passer devant l'hôtel de Bourbon, et ensuite prendre la rue des Poulies qui se trouvait à l'angle de l'hôtel de Bourbon et du quai : c'est à l'entrée de cette rue qu'il fut blessé d'un coup d'arquebuse tiré par Louviers de Maurevel.
A gauche du Jeu de paume, les restes de l'enceinte du vieux Louvre et de la Tour du coin.
Au-dessus de ces ruines, la nouvelle façade du Louvre de la Renaissance, construite de 1558 à 1578. Le rez-dechaussée était habité par la reine mère, Catherine de Médicis, et le premier étage par la reine disabeth d'Autriche, femme de Charles IX.
A gauche de cette façade, le « grand pavillon », plus élevé et coiffé d'un toit pointu, était spécialement consacré au logement du roi Charles IX ; aussi le nommait-on le Pavillon du roi.
L'appartement du roi occupait le premier étage de ce pavillon et se composait de deux antichambres donnant sur la grande salle des gardes, d'une chambre appelée la grande chambre du roi, éclairée par quatre fenêtres dont deux à l'ouest, et d'une chambre à coucher placée à l'angle sud-est du pavillon. C'est de la fenêtre de sa chambre à coucher — qui se voit dans notre reconstitution, au premier étage, à gauche du Pavillon du roi — que Charles IX, d'après certains témoignages, aurait tiré sur les huguenots qui cherchaient à passer la rivière pour se sauver par le Pré-aux-Clercs.
A gauche du Pavillon du roi, et en retour d'équerre, on voit le rez-de-chaussée de la Petite-Galerie (actuellement galerie des antiques '•, qui fut commencée en 1566 par Pierre Chambiges et terminée en 1576. La Grande -Galerie, en retour sur le quai, fut commencée en même temps que la Petite, en 1566.
La courtine île l'enceinte de Charles V, qui se voit à la suite de la Grande-Galerie, sur le quai, et dont le sommet constituait une terrasse très agréable par la vue dont on y jouissait, mais peu commode à cause de son étroitesse, suggéra à Catherine de Médicis l'idée de transformer la courtine en une galerie surmontée aussi d'une plate-forme à ciel ouvert; Sauvai assure que telle était pareillement la Petite- Galerie. Cette disposition permettaita la reine de se promener sans sortir du Louvre.
En suivant la courtine jusqu'au bout on arrivait à la Tour du Rois, qui terminait de ce côté l'enceinte de Charles V. A côté de la Tour du Bois se trouvait la Porte-Neuve, placée un peu en avant de la Tour. Cette porte avait été construite en 1537, ainsi que le quai que l'on voit au bas de la courtine; elle était précédée d'un pont dormant et d'un pontlevis. C'est par cette porte que Henri IV fît son entrée à Paris le 22 mars 1594, à six heures du matin.
Le moulin qui se voit par-dessus le rempart de Charles V est le Moulin de la Rulle du Marché aux moulons. Plus haut, dans le lointain, le château des Tuileries.
Fio. 2. — Chambiîe a couc.heiî de Catherine de Médicis, au château de Chaumont. — Cette chambre a été conservée presque intacte au château de Chaumont.
Fig. 3. — Le château des Tuileries en 1573. — Vers 1563, Catherine de Médicis fit acheter la maison des Tuileries, qui avait appartenu à Louise de Savoie, mère de François Ier, pour y faire construire (c'est le P. Dubreuil qui nous l'apprend) « le magnifique bastiment de l'hostel royal, dit des Tuilleries lez Paris, pource qu'il y avoit anciennement une tuillerie audit lieu ». La reine prit pour architecte Philibert de l'Orme et Jean Bullant. D'après le plan primitif que du Cerceau nous a conservé, ce palais devait être d'une rare élégance, parfaitement proportionné dans toutes ses parties. Le pavillon du milieu, avec deux ailes de chaque côté, fut seul construit. II était décoré aux angles avec luxe et couronné d'un dôme hémisphérique accompagné de quatre petits dômes. Le pavillon central et les deux galeries adjacentes sont de Philibert de l'Orme, tandis que le pavillon quadrangulaire de droite est de Jean Bullant. Catherine de Médicis, après avoir pendant quelque temps activement poussé les travaux, s'en fatigua tout à coup et le laissa dans l'état que représente notre restitution, un astrologue lui ayant annoncé qu'elle mourrait dans un lieu appelé Saint- Germain; or, le palais des Tuileries se trouvait dans la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois.
En longeant la façade du château, on rencontre la Grande Écurie du château des Tuileries. Construite en 1568, on l'appelait primitivement Escuries du Palais de la Roynë mère, et plus tard la Grande écurie, pour la distinguei' d'autres communs dépendant pareillement du château.
C'est dans cette écurie que Henri III alla chercher un cheval pour s'enfuir de Paris, au mois de mai 1588.
Au-dessus de l'écurie se profile sur le ciel la Butte des Moulins, qui avait pour origine, comme la plupart des monticules parisiens, l'accumulation des gravois, des immondices de toute sorte et des terres extraites du fossé de l'enceinte de Charles V. Le percement de l'avenue de l'Opéra a permis de constater que cet emplacement était primitivement occupé par des trous d'extraction de terre à poterie dont se servaient les tuiliers établis auprès. En 1667 des particuliers obtinrent la permission de faire aplanir la butte et d'y tracer des rues, qui furent bâties en 1677.
Fig. 4. — Représentation d'un ballet devant Henri III