Scène de la Saint Barthélémy (Collection Hennin
(1) Suivant Brantôme, comme les courtisans se détournaient à cause de la mauvaise odeur, Charles IX se serait écrié que « l'odeur d'un ennemi mort était très bonne »; mais c'est une légende empruntée par Brantômeàla vie de Vilellius. — D'après le même auteur, Charles IX, armé d'une longue arquebuse, aurait tiré d'une fenôlre du L ouvre sur les protestants qui fuyaient de l'autre côté de l'eau. Le décret du 2'J vendémiaire an II (20 octobre 1793) statua « qu'il serait mis un poteau infamant à la place même où Charles IX tirait sur sou peuple ». Mais la fenêtre dont parle Brantôme et où l'ut appendu l'écrileau n'existait pas encore, et Brantôme luimême dit que les coups ne portaient pas. D'ailleurs, a cette époque, la portée extrême des armes à l'eu était de 160 mètres.
LA RÉFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
mais l'élan était donné, l'émeute déchaînée el la foule emportée par la loi de l'imitation.
Après sa disgrâce, L'Hospital s'était retiré dans son château de Vignay (1568), s'y livrant tout entier à la culture îles lettres. Lors de la Saint-Barthélémy, une populace fanatique envahit sa demeure, et comme ses domestiques voulaient fermer les portes : » Non, non, dit-il; si petite porte n'est battante pour les faire entrer, ouvrez-la toute grande. » Il ne put d'ailleurs se consoler de voir le crime du ■2 i-25 août 1572 souiller le règne du jeune monarque sur lequel il avait fondé les plus grandes espérances. Il ne tarda pas à mourir de chagrin.
A Catherine seule paraît incomber la responsabilité de la Saint- Harthélemy. Ce forfait odieux, mais non prémédité, fut la vengeance de la reine mère, le crime de la peur, et les préoccupations religieuses y furent étrangères, ce qui aggrave encore son horreur.
Quatrième guerre civile (1572-1573).
— Siège et paix de La Rochelle. — Le crime de la Sainl-Barthélemy
fut inutile; les protestants, privés d'un grand nombre de leurs chefs, furent encouragés à la résistance par leurs pasteurs. Ils se réfugièrent dans leurs places de sûreté et s'y fortifièrent. A La Rochelle ils fermèrent les portes de la ville au gouverneur Biron, et envoyèrent des députés auprès de la reine Elisabeth. Le roi chargea La Noue, le « Bayart des huguenots », d'engager les Bochelais à faire la paix. La Noue, après avoir échoué dans sa mission, rentra dans la place avec l'assentiment de la cour : il était autorisé à se mettre à la tête des réfugiés, mais il devait tout faire pour les engager à se soumettre. Cette tâche contradictoire était trop délicate à remplir pour qu'il n'y échouât pas, et, accusé de trahison, il revint dans les rangs de l'armée assiégeante (1573). La Rochelle soutint plusieurs assauts que lui donna l'armée royale, mal dirigée par le duc d'Anjou; et celui-ci, élu roi de Pologne, traita avec les assiégés (24 juin 1573). Charles IX accorda aux protestants, par la paix de La Bochelle, la liberté de conscience et l'exercice du culte dans un certain nombre de villes.
Au mois d'août 1573, l'assemblée protestante de Montauban décréta Vunion civile des églises réformées de France. En décembre, l'assemblée de Millau créa des conseils provinciaux et des États généraux, édicta une organisation administrative, judiciaire, financière, et obligea les membres de l'Union à un serment dont elle arrêta la formule.
Le duc de Lesdiguières, lieutenant général en Dauphiné, retourna dans cette province après avoir échappé au massacre de la Saint-Barthélémy.
Il ne cessa de combattre les catholiques et aussi le duc de Savoie, beau-frère de Philippe II, qui voulait profiter des trou-
Une porte du Louvre le jour de la Saint-Barthélémy, par Debat-Pons an.
Wwifflk
§|f|SS|
blés du royaume pour s'emparer des principaux passages des Alpes et d'une partie de la Provence.
Les politiques. — Dès le début des guerres civiles, il s'était rencontré des hommes pour préconiser les idées de modération
et de tolérance que L'Hospital avait vainement tenté de faire prévaloir. On les désigna sous le nom de malcontents, de réalistes et surtout de' politiques.
Leur nombre s'accrut à mesure que se multipliaient les violences, et, à la fin du règne de Charles IX, ils formaient un parti considérable, à la tête duquel se trouvaient les fils mêmes du connétable de Montmorency:
le maréchal François de Montmorency, le maréchal Henri de Damville, le colonel général des Suisses Charles de Méru, le colonel des chevau-légers Guillaume de Thoré. Ils avaient pour alliés des hommes comme le vicomte Henri de Turenne et le maréchal Arthur de Cossé. La Saint-Barlhélemy ruina un moment leurs espérances, mais ils recommencèrent bientôt la lutte et le plus jeune des frères du roi, François d'Alençon, accepta de se mettre à la tête du parti qui, faisant cause commune avec les huguenots, ne cessa d'intriguer et même de conspirer.
Thoré et Turenne, qui avaient préparé un coup de main le jour du mardi gras 1574, bénéficièrent d'une amnistie générale (mars 1584) , mais le Piémontais Annibal de Coconasso et le Provençal Boniface de la Molle furent envoyés à l'échafaud, le 30 avril 1574, pour avoir ourdi une conspiration dont le but était de conduire à Sedan le duc d'Alençon et le roi de Navarre qui, avec l'aide du duc de Bouillon et des huguenots de l'Ouest et du Midi, se seraient emparés du pouvoir (1). Les princes et les maréchaux, mis en état d'arrestation, allaient à leur tour être jugés, lorsque la mort de Charles IX fit suspendre les poursuites.
Mort de Charles IX (1574). — Depuis la Saint-Barlhélemy, le roi était tombé dans des accès constants de sombre mélancolie.
Peut-être les remords abrégèrent-ils ses jours, peut-être le souvenir obsédant du massacre dôtermina-t-il un ébranlement général de ses facultés. En proie à d'affreuses visions, il se croyait poursuivi par le spectre de ses victimes. Il mourut phtisique le 30 mai 1574, abandonné de tous, excepté de sa vieille nourrice huguenote.
Le duc François d'Alençon, par Janct Clou et.
Le maréchal Henri de Damville (École des Clouet).
(l)La reine de Navarre et la duchesse de Nevers, qu'une intimité des plus étroites unissait aux deux conjurés, firent enlever de nuit les restes de Coconasso et de la Molle pour les inhumer dans la chapelle Saint-Martin sous Montmartre; elles auraient môme fait embaumer les têtes des suppliciés pour les conserver par devers elles, et Stendhal s'estsouvenu, dans Le Ilouge et le Noir, de cette anecdote tragique.