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LA VIE EN FRANCE. — XVIII. LES DERNIERS VALOIS

Histoire vk France. — I .

Planche XVIII.

LA VIE EN FRANCE. — XVIII

XVIe siècle

Les derniers Valois

Fig. 1. — Le cortège du Suisse de la rue aux Ouës (1)

PASSANT, RUE SaINT-DeMS, DEVANT LA FONTAINE DES INNO- CENTS. — A l'angle des rues aux Fers et Saint-Denis, on voyait, jusqu'en 1789, une fontaine adossée à l'église des Innocents. Cette fontaine, dont le premier étage formait une loge à l'italienne, avait deux arcades du côté de la rue aux Fers et une seule sur la rue Saint-Denis; elle avait été construite en 1551 par Pierre Lescot; les sculptures étaient de Jean Goujon. Lors de la création du marché des Innocents, sur remplacement de l'ancien cimetière, on chercha les moyens de conserver ce précieux monument. Un ingénieur, nommé Six, proposa d'ériger une fontaine au centre du nouveau marché. On détacha lentement et avec précaution toutes les parties qui formaient la décoration de la fontaine primitive. Mais les trois faces étant insuffisantes pour orner les quatre côtés de la nouvelle fontaine, on y suppléa en ajoutant deux nouveaux bas-reliefs aux figures de Jean Goujon.

C'était par la rue Saint-Denis que les rois et les reines entraient solennellement dans Paris, et la loggia de la fontaine des Innocents avait été construite pour permettre aux personnages de marque de contempler les cortèges des entrées royales.

Le 3 juillet 1418, un soldat du duc de Bourgogne, Suisse de nation, sortant d'un cabaret où il avait perdu tout son argent, avait porté des coups d'épée à une statue de la Vierge placée au coin de la rue aux Ouës. Suivant la tradition, la statue jeta du sang en abondance. Le peuple, ameuté, s'empara du soldat, qui fut supplicié et brûlé sur le lieu même de son crime. Chaque année, en souvenir de cet événement, les habitants de la rue, formés en confrérie, fabriquaient un immense mannequin en osier, d'environ vingt pieds de haut, représentant un Suisse tenant à la main droite un poignard teint de sang. Ce géant était promené dans le quartier au bruit du tambour ; les porteurs le fustigeaient et lui faisaient faire des révérences et des salutations multiples devant chaque statue de la Vierge.

Fig. 2. — Le supplice de l'estrapade. — En dehors de l'enceinte de Philippe Auguste, entre la porte Saint-Jacques et la porte Papale, se trouvait un terrain en forme de triangle allongé (actuellement place de l'Estrapade), qui servit aux exécutions militaires, à partir du XVIe siècle : ce terrain se voit au premier plan de notre dessin.

Le supplice de /'estrapade consistait à enlever le condamné au haut d'un mat en forme de potence, les mains liées derrière le dos avec une corde qui soutenait le poids du corps, puis à le laisser tomber avec roideur jusqu'à trois mètres environ de terre, en sorte que le poids du corps lui disloquait les bras et les épaules. Le patient était quelquefois, selon la gravité de la faute commise, condamné à plusieurs traits ou tours d'estrapade successifs.

En remontant le mur d'enceinte, à droite, on rencontre la porte Saint-Jacques, qui se trouvait dans l'axe de la rue Saint-Jacques, entre la rueSoufflot et la rue Saint-Hyacinthe.

La porte Saint-Jacques était une des maîtresses-portes de Paris, auxquelles on suspendait les membres des suppliciés. C'était, du côté Sud, la principale porte de Paris.

Près de la porte Saint-Jacques, en face de la place de l'Estrapade, les troupes de Henri IV tentèrent de surprendre les Parisiens, le 9 septembre 1590 : vers minuit on se prépara à escalader les murs de la ville. Les sentinelles donnèrent l'alarme; le brouillard était si épais que les assiégés, ne voyant et n'entendant plus rien, se retirèrent; il ne resta sur le mur que dix jésuites, qui reçurent à coups de hallebarde les soldats de Henri IV revenus à l'assaut. Un avocat anglais, Guillaume Baldin, et le libraire Nicolas Nivelle, vinrent au secours des jésuites, renversèrent les échelles, et les assiégeants découverts furent forcés de battre en retraite.

(i) Hue aux Oies, ainsi noinmfe parce que les rôtisseurs y étaient très nombreux. Par suite d'une déformation du mot Ouè's, la rue fut appelée dans la suite nie aux Ours.

En suivant encore le mur d'enceinte, après avoir dépassé la porte Saint-Jacques, on rencontrait le Parloir aux Bourgeois, qui avançait sur le fossé et offrait l'aspect d'un bâtiment carré, flanqué, dans les angles, de tourelles en encorbellement. Avant que l'on eût élevé l'enceinte de Philippe Auguste, cette construction correspondait à l'extrémité sud-ouest du réfectoire du couvent des Jacobins, dont une partie, — celle que l'on voit dans notre reconstitution, — avait été coupée par le mur d'enceinte.

Plus loin se profile sur l'horizon l'hôtel de Luxembourg, construit en 1540 par Robert du Harlay de Sancy, et agrandi en 1583 par le prince Piney-Luxembourg. Cette propriété fut acquise, en 1612, par la régente Marie de Médicis qui chargea Salomon de Brosse de construire, au même lieu, l'édifice que nous y voyons encore.

Fig. .'i. — Atelier d'un menuisier au xvi" siècle. — Ce fut surtout clans l'exécution des chaires à prêcher, des jubés, des boiseries et des stalles, que se distingua le menuisier du XVIe siècle, comme le montrent les stalles des églises d'Amiens, de Rodez, d'AIbi, d'Auch, de Toulouse, de Rouen.

Fig. 4. — Procession de la confrérie des pénitents

BLANCS PAR LA Va LLÉE-DE-MiSERE, LE 25 MARS Fib.'-J. — Ail

premier plan, la Vallée-de-Misère, puis le Pont aux Meuniers avec ses moulins sur pilotis et, au fond, la Tour du Palais de Justice.

On appela Vallée-de-Misère, jusque sous Louis XIV, une place située à gauche du Grand-Châtelet, à l'endroit où commençait le quai de la Mégisserie. Cette place portait le nom de vallée sans doute parce qu'elle se trouvait en contre-bas des rues voisines. Les ruines que le débordement de la Seine, en 1495, causa dans ce quartier l'avaient fait surnommer la Vallée-de-Misère.

Au mois de mars 1583, Henri III constitua une confrérie dite des pénitents blancs, dont le costume, entoile blanche de Hollande, couvrait la tète et voilait entièrement le visage; deux ouvertures étaient pratiquées à l'endroit des yeux. La confrérie fut établie dans l'église des Grands-Augustins. Le duc de Guise, le duc de Mayenne et les plus notables membres du parlement furent invités à s'enrôler sous cette bannière, dont le roi s'était déclaré le chef.

La première procession solennelle eut lieu le vendredi 25 mars 1583. Le roi et les plus grands seigneurs marchaient dans la foule sans aucune distinction de rang; les chantres chantaient les litanies en faux-bourdon.

La pluie tomba en abondance pendant toute la journée sans que la procession fût interrompue, et le peuple improvisa ce quatrain :

Après avoir pillé lu France Et tout son peuple dépouillé, N'est-ce pas belle pénitence De se couvrir d'un sac mouillé ?

Fig. 5. — Boutique d'un épicier-droguiste au xvi° siècle. — Le goût des épices se répandit en Europe à la suite des croisades et, depuis lors, de nombreuses sauces, toutes ou presque toutes piquantes, accompagnèrent d'ordinaire les viandes bouillies, rôties ou grillées.

Les épiciers-droguistes, ou « espiciers d'enfer », — ainsi nommés parce que leurs épices brûlaient la bouche, — vendaient aussi des fromages qu'ils faisaient venir d'Italie, de Suisse, d'Auvergne et du Dauphiné. Ces fromages étaient généralement enfermés dans des boites plates et rondes.

Fig. 6. — Parade sur les tréteaux d'un bateleur, vendeur d'orviétan au xvie siècle. — La parade se composait de scènes burlesques, que les bateleurs donnaient sur leurs tréteaux pour engager les spectateurs à acheter leurs drogues. L'orviétan, médicament interne, était ainsi appelé parce qu'il fut inventé par un charlatan natif d'Orviete en Italie.

LA REFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIf.ION

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