SI
en 1580 éclata une septième guerre civile qui fut appelée guerre des amoureux, parce que Henri de Navarre la commença 15 avril IS80) à l'instigation de sa femme, Marguerite; de Françoise do Montmorency de l'osseux dite la fosseuse), fille d'honneur de Marguerite, et des jeunes gentilshommes de la petite cour de Nérac. Au jour convenu, le roi de Navarre, François de Chùtillon, fils de Coligny,
Maison dite de Henri IV, à Nérac (Lot-et-Garonne).
et Lesdiguières prirent les armes. Henri s'empara bravement de Cahots 28-31 mai , mais le maréchal de Matignon prit La Fère après un siège qu'on appela siège de velours parce qu'il ne donna lieu à aucune affaire. Le traité de Fleix entre le roi de Navarre et le duc d'Anjou 26 novembre 1580) renouvela le traité île Nérac. L'assemblée protestante de Montauban donna bientôt (1581) le titre de Protecteur des Églises à Henri de Navarre, dont l'assemblée de Saint-Jean-d'Angély fixa les pouvoirs (1582).
L'année suivante fut négocié le mariage du duc d'Anjou et de la reine d'Angleterre. Elisabeth, qui semble n'avoir jamais pris ce projet au sérieux, se retira sous prétexte qu'elle ne voulait pas s'associer à l'entreprise du prince en Brabant, car si l'Angleterre désirait voir les Espagnols chassés des Flandres, elle n'entendait pas qu'ils y fussent remplacés par les Français. Le 21 février 1582, le duc d'Anjou fut proclamé duc de Brabant et passa la frontière, tandis qu'une Hotte était envoyée de Belle-Ile aux Açores pour soutenir les Portugais contre Philippe IL
Un événement imprévu vint donner à l'opposition de la Ligue une impulsion nouvelle. Le duc d'Anjou mourut le 10 juin HJ84, â-é de trente ans (1). Henri III n'ayant pas d'enfant, un hérétiquerelaps, le roi de Navarre, devenait héritier présomptif de la couronne. Le duc de Guise lit courir le bruit que sa famille descendait de Charlemagne et pouvait prétendre légitimement à la couronne de France. Quant à présent, il opposa à Henri de Béarn, qui descendait de Robert de Clermont, sixième (ils de saint Louis, son oncle, le vieux cardinal de Bourbon, « saint homme, mais peu propre aux affaires », dit un contemporain, et qui, dans un manifeste daté de Péronne 30 mars 158b , se déclara chef de la Ligue. Par le traité de Joinville. conclu avec Henri de Guise et Mayenne (31 décembre 1584 , le roi d'Espagne s'était engagé à fournir 50000 écus par mois et des troupes pour « extirper les -'ries et hérésies ».
Henri III balança quelque temps-, ne sachant s'il devait aller au duc île (luise ou au roi de Navarre. « Enfin, dit le président Hénault, au lieu d'opposer la force à cette insulte, le roi si- contenta de faire l'apologie de la Ligue, et par le traité de Nemours 7 juillet 1585) Catherine de Médicis s'unit avec les ligueurs. » Les chefs de la Ligue obtinrent à leur tour des places de sûreté : Soissons, Chàlons, Verdun, Toul, etc., et l'édit du 18 juillet suivant révoqua en bloc tous les actes de pacification. L'exercice du culte réformé demeurait
l En 1582, Nicolas de Salc.'-de, sieur d'Auvillars, forma, d'accord avec les Guise et Philippe II. nue conspiration contre Henri III et le « duc de Brabant ». Arrêté à Bourges, il lui écartelé à Pari; '-z:, octobre 1582). 11 accusa de complicité le seigneur de Yilluroi, qui fut l'un des collaborateurs de Henri IV.
Histoire dc France. — I.
interdit dans le royaume, sous peine de confiscation de corps et de biens; les réformés devaient quitter le royaume dans quinze jours ou abjurer. Ce imité fut le signal de la plus acharnée dés guerres de religion, la huitième, qui suivit l'échec, des conférences de Saint-lîrice, près Cognac, entre Catherine et son gendre le roi de Navarre.» Le roi ne veut qu'une religion eu France, » avait dit Catherine au vicomte de Turenne, qui représentait le Béarnais. « Nous le voulons bien aussi, Madame, mais que ce soit la nôtre, » avait répondu Turenne.
Huitième g-uerre civile (1586-1589). — Batailles cle'Coutras, de Vimory et d'Auneau (1587). — Cette guerre, dite guerre des Trois Henri, eut pour chefs Henri III, Henri de Navarre et Henri de Guise.
Henri de Navarre, excommunié par le pape Sixte
Quint, en même temps que
^ . . . » ' , Médaille du cardinal Charles de Bourbon.
son cousin le prince de Condé, et déclaré inhabile
à succéder au trône de France, s'était préparé à soutenir ses droits. Les événements prirent une tournure décisive en 1587. Joyeuse fut opposé, en Guyenne, à Henri de Navarre; ils se rencontrèrent près de Coutras (20 octobre 1587). Avant de commencer le combat, les huguenots se jetèrent à genoux en chantant des psaumes :
La voici l'heureuse journée Qui respond à noslre désir.
« Les poltrons tremblent, ils se confessent, » s'écrièrent les jeunes gentilshommes qui entouraient Joyeuse. « Vous vous trompez, répondit un vieux capitaine, quand les huguenots font cette mine, ils sont résolus de vaincre ou de mourir. » (d'Aubicné.) « Cousins, cria le roi de Navarre au prince de Condé et au comte de Soissons, je ne vous dis autre chose, sinon que vous êtes du sang de Bourbon, et, vive Dieu! je vous montrerai que je suis votre aisné! — Et nous, que vous avez de bons cadets. » En une heure l'armée royale fut mise en déroute. Joyeuse se rendait, quand un huguenot lui cassa la tète d'un coup de pistolet.
Mais le roi de Navarre ayant gagné le Béarn, le duc de Guise défit les auxiliaires étrangers qui venaient au secours des calvinistes : les Suisses à Vimory, près de Montargis (26 octobre), et les lansquenets allemands à Auneau (24 novembre 1587). Cette double victoire grandit sa popularité : « La France, a dit Balzac, étoit folle de cet homme-là, car c'était trop peu de dire amoureuse. » Le peuple n'appelait plus le duc de Guise que le nouveau Gédéon, le non venu Macchabée; les nobles le nommaient Notre Grand. En même temps on accusait le roi de trahison, on lui reprochait la défaite de Coutras; la Ligue entretenait clans le pays une agitation des plus vives, secondée par des prédicateurs fougueux; les Guise se rapprochaient de plus en plus de l'Espagne, qui se préparait alors à lancer sur l'Angleterre l'Invincible Armada.
Journée des Barricades 1588). — Guise, que la mort a débarrassé d'un adversaire redoutable dans la personne de Condé (1), n'a plus qu'à paraître à Paris pour y dominer en maître, mais le roi le lui défend. Il brave son adversaire et, le 8 mai 1588, il est accueilli aux cris de : « Vive Guise! », s'avance au milieu d'une foule ivre d'enthousiasme, « caressant et réjouissant chacun de l'œil, du geste et de la voix», avec cette grâce entraînante qui faisait dire à un courtisan que « les huguenots étaient de la Ligue, quand ils regardaient M. de Guise ». Le peuple, victime de la mauvaise administration du roi et résolument opposé à l'avènement d'un prince calviniste, se précipite sur le passage du due, poussant des cris de joie, embrassant le bas de ses habits ou le couvrant de Heurs. Il se présente à Catherine de Médicis, qui le conduit auprès de son fils au Louvre. Le 11 au soir, les compagnies de la milice bourgeoise refusent le service du roi, qui fait entrer dans Paris des Suisses ei des gardes françaises, mais cette mesure provoque une émeute. Le 12, les boutiques se ferment et, au son du tocsin, s'élèvent des barricades. Henri III s'abaisse jusqu'à demander au duc d'inter-
(1) Henri 1er de Bourbon, prince de Condé, né en 1552, mourut empoisonné en mars 1588.
venir en faveur des troupes royales; (luise y consent et « le peuple s'apaise au simple son de sa voix ». Mais le roi comprend que la parlic est perdue et il s'enfuit à Chartres. Guise fait occuper militairement la capitale et ses abords et veut interdire au premier président, Achille de Ilarlay, de réunir le Parlemenl, qui se serait peut-être déclaré pour le roi. « Il arriva, dit un mémorialiste, au
Henri III et le duc de Guise au château de Blois, par Charles Comte (Musde du Luxembourg).
logis de notre très brave et très généreux Achille, à une heure où il se promenait dans son jardin, lequel s'étonna si peu de sa venue qu'il ne daigna pas seulement tourner la tête pour regarder ceux qui talonnaient ses pas, ni discontinuer sa promenade commencée, laquelle achevée qu'elle feut et étant au bout de son allée, il retourna, et, en retournant, il vit ledit seigneur duc de Guise qui venait droit à lui. S'approchent l'un de l'autre, et comme ils sont ainsi que front à front, ledit seigneur duc lui tint le langage suivant tel qu'il veut sur l'occurence des affaires du temps, lequel étant achevé, il ouït tonner cette foudroyante réponse à ses oreilles : « C'est grand'pitié quand le valet chasse le maître. Au reste, mon « âme est à Dieu, mon cœur est à mon roy, et mon corps entre les « mains des méchants et à la violence. »
Seconds États de Blois. Assassinat du duc de Guise (1588). — La journée des Barricades, préparée depuis longtemps en sous main par la duchesse de Montpensier, sœur du Balafré, avait failli décider d'un changement de dynastie, mais le duc n'osa ou ne put aller jusqu'au bout.
Henri III est libre, mais abandonné de tous : par les ligueurs lout acquis au duc de Guise, par les « politiques» lassés de ses irrésolutions, par les protestants à qui il n'inspire aucune confiance. Il cède encore, fait mine d'approuver tout ce qui s'est passé, condamne les prétentions du roi de Navarre (Édit d'Union, 15 juillet 1588), nomme le duc de Guise généralissime des armées du royaume, et convoque les E la ts généraux de Blois. Les députes, au nombre de 'ill (134 du clergé, 96 de la noblesse, 181 du tiers État), sont presque tous dévoués à la Ligue et au duc de Guise. Ils obligent le roi à jurer l'observation de l'Édit d'Union, déliaient Henri de Navarre déchu de tout droit à la couronne, demandent, non sans opposition des prêtres gallicans, la réception du concile de Trente, et la majorité soutient que les hérétiques doivent être poursuivis par tous les moyens. Sur ces entrefaites, on apprend que le dm de Savoie a envahi le marquisat de Saluées, et Henri III soupçonne, à tort d'ailleurs, que Guise est complice de Charles- Emmanuel; déjà exaspéré par les prédicateurs de la Ligue, qui l'abreuvent d'outrages et de médisances, il sent redoubler sa haine le dur de Cuise qui tient contre lui les propos les plus blesle i onnais, disait le duc, il le faut avoir par bravade, car
c'est un roi qui veut qu'on lui fasse peur. » Dans un dîner, le 17 décembre, le cardinal de Guise porla la santé de son frère comme roi de France, ajoutant que Henri III « ferait un beau moine », et Mme de Montpensier lui répondit : « Oui, mon frère, vous lui tiendrez la tête, et moi, avec ces ciseaux, je veux lui tailler une couronne. » Le roi, exaspéré, prend la résolution de faire assassiner son mortel
ennemi. Le 22 décembre, le duc avait trouvé sous sa serviette un billet ainsi conçu : « Donnez-vous de garde, on est sur le point de vous jouer un mauvais tour. » 11 le lut et le jeta avec dédain sous la table, après avoir écrit au bas :
« On n'oserait. » Le lendemain matin, appelé chez le roi, il fut assailli dans la chambre royale par la garde des «quarante-cinq », qui le percèrent de coups, et Henri III vint pousser du pied son cadavre.
« Il est, dit-il, encore plus grand mort que vivant! » Le cardinal fut également massacré.
Henri III court chez sa mère, et lui annonce que « M. de Guise est mort, qu'il ne sera plus question de lui. — C'est bien taillé, mon fils, lui aurait répondu la reine, maintenant il faut recoudre. »
Calherine mourut à Blois quelques jours après, âgée de soixante et onze ans (5 janvier 1589), après avoir recommandé à son fils de se réconcilier avec le roi de Navarre.
Mayenne chef de la Ligue. Les Seize. Réconciliation de Henri III et de Henri de Navarre (30 avril 1589).
Assassinatde Henri lll(1"août1589).
— Henri III, en tuant les Guise, n'avait pas tué la Ligue; la nouvelle de leur mort mit Paris en fureur.
Dans chacun des seize quartiers se constitua un comité insurrectionnel de neuf membres, et les Seize préconisèrent une politique d'exaltation violente. Le peuple prit le deuil, les prédicateurs tonnèrent contre Hérodrs le Vilain (anagramme de Henri de Valois), contre le roi assassin. Cent mille personnes parcoururent la capitale en procession, portant des cierges de cire jaune, qu'elles éteignirent en entrant à Sainte-Geneviève, en criant : « Dieu, éteignez ainsi la race des Valois! » La Sorbonne prononça la déchéance du «tyran»; soixante-dix docteurs déclarèrent que le peuple était délié de son serment de fidélité au roi Henri. Sous l'inspiration de cette prodigieuse effervescence, les Seize, maîtres de la Ligue et de Paris, font nommer le frère des deux victimes, Charles, duc de .Mayenne, chef habile et courageux, lieutenant général du royaume, avec les prérogatives royales. Un conseil général de l'Union, composé' des partisans les plus dévoués de la faction, prend en main la direction des affaires. On se met en relation avec Philippe II, à qui l'on demande des secours pécuniaires. Le personnel du Parlement est en partie remplacé. Le 16 janvier 1589, un des plus fougueux des Seize, Bussy-Leclerc, ex-maître d'armes, puis procureur, devenu gouverneur de la Bastille, entre, le pistolet au poing, dans la graiïd'chambre : il arrête le premier président, Achille de Ilarlay, que soixante conseillers suivent à la Bastille, au milieu des huées de la populace. Le président Barnabe' Brisson accepte les fonctions de premier président par intérim.
L'incendie de l'insurrection, allumé dans la capitale, se propage rapidement dans les provinces, où la Provence, le Languedoc et la Bretagne se montrent particulièrement révolutionnaires. Philippe- Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur (1588-1602), beau-frère de Henri III, était resté fidèle au roi jusqu'à l'assassinat du duc de • iuise; il devient alors un des plus ardents ligueurs. Gouverneur de la Bretagne, il se fait proclamer à Bennes, par une assemblée du clergé, protecteur «le l'Église catholique dans cette province. Comme il avait épousé la duchesse Marie de P.enthièvre, il prétend se rendre indépendant; il institue un conseil et même un parlement qu'il oppose à celui de Bennes.
Les villes se déclarent pour la Ligue et rejettent l'autorité de Henri III, à qui il ne reste bientôt plus que Saumur, Blois, Amboise, Tours, où il réunit une ombre de parlement, quelques conseillers
LA REFORME EN FRANCE ET LES GUERRES DE RELIGION
et maîtres des requêtes. C'est là que, réduit aux plus fâcheuses extrémités, sur le poinl de tomber entre les mains de Mayenne, il prend la résolution de se rapprocher du roi de Navarre, comme l'y engageaient Duplessis-Mornay et le duc d'Épernon. Le 30 avril IS89, le roi de Navarre vient (couver le roi de France au château de Plessislez-Tours et fléchit le genou devant Henri de Valois, qui le relève et l'embrasse à plusieurs reprises : la guerre va ' recommencer et c'est sur Paris que se portent aussitôt les efforts des royalistes.
Henri III vint camper à Saint-Gloud, le Béarnais à Meudon, à la tète de plus de 40 000 hommes. L'assaut devait être donné le 2 août : la veille, un jeune moine jacobin, Jacques Clément, égaré par son fanatisme, par les doctrines perverses qui se débitaient chaque jour dans Paris et peut-être par les suggestions de M,ue de Montpensier, fut introduit auprès de Henri III, sons prétexte de lui révéler un secret d'État, et lui remit une lettre fabriquée de toutes pièces portant une fausse signature. Au moment où les gentilshommes présents s'écartaient, Clément plongea son couteau dans le bas-ventre du roi, qui arracha le fer de la plaie et en frappa au visage l'assassin, massacré sur place. Henri III expira le lendemain
Médaillon de Catherine de Médicis
Le duc de Mercœur en 1600, par Benjamin Foulon.
2 août 1589), à l'âge de trente-huit ans. 11 lit jurer à eux qui l'entouraient de reconnaître Henri de Bourbon comme roi de France. Le Béarnais arriva trop tard pour recueillir le dernier soupir de Henri III, avec qui venait de s'éteindre la race des Valois.
Elle avait donné treize rois à la France 1328-1589).
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