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POLITIQUE EXTÉRIEURE

Plan de réorganisation de l'Europe. Le « grand dessein ». — Dans ses Économies royales, Sully prête à son maître le plan d'un remaniement complet de l'Europe. Celle-ci aurait été partagée en quinze États se faisant équilibre : six royaumes héréditaires (France, Espagne, Angleterre, Suède, Danemark et Lomliardie) ; cinq dominations électives (Pologne, Hongrie, Bohême, Empire et Papauté); quatre républiques [Venise, Florence, Suisse, Pays-Bas). Entre ces Etats, on aurait maintenu une sorte de paix perpétuelle au moyen d'un conseil souverain, composé de buis délégués et destiné à devenir leur arbitre. La France se serait agrandie de la Savoie, de la Lorraine, de la Belgique et de la Franche-Comté.

II est prouvé aujourd'hui que ce projet, connu sous le nom de « grand dessein », est sorti tout entier de l'imagination de Sully, qui n'a même pas hésité à falsifier les documents qu'il publia pour en montrer la réalité. Tout ce qu'on peut en retenir, c'est

Assassinat de Henri IV, par François Ravaillac (1610) [Estampe du temps].

que Henri IV portait dans sa politique étrangère une largeur de vues qui contrastait avec celle de ses prédécesseurs.

Italie. Suisse et Savoie. Mariage du roi avec Marie de Médicis (1600). — En Italie, Henri IV se posa comme le protecteur des petits États, surtout de Naples et de Florence. 11 se concilia le pape Clément VII en lui facilitant la reprise du duché de Ferrare et en obtenant, grâce à ses anciennes relations, l'amélioration de la condition des catholiques dans les États protestants. Il ramena en même temps la Suisse dans la clientèle française, obtint des cantons catholiques une déclaration de neutralité et secourut les Grisons dans leur lutte contre Fuentès, gouverneur espagnol du Milanais, qui voulait s'emparer de la Valteline.

Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, dit le Grand, avait profité des troubles de la Ligue pour occuper (1588) le marquisat de Saluées. Il vint à la cour de France prodiguer 400000 écus de cadeaux pour se rendre les courtisans favorables ; mais une rapide campagne l'obligea à signer le traité de Lyon (17 janvier 1601). II cédait au roi, en échange du marquisat de Saluées, un territoire cinq ou six fois plus considérable, qui arrondissait la frontière française : la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex.

C'est pendant les négociations qu'eut lieu, au grand profit de l'influence française, le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane (9 décembre 1600) ; l'année précédente (17 décembre 1599), le pape avait prononcé la nullité de l'union du roi et de Marguerite de Valois. Le 27 septembre 1601, Marie de Médicis donna naissance au Dauphin, qui fut le roi Louis XIII.

Angleterre et Pays-Bas. — Henri IV conserva l'alliance de l'Angleterre qui l'avait soutenu dans sa lutte contre la Ligue, mais il lui refusa les avantages par lesquels elle voulait se

Ravaillac (Collection Hennin)

la faire payer, notamment la cession de Calais, Boulogne et Brest.

Plusieurs ambassades extraordinaires furent à cet effet envoyées à

Londres; la plus connue est celle de Sully (1603). Aux Pays-Uas, bien que le Conseil fût divisé sur la question espagnole, Henri IV intervint pour faire reconnaître l'indépendance des Provinces-Unies.

Son envoyé extraordinaire, le président Jeannin, signa avec elles (23 janvier 1608) un traité d'alliance dont la nouvelle fit consentir le roi d'Espagne à une trêve de douze ans (9 avril 1609). Après quarante ans de lutte, l'indépendance hollandaise était reconnue; la monarchie espagnole demandait quartier à une poignée de matelots, aux gueux de mer. Dès 1598(14août), les Pays-Bas catholiques avaient été séparés de l'Espagne : la Belgique avait été donnée à Albert, archiduc d'Autriche, avec la main de l'infante Isabelle-Claire-Eugénie.

Allemagne. — En Allemagne, Henri IV envoya un agent dévoué et habile, Jacques Bongars, avec mission de maintenir dans sa clientèle les princes protestants. Ces derniers se défiaient de lui, malgré ses assurances de désintéressement et la solennité avec laquelle il déclina la candidature à l'Empire : ils entendaient se faire payer le plus cher possible leurs services; ils étaient enfin divisés par leurs querelles entre luthériens et calvinistes. Néanmoins, les négociations aboutirent à une entente sur la question de Clèves et de Juliers (1606).

Orient. — Nos ambassadeurs à Constantinople, Savary de Brèves et Jean de Gontaut-Biron, renouvelèrent les capitulations de François Ier, remirent en vigueur nos privilèges de protection sur les Lieux Saints, et installèrent à Constantinople une mission de jésuites chargée de combattre l'influence vénitienne au profit de l'influence française. Henri IV laissait dire par Malherbe qu'il visait à la conquête de l'Orient afin d'avoir un prétexte à entretenir une armée et une flotte.

Préparatifs de la guerre contre les Habsbourg. — Le but

suprême de la politique royale restait la lutte contre la maison de Habsbourg. Cette politique ne pouvait être heureuse que si l'on obtenait d'abord la neutralité de la maison d'Espagne. Pour effrayer Philippe III, Henri IV donna asile à Antonio Perez, le défenseur des libertés aragonaises, et aux Morisques chassés d'Espagne; pour le gagner, il agita plusieurs projets d'alliance, infructueux d'ailleurs, entre un infant et une princesse française. La succession de Clèves et de Juliers, ouverte par la mort de Julien de Berg, décédé sans postérité (1609), fournit à Henri IV une occasion d'entrer en lice contre la maison d'Autriche qui avait fait occuper le duché. Son ambassadeur, Boissise, signa avec l'Union évangéligue, composée des princes protestants d'Allemagne, un traité d'alliance à Hall (11 février 1610). 11 en conclut un autre avec le duc de Savoie àBrussol (25 avril 1610). Il envisagea des remaniements territoriaux qui donnaient le Milanais au Piémont, la Sicile aux Vénitiens, Naples au Saint- Siège, la Savoie à la France, mais il n'entraîna ni l'Allemagne catholique, ni l'Angleterre, ni la Hollande, ni le Saint-Siège, ni les Vénitiens, et

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