LA VIE EN FRANCE. IV. LES TEMPS MÉROVINGIENS
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LA VIE EN FRANCE. — IV
Les Temps mérovingiens.
Fig. 1. — Habitation d un chef franc. — Les grands seigneurs francs vivaient de préférence à la campagne dans de grandes fermes fortifiées. Le logement du maître était souvent fait, en grande partie, avec des débris de monuments gallo-romains. Il était entouré de nombreux bâtiments d'exploitation rurale, de magasins, d'écuries, d'étables, d'habitations pour les esclaves et les colons.
être coupée de manière à faire de chaque tour un petit fort indépendant; à l'extérieur, ces tours étaient cylindriques, et du côté de la ville elles étaient carrées. On accédait du premier étage à la partie supérieure crénelée de la tour par un escalier de bois intérieur posé le long du mur.
La tour carrée, qui se voit par-dessus le toit des tours, est le donjon du château.
Fig. 2. — Camp retranché mérovingien. — Les premiers établissements des Francs en Gaule tenaient du camp romain et de la villa gallo-romaine Une enceinte palissadée, entourée de fossés, enfermait les bâtiments d'exploitation et les habitations des chefs. Au centre de l'enceinte se dressait la défense principale, qui plus tard devint le donjon. On retrouve encore, dans le centre et surtout dans l'ouest de la France, les traces de ces camps primitifs, qui avaient été souvent édifiés sur d'anciens camps gallo-romains. Le donjon, qui servait de demeure au chef, était entouré d'un fossé; on ne pouvait y arriver que par un pont de bois facile à couper; c'est dans le donjon qu'on enfermait ce qu'on avait de plus précieux. Les portes de l'enceinte étaient garnies de défenses intérieures. Ordinairement un espace, tracé au moyen de pierres brutes rangées circulairement sur le sol de la cour, indiquait la place des assemblées. Une guette, placée au sommet du donjon, permettait d'observer ce qui se passait dans les environs.
Fig. 3. — Habitation et repas de paysans. — Les premiers paysans francs, établis dans le nord de la Gaule, vivaient en petits groupes, près des fontaines et des cours d'eau, au milieu des clairières ou sur la lisière des bois, dans des villages fortifiés de palissades; les chemins qui y menaient étaient défendus par des amas de troncs d'arbres. Les habitations se composaient de cabanes en bois à toit de chaume, éclairées seulement par la porte. La demeure du chef était souvent précédée d'une sorte de tour d'observation. Les repas se composaient surtout de viande de porc et de pain d'orge.
Fig. 4. — Siège d'une ville au ve siècle. — L'enceinte wisigothe de la cité de Carcassonne, construite au V1' siècle, nous a conservé l'aspect et la disposition des murs et des tours en usage a cette époque. Les courtines, comme on le voit dans notre reconstitution, étaient fort épaisses et se composaient de deux parements de petit appareil cubique avec assises alternées de briques; le milieu était rempli de blocages maçonnés à la chaux. Les tours s'élevaient au-dessus des courtines, et leur communication avec celles-ci pouvait
Fig. 5. — Atelier d'un orfèvre. — L'orfèvrerie, à l'époque mérovingienne, était des plus florissantes; il n'est guère de récit contemporain qui ne mentionne les bijoux et les ouvrages d'orfèvrerie de l'époque. Les brillants spécimens de l'orfèvrerie des Wisigoths, que l'on a exhumés en 1858 dans le petit champ de Guarrazar, à dix lieues de Tolède, et qui ont été acquis par notre musée de Cluny, jettent sur ces rares monuments un jour tout nouveau. Les rois et les grands de l'époque mérovingienne déployaient d'ordinaire, dans leur vaisselle et sur leurs meubles d'apparat, un luxe d'orfèvrerie où la prodigalité le disputait souvent au bon goût. C'est à saint Éloi, orfèvre et trésorier des rois Clotaire II et Dagobert I", qui fut de plus un grand artiste au milieu d'un siècle barbare, que nous devons une grande partie des œuvres remarquables arrivées jusqu'à nous et parmi lesquelles on doit citer les châsses destinées à contenir les reliques des saints, les bas-reliefs du tombeau de saint Germain, évéque de Paris, et deux chaises d'or ornées de pierreries, exécutées pour Clotaire II.
Fig. 6. — Château d'un roi mérovingien. — Les rois de la première race, en général, n'habitaient pas dans des palais; ils vivaient de préférence dans de grandes villas, au milieu des forêts, auprès des rivières, à Compiègne, à Braine-sur- Vesle, à Chelles, à Noisy, à CHchy, etc. Leurs habitations n'avaient rien de l'aspect militaire des châteaux du moyen âge: c'étaient de vastes bâtiments, entourés de portiques le plus souvent construits en bois et ornés de sculptures qui ne manquaient pas d'élégance. Autour du principal corps de logis se trouvaient, disposés par ordre, les logements des officiers et ceux des chefs de bande, qui, selon la coutume germanique, s'étaient mis avec leurs guerriers dans la truste du roi, c'est-à-dire sous un engagement spécial de vasse'age, de fidélité. D'autres corps de logis, de moindre apparence, étaient occupés par un grand nombre de familles qui exerçaient, hommes et femmes, toutes sortes de métiers, depuis l'orfèvrerie et la fabrique des armes jusqu'à l'état de tisserand et de corroyeur, depuis la broderie en soie et en or jusqu'à la plus grossière préparation de la soie et du lin.
LES MEROVINGIENS
civilisation occidentale contre les musulmans allait ajouter encore au prestige de sa race.
Les Arabes avaient vécu d'abord en tribus isolées dans une péninsule du sud-ouest de l'Asie. Leur prophète, Mahomet, leur donna l'unité et la cohésion en prêchant une religion nouvelle : l'islamisme. D'après cette religion, les Arabes se croyaient tenus de faire la Guerre sainte, c'est-à-dire de conquérir le monde et de le gouverner suivant les principes du Coran, le livre sacré qui renferme la doctrine du Prophète.
Après la mort de Mahomet, les Arabes se répandirent dans l'Asie occidentale et dans l'Afrique du Nord. De là, ils conquirent l'Espagne et envahirent la Gaule par le Midi. Maîtres de Narbonne, capitale de la Septimanie (719), puis vaincus d'abord près de Toulouse, mais maîtres de Bordeaux, ils refoulèrent les Francs à travers l'Aquitaine et marchèrent vers Poitiers et Tours pour s'emparer des trésors de la basilique de Saint-Martin (732). C'est là que, commandés par Abd er Rhaman, ils se rencontrèrent avec le fds de Pépin d'Héristal.
Les armées franque et musulmane s'observèrent pendant deux jouis, après quoi les Arabes prirent impétueusement l'offensive. Ils firent pleuvoir une grêle de traits, mais les guerriers francs restèrent immobiles et soutinrent fièrement la charge de l'ennemi. Le duc ~^tJA^uilain%-^ud^s7^ai'nvantvà l'improviste, se jeta sur le camp arabe, que la cavalerie musulmane eut beaucoup de peine à défendre. A ce moment, les Francs, conduits par Charles, s'ébranlent, frappent, tuent, refoulent l'ennemi jusque dans ses tentes, et ne sont arrêtés que par la chute du jour. Abd er Rhaman et ses principaux lieutenants périrent dans la bataille. Le lendemain, Charles voulut recommencer la lutte, mais les Arabes s'étaient retirés en silence pendant la nuit, abandonnant un riche butin. Un soulèvement général des Berbères venait d'éclater dans l'Afrique du Nord, et les forces arabes qui se trouvaient en Europe avaient été subitement rappelées pour réprimer la rébellion. La civilisation chrétienne était sauvée et l'honneur du succès revenait tout entier à la puissante famille des Pépins.
Après une expédition heureuse en Bourgogne (733), Charles Martel établit des garnisons à Lyon, Vienne, Valence et Avignon. En 73o, il soumit l'Aquitaine, et en 739 la Provence.
En Germanie, où il donna son appui au missionnaire saint Boniface, il fit la guerre aux Bavarois, vainquit les Frisons, mais se brisa contre la résistance des Saxons. Malgré ses bonnes dispositions pour l'Église, il ne passa point les Alpes pour secourir le pape Grégoire III contre le roi des Lombards, Luitprand : il ne connaissait pas la force de ces derniers, et, il ne considérait pas comme impossible un retour offensif des Arabes.
Aucun roi n'avait encore remplacé Thierry IV. Charles Martel, avant de mourir (21 octobre 741), disposa du pouvoir en faveur des deux bâtards que lui avait donnés Rotrude : Carloman et Pépin le Bref (1); mais Grifon, que Charles Martel avait eu d'une autre femme, le leur disputa; il fut vaincu et fait prisonnier (741). Néanmoins, Carloman et Pépin mirent sur le trône un Mérovingien sans pouvoir, Childéric III, pour gouverner plus à l'aise (744). Ils eurent à combattre les ducs des Bavarois, des Alamans et des Aquitains, qui ne voulaient pas reconnaître leur autorité : les Bavarois ;oumirent, le duc des Alamans fut renversé, et Hunald, duc des Aquitains, s'enferma dans le couvent de Saint-Philibert lie de Ré.); son lils Waïfre lui succéda.
Quelque temps après (747), Carloman s'étant retiré au monastère du Mont-Cassin, Pépin crut pouvoir briser les liens de Grifon, qui s'empressa de provoquer une insurrection des Saxons, puis, après l'échec de cette tentative (748), de gagner la Bavière, où il se fit proclamer duc, en remplacement d'Odilon, son grand oncle, qui venait de mourir. Pépin le fit prisonnier, et, se montrant généreux, lui donna une importante dotation territoriale, mais l'irréductible Grifon se souleva une fois encore et chercha un asile auprès de Waïfre, duc d'Aquitaine. Alors Pépin le Bref, soutenu par le clergé, qui voyait dans les Austrasiens les défenseurs du Christ en Germanie, n'hésita pas à déposer Childéric III et à fonder une nouvelle dynastie, celle des Carolingiens. L'assemblée de Soissons approuva cette usurpation [751] 2 .
L'élément germanique l'emportait de nouveau et faisait comme une seconde conquête de la Gaule. Clovis avait établi le centre de ses États sur les bords de la Seine : les Carolingiens le reportaient dans les contrées rhénanes.
Si les maires d'Austrasie s'étaient élevés à un pareil degré de
puissance, ils le devaient tant au pouvoir qu'ils Lenaient de leur office de maire qu'à un ensemble de circonstances favorables: à des minorités répétées et prolongées, à leur fortune territoriale, à leur rang social. Autrement, on ne s'expliquerait pas que la
mairie; de Neuslne n'eût pas conquis une égale autorité OU n'eût pas contre-balancé la puissance des Pépinides. On ne comprendrait pas davantage que les autres officiers du palais, encore qu'ils fussent soumis au maire, n'eussent pas arrêté celui-ci dans son ascension vers la souveraineté et pris leur part des dépouilles mérovingiennes.
TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES MEROVINGIENS (i;
Clodion, 428-448.
Mérovée, 448-458.
Childéric I", 458-481.
Clovis Ier, 481-511.
TllIlîRRY l11'
Cl.ODOMIR
Childebert lor
Clotaire 1er
roi de Reims.
roi d'Orléans.
roi de Paris.
roi de Soissons, el en 558
TllÉODEHERT Ior
Olodoald
seul roi des Francs.
mort vers 560.
TllÉODEBALD
CllARIBERT