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MER DU

Carte du démembrement de l'empire, en 843.

rieurement prendre le nom de France. Les royaumes indépendants de Provence, de Bourgogne et de Lorraine allaient même se constituer bientôt sur les ruines de l'empire.

Au mois de septembre 8'ïô, Lothaire se relira à l'abbaye de Prum et prit l'habit monastique; il y mourut, après avoir partagé son royaume entre ses trois lils : Louis, Lothaire II et Charles.

Charles le Chauve.

D'après une miniature servant do frontispice au Livre d'heures

de Charles lo Chauve (bibliothèque nationale).

LES CAROLINGIENS

Sceau et monnaie de Charles le Chauve.

Louis, roi ^Italie, fut empereur .sous le nom de Louis II de 800 à 87M. Lothaire II, mort en 869, eut le pays situé entre la France et l'Allemagne, limité au sud par la Bourgogne; à l'ouest, par la Meuse el l'Escaut; à l'est, par le Rhin : ce vaste territoire prit le nom de Lorraine, avec Aix-la-Chapelle pour capitale.

Charles, qui n'était qu'un enfant maladif, eut le royaume de Provence, composé de l'ancien duché de Provence et du duché de Lyon, et qui fut gouverné en fait par un Alsacien d'origine, l'énergique comte Girard. Charles mourut sans postérité en 863 ; ses deux frères se partagèrent son royaume, mais ils ne laissèrent ni l'un ni l'autre d'héritier mâle, et Charles le Chauve hérita de la Provence.

A la mort de son neveu Louis, empereur et roi d'Italie (875), Charles le Chauve passa immédiatement les Alpes et alla recueillir à Home, des mains du pape, la couronne impériale. La situation des Carolingiens vis-à-vis du Saint-Siège n'était plus aussi forte qu'au temps de Charlcmagne : la puissance de Rome n'avait fait que s'accroître alors que celle des successeurs de Cliailemagne s'était amoindrie. Des invasions vinrent porter à son comble l'état d'anarchie causé par la faiblesse du pouvoir central cl la dissolution de l'empire carolingien. La population ('•tant incapable de se protéger elle-même, Charles le Chauve avait, dès 847, ordonné à tous ses sujets, par le capitulaire de Mersen, de se recommander à un seigneur, c'est-à-dire de se placer sous sa protection. Les seigneurs devinrent alors de plus en plus indépendants et prirent peu à peu l'habitude de léguer à leurs enfants les bénéfices et les offices dont on ne leur avait donné jusqu'ici que la jouissance temporaire (1). Il devait y avoir bientôt autant de petits rois que de seigneurs. Ainsi, le régime féodal se conslitue, et avec lui un certain ordre social, inique lorsqu'on le juge d'après les idées (h- notre temps, justemenl llélri en tant qu'il survécut à ses causes génératrices, mais logiquement issu de la société liauqne.

Les envahisseurs qui portaient partout la dévastation et la ruine appartenaient à des races diverses. C'étaient les Slaves, qui faisaient irruption en Saxe et en Thuringe ; les Hongrois, qui envahissaient eux

aussi la Germanie; les Arabes, qui infestaient les côtes de la Méditerranée; enfin et surtout, les vikings normands.

Les Normands. — Les Normands ou Northmen (hommes du Nord étaient des pirates [vikings] fl] danois, suédois et norvégiens qui, avides d'aventures et de gloire guerrière, quittaient leur pays trop étroit pour les contenir, trop peu fertile pour les nourrir. Ils s'élançaient sur la mer, choisissaient un point de la cèle qui pùl leur servir au besoin de ligne de retraite, puis remontaient l'embouchure des fleuves, dévastaient le pays et réduisaient en esclavage ceux dont ils épargnaienl la vie. .< Le long des rivières, raconte l'historien danois Allen (2), les contrées les plus belles et les plus fertiles étaient changées en déserts où l'on pouvait parcourir de grandes dislances sans rencontrer un être vivant; les enfants et les vieillards étaient massacrés de sang-froid ou précipités vivants dans les flammes des maisons en feu ; les femmes étaient maltraitées et les hommes sabrés ou réduits à l'esclavage. Mais c'étaient

(1) Viking signifie « homme des golfes ou des anses ». — Los vikings suédois se sont portés de préférence vers les pays balliques, les Norvégiens vers l'Irlande, l'Ecosse et les îles de l'Atlantique, les Danois vers l'Angleterre et les pays francs.

(2) Allen, Histoire du Danemark, Irad. Beauvois (Copenhague, 1878).

l Le Capitulaire de Kiersy-sur-Oise (877). — Ce capitulaire n'a pas, comme on l'a dit longtemps, consacré l'hérédité des bénéfices; il ne contient «pie des dispositions transitoires prises par Charles le Chauve au moment de partir pour l'Italie et il stipule seulement «pie, pendant l'absence du roi, les fils succéderont aux offices et aux bénéfices de leurs pères décédés. L'acte de Kiersy, ou mieux Quierzy, a eu pour objet de « régler, en vue de circonstances spéciale-, les rapports de certaines personnes et du roi. lie n'esl pas l'œuvre d'une royauté qui désarme, d'un empereur faible et aveugle : c'est l'acte d'une royauté qui se défend ■>. (Emile Bourgeois.)

Présentation d'une Bible à Charles le Chauve par Vivien, abbé de Saint-Martin de Tours. .Miniature d'une Bible do Charles le Chauve Bibliothèque nationale .

msToiitiï nr; francr

principalement les églises, les cloîtres et édifices sacrés, avec leurs habitants, les n moines et les prêtres, qui étaient l'objet de des insultes et des outrages des Norman païens, dont la cruauté naturelle se com{ liaines de religion. Aux ixc et x° siècles, 1 de pirates s'accrurent d'une manière si qu'il semblait que tout le Sud allait inév devenir la proie d'innombrables bandes de

Les Normands avaient une organisation politique et n'étaient pas dépourvus de culture. Ils étaient groupés en petits royaumes, dans lesquels dominaient de grands propriétaires, ayant à leur tête un roi de médiocre' autorité. Méprisant le travail de la terre, ne considérant comme honorable que la seule carrière des armes, ils vivaient du fruit d'expéditions faites le plus souvent par mer, et, comme l'accroissement de la population, dû surtout au grand nombre de naissances illégitimes, amena une disproportion absolue entre le chiffre

des habitants et les ressources médiocres de la terre, l'émigration s'imposa et se fit inévitablement à main armée. Il semble aussi que cette émigration ait été provoquée par l'œuvre d'unification des petits royaumes Scandinaves et par les progrès du christianisme, les vaincus refusant de se soumettre et de renier les dieux nationaux.

Les Normands étaient de véritables hommes de guerre, bien équipés, bien armés, pratiquant une tactique, très habiles à construire, comme les Romains, des camps fortifiés, fort en avance, au point de vue militaire, sur les Francs et les autres peuples d'Europe. Ils avaient, d'ailleurs, une organisation régulière, fondée sur « l'union spontanée de plusieurs chefs de pouvoir égal », les rois de mer, qui choisissaient l'un d'entre eux pour le commandement suprême; et, bien que faisant une guerre de pillage, ils obéissaient à une véri~ table discipline. Ils formaient une armée de terre, non de mer; leurs vaisseaux, qui pouvaient contenir chacun 60 à 70 hommes, constituaient essentiellement une flotte de transport. Dans la première partie du ixe siècle, les expéditions normandes eurent pour objet le butin; plus tard, elles tendirent à la conquête et prirent le caractère de migrations : les Vikings emmenèrent alors leurs familles et fondèrent en plusieurs points des établissements stables, dont quelques-uns devinrent définitifs au xe siècle.

Déjà, en l'an 800, Godfrid, roi de Danemark, avait pris parti pour les Saxons contre Charlemagne. Il redoutait de voir le chef des Francs établir sa domination politique et religieuse sur les Scandinaves.

Les premières incursions des Vikings ne résultèrent d'aucun plan préconçu, et tout d'abord ils ne s'établirent nulle part; mais les quenelles des fils de Louis le Pieux les servirent à merveille. Dès j'année 820, ils parurent sur les côtes de Flandre et à l'embouchure de la Seine. En 841, pendant qu'on se battait à Fontanet, ils pillaient la Normandie et remontaient jusqu'à Saint-Denis. Dès lors, les ravages devinrent périodiques, et, tous les ans, des flottes partaient des côtes danoises ou norvégiennes pour remonter la Meuse, l'Escaut, la Seine, la Loire, la Garonne. En 843, les Vikings s'emparèrent de Noirmoutier; une invasion considérable a lieu de 8b'6 à 862. Jusque vers 860, toutefois, ils ne s'établirent encore que sur 1rs côtes et dans les îles, ne faisanl dans l'intérieur que des expéditions de pillage. Plus lard, le nombre des envahisseurs augmenta à la suite de la formation de deux grands royaumes en Danemark H en Norvège; d'autre part, en 878, le roi anglo-saxon Alfred le Grand mit fin, par un traité', aux invasions normandes dans l'île : le ilol des envabisseurs fut rejeté sur les royaumes francs, qui n'opposèrent qu'une résistance purement locale. Au lieu de poursuivre sur mer les Normands, dont la flotte n'était pas équipée pour les combats, les rois et les seigneurs, dédaignant l'exemple d'Alfred le Grand, construisirent des ponts fortifiés, des citadelles qui furent insuffisantes pour arrêter l'ennemi.

Les Vikings qui remontaient la Loire trouvèrent un adversaire redoutable dans la personne de Robert le Fort, comte d'Anjou, nommé en 861 « duc du pays entre Seine et Loire », ou, comme on dit plus tard, duc des Francs. Il lutta vaillamment et avec succès jusqu'au jour où il fut tué au combat de Brissarthe (près d'Angers] en 866. Le souvenir de ses succès devait favoriser le triompbe de la dynastie qui, au siècle suivant, supplanta la maison carolingienne.

Louis II le Bègue (877-879). — Louis né et successeur de Cbarles le avait cherché, en 862, à obtenir un indépendant ou peut-être même à r son père, et s'était uni à son jeune larles d'Aquitaine; mais il avait dû sa soumission. A la mort de 866, il devint roi d'Aquitaine, ans l'assemblée de Ileims, son père l'associa à la royauté.

En 877, il succéda à Charles le Chauve et fut sacré à Compiègne par Hincmar, archevêque de Reims. Mais, au milieu de seigneurs et d'évèques grands propriétaires, Louis II, sans domaines, sans finances et sans armée, fut réduit à la plus complète impuissance.

11 eut même à combattre une faction qui refusait de le reconnaître et à la tète de laquelle était Bernard, marquis de Gothie; il ne put vaincre que par le concours de Boson, duc de Vienne, de Hugues l'Abbé et de Bernard, comte d'Auvergne, qui garda pour lui la Gothie. Le pape Jean VIII vint lui demander son appui contre les partisans du roi de Bavière, Carloman, qui l'avaient chassé de Rome,

Vaisseau normand (Reconstitution).

Sceau et monnaie de Louis le Bègue.

et, dans le concile de Troyes (878), lui offrit la couronne impériale; mais les seigneurs ne se soucièrent pas de faire une nouvelle expédition en Italie. Aussi bien, Louis, atteint d'une maladie de langueur, était retourné à Compiègne, où il ne tarda pas à mourir, à l'âge de trente-trois ans.

Louis III (879-882) et Carloman (879-884). — Louis 111 et Carloman succédèrent à leur père Louis le Bègue comme rois de Lia me, mais non comme empereurs. L'empire resta en effet vacant à la mort, de Louis le Bègue jusqu'à ce que le pape eût donné la couronne à Charles le Gros, fils de Louis le Germanique (882).

Louis III prit la Neustrie; Carloman, la Bourgogne et l'Aquitaine, et une alliance fut conclue entre les fils de Louis le Bègue et Louis II de Saxe, tils de Louis le Germanique, contre les Normands, contre Boson, qui avait pris le titre de roi de Provence, et contre le fils de Lothaire II, Hugues d'Alsace, qui réclamait la Lorraine.

Quelques succès furent ainsi obtenus.

Si Boson fut invincible, Hugues dut se soumettre, du moins en appa- Sceau et monnaie de Carloman. rencc, et, après que

Monnaie de Louis III.

LES CAROLINGIENS

Louis de Saxe eut battu les Normands sur la Sambre, Louis III les tailla en pièces à Saucourt-en-Vimeu, près d'Abbeville (8SI . En outre, il délivra la Loire des Normands d'Hastings, à qui il donna le comté de Chartres.

Malheureusement, il mourut peu après 882) et son frère Carloman le suivit bientôt dans la tombe 884 .

Charles le Gros (884-887). Siège de Paris (885-886). — La couronne aurait dû revenu' au troisième fils de Louis le Bègue, Charles le Simple, niais ce prince n'avait que cinq ans, et les grands, désirant avoir à leur tête un chef énergique, offrirent la couronne de France à l'empereur Charles le Gros, qui l'accepta, mais ne devait pas s'en montrer digne 884 . Lue dernière fois, l'empire carolingien se trouvait reconstitué.

Les Normands, excités par le désastre de Saucourt, vinrent assiéger Paris en 885, sous la conduite du chef Siegfried, avec un si grand nombre de barques que l'eau de la Seine, au dire d'un contemporain, en était couverte (1).

Sceau et monnaie de Charles le Gros.

Paris, qui ne comprenait alors que l'île appelée plus tard la Cité, était protégé par deux ponts. La défense fut héroïquement dirigée par l'évêque Gozlin, par son neveu Ebles, abbé' de Saint-Germaindes-Prés, enfin par le comte Eudes, (ils aîné de Robert le Fort. Les Normands donnèrent vainement l'assaut à la tour qui protégeait le pont de la rive droite (2); mais, sur la rive gauche, par suite d'une crue de la Seine, douze hommes restèrent isolés dans la tour, détachée du pont, et tinrent tète une journée entière (3).

Les Normands, peu touchés de leur héroïsme, les mirent à mort, sauf un seul, bon nageur, qui put leur échapper. Trois mois après (mai 886,', des troupes envoyées par Charles le Gros attaquèrent le camp des assiégeants, en même temps qu'Eudes tentait heureusement une sortie : cette manœuvre combinée fut suivie d'un plein succès, mais les Normands continuèrent de bloquer Paris. Le comte Eudes partit pour Metz et décida Charles le Gros avenir en personne devant Paris : effrayé des renforts que les Normands recevaient à ce moment même, l'empereur acheta lâchement leur retraite et les autorisa à piller la Bourgogne pendant l'hiver (novembre 886). Les grands ne tardèrent pas à déposer Charles le Gros au plaid de Tribur (887;, et la race carolingienne, discréditée par son indigne représentant, fut supplantée, à la mort de Charles, par le fils aîné de Robert le Fort (888).

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