I. — LES QUATRE PREMIERS CAPÉTIENS
elui qu'on appelait le roi de France était loin d'être le souverain le plus puissant de son royaume. Son domaine ne pouvait se comparer à ceux des durs de Normandie surtout lorsqu'ils devinrent rois d'Angleterre , de Guyenne, de Bourgogne; à ceux des comtes de Flandre, de Champagne, de Toulouse, etc. Dans 1rs limites mêmes île ce qu'on a appelé le « duché de France », le Capétien avait à compter avec d'autres seigneurs presque aussi puissants que lui, exerçant dans leurs fiefs les droits régaliens, et même avec de petits barons qui, de leurs châteaux forts, commandaient toutes les roules qui passaienl par Paris. Il avait à compter aussi avec; des évèques qui portaient 1rs titres de ducs ou de comtes. Plus loin, les ducs de Lorraine, 1rs comtes d'Alsace, les
ducs et comtes de Bourgogne, les ducs de Provence, prétendaient ne relever que de l'empire allemand, et 1rs ducs de Bretagne ne relever de personne.
Tous ces groupements formaient comme autant de nations différentes. Ils avaient leurs dialectes à eux : français de langue d'oil dans le Nord, français de langue d'oc dans le Midi. On parlait des dialectes germaniques dans le Nord el le Nord-Est, le catalan dans le Sud-Est, le basque dans le Sud-Ouest, des langues celtiques en Bretagne. Sur toutes ces langues ou dialectes, le français >\n « duché de France » restera longtemps sans pouvoir prétendre à aucune suprémal ie.
Peur maintenir la royauté dans celle faiblesse, les grands avaient essayé de la rendre élective et viagère. S'ils y eussent réussi, on
risquait de voir la couro le fiance se promener «lu duc de
Normandie ou du comte de Flandre au c le de Champagne.
L'unité française n'eûl jamais pu se constituer. Les premiers Capétiens trouvèrenl le moyen de tourner cel écueil : chacun d'eux lit, de son vivant, élire roi son (ils aîné. En droit, la royauté restait élective ; en l'ait, elle lui héréditaire.
Comme la plupart des autres seigneurs consenlaienl du moins à reconnaître au roi lu qualité do suzerain, il prétendit user de tous
les droits que lui conférait ce titre. Le plus précieux de ces droits consistait à reprendre les domaines qui tombaient en déshérence : ce qui permit au roi de réunir à son propre domaine des provinces entières. L'œuvre des Capétiens va consistera reprendre aux grands feudataires les droits qu'ils exerçaient au détriment de la couronne, à reconstituer la puissance royale en empruntant à la féodalité elle-même les principes et les procédés qui leur permirent de la dominer et finalement de la détruire.
Pour les ducs et les comtes, le Capétien n'était qu'un suzerain ; pour les bourgeois des villes et le peuple des campagnes, il était un roi, et il devint leur allié naturel. Il était un roi aussi pour les gens d'Église qui, dans les Livres saints et dans l'histoire romaine, avaient puisé une haute idée de ce que doit être un monarque, chef suprême de guerre, législateur, justicier, défenseur attitré de la foi et des églises, sorte d' « évèque des choses temporelles », comme l'avaient été les empereurs chrétiens de Home. Ils attachèrent à sa royauté un caractère de droit divin, firent de son sacre un véritable sacrement, lui conférèrent, par l'onction royale, une sorte de sainteté et de sacerdoce, punirent la rébellion contre lui comme crime de lèse-majesté et presque de sacrilège. Ils mirent à sa disposition les richesses de leurs églises, leurs hommes d'armes, les bourgeois et paysans armés des évêchés et des abbayes. Ils tirent flotter leurs bannières à côté de l'oriflamme royale, qui était elle-même une bannière, celle de l'abbaye de Saint-Denis.
Ainsi, le Capétien est le continuateur des Carolingiens en même temps que le premier des soigneurs, et il est inexact de dire que l'avènement d'un seigneur féodal a instauré une monarchie féodale : c'est un gouvernement de droit divin et romain que l'Eglise a élabli alors, comme elle l'avait fait déjà sous Clovis et sous Charlemagne, et qui va se dresser contre l'anarchie féodale.
Hugues Capet (1) [987-993]. — La nouvelle dynastie était sans doule très faible, mais il ne faudrait pas exagérer sa faiblesse et de l'attitude insolente ou 'irrévérencieuse de quelques seigneurs conclure à l'existence d'une sorte d'opposition générale (2). Elle possédait en propre un domaine territorial (3) qui, s'il constituait
son unique source de revenus, pourrait lui servir de base pour une action contre la féodalité.
Tandis que les derniers Carolingiens, sans domaine ni vassaux, perdaient pied dans le courant féodal qui emportait tout, Hugues, avec la haute situation morale et les territoires relativement importants et bien situés qu'il avait reçus de son père, était plus capable de remonter ce courant. Investi de la suzeraineté du Poitou, héritier du duché de Bourgogne à la mort de son frère Otton (965 , marié en 970 à Adélaïde d'Aquitaine, soutenu par le souvenir des services rendus par ses aïeux, il se trouva désigné au choix des seigneurs, quand la disparition prématurée de Louis V ouvrit la succession au trône (1er juin 987j.
Les comtes de Flandre, de Vermandois, de Troyes, de Toulouse (Guillaume Taillefer et, l'archevêque de Sens s'étaient tout d'abord
(1) On a dit 4111' Hugues devait son surnom de Capel à sa chape d'abbé .li' Saint-Martin de 'fours, mais il semble élabli que le surnom do Capet., porté déjà par Hugues le Grand, a pour origine le manteau que portait lu duc des Francs et dont le capuchon se rabattait sur la tôle.
Hugues Capel était tils de Hugues le Grand et petit-fils, par sa mère Hathuide, du roi de Germanie Henri l'Oiseleur. 11 épousa eu 970 Adélaïde d'Aquitaine, lille du duc Guillaume. Tête d'Étoupes. Il lui proclamé à Noyon le Ie1' juin 987 et sacré à Reims le 3 juillet par l'archevêque Adalbéron. « Nous ne vivons rien de son physique. Sa personnalité morale nous est presque aussi peu connue. Quand on aura écril qu'il élail pieux, ennemi du faste, qu'il aimait les moines, qu'il fut plus diplomate que guerrier, on aura exprimé à peu près tout ce qu'on est en droil de dire. » (P. Lot, Eludes sur le règne de Hugues c'"//t7, p. 185.)
(v2) Hugues Capel aurait adressé au comte de Périgord, Audeberl, un mesage ainsi conçu : « Qui l'a l'ail comte.' », à quoi Audebert aurait répondu : « Qui fa Lui roi.' » Celle anecdote apocryphe est empruntée à un passage interpolé de la Chronique d'Adémar de Chabannes.
i:t) Sur la composition territoriale du domaine royal, les comtés relevant directement de la couronne et les grandes maisons féodales, voir F. Lot, Eludes sur le règne de Hugues Capel, pp. isti i'i'J.
Monnaie de Hugues Capet.
déclarés pour Charles de Lorraine, mais ils ne persistèrent pas dans leur opposition. Le prétendant, qui s'était emparé du Laonnois et du Soissonnais et qui avait vaincu son compétiteur en bataille rangée, fut d'ailleurs livré à Hugues Capet par l'évêque de Laon, Ascelin, et bientôt le dernier représentant de la maison carolingienne mourait prisonnier à Orléans. L'appui du clergé et surtout d'Adalbéron, archevêque de Reims, avait déterminé le succès de Hugues Capet, mais le roi sut garder vis-à-vis de la féodalité ecclésiastique, même vis-à-vis du Saint-Siège, plutôt favorable à l'empire, une certaine indépendance, comme le démontre son attitude au concile de Saint- Basle de Verzy, qui déposa le successeur d'Adalbéron au siège archiépiscopal de Reims, Arnoul, partisan de Charles de Lorraine (991).
L'hostilité sourde de l'empereur à l'élévation de la nouvelle maison royale décida Hugues Capet à négocier : il obtint la neutralité des princes saxons en renonçant aux prétentions traditionnelles de l'Austrasie sur la Lorraine. On n'est donc pas fondé à prétendre que la révolution de 987 marque le triomphe de l'esprit « français» sur l'esprit germanique : elle a eu au contraire pour conséquence immédiate la séparation des intérêts français et des intérêts allemands. En somme, il n'y eut de changé que les relations de la France avec l'empire; les rois Hugues et Robert se trouvèrent, par suite de l'attitude hostile de l'empire et de la papauté, représenter un certain sentiment d'indépendance en face d'un État étranger, soutenu par le Saint-Siège, et c'est à ce point de vue que la dynastie capétienne peut être, si l'on veut, qualifiée de « nationale », sans du reste attacher à ce mot le sens que nous lui donnons aujourd'hui.
Devant son pouvoir à l'élection, Hugues Capet, pour assurer le trône à sa descendance, associa son fils Robert à l'exercice de la royauté. Il le fit couronner et sacrer peu de temps après son avènement, et celte adroite politique fut suivie par ses successeurs.
Robert le Pieux (996-1031). — Robert le Pieux était charitable, bienfaisant, aussi doux et aussi modeste que les seigneurs de son temps étaient orgueilleux et durs. Il avait reçu à l'école de
Sceau et monnaie de Robert Ier.
Reims les leçons du célèbre Gerbert, qui devint pape sous le nom de Silvestre II, et il l'ut sur le trône un prince savant. Toutefois, sa dévotion zélée — il présida à Orléans un concile où des hérétiques furent condamnés au bûcher — ne l'empêcha pas de se mettre en opposition avec les canons de l'Église.
Une première fois, son père, pour faire échec à l'influence germanique dans la Flandre, l'avait marié à Rozala, fille de Bérenger, roi d'Italie, veuve du comte île Flandre Arnoul II, et de beaucoup son aime (988). Il la répudia (989), tout en gardant sa dot, pour épouser sa cousine Berlhe, fille de Conrad le Pacifique, duc de Bourgogne, et veuve d'Eudes I01', comte de Chartres, de Tours et de Blois.
Il fut excommunié par le pape Grégoire V ; le concile de Rome '998 donna au roi de France l'ordre île si; séparer de sa femme sous peine d'anathème, et les évoques qui avaient béni le mariage furent eux-mêmes exclus de la communion.
Robert refusa d'abord d'obéir; Gerbert, devenu pape en 999, lesta néanmoins en relations avec son ancien élève et le soutint nièine dans sa lutte contre l'évêque de Laon, Adalbéron (1000). C'est seulement l'année suivante que Robert se sépara de Berthe, et brisa une union d'ailleurs restée stérile. Vers 1002, il prit une troisième femme, Constance, princesse d'Aquitaine, tille de Guillaume Ier, comte d'Arles et de Provence, qu'il songea bientôt à répudier, à cause de son humeur fantasque et de son avarice, pour reprendre Berthe", mais c'est en vain qu'il se rendit à Rome, en 1010, pour obtenir le consentement du pape.
« La complaisance de la nouvelle reine, dit le chroniqueur Raoul Glaber, lit affluer en France et en Bourgogne les Auvergnats et les Aquitains. Frivoles cl légers, ces hommes étaient aussi raffinés daiib
LES CAPÉTIENS DIRECTS
leurs mœurs que dans leurs costumes. Us négligeaient leurs armes et les harnais tle leurs chevaux; leur chevelure était coupée à niitète; ils se rasaient la barbe, comme des histrions, el ils portaient des Inities et des chaussures indécentes; bref, c'étaient des gens dépourvus de foi el sur lesquels on ne pouvait jamais compter dans les alliances. Hélas! cette nation des Francs, autrefois la plus lion ne le, et les peuples mêmes de la Bourgogne suivirent avidement ces exemples criminels, et bientôt ils ne retracèrent que trop fidèlement toute la perversité et l'infamie de leurs modèles. »
Ainsi, la maison capétienne paya d'une importation de mœurs dissolues l'accroissement de son influence dans le Midi.
Le grand acte politique de Hubert fut la conquête du duché de Bourgogne, qu'il disputa, à la mort de son oncle Henri, dont il était le plus proche héritier, à Otto- (iuillaume, beau-fils du défunt. 11 lui fallut treize années de luttes (1002-1016) p.mr se rendre maître du pays qu'il voulait arracher à l'Allemagne.
A l'intérieur, il fiteonstamnienl preuve d'une très grande activité, s'efforeanl de réduire les seigneurs à l'obéissance el de faire cesser les briga n dag es, détruisant même nombre de châteaux.
D'au I re pa r I , il aida les moines de Cluny dans leur oeuvre de réformation de l'Eglise de France, voyant là un moyen d'abaisser l'aristocratie épiscopale.
Le prestige de la royauté française sous ce règne est marqué' par les efforts que tentèrent Sanche, roi de Navarre, et Ethelred, roi d'Angleterre, pour obtenir l'alliance de Robert, el par l'offre que les princes d'outre-monts tirent au mi de France de la couronne d'Italie.
Malgré les efforts de Constance pour faire donner le
sceptre à son plus jeune fils Robert, ce fut Henri, l'aîné, associé au trône dès 1 • 1 2 7 , qui succéda à son père (1).
L'an mille. — < >n sait que l'an mille esl la date légendaire d'une prétendue croyance à la fin du monde qui aurait jeté la terreur parmi les populations de l'Europe occidentale dans les dernières années du x' siècle.
On ne trouve dans les documents contemporains aucune mention d'une terreur provoquée par une croyance universelle en la prochaine fin du monde, et c'est à tort qu'on a vu la preuve d'un trounle général des esprits dans le préambule de plusieurs chartes, car les laineuses Formules de Marculfe, rédigées au vne siècle, présentent souvent des préambules de même rédaction.
Des conciles se tiennent aux environs de l'an mille et organisenl la discipline ecclésiastique, comme si le monde devait, toujours durer. Robert le Pieux brave les luis canoniques pour épouser sa cousine. Les hommes continuenl de se battre, de piller et d'incendier. .Ni les bulles pontificales, ni les correspondances des souve-
Armures du (Voussures du portail de la façade ouest
rains, des évèques et des moines ne trahissent l'inquiétude d'un.; catastrophe prochaine, et les citations empruntées à Raoul Glaber pour généraliser la croyance à la fin du monde ne sont que l'exposé des calamités dont toute l'Europe souffrait alors. On aura une idée de ces souffrances par un résumé chronologique : 987, grande lamine ei épidémie; 989, grande l'aminé; 990-994, lamine et mal des ardents; 1001, grande l'aminé; 1003-1008, grande lamine et mortalité effrayante; 1010- 1014, famine et mal des aidents; 1027-1029, lamine si universelle que le muid de blé vaut 60 sols d'or, que les serfs assassinent des voyageurs pour les manger ou vont dans les cimetières déterrer des cadavres. Des froids terribles, des inondalions, des pluies ne permettaient pas au blé de germer.
Dans de telles calamités, les populations ignorantes ont pu croire que le momie allait Unir, mais les cinq années qui précédèrent immédiatement l'an mille furent relativement heureuses. On peut en somme constater l'existence de deux courants : l'un populaire et favorable à la superstition du millénaire, l'autre qui régnait dans les classes plus élevées, réfractaires à cette superstition, mais les (erreurs universelles de l'an mille ne sont qu'une légende accréditée par les écrivains du xvi° et du xvne siècle.
Henri I ' (1031-1060).
— Peu après son avènement, Henri lcr(I) donna àson frère le duché' de Bourgogne (1032 , et Robert devint ainsi la tige de la première et puissante maison capétienne de ce nom, qui s'éteignit en 1361 en la personne de Philippe de Rouvres. Il dut tout d'abord lutter contre Constance, soutenue par Eudes de Blois, el il sortit vainqueur de celle guerre domestique grâce à l'appui du duc de .Normandie, Robert le Diable.
Il eut ensuite à se défendre contre sou autre frère Eudes, poussé à la révolte parles comtes de Blois et de Champagne; il le vainquit et l'enferma à Orléans.
Une troisième guerre occupa presque tout le reste du règne. Le duc de Normandie Guillaume [« (1028-1033 , fils bâtard de Robert le Diable et d'Ariette ou Herleva, fille d'un tanneur de Falaise, ayant eu à se défendre contre une rébellion de ses vassaux, se réfugia auprès du roi de France. Celui-ci le rétablit après avoir triomphé des révoltés près de Caen, à Val-ès-Dunes (1047), mais fit ensuite la guerre à son protégé, devenu
le gendre de liaudoin V, c te de Flandre,
el dont la puissance lui portail ombrage : à deux reprises, il fut battu, à Mortemer 1054) et à Va ravi Ile ; lo:iN , el dut renoncer à ses projets de conquête. C'en était fait de l'alliance de la France el de la Normandie
XIIe siècle, de l'église d'Aulnay, Charente-Inférieure.)
Sceau de Henri I"
l Robert le Pieux, né en 973, eut de son mariage avec Cou i Adèle, qui épousa successivement Richard III, duc de Normandii et Baudouin, comte «le Flandre, el quatre fils : I lu une-, morl en 1025 ; Henri, né en [0U8, roi sons le nom de Henri I' v en 10 il ; Robert, de : de Bourgogne : Eudes.
I Henri 1er, veuf de Malhilde, nièce de l'empereur Henri III. épousa en econdes noces 1051) la princesse Anna, fille de tarosla\ 1er, grand-duc do Russie, el en eul trois fils : Philippe, né en \<) >i. -aine roi de France à Reims en 1060 ; Robert, morl après 1063; Hugues, comte de Vermandoi
En somme, Henri Ier avait vaillamment tenu tète aux plus dangereux ennemis du pouvoir royal, le comte de Blois et le duc de Normandie. A l'extérieur, il revendiqua contre l'empereur d'Allemagne Henri III, comme héritier des Carolingiens, le palais d'Aix-la-Chapelle et la Lorraine tout entière.
Philippe Ier (1060-1108). — Anne fut d'abord la régente de son fils. Mais, en 1062, elle résigna cette charge, qui échut à Baudouin V, comte de Flandre, pour se remarier avec Raoul, comte de Valois.
Philippe Ier fut un monarque brutal, vicieux et sans scrupules,
Sceau et monnaie de Philippe I".
trafiquant des évêchés et des abbayes, allant jusqu'à arrêter les marchands forains pour se procurer de l'argent. Vers 1072, il épousa Berthe, fille de Florent Ier de Hollande (1). Vingt ans plus tard, il la répudia sous prétexte qu'elle était sa parente au degré prohibé, puis il enleva Bertrade de Montfort, femme de Foulques le Réchin, comte d'Anjou, qu'il épousa (15 mai 1092). L'Église n'avait prononcé le divorce ni entre Philippe et Berthe, ni entre Foulques et Bertrade : d'où excommunications sur excommunications, sans parler de l'hostilité du comte d'Anjou el du comte de Flandre, frère utérin de Berthe. Le roi dut finalement renvoyer Berthe.
Les débuts du règne avaient été heureux. Profitant des démêlés qui avaient éclaté entre Geoffroy le Barbu et Foulques le Réchin, neveux et héritiers de Geoffroy Martel, comte d'Anjou, Philippe 1"' obtint de Foulques la cession de Château-Landon et du Câlinais, réunissant ainsi ses domaines de la vallée de la Seine à ceux de la Loire. Malgré sa mollesse, il sut défendre la Bretagne contre Guillaume de Normandie, donl il secourut ensuite le Mis aine, Robert, révolté contre son père. •■ Quand donc ce gros homme accouefiera- I il .' », avait dit Philippe, se moquanl de l'embonpoinl de (lui Ma unie. « J'irai à Paris l'aire mes relevailles, répliqua le Conquérant, avec U M il il Mances en guise de cierges. » Il ravagea en effet l'Ile-de-France, incendia Manies, et ne fut arrêté que par la maladie qui l'emporta en 1087. Philippe intervint aussi, mais sans succès, dans les affaires de Flandre.
(1) De son mariage avec Berthe de Hollande, Philippe Ier, né en 1052, eut un fils, Louis (VI), et une fille, Constance, qui épousa Hugues de i Champagne, puis Bohémond d'Anlioche. De Bertrade, il eul Cécile, qui épousa Tancrède, neveu île Bohémond, et deux fils, Philippe el Florus.
Philippe Ier ne prit aucune part aux grands événements extérieurs qui s'accomplirent sous son règne : conquête de la Sicile et de l'Angleterre par les Normands, expéditions 'les Bourguignons en Espagne el en Portugal, première croisade. Vers 1099, il associa son fils Louis à la couronne, malgré l'opposition violente de Bertrade, qui aurait voulu assurer l'héritage royal à Philippe et à Florus, les fils qu'elle avait donnés au roi. Louis fut obligé, pour se soustraire aux entreprises de sa belle-mère, de chercher un refuge auprès du roi d'Angleterre; mais il revint en France dès 1101 et, de ce moment, gouverna réellement. Philippe Pr, qui ne songeait plus qu'à faire bonne chère, mourut à Melun en 11IJ8.
Les Normands en Italie. — Malgré la constitution régulière du duché de Normandie, un certain nombre d'aventuriers, peu faits pour la vie sédentaire, se répandirent en Europe.
Guillaume Bras de fer, Drogon, Hunfroi, Robert Guiscard el I!"ger (Ier), tous les cinq lils de Tancrède de Hauleville, pauvre gentilhomme de Coulantes, vinrent chercher fortune dans l'Italie méridionale au détriment de la puissance byzantine. Le pape Léon IX et les Byzantins se coalisèrent; mais les Normands furent vainqueurs à Civittellaet ne rendirent la liberté à Léon IX que moyennant l'abandon de la ville de Bénévent (1053). Nicolas II jugea plus politique de faire sa paix avec les aventuriers : il conféra le titre de duc de Pouille et de Calabre à Robert Guiscard, celui de duc de Capoue à Robert d'Aversa, et les chefs normands se reconnurent vassaux du Saint-Siège.
On sait qu'en 1070 éclata, entre le pape Grégoire VII et l'empereur d'Allemagne Henri IV, la célèbre querelle des investitures; que l'empereur excommunié vint à Canossa pour obtenir du pape son absolution; qu'à son retour en Allemagne Henri IV, déposé parles partisans de son beau-frère Rodolphe de Souabe, proclama un antipape. Clément III, et marcha sur Rome. Les Allemands allaient s'emparer île la capitale de la chrétienté, lorsque Robert Guiscard, qui faisait une expédition contre l'empire d'Orient, revint d'Épire pour porter secours à Grégoire VII. Le pape, niellant Rome sous la protection de Robert, vint s'établir à Sâlerne, où il ne larda pas à mourir.
Roger Ier avait conquis le titre de comté de Sicile. Son lils Roger (II), après avoir dépossédé Guillaume, lils de Robert Guiscard, de la Pouille el de la Calabre, obligea le Saint-Siège à le reconnaître comme roi de Sicile, de Calabre et de Pouille : ainsi fut fondé, sous la suzeraineté pontificale, le royaume normand «les Deux-Siciles (1130).
Cet État cosmopolite, qui se servit de la puissance pontificale plutôt qu'il ne lui fui asservi, fut l'intermédiaire intellectuel et économique entre l'Occidenl el l'Orient. Il eut un gouvernement savant et tolérant ; il fut le centre d'un remarquable mouvemenl artistique; il prospéra par son commerce. Les races soumises lurent intelligemment associées à l'administration conformément à leurs aptitudes, el la législation normande, fruil d'un curieux éclectisme, eut surtout pour base l'importance sociale de l'infraction. Le châtiment était parfois exemplaire : la femme adultère avait le nez coupé.
Les Normands en Angleterre. — La presqu'île française que nous désignons sous le nom de Bretagne s'appelait autrefois Armo-
Embarquement de Guillaume le Conquérant (Fragment (le la tapisserie de ISavcux). I.i tapisserie » de Baycux est une loile sur laquelle nul été appliquées en broderie les scènes représentant la conquête de l'Angleterre par les Normands, lillc n'est
u . eoTl on l'a du, ;i la reine Mathilde, femme de Guillaume. C'est le ilemi l'ivre du conquérant, Km les de feule vil le, évêque du Haycux, qui la lit exécuter par des
brodeurs saxons de l<i»s à iwt environ. Elle mesure 70»,'J4 de t<>n>; sur une liautuur de 0"V'0. (."est un document de premier ol'dro peur l'histoire de la fin du si* siècltj.
LFS CAPÉTIENS DinF.CTS
Guillaume marche h la rencontre d'Hamld (I ragment do la lapisseiie rie Mayeux).
tique, et la dénomination de Bretagne s'appliquait à L'Angleterre, alors habitée par des Bretons. Lorsque les légions romaines eurent quitté l'ile, les Pietés Celles d'Ecosse) et les Seuls (Celles d'Irlande) attaquèrent les Bretons (Angleterre). Ceux-ci appelèrent à leur secours des aventuriers de race germanique, les Saxons, qui furent bientôt rejoints par un autre peuple germanique, les Angles. Les Barbares fondèrent sept petits royaumes, et la Bretagne s'appela rmais Angleterre ou pays des Angles (vie siècle).
Une partie de la population celtique passa alors la mer et aborda dans notre Armori- '|iie, qui prit le nom de Bretagne; le reste, acculé dans le pays de Galles et dans la Cornouailfes, résista aux envahisseurs et conserva sa Langue, ses traditions, ses institutions I .
Des Scandinaves, venus du Danemark, débarquèrent à plusieurs reprises en Angleterre el la conquirent en HlLi sur 1rs Anglo-Saxons. Mais la domination danoise ne l'ut pas de Longue durée et, eu 1042, Edouard le Confesseur, qui s'était réfugié à Bouen, vainquit à son tour les Danois, grâce à l'appui
Sceau de Guillaume le Conquérant.
(I) La persistance du sentiment celtique ^e manifeste de nos jours chaque année dans le pays de Galles par un concours annuel de poésie, de chanl e! de musique, appelé eîsleddfod. Ce concours esl accompagné de cérémonies
-symboliques accomplies par des vieillards qui se donnent encore le nom de druides; ils sonl velus d'une rohe blanche, entourés de bardes à la robe bleu d'azur et de disciples à la rohe verte.
des .Normands. Lorsqu'il mourut, le duc Harold lui succéda (1066). Guillaume le Bâtard, due de Normandie, qui songeait depuis longtemps à la couronne d'Angleterre, soutint qu'Edouard avait fait un testament en sa faveur et qu'Harold lui-même avait juré de tenir la parole de son prédécesseur : il en appela au pape et à tous les chevaliers, qui des quatre coins de l'Europe vinrent se ranger sous sa bannière, et une armée de cinquante mille combattants, réunie à Lillebonne, partit de l'embouchure de la Dive pour la conquête de l'Angleterre : la bataille de Senlac, près d'Hastings, dura du lever au coucher du soleil ; Harold et ses frères y perdirent la vie (14 octobre 106(3). Guillaume le Bâtard, devenu Guillaume le Conquérant, marcha sur Londres, se fit couronner par l'archevêque d'York, et, fidèle à la promesse qu'il avait faite à ses compagnons, leur distribua une partie des terres conquises (1).
Les Bourguignons en Espagne et en Portugal. — Alphonse, roi de Léon et de Castille, époux de Constance de Bourgogne, avait été vaincu à Zélacca par les Almoravides (2) [1086]. Désireux de se fortifier par des alliances, il maria sa fille Urraca à Raymond de Bourgogne et son autre fille ïliaréja à Henri de Besançon. Les Bourguignons qui vinrent alors dans la péninsule hispanique com-
(1) Dans sa célèbre Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Sonna mis (1825), Augustin Thierry a soutenu que les Normands avaient tout bouleversé en Angleterre; Palgrave prétendit au contraire qu'il n'y avait eu au xi' siècle qu'un simple changement de dynastie. Freeman (Histoire de la conquête normande de l'Angleterre, Oxford, 1867-1879) s'est attaché à établir que Guillaume le Conquérant continua la politique des souverains déchus, que la fusion des deux races fui complète sous les Planlagenêls, que la transformation de la langue fut la suite de son évolution naturelle, que les Normands adaptèrent les formes et les procédés architecturaux apportés de France aux matériaux (pie fournissait l'Angleterre, aux tous du paysage et aux goûts des vaincus.
(-1) Les Almorarides, dynastie herbère, régnèrent de 10.">o à 1147 sur le Maroc el sur une partie de l'Espagne. Ils furent renversés par les Almohades.
NjnnauJ:> ei Aujiais â u bataille d Haatings (Fragmeui de la tapisserie ue ttareux).
TIIKTOMiF. DF FRANCE
batlirenl plus d'une fois l'infidèle en compagnie de Ruy Diaz de Bivar, fe Cid qu'a immortalisé la tragédie de Corneille.
Le roi de Castille lit du Portugal un comté qu'il donna, comme fief, ;ï Henri de Besançon, dont le fils, Alphonse, prit le litre de roi en 1130, et, vainqueur îles Arabes à Urique (1139), fui reconnu par les Cortès, assemblées à Lamégo (1143). C'est donc un prince fiançais qui fonda la monarchie portugaise.
La première Croisade (1096-1099). — Los croisades seront l'objet d'un exposé d'ensemble (lj. Elles aboutirent à la fondation en Orient d'un empire latin qui fut éphémère, mais elles eurent, comme on le verra, d'importantes conséquences au point de vue social.
BIBLIOGRAPHIE
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