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II. LOUIS VI LE GROS ET LOUIS Vil LE JEUNE

Louis VI le Gros (1108-1137). Premières luttes contre la féodalité. — L'une des conséquences les plus importantes des croisades (l) fut de porter un coup fatal à la puissance féodale. Les seigneurs qui guerroyaient en Asie étaient autant d'ennemis île moins pour la royauté.

Le fils de Philippe Ier, Louis VI le (Iras, qui avait été associé dès 1 100 à la couronne, devint seul roi en 1108. Il n'avait rien d'un politique, mais remarquablement actif et valeureux, épris de combats et de batailles, il fut un homme de guerre accompli et ne cessa de combattre que lorsque son obésité ne le lui permit plus.

.S'il fut redouté, il se lit aimer aussi par son humanité et sa justice. Il se posa on défenseur des faibles et surtout du clergé contre la dominalion turbulente île ses vassaux, l'ai' son alliance avec l'Église, Louis VI ajouta à -,.ni autorité morale et politique. Il no sacrifia d'ailleurs ,i cette entente aucun des droits de la monarchie; il entendit rester maître de son rlergé, à qui il imposa la compétence de la justice i uvale et le droit d'intervention de la couronne dans les élections ecclésiastiques.

Il eut d'abord pour conseillois les frères de Garlande. Lorsque cette famille oui été disgraciée dans la personne d'Etienne, archichapelain et sénéchal, la faveur royale passa à Raoul do Vermandois cl surtout à Suger.

Le domaine royal, à cette époque, se composait seulement de l'Ile-de-France, de l'Orléanais, du Vexin et de la Picardie, mais ce modeste territoire n'était guère soumis à l'autorité du monarque : 1rs seigneurs de Coucy, de Montmorency, du Puiset, do Marie surtout. infestaient les roules, rançonnaient les voyageurs el exerçaient leurs brigandages jusqu'aux portes de Paris. Ces nobles bandits se mou-

Sceau et monnaie de Louis le Gros

traient d'autant plus irrespectueux de l'autorité royale qu'ils avaient I ■ eux Berlrade de Mohtfort, belle-mère de Louis le Gros.

Celui-ci n'eut pas de plus pressant souci que de bien asseoir sa domination dans toute l'étendue de son domaine. Il n'y réussit pas sans peine, les petits seigneurs étant soutenus par la grande féodalité, et il dut. diriger do nombreuses campagnes de gendarmerie dans l'Ile-de-France. Il soutint les seigneurs de Montlhéry et de Coucy, s'empara du château du Puiset, el laissa à ses successeurs un point d'appui solide pour résister aux ennemis de la royauté-.

Résolu à intervenir iliaque fois qu'il aurait l'occasion d'affirmer l'autorité royale hors de son domaine, il s'attaqua avec la même

(I j Voir, livre V, cliap. ier,

L'Église, les hérésies et tes i roi sudes, p. 138.

La tour de Montlhéry.

Charles le Bon, comte de Flandre.

(Recueil de Qaignières; Bibliothèque nationale.)

volonté, avec la même persévérance au re

iliiulalile Thibaut IV, c te de Champagne e

de Blois, neveu du roi d'Angleterre Henri lr Beauclerc, âme de toutes les coalition contre la France. \ers la lin de son règne, i dut. se résigner à une transaction.

Le roi de France prit le parti de l'évêqui de Clermont contre le comte d'Auvergne Guillaume IX d'Aquitaine vint au secours di son vassal; mais, au dernier moment, iljur'i fidélité à Louis le Gros, qui cul pour lui dan celle affaire la plupart des grands baron | 1 126), et dont le lils épousa Aliénor d'Aqui laine, petite-fille de Guillaume IX il 137) Celte union eut pour résultat d'étendre con sidérablement dans le Midi l'influence royale

LES CAPÉTIENS DIRECTS

Guerres et démêlés avec l'Angleterre. Affaires de Flandre. — La victoire d'Hastings avait permis à Guillaume le Conquérant de fonder en Angleterre une dynastie normande. Les ducs de Normandie, déjà puissants, pouvaient devenir un danger pour la France. Louis le Gros n'hésita pas à s'attaquer à d'aussi puissants vassaux, et il essaya d'occuper Les Andelys. Battu à Brémule (1119), il faillit même y être fait prisonnier. « Le roi est pris! »

s'écria, dit-on, un soldat anglais. « Ne sais-tu pas, lui répondit Louis, qu'on ne prend pas le roi aux. écliecs? », et d'un coup de sa masse d'armes il l'étendit mort à ses pieds.

Il voulut alors former une ligue féodale contre Henri 1er Beauclerc, mais le roi d'Angleterre appela à l'aide son gendre, l'empereur d'Allemagne, Henri V, qui se préparai envahir l'Ile-de-France.

Louis le Gros, prenant L'oriflamme à Saint-Denis, demanda à ses vassaux le service d'ost et vit se grouper autour de lui un tel concours de combattants que l'empereur se déroba (1124).

Charles le Bon, comte de Flandre, ayant été assassiné à Bruges (1127), Louis le Gros lui donna pour successeur Guillaume Cliton, fils de Bo-

bert Courte-Heuse, duc de Normandie. Le Conquérant avait laissé trois fils : Bobert Courte-Heuse, Guillaume le Boux et Henri Beauclerc. Le premier,, duc de Normandie, disputa le sceptre d'Angleterre à son frère Henri Beauclerc, qui s'était fait proclamer à la mort de Guillaume le Boux (1100). Il fut vaincu à Tinchebray (Orne en 1106 et fait prisonnier, pendant que Guillaume Cliton se réfugiait en France : Louis le Gros avait jugé de bonne politique de favoriser le jeune prince normand, qui ne put d'ailleurs se maintenir en Flandre.

Louis le Gros et les Communes. Mort de Louis le Gros.

— Le mouvement d'émancipation des communes (1) prit sous Louis le Gros une rapide extension. Le roi, dont l'intérêt était de protéger le peuple contre les seigneurs, favorisa ce mouvement, non dans ses propres domaines, mais dans les domaines de ses vassaux, lorsqu'il y trouva son compte. Il est vrai qu'il n'hésita pas à aider ensuite les seigneurs à écraser les villes rebelles, lorsque tel était son avantage. On ne peut donc le considérer comme l'émancipateur des communes. Toutefois, il accorda à des villes du domaine quelques privilèges militaires et judiciaires, et il est l'auteur d'une charte célèbre : la charte de Lorris.

I)i' son mariage avec Adélaïde de Savoie (2), il eut sept fils, dont l'un, Louis le Jeune, comme on l'a vu plus haut, épousa Aliénor d'Aquitaine, héritière de riches provinces, qui accrurent considérablement le domaine royal. Ce mariage venait d'être célébré, lorsque Louis le Gros mourut 1 L37).

Son règne est important : les quatre premiers Capétiens avaient

(1) Voir, pour la formation et le développement des communes, livre IV, chapitre iv, Les Villes, l'industrie et le commerce.

-> Louis VI avait épousé en premières noces Lucienne, fille du comle de Rochelbrl, Guy le Rouge, mais ce mariage avait été annulé en lluT pour parenté au degré prohibé, et le roi épousa en lll"> Adélaïde de Savoie, (111e de Humbcrt II. Sa fi 11 e. Constance, épousa Rus lâche de Boulogne, fils d'Etienne de Blois, roi d'Angleterre (1135-11:j;sj, et se remaria avec Raymond V, comte de Toulouse.

Façade de l'église abbatiale de Saint-Denis.

été surtout les premiers seigneurs de la France, a partir de Louh \ !. la personnalité royale commence à se dégager chez nos rois de la personnalité féodale.

Louis VII le Jeune (1137-1180). Deuxième croisade. Louis VU conserva les conseillers de son père ci ach des barons de l'Ile-de-France ; il gagna, plus tard, l' de Champagne, mais il compromil I œuvre di < participant à la seconde croisade el surtoul en I mariage avec Aliénor d'Aquitaine : la se< ond< cesse allait opposer la puissance angevin la pu me.

Pendant une guerre contre Thibaut, Chamj

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Phot. Neurdein.

Portail de la façade principale de l'église abbatiale de Saint-Denis (xne siècle).

treize cents personnes réfugiées dans l'église de Vilry périrent dans les llammes (1143). C'était un fait de guerre, mais Louis VII n'en fut pas moins accablé de remords, et, écoutant les pressants conseils du vertueux abbé de Clairvaux, saint Bernard, le réformateur de l'Église, la plus grande figure du xne siècle, il entreprit une expédition en Terre sainte, malgré les avis de Suger. Edesse était retombée en 1144 au pouvoir des infidèles, qui menaçaient maintenant Jérusalem elle-même, et saint Bernard, du haut de la montagne de Vézelay, convia l'Occident à une seconde croisade (1146).

dant. En 1118, il fut chargé par Louis le Gros d'une mission auprès du pape Gélase II. Dès ce moment, le roi lui confia la direction des affaires ecclésiastiques, celles de la cour étant encore entre les mains d'Etienne de Garlande; mais dans la dernière partie du règne de Louis VI, après la disgrâce de ce ministre, sa participation au gouvernement devint prépondérante (1130-1137). Il fit partie également du conseil de Louis VII, sans y avoir tout d'abord une très grande autorité-.

En 1147, Louis le Jeune, partant pour la croisade, lui confia la

Sceau et monnaie de Louis VII.

L'empereur Conrad III s'était déjà croisé. Suivant cet exemple, Louis VII et Aliénor prirent la croix à Saint-Denis en présence du pape Eugène III et de Suger. L'armée, décimée dans la traversée de l'Asie Mineure, échoua devant Damas [1148] (1).

La monarchie ne souffrit pas trop de l'absence du roi, grâce à la vigilance de Suger.

Suger. — Issu d'une famille d'humble origine, Suger fut élevé à l'abbaye de Saint-Denis, où il eut pour condisciple le prince qui devait régner plus tard sous le nom de Louis le Gros et avec qui il se lia d'une étroite amitié. Sa vive intelligence, son instruction solide, son éloquence naturelle qui le fit comparer par ses contemporains à Cicéron, l'appelèrent à jouer de bonne heure un rôle important dans l'abbaye, dont il devint l'avocat et comme l'inten-

(1) Voir, pour le récit de la deuxième croisade, livre V, chap. les hérésies et les croisades, p. 142.

er, L'Église,

testament de Suger.

régence. Suger, en recourant au trésor de Saint-Denis, ou même à sa fortune personnelle, parvint à suffire aux dépenses du royaume comme à celles de l'expédition. Il assura l'ordre public contre les intrigues des nobles, contre l'insubordination d'une partie du clergé, contre l'ambition de Robert de Dreux, frère de Louis VIL A la fin de la régence (1149), le roi en consacra les heureux résultats par le titre de Père de la Patrie, donné à son ministre.

Tout en s'occupant des affaires publiques, Suger fut un des abbés les plus actifs qui aient dirigé Saint-Denis; il tripla, quadrupla même les revenus de l'abbaye par son administration ; les brigandages cessèrent dans les domaines abbatiaux, et des pays déserts furent rendus à la culture; il y créa des villes neuves, ainsi Vaucresson (1146), y appelant manants et nomades à les peupler, par la promesse d'exemption d'impôts ou de privilèges.

Il fit reconstruire l'église de Saint-Denis, qui fut solennellement

LES CAPÉTIENS DIRECTS

consacrée le 0 juin 1140; il la voulut superbe, magnifiquement ornée, comme les églises byzantines, de calices, de reliquaires, de croix, d'étoffes somptueuses, et il surveilla lui-même les travaux, fournissant aux artistes les thèmes qu'ils devaient ensuite développer par la statuaire, l'orfèvrerie ou la peinture sur verre. Si en 11"28. cédant à l'esprit de réforme de l'époque, il soumit son

abbaye à une règle plus rigoureuse, il ne s'en éloigna pas moins des écoles monastiques de Clairvaux et de la Chartreuse. Il vécut au milieu du monde, le dirigea au lieu de le fuir.

Annulation du mariage de Louis VII et

d'Aliénor. — Su-

ger put empêcher Louis VII, pendant quelques années, de faire annuler son mariage avec Aliénor, dont la conduite légère avait donné au roi, même pendant la croisade, de justes sujets de plainte; mais, après la mort du ministre (13 janvier 1152), le concile de Beaugency annula le mariage comme contracté entre personnes parentes à un degré prohibé (21 mars 1152).

Aliénor se remaria avec Henri II Plantagenêt (1), comte d'Anjou, du Maine et de Touraine, duc de Normandie. Henri devint roi d'Angleterre en 1 1 ' j 'i , et à ses propres domaines vinrent s'ajouter ceux d'Aliénor: l'Aquitaine ou Guyenne, le Périgord, le Limousin, le Poitou, l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois. En 1169, il proclama son fils Geoffroi duc de Bretagne, de sorte que, de l'embouchure de la Seine aux Pyrénées, l'Océan devint une mer étrangère, et la dynastie angevine, qui régnait à Londres, était plus puissante en France même que la dynastie capétienne.

Le second mariage d'Aliénor marque le début de la rivalité des maisons de France et d'Angleterre, qui devait se terminer seulement à la fin du xve siècle. Dans cette lutte, Louis VII eût été brisé si Henri II n'eût été souvent retenu en Angleterre, soit par l'affaire de Thomas Becket, soit par les révoltes ou les intrigues de ses fils. Louis VII ouvrit les hostilités au nom du droit de mariage féodal,

Geoffroy Plantagenêt.

(Émaux champlevés [xne siècle]. Musée du Mans.)

1 Les Plantagenêts. — Mathilde, fille de Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre de lloo à 1135, épousa en premières noces Henri, empereur d'Allemagne, et en secondes noces Geoffroi V Martel, comte d'Anjou, surnommé Plantagenêt, parce qu'il avait l'habitude de porter à sa toque un brin de genêt. De cette union naquit Henri, roi d'Angleterre en 1154 sous le nom de Henri II. Le tableau synchronique ci-après énumère les rois anglais (de la dynastie angevine ou des Plantagenêts) et les rois de France qui occupèrent le trône depuis l'ouverture de la rivalité des deux maisons jusqu'à la guerre de Cent ans :

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