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HISTOIRE DU COSTUME EN FRANCE. — I

Des Origines au XIVe siècle,

Les chiffres romains renvoient aux rangées et, dans chaque rangée, les figures sont désignée» de gauche à droite par les chiffres arabes.

A l'époque mérovingienne, le costume romain dominait dans les classes supérieures : habits courts, saie et tunique à manches, culotte collante et courte, retenant, par des cordons liés aux genoux, des calciae, sorte de bas faits de pièces cousues. Pour les femmes, longue tunique et palla (I, 2). L'homme du peuple conservait le sayon primitif, soit court et retenu par une ceinture, soit plus long et flottant. Il se garantissait de la pluie à l'aide de la pœnula, manteau en forme de cloche [I, 3), 01/ de la bardocuculle, pèlerine à capuchon l, i . // couvrait ses jambes nues par des guêtres d'étoffe, serrées aux jarrets et aux chevilles par des cordons. Le guerrier portait, sur le sayon, un justaucorps en peau de bète; sur les braies, un lacis de lanières fixant des brodequins de cuir; sur les épaules, le grand manteau d'origine germanique; sur la tète, un casque avec ou sans cimier (I, 1). Les clercs portaient une longue caracalle à larges manches et à capuchon (I, 5).

A l'avènement de la dynastie carolingienne, le vêtement tend à s'uniformiser. Les Francs portent deux tuniques (la première en toile, la seconde en laine) et des pantalons enserrés par des bandages. Un manteau couvre le côté gauche et s'ouvre sur l'épaule droite, retenu par une fibule : ainsi nous apparaît Charlemagne dans une mosaïque célèbre. Ce costume se complète par des souliers en cuir mordoré et une coiffure en forme de calotte I, 7). Les nobles portaient autour de la tète un ruban ou diadème (I, 6). Le fer, employé sous forme de plaques imbriquées, domine dans l'équipement militaire. Il couvre le torse, les bras et les flancs; les jambes sont protégées par l'entre-croisement serré des lanières germaniques. Le casque est généralement muni d'un couvre-nuque. Le boucli r est toujours rond ou ovale. La lourde épée pend en avant de la jambe gauche (I. 9i. Les femmes sont invariablement habillées de deux robes, et d'un pallium posé sur la tête ou d'un capuchon pointu I, in, 11 .

Pendant les Xe et XIe siècles, le vêtement varie peu. Il reste court et composé des mêmes éléments; la tunique de dessous, en toile blanche, prend le nom de chainse (chemise); celle de dessus, en laine ou en soie, s'appelle bliaud (blouse). Le costume d'apparat comporte la tunique longue et la dalmatique. Ces vêtements sont toujours ornés de franges et de broderies précieuses enchâssées souvent de pierreries, et dérivant de l'art byzantin II. 1, i . Les gens du peuple portent la tunique étroite et de longs pantalons descendant jusqu'aux chevilles, dernier vestige de la braie gauloise, qui va être remplacée bientôt par de longs bas collants attachés à la ceinture II, 4). Mais, dans les régions habitées par les Normands, le peuple porte des braies courtes et flottantes, semblables à celles des paysans bretons actuels (II, 7). La coupe des cheveux et de la barbe subit de brusques variations. Après avoir porté la chevelure courte et les joues rasées, on adopte la mode provençale : barbe longue, cheveux rasés sur le front et longs sur la nuque ; puis, par réaction contre cett mode étrangère, on revient à la bizarre coiffure des Francs du Ve siècle qui rasaient les cheveux derrière la tète et les gardaient par devant de toute leur longueur. Dans le costume militaire apparait la broigne, tunique a capuchon en étoffe renforcée de fer. A vrai dire, la broigne, dérivée de la lorica romaine, existait dès l'époque mérovingienne, dissimulée entre les tuniques; aux Xe et XI'' siècles, elle devient extérieure. Elle est variable dans sa forme : fendue par devant ou sur les côtés pour ne pas gêner le mouvement des jambes, ou bien terminée en deux corps à la façon d'une culotte, elle est renforcée diversement : par des clous, par des anneaux de fer cousus sur l'étoffe, par un quadrillage de bandes de cuir; mais son caractère ssentiel reste le même : c'est une défense de corps protégeant, sans solution de continuité, le torse, les bras, les cuisses et la tête, grâce à la cervelière à nasal qui se fixe à son capuchon. Vers 1050, des chausses conçues d'après le même système s'adaptent aux jambes. Dès lors, l'homme d'armes est fervestu, et /'adoubement est la première forme d'un costume qui, par progrès successifs, arrivera à la perfection avec l'armure du XV' siècle III, 1 à 3).

Au XIIe siècle un changement radical se produit dans le vêtement : la chainse prend l'aspect d'une aube de prêtre; le bliaud tombe jusqu'aux pieds, ses manches s'élargissent en entonnoir; le grand manteau devient encore plus ample et se drape sur la ceinture, où il s'accroche, couvrant le bras droit; les chaussures

se terminent par des pigaches, pointes semblables à des queues de scorpion ; les cheveux, longs et frisés au fer, sont retenus par un ruban nommé tressoir ou chapelet. La barbe mêm est galonnée, c'est-à-dire tressée en petites touffes où s'entremêlent des fils d'or; en un mot, le vêtement masculin se féminise (II, S). C'est à la cour des princes normands, adonnés au luxe et à la débauche, que s'établit cette mode importée du Midi. D'autre part, le grand essor de l'industrie, les relations créées par les Croisades entre l'Europe et l'Asie, favorisent cette tendance nouvelle. Limoges fabrique des émaux dont Byzance nous a livré les procédés importés d'Orient. Toulouse et Iviontpelli r rivalisent avec Cordoue pour la fabrication des cuirs. La Flandre, le Languedoc, la Picardie, perfectionnent l'industrie du coton, de la laine, des teintures, et produisent des draps, des étamines, des serges, des tiretaines. De l'Orient nous arrivent les soies travaillées, les cendals, les brocarts, les velours et les fourrures, dont le goût devient une véritable fureur. Le costume des femmes s'enrichit d'un élément qui le transforme : c'est I gipon ou gipe, sorfe de justaucorps qui moule les formes du buste et se drape élégamment à partir de la ceinture. Un voilette de tissu fin, le mollequin, s'ajuste au front par un tressoir. Les cheveux descendent en avant des bras en deux larges nattes tressées et galonnées II. 9).

C'est au XII'' siècle que se fixe l'habillement sacerdotal. L'aube est toujours blanche; la chasuble, d soie ou de tissu ouvré, se décore d'un clave par devant et par derrière. Les évêques commencent à remplacer par une mitre basse l'antique bonnet surmonté de cornes (II, 10). Dans le vêtement de guerre, la broigne est remplacée par le haubert, chemise de mailles d'acier unies et rivées, avec manches longues, camail et coiffe, descendant jusqu'à mi-jambes. Le haubert, léger, souple, à l'épreuve de tous les traits alors connus, devient l'adoubement du chevalier; l'écuyer n'a droit' qu'à un haubert plus court, nommé haubergeon. Au début du XIIIe siècle, la défense de la tète se renforce par le heaume d'acier, matelassé à l'intérieur, qui se fixe, se lace ou se boucle sur la poitrine et sur le dos, au moment du combat. Sur le haubert se passe la cotte d'armes, serrée à la taille par une courroie (III, 4 à 71.

Au cours du XIII1' siècle, pour se distinguer du manant, le gentilhomme se revêt d'effets armoriés. Les vêtements sont en étoffe de la couleur du champ de son écu; les emblèmes héraldiques y sont figurés par un procédé d'impression nommé bat ture, ot/ par des broderies d'or, d'argent et de soies de couleurs. De là des robes parties ef écartelées, dont chaque face représente l'accouplement de deux ou quatre blasons (on entendait alors par robe l'ensemble du vêtement). Le noble attaché à un seigneur de plus haut rang s'habille aux couleurs de son maître, et ce vêtement, acheté aux frais de ce dernier, s'appelle une livrée.

Les vieux mots chainse ef bliaut disparaissent. Sur la chemise de fil on porte une longue camisole, la Maine, puis une robe de laine, la culte, enfin une robe plus courte, parfois sans manches, le surcol (IV, 6, 7). Les hommes ont le visage entièrement rasé, les cheveux longs et ramassés sur la nuque. Les femmes .les portent séparés sur le front, et ramenés en chignon derrière la tête. Cette analogie et l'extrême ressemblance des costumes vont jusqu'à rendre difficile l'identification de certaines statues de l'époque. A la fin du XIII'' siècle apparaissent un genre de surcot, la cotte-hardie, à larges mancherons IV, s . et aussi le mantel, entièrement fermé à l'encolure, fendu de haut en bas sur l'épaule droite pour laisser le bras libre, et pourvu d'une courte pèlerine (IV, 9).

L'usage des plates dans le costume militaire date des premières années du XIVe siècle : ce sont des renforts en fer battu qui se fixent sur le haubert, au défaut des épaules, sur les parties extérieures des manches et des chausses. Elles caractérisent l'adoubement mixte, qui ira se renforçant peu à peu jusqu'à former, cent ans plus tard, l'armure proprement dite IV. 12).

A cette même époque, le vêtement civil tend à se modifier. Le surcot se rétrécit et s'ajuste; la ceinture descend de la taille sur le haut des cuisses; sur la tête se place un petit bonnet de forme ronde ou un chapeau pointu dont le bord, retroussé par derrière, forme sur le devant une sorte de bec IV, s, 9. 10). Le costume change de physionomie, et l'on pressent la brusque révolution qu'il va subir avec les premiers Valois.

LA SOCIÉTtë RT I. A CIVILISATION AU MOYI-N Af.E

métalliques, Je clous, d'anneaux cousus: on la disait alors, suivant. le cas, maclée, cloutée, rustrëe ou annelée. Elle était treillisste quand aux clous se joignait un lacis de courroies régulièrement disposées. Au xive siècle, apparaissent le haubert, ou chemise à manches, formée de mailles unies ou riyées au lieu d'être appliquées, et le heaume, manchon d'acier à calotte plate ou surbaissée, lacé ou bouclé sur la poitrine et sur le dos, et protégeant pendant la charge les défenses de la tète, qui reste à l'intérieur libre de ses mouvements. Enfin, vers la fin du xive siècle, ['armure proprement dite se constitue par l'apparition successive de diverses pièces d'acier plein ou plates, qui finissent par envelopper le corps d'une carapace sans solution de continuité. La tète est protégée par le casque bassinet, salade, armet ; le corps, par la braconnier? ; le membre supérieur, par Vépaulière, la cubitière, les canons, le gantelet; le membre inférieur, par la tassette, le cuissot, la genouillère, la grève et le soleret. Le haubert, raccourci, se porle encore sous la cuirasse. Le casque est complètement fermé par une visière mobile, composée de trois pièces indépendantes : la vue, par où le combattant prend son jour; le nasal, qui protège son nez, et le ventail, par lequel il prend son vent, c'est-à-dire l'air pour respirer.

Le bouclier était île buis avec une bordure et des garnitures en fer, un revêtement de toile et de peau et un matelassement intérieur. Suspendu, en temps ordinaire, par une courroie qui passait sur l'épaule droite, de manière à couvrir l'épaule et le (lanc gauches, il était muni d'essaimes destinées à le fixer pendant le combat à l'avant-bras et à la main gauches. Le bouclier circulaire s'appelait rondacfie ou rondelle; très haut et rectangulaire, il portait le nom de pavois; il prenait celui d'écu, quand il était constitué' par une portion verticale de cylindres taillée intérieurement en sifflet, droit ou cintré dans son bord supérieur. Les larges étaient, des boucliers de petite dimension qui se tenaient comme des rondelles de poing ou se portaient pendus au cou.

Une robe, longue ou courte, était passée sur l'armure au moment du combat. Elle portait le nom de cotle d'armes, qu'on a étendu, par un abus de langage courant, à la broigne et à la chemise de mailles.

Les armures de joute et celles de parement ou parade) conservaient la même architecture essentielle, modifiée dans ses formes suivant les besoins auxquels elles devaient répondre.

Comme son maître, le destrier, le plus grand des chevaux de guérie 1 , le cheval de lance était couvert d'une lourde armure de fer; sa tète était protégée par le chanfrein, ses flancs par un flançois, composé de plaques de métal. Plus tard, cette armure fut recouverte d'une housse richement ornée ou caparaçon, quelquefois bordée de petites cloches nommées campaneltes. Dans les fêtes, le noble montait un cheval de parade, h; palefroi, moins résistant que le destrier, mais d'allure plus élégante.

Les Armoiries. — Les peintures symboliques qui ornaient l'écu des chevaliers prirent, vers la lin du xne siècle, à l'époque des croisades, un caractère régulier, et c'est alors qu'on établit des chartes et des répertoires où étaient décrites et figurées les armoiries de; chaque famille noble. On considéra dès lors ces armoiries comme autant de propriétés régulières, transmissibles et susceptibles d'acquêts, car les blasons des familles alliées s'unissaient cuire eux. Leur usage s'étendit des particuliers aux associations et aux villes.

La pièce essentielle est Vécu scutum , représentation fidèle du bouclier de l'homme d'armes, et dont la forme varie avec les pays, mais qui offre sa plus grande simplicité dans le vieil écu français ou, mieux encore, dans Vécu de tournoi ou bannière. Les daines et 1rs demoiselles eurent longtemps des blasons en ovale ou en losange.

Considéré comme une surface nue attendant sa décoration, l'écu est dit table d'attente; pour l'intelligence des termes héraldiques et, pour leur précision, on attribua différents noms aux régions de cette table d'attente : c'est ainsi que le centre fut appelé aear ou abime; les côtés, flancs; la partie supérieure, chef; la partie inférieure, pointe; comme l'écu est censé être tenu devant la poitrine de son possesseur, c'est le côté gauche par rapport à celui qui le regarde qui est dit flanc dextre et 'e côté droit qui est le liane sénestre. On entend par point du chef le milieu de celui-ci et par cantons les extrémités du chef et de la pointe.

Les blasons les plus anciens sont aussi les plus simples et sont, ou bien d'une couleur uniforme, ou bien de couleurs alternées, mais simples.

Ces couleurs héraldiques sont de trois sortes : émaux, métaux et

1 Ainsi appelé parce que l'écnyer. en marchant, le tenait à dextre (droite). Le reussin, monture des écuyers, était un cheval entre deux tailles, moins haut que le destrier et plus tort que le coursier ou cheval lé^er.

fourrures. Les émaux sont le gueules (rouge), l'azur (bleu), le sinople iveii et le sable (noir), auxquels on ajoute {'orangé et le pourpre (violel , moins fréquents cependant, de même (pie la couleur dite de carnation, employée dans la représentation du corps humain.

Les métaux sont, l'or et {'argent,

(Dans le cas où le blason n'est point représenté avec ses couleurs, on fait, usage de dessins conventionnels, afin de pouvoir distinguer les uns dvs aulivs émaux et métaux; ainsi le gueules est représenté par des hachures verticales, l'azur par des hachures horizontales, le sinople par des hachures diagonales de gauche à droite, le sable par du noir uniforme ou des hachures croisées verticales et horizontales, l'orangé par des hachures diagonales croisées, le pourpre par des hachures diagonales de droite à gauche; enfin l'or par un pointillé et l'argent par l'absence de tout dessin. Cette représentation conventionnelle est universelle.)

Les fourrures sont l'hermine (fond blanc semé de mouchetures noires), la contre-hermine (mouchetures blanches sur fond noir), le vair, fourrure de petit-gris (pommelée de blanc et de gris bleu, que l'on représente par une succession de points en forme de clochettes alternativement d'azur et d'argent); cette fourrure a donné' naissance au contre-vair et contre-vair en pointe (modifications de la forme des points), au vairé et contre-vairé, qui emploient toujours des émaux différents du vair proprement dit.

On conçoit aisément que les couleurs furent les premiers signes distinctifs des blasons; mais, la série des couleurs simples épuisée, il fallut, pour établir des distinctions nouvelles, varier ces couleurs ou les combiner; c'est alors qu'apparaissent les lois héraldiques réglementant tout le blason, et dont les principales sont les suivantes : 1° Le blason doit être régulier, complet et bref; 2° On ne peut nuitée métal sur mitai, ni émail sur émail; 3" Plusieurs pièces, meubles OU figures posés sur le même clmmji imt toujours le même émail quand ils sont répétés sans altérations, etc. Les blasons antérieurs à cette législation font parfois exception à ces lois et, en particulier, à la deuxième, telles par exemple les armes de Jérusalem (d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même); ces armes d'exception sont dites éi enquerre, parce qu'il faut s'enquérir de leur ancienneté. Une deuxième exception à la seconde loi, c'est que les pièces cousues, tels les champs de plusieurs émaux, par exemple, peuvent faire figurer à côté l'un de l'autre deux émaux ou deux métaux, puisqu'il est entendu que les pièces sont assemblées (cousues comme les pièces d'un vêlement et non superposées.

Ainsi donc, les distinctions nouvelles durent être simples; elles consistèrent, en effet, soit en une bordure, soit en une bande de couleur spéciale cousue sur le champ unicolore ; ce sont là des pièces honorables, et parmi les plus employées figurent : le chef, qui occupe la partie supérieure de l'écu; la Champagne ou campagne, qui en occupe la partie inférieure; lepal, la fasce, la bande, la barre, la croix, le sautoir, le chevron, le pairie, le gousset, la bordure, Y or le, Vécu en cœur, le franc-quartier, l'escarre, le canton, le vêlement, la chape, la chausse, l'embrasse (dextre ou sénestre), le giron, le manlel, etc. (Leur représentation en rouge sur notre planche en couleurs nous dispense de 1rs décrire plus longuement) ; il faut ajouter cependant qu'elles représentaient en surface à peu près le tiers de l'écu.

Lue autre façon de modifier les armes consista dans l'alternance des émaux : mais la juxtaposition des couleurs ne fui pas arbitraire non plus, et toutes les partitions de l'écu divisions par des traits dérivèrent des quatre grands coups guerriers, autrement dit des quatre manières les plus habituelles de se servir des lourdes épées à deux mains; ces quatre coups guerriers, qui partagent l'écu en deux moitiés, sont le parti un Irait vertical), le coupé un trait horizontal , le tranché (un Irait en diagonale de dextre a sénestre et h' taillé un liait en diagonale de sénestre à dextre . Par leur combinaison, on obtint Vécartelé coupé et parti ,1'écartelé en sautoir (taillé et tranché), le gironné parti, coupé, taillé' et tranché . Leur rebattement (c'est-à-dire leur répétition) permit l'usage de trois émaux ou donna des dispositions nouvelles : tiercé en pal, tiercé en fasce, tiercé en bande, tiercé en barre, puis G quartiers, 8, 12... 32 quartiers, échiqueté, losange, etc.

Les pièces honorables rebattues aussi, avec une grande régularité, donnèrent naissance à de nouvelles pièces auxquelles des noms spéciaux furent attribués : rebattu cinq fois au moins, le pal devint une vergetle, la fasce une bnrèle, la bande une cotice en bande, la barre une cotice en barre, etc. Moins de cinq fois, on blasonnait de... '■mail ou métali à tant de pals, bandes, barre... etc. de (métal ou émail ; mais si le nombre de pièces était égal aux interstices du champ, on disa'ttpalé, fasié. bande, b^m'. barrelé, vergeté, chevronné, etc., de... et de... Puis des modifications furent apportées dans la forme même des pièces honorables, modifications portanl sur leurs bords

IIISTOTKK DR l-IIANCR

ou leurs extrémités : les pièces en longueur purent être aiguisées, alésées, rompues, etc. ; la croix, potencée, vidée, cïéchêe, ancrée, etc.; la bordure, la l'usée, le pal, la bande, la barre, etc., furent dentelées, vivrées, bastillées, engrélées, componées, bretessées; l'orle ornée de fleurs de lis donna naissance au Irescheur, etc.

Enfin les meubles divers servirent encore à modifier la composition de l'écu. On range sous cette appellation toutes les menues /tièces, comme les besants (disques de métal sur champ d'émail qui rappellent sans doute des pièces de monnaie), les tourteaux disques d'email sur champ de métal), les billettes (briques), les macles, croissants, jlmis de lis, anneaux, annelets; les figures de fantaisie, c'est-à-dire la représentation d'animaux fabuleux [griffons, licornes, salamandres, sirènes, ph 'nix, guivres, etc.), les figures naturelles (représentations du corps humain, de bustes, bras, jambes, mains, etc., d'animaux, plantes, astres, édifices, outils, armes, etc.), dont la position exacte est délerminée par des qualificatifs toujours les mêmes {attributs); c'est ainsi que les quadrupèdes sont animés (les yeux d'un émail particulier), armés (les griffes), assis, accroupis, levés, passants, courants, rampants. Une tète de bœuf présentée de face est un rencontre, une tète de cerf un massacre, etc.; les oiseaux sont becqués (bec d'un émail particulier), membres (pattes d'un émail particulier), essorants, etc.; les poissons peautrés (nageoire caudale d'un émail particulier), oreilles (pour les ouïes), lorrés (pour les nageoires) ; les plantes, futées, fruitées, feuillJes, tigées, etc. (suivant que le tronc, les fruits, les feuilles, la tige sont d'un émail particulier); les bras humains [dextrochère, séries! rochère), mouvants de tel ou tel liane, parés (habillés), armés (tenant une arme), etc.; les édifices, ouverts (portes), ajourés (fenêtres d'un autre émail), maçonnés (pour les pierres), etc. Les armes sont garnies \ poignée), emmanchées (manche de haches, etc.).

Le code héraldique fixe d'ailleurs une position déterminée pour chaque pièce ou meuble : c'est ainsi qu'ordinairement les animaux et figures sont tournés à dextre, les plantes, les armes, etc., disposées dans une position naturelle; aussi, toutes les fois qu'une ligure quelconque n'occupe pas la position régulière, doit-on la blasonner contournée, versée, etc.

On appelle armes parlantes celles dont la lecture suggère un rapprochement avec le nom du possesseur (les Créqui avaient dans leur blason un créquier) ou un exploit accompli par lui. D'autre part, les branches cadettes, bâtardes ou alliées des familles, chargeaient leur blason d'une brisure, c'est-à-dire d'une pièce (lambel, bordure, écu en cœur, etc.) brochant sur le tout. (Là encore il pouvait être fait exception à la seconde loi héraldique, puisque la brisure marquait un changement voulu dans les armes primitives.)

Les blasons composés sont ceux qui sont formés par fusion d'armoiries appartenant à des familles différentes.

Les ornements extérieurs comportent toute une série de figures dont la fantaisie des graveurs et peintres héraldistes du moyen âge se plut à parer le blason proprement dit. On appelle tenants des ligures humaines (guerriers, sauvages, anges, etc.) qui s'appuient sur l'écu ou semblent le maintenir; les supports sont des animaux et les soutiens des végétaux qui remplissent le même office. Les couronnes dont la forme et le métal indiquaient le rang de leur possesseur), les heaumes, ornés de lambrequins rappelant les étoffes déchiquetées dans les tournois, tarés c'est-à-dire tournés; de l'ace ou de profil, avec leur visière ouverte ou abaissée, dont le nombre même des barreaux était une indication, constituaient le timbre; les cris de guerre et devises, les manteaux, colliers de tel ou tel ordre de chevalerie furent groupés, eux aussi, et arrangés en ornements extérieurs. Les villes placèrent en cimier sur leurs armes une couronne murale; les cardinaux, archevêques, évêques et abbés, etc., une croix pastorale, une crosse ou une mitre avec un chapeau (rouge, vert ou noir suivant le rang) orné d'une cordelière à houppes plus ou moins nombreuses. Les titulaires d'une charge ou d'une dignité quelconque en firent figurer le ou les attributs comme ornements extérieurs de leurs blasons.

Le Château féodal. — On a vu que, par suite de l'établissement du régime féodal, les seigneurs exerçaient, chacun dans son fief, les divers pouvoirs el bs droits qui peu à peu furent reconquis par la monarchie : le centre du fief, le siège de la puissance seigneuriale, c'était le château.

Le seigneur était roi dans son domaine (1). Il était à la fois grand propriétaire foncier et chef d'administration; il exerçait à la fois les droits domaniaux et les droits féodaux; il avait sa cour, son armée, ses sujets, levait des impôts, battait monnaie. Son droit de rendre la justice était indiqué devant la porte d'entrée par une fourche patibulaire à trois piliers s'il était haut justicier, ou par un simple gibet s'il n'avait que la moyenne justice.

Le château était le centre! de la vie économique et sociale, le foyer d'une puissance illimitée en fait, et, tant que la royauté fut trop faible pour faire échec, aux barons, celte puissance fut la source d'abus intolérables. On vit des seigneurs se livrer à des actes répétés de brigandage, dévaliser ou rançonner les voyageurs, piller les monastères ou les églises, ravager sans pitié les récoltes, réduire à la lamine des paysans éprouvés déjà par les guerres privées.

Burchard, dil/e Barbu, tige de la maison de Montmorency, possédait dans l'île Saint-Denis un château fort où il entassait le butin qu'il volait à l'abbaye voisine. Le roi fit abattre ce repaire, mais il autorisa le propriétaire à en bâtir un autre à Montmorency. L'un de ses descendants, Burchard IV, à l'exemple de son aïeul, exerçant les mêmes brigandages, le prince Louis, fils de Louis le Gros, fut obligé de se mettre à la tète de ses troupes et d'assiéger le château. « 11 entra, disent les Grandes Chroniques de France, dans la terre de Burchard, et gasta tout par le feu et par le glaive, hors de son chastel qu'il prit. » Un autre membre de cette famille occupait le château fort de Montlhéry et désolait tout le pays d'alentour en y exerçant des rapines que le roi était impuissant à réprimer. Ce prince ne trouva qu'un moyen de les empêcher, ce fut de marier un de ses bâtards à la tille du châtelain ; malheureusement, le gendre prit goût au métier de son beau-père, et ce fut lui qui se chargea de piller et de détrousser quiconque s'aventurait dans le voisinage du château. Le châtelain de Gournay volait les bestiaux des marchands qui naviguaient sur la Marne.

Xe siècle. — Jusque vers le milieu du xe siècle, les châteaux de France tenaient encore du camp romain et de la villa romaine et, suivant que le propriétaire franc possédait du territoire plan ou montagneux, ils étaient bâtis en plaine, sur les bords d'une rivière, ou, dans le second cas, sur l'assiette supérieure d'un plateau.

Les châteaux bâtis sur les bords d'une rivière, comme celui que montre notre reconstitution (fig, 1), étaient enfermés dans une enceinte de palissades entourée de fossés. Au centre, sur une motte ou monticule factice formé avec les terres provenant des fossés, se dressait le dominium; c'est-à-dire la maison du maître, en français donjon.

Ce donjon était en charpente de bois ; on y accédait par un pont en bois facile à couper en cas d'alerte. L'enceinte renfermait encore les bâtiments nécessaires au logement des compagnons du seigneur, des écuries, hangars, magasins de provisions, etc. Deux portes

(1) Voirsur le régime féodal elles droits du seigneur, livre III, cliap. vi, p. 79.

Évolution du château féodal, figure l (Xe siècle); A, coupo Uu donjon (Dessin de IIofkbaukr).

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE

Évolution du château féodal, figure 2 (Xlle siècle), li, détail dos hourds; C, cou4>e des tours d'angle donnant la disposition intérieure des hourds en bois

(Dessin de H o F r b a u b r ).

s'ouvraient dans les palissades, l'une à l'est et l'autre au sud, du côté de la rivière; elles étaient garnies de défenses extérieures. Une guette, placée au sommet du donjon, permettait d'observer ce qui se passait dans les environs.

Il existe encore des traces d'un établissement de ce genre à Sainle-EuIalie-d'Auibarès (Gironde .

Si le cbàteau était posté sur un escarpement, dans un pays montagneux, on voyait souvent le moellon remplacer le bois, à cause de la facilité qu'on y trouvait à se le procurer.

Une seconde enceinte, nommée basse cour ou baille, qu'on retrouve dans presque tous les châteaux du moyen âge, était ménagée entre la rivière et le château.

Quand les fossés de ces châteaux primitifs n'étaient couronnés que de palissades, on les appelait plessis; plus tard, quand ils furent surmontés de murs en pierre sèche, on les nomma ferlés; de là ces termes de plessis et fertés que l'on retrouve en si grand nombre dans les noms de nos villes et de nos villages.

C'est dans son donjon que le seigneur vivait retiré avec sa famille et quelques compagnons; c'est là que se reliraient les défenseurs du château lorsque les deux enceintes avaient été successivement franchies par l'assaillant.

XII' siècle. - A partir du xic siècle, les fragiles constructions en hois furent remplacées par de solides édifices en pierre.

Notre reconstitution fig. 2) représente un château du xnc siècle, élevé sur l'emplacement de l'ancien plessis en bois. Les fossés en talus ont été creusés à fond de cuve. La cour a été entourée, sur les quatre côtés, de bâtiments en pierre, de deux étages, surmontés de galeries percées de meurtrières. Les angles de ce quadrilatère ont été renforcés par quatre tours, dont nous donnons en B les détails de construction des créneaux, garnis de hourds en bois. Les hourds étaient des ouvrages en bois, dressés au sommet des courtines ou des tours, destinés à recevoir des défenseurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un llanquement plus étendu et une saillie très favorable à la défense; par les ouvertures ménagées à la partie inférieure des hourds, ou projetait

verticalement sur l'assaillant des pierres, de l'huile bouillante, de la poix fondue. On voit en C une coupe d'une tour faisant connaître la disposition intérieure des hourds.

Le donjon, au milieu de la cour, a été reconstruit en pierre, à la place de l'ancienne demeure en hois du xe siècle. En temps de paix, le donjon renferme les trésors, les armes, les archives de la famille, niais le seigneur n'y loge plus; il s'y retire seulement en temps de guerre, avec sa femme et ses enfants. C'est dans l'aile sud et sud-ouest des nouveaux bâtiments que se trouve désormais son habitation; c'est là aussi que sont la chapelle, la salle de parade et la salle des gardes.

Deux nouvelles portes en pierre, protégées par des toui's rondes, ont éjé ménagées, l'une dans le milieu de l'aile sud et l'autre dans celle de l'est. Ces portes, jusqu'au xiv° siècle, n'étaient munies que de herses et de vantaux, mais ne possédaient pasdepont-levis. Au commencement du xive siècle, on commença d'établir, à l'entrée des ponts jetés sur les fossés, devant les portes, des ponts-levis de bois et des ouvrages avancés, dits barbacanes.

La baille du sud a été entourée de murs crénelés, et fortifiée de deux tours, dont l'une, la plus grande, appelée tour du coin, était destinée à défendre le passage de la rivière.

A titre de comparaison, nous citerons : les donjons de Niort et de Heaugency (voir p. 159) ; le château d'Arqués (voir p. 156), bâti en 1040 par Guillaume, oncle de Guillaume le Bâtard, à l'extrémité d'un promontoire près de Dieppe; le château de falaise qui, au xue siècle, ne consistait réellement qu'en un gros donjon carré (voir p. 94) ; le château Gaillard, bâti pendant les dernières années du xir siècle (1107) par Richard Cœur de Lion, aux Andelys, sur un promontoire élevé de plus de 100 mètres au-dessus du niveau de la Seine (voir p. O.'î et 101); le donjon de Provins, état actuel (voir p. 156) et reconstitution (voir planche X). [Celle tour, dite de César, qu'on appelle aussi Tour du Roi, Tour au Prisonnier, est en réalité le donjon d'une forteresse que les comtes de Champagne ont édifiée vers 1170. La base terrassée de l'édifice a été faite par ordre du capitaine anglais Thomas Guérard en 1432, tandis qu'il commandait la place, pour recevoir de l'artillerie à feu]; le château de Gisors, dont nous donnons la porte du donjon (état actuel, voir p. 157) ;

Évolution du château féodal, lîcjure 3 XlVe sièclo).

U, coupe du doMjon donnant la disposition des mâchicoulis Ijc-.mii 'le Ho ffbau k h)-

rhot. Neurdein.

Ruines du château d'Arqués, près Dieppe (Seine-Inférieure).

le château de Crussol (voir p. 157), dont on voit encore les restes près de Saint-Péray (Ardèche); le château de Polignac (Haute-Loire), dont le donjon a été restauré de nos jours (voir p. L'37); le château de Montlhéry (voir reconstitution p. 159 consistant en plusieurs enceintes disposées en terrasses superposées de plus de cent pieds de longueur et qu'un devait successivement franchir pour arriver au donjon, dont la construction appartient à la première moitié du xmc siècle. Le château de Coucy, qui couvrait une surface de 10000 mètres, a été édifié de 1225 à 1230; la salle des Preux fut reconstruite vers la fin du xive siècle, en même temps que les bâtiments d'habitation (voir p. 119, 158 et 1011 .

XIVe et XVe siècles. — Au xive siècle, le château féodal est dans (ont son épanouissement. Tout y a été perfectionné au point de vue de la défense et de la commodité; les ailes ont été surmontées d'un étage et couronnées de mâchicoulis en pierre; il en est de même du donjon. Les portes ont été garnies de ponts-levis défendus par des tours surmontées de terrasses pour recevoir de l'artillerie; des herses ou grilles garnies de pointes par le has ont été placées sous les portes pour en barrer Tarées. Toutes les tours d'angle ont été surélevées d'un étage et pourvuesde mâchicoulis en pierre.

Nous avons dit qu'il étail d'usage aux xne el xin1' siècles de garnir 1rs sommets dis tours et des courtines de hourds en hois. II n'est pas besoin de dire que les assaillants, au moyen des machines de jet, cherchaient à briser ers hourds avec des pierres, ou à les incendier avec des projectiles enflammés, ce à quoi il ïeurélail possible de parvenir facilement. J>é.|à au xiii" siècle un avait cherché à rendre 1rs hourds de charpente moins faciles à brûler en les portant sur des consoles de pierre.

Au commencement du xiv siècle, cm remplaça presque partout 1rs hourds de charpente par des bretèches continues de pierre, qui pré-

Coupe d'une oubliette du château de Pierrefonds A, cachot; R, jour de souffrance; C, porte d'entrée du cachot, D, latrines; E, orifice d'entrée de l'oubliette ; F, oubliette;. G, latrines: I, puits de l'oubliette; J, tuyau de descente des latrines ; L, fosse d'aisances , K, fossé du château.

La tour do Ccsur, à Provins (Seine-ol-Marne).

sentaient tous les avanlages des hourds. Ces nouveaux couronnements ou mâchicoulis ne pouvaient être incendiés et résistaient mieux

aux projectiles lancés par les engins; ils étaient fixes et ne se posaient pas seulement eu temps de guerre comme les hourds de bois, (lu voit en L> (/è/. 3) la disposition intérieure et extérieure de ces mâchicoulis en pierre. Les basses-courts ont été transférées dans une nouvelle enceinte du château au delà du fossé, côté ouest; un jardin avec treillis a élé planté au nord.

Le château de Pierrefonds, bàli vers 1390, sur l'extrémité d'un promontoire, près Compiègne, par le duc d'Orléans, a été reconstruit par Viollet-le-Duc sur les ruines de l'édifice primitif. Le château de Bonaguil, bâti vers le milieu du xve siècle à quelques kilomètres de Villeneuve-d'Agen, est situé sur un promontoire qui commande un défilé ; son assietle est entourée d'escarpements et n'est accessible que d'un côté (voir p. lo8).

On a donné le nom d'oubliettes à des trous de maçonnerie au fond desquels les victimes de la tyrannie féodale étaient descendues ou précipitées par l'ouverture d'une trappe.

Les oubliettes de Pierrefonds consistaient en un puits creusé au-dessous d'un cachot : on ne pouvait descendre dans ce cachot que par un orifice percé au centre de sa voûte, et, dans les oubliettes, que par un autre orifice ménagé dans le prolongement exact du premier : de la salle supérieure, on précipitait le patient dans le puits sans avoir besoin de le faire passer par le cachot.

Sans révoquer en doute l'existence des oubliettes, on doit se tenir en garde contre les traditions locales qui s'attachent aux souterrains des donjons et qui ont été horriblement dramatisées par les romanciers. On a souvent pris pour des oubliettes des celliers, des clacières ou même de simples fosses

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN AGE

Ruines du château de Crussol, près Saint-Péray (Ardèche).

d'aisances. Viollet-Ie-Duc a relaté l'existence d'un grand nombre de cachots, de vade in pace dans les châteaux, les abbayes ou les ofOcialités, niais il n'en a trouvé que trois pouvant être considérés comme des oubliettes : Chinon, la Bastille et Pierrefonds. Encore la destination des deux premiers ne lui a-t-e!le pas paru absolument démontrée.

L'ameublement du château. — Primitivement, dans la grande salle ducbàteauqui servait de lieu de réunion se trouvait la chambre à coucher, prise aux dépens de la pièce.

Le mobilier de la mande salie se composait de bancs avec coussins, de sièges mobiles, de tapis ou au moins de nattes de jonc, de courtines devant les fenêtres et les portes, d'une grande laide ûxée au plancher, d'un dressoir, d'une crédence, de pliants et de

Doojon du château de Polignac (Haule-Luire .

la chaire du seigneur. « Le soir, des bougies de cire étaient posées sur des bras de fer scellés aux côtés de la cheminée, dans des flambeaux placés sur la table, ou sur des lustres façonnés au moyen de deux barres de fer ou de bois en croix, suspendus au plafond. Le feu de la cheminée ajoutait son éclat à cet éclairage. Le mobilier de la chambre consistait en un lit avec ciel ou dais, en une chaire; des coussins en grand nombre, quelquefois des bancs servant de coffres, complétaient ce mobilier.

Des tapisseries de Flandre ou des toiles peintes tendaient les parois, et, sur le pavé, on jetait des tapis sarrasinois, qu'alors on fabriquait à Paris et dans linéiques grandes villes. Dans la garde-robe étaient rangés des bahuts renfermant le linge et les habille m en ts d'hiver et d'été, les

ar s du seigneur;

cette pièce devait avoir uni' certaine étendue, car c'était là que travaillaient les ouvriei's et les ouvrières chargés de la confection des habits; c'était encore dans la garde-robe que l'on conservait 1rs épices d'Orient dites stomalica , qui alors coulaient fort Donjon du château du Gisors Eure).

ins

ÎIlSTOim; DE FRANCE

cher (1). » Tel était le mobilier des demeures seigneuriales au xii° siècle.

Mais il se fit, au siècle suivant, nin- révolution notable dans l'aménagement et l'ameublement des châteaux; souvent le donjon fut abandonné et l'on cessa de coucher dans la grande salle. La noblesse avait pris en Orient des habitudes de luxe, et elle en avait rapporté des étoffes, des objels, des meubles de toute nature qui devaient modifier profondément l'aspect des intérieurs féodaux.

Au temps de saint Louis les artisans étaient d'ailleurs devenus plus nombreux et plus habiles. Les lourds bahuts, sièges et lits commencèrent àêtre remplacés par des objets plus maniables, plus élégants et plus commodes.

On voulut avoir des pièces mieux chauffées, mieux fermées ; on encourtina les fenêtres, on garnit les murailles de boiseries et de tapisseries. Devant les bancs, les chaires, on posa des marchepieds et des carreaux pour éviter le froid des carrelages. On alla même jusqu'à parfumer les lapis de lame, les fourrures, les nattes ou les jonchées.

La vie au château. -- Dès le malin, la cour du château se remplissait d'écuyers, de piqueurs et de pages, qui caracolaient sur leurs chevaux ou se livraient aux exercices physiques! Quelquefois les damoiseaux, dont plusieurs étaient des prodiges de force, assaillaient ou défendaient pendant plusieurs heures, avec leurs longues piques ferrées, un carré de fumier ou une butte de terre, aux applaudissements des spectateurs. Après dîner, les barres, les quilles, le palet et plusieurs autres jeux.

On dînait vers le milieu du jour et on soupait après le coucher du soleil.

« Les longues tables du réfectoire, journellement couvertes de plus de cent brocs de vin, de fournées de plus de cent pains, d'omelettes de plusieurs centaines d'oeufs, mais où tout se distribue par pesées, par mesures, par portions et à des heures réglées, n'offrent que l'idée des grandes quantités. C'est ici que règne l'abondance : les caves, les celliers, les huches, les laiteries, les fruiteries, s'emplissent et se désemplissent sans discontinuer; y prend qui veut, quand il veut et tant qu'il veut. Les provisions de tout genre y sont amoncelées avec une profusion qui an-

11 e la magnificence en même temps

que la richesse. Pour les consommer, ce grand nombre de nobles, d'écuyers, de veneurs, de fauconniers, de pages, de gens de l'office, de la sommellerie, de la boulangerie, ce grand nombre de serviteurs, de valets, d'ouvriers, de jardiniers, de fourriers, de concierges, de portiers, de soudoyers, de gardes, ne suffisent pas.

Ruines du château de Bonaguil (Lot-et-Garonne).

De tous côtés accourent des parents, des alliés, des voisins, des amis, des pèlerins, des voyageurs, qui tous séjournent plus ou moins, qui tous s'en reviennent rassasiés comme au lendemain d'une noce ou d'une fête patronale.

«Dans les cuisines, les cheminées n'ont pas moins de douze pieds

de large. Ni vous ni moi ne serions assez forts pour bien manier les pincettes ou tenailles, les pelles ou traye-feu. Les chenets ou contreliàtiers ne pèsent pas moins de cent livres, les trépieds moins de quarante livres; les pots de cuivre de trente livres y sont des pots ordinaires; il en est de même des broches de onze, douze livres. J'y ai vu rôtir à la fois, outre le gibier, la venaison et la volaille, un, deux, trois veaux, deux, trois, quatre moutons; le bouillonnement des marmites, la fumée des graisses, rendent l'atmosphère tellement grasse, tellement épaisse, qu'il suffit d'y respirer pour se nourrir; la veille d'une fête je n'userais, pour ainsi dire, y rentrer, de crainte de rompre le jeûne (1). » Le soir, quand tout dormait dans la campagne, que la herse était levée et qu'on n'entendait d'autre bruit que le pas mesuré des sentinelles, tout le monde se réunissait dans la grande salle. Assis autour du vaste foyer, les chevaliers s'entretenaient de leurs exploits; les pages et les écuyers se groupaient devant un jeu d'échecs; parfois, le pèlerin qui réclamait un gîte pour la nuit, le moine qui venait quêter pour son couvent, le trouvère et le ménestrel apportaient des nouvelles du dehors et payaient ainsi l'hospitalité seigneuriale. Parfois, au moment où l'on s'y attendait le moins, le guetteur donnait l'alarme : c'était quelque seigneur du voisinage qui venait donner l'attaque au château.

Les Cours d'amour. — Le seigneur, le plus souvent en guerre ou à la chasse, demeurait rarement au château. Des châtelaines du Languedoc et de la Provence, pour tromper leur solitude, imaginèrent les cours d'amour ; les nobles daines de la Champagne et de la Flandre les imitèrent.

Les cours d'amour étaient des assemblées composées de dames illustres par leur naissance et leur savoir, et qui délibéraient sur toutes les questions el contestations de galanterie, d'amour el de courtoisie. Des chevaliers et des troubadours pouvaient y siéger.

Les cours d'amour (xne-xi ve siècle), sans constituer de véritables tribunaux, rendaient des arrêts dont les considérants sont fondés sur les règles i\'\\\\ code dû à un certain André, chapelain de la cour de France au xue siècle, el qui est intitulé : De arte amaloria et reprubationc amoris.

<■ Les IcnsonSj écrit Jean de Noslradai ii us dans sa Vie des poêles provençaux, étoient disputes d'amour qui se faisoient

I \ iollet-le-Duc, Diction nuire raisonné du mobilier français, toine. 1er, page 3S1.

Le château de Goucy ; reconstitution de VlOLLKT-LK l> u i

I j \. Murs nu, divers étals, tome

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Français îles

LA SOCIETE ET LA CIVILISATION AU MOYEN ACE

ir;o

entre les chevaliers et dames, entre poètes parlant ensemble de quelque belle et subtile question d'amour; et où ils ne s'en pouvoient accorder, il les envoyoient, pour en avoir la définition, aux dames illustres présidentes qui tenoient cour d'amour ouverte et plaignière à Signe et Pierrefeu, ou à Romanin, ou à autres, et là-dessus en faisoient arrests qu'on nommoit lous arrests d'amours. »

Les festins. — Les repas solennels et abondants étaient poulie seigneur l'occasion de montrer ses richesses, d'exposer aux regards une table somptueusement servie, une nombreuse vaisselle d'or et d'argent. On a gardé le souvenir d'un festin que donna saint Louis à Saumur en 1241 pendant une fête célèbre surnommée la Non pareille.

Joinville y assistait en qualité d'écuyer tranchant : « Je tranchois, dit-il, devant le roi de Naples ; devant le roi Louis, le comte d'Artois, son frère, servoit du manger; le bon comte Jean de Soissons tranchoit du coutel. Pour garder la table estoient

messeigneurs Imbert de Beaujeu, Enguerran de Coucy et Archambault de Bourbon. Derrière ces barons, il y avoit bien trente de leurs chevaliers, en cotte de drap de soie, pour les garder, et derrière ces chevaliers grand nombre de sergents. A la paroy du cloître des halles où mangeoit le roi avec les comtes, mangeoient à une table vingt évêques et archevêques, et après eux mangeoit la reine Blanche au haut du cloître, et servoient la reine les comtes de Boulogne et de Saint-Pol; et, dans les autres ailes et au préau du milieu, mangeoient tant de chevaliers que je n'en sais le nombre. » Quant au festin lui-même, que signala une incroyable profusion de mets, les détails en ont été conservés :

On y servit en abondance le plat d'honneur, la « viande des preux », le paon royal, présenté avec son plumage. Des pages munis de larges coupes versèrent le clairet, l'hypocras, la cervoise aux convives, qui avaient devant eux des verres couronnés de fleurs. Le roi seul buvait dans un hanap d'or, posé sur une aiguière richement ciselée. Chaque service apparut, précédé d'hommes d'armes, annoncé par les flûtes et b-s hautbois. Lorsque le son du cor appela l'eau rose à laver, vingt hérauts à cotte fleurdelisée, tenant à la main des coupes pleines de pièces de monnaie, crièrent : » Largesse du plus puissant des rois! » Puis, s'approchant du perron des halles, ils lancèri ni au peuple une nuée d'agnels d'or, de besants, d'oboles, de marabotins, de gros tournois et de deniers parisis.

Les entremets nous dirions aujourd'hui les intermèdes ne furent pas moins remarquables que le festin lui-même. On vît urs contrefaisant le mort, des ehévres jouant de la harpe à trois cordes, un corbeau dialoguant avec un perroquet, des baladins avec un ours, des chiens el des singes.

La soirée, au dire d'un ancien historien, se termina par l'arrivée de « force plaisantins, farceurs et diseurs d'histoires grotesques, jongleurs de Gascogne,

chanteurs de Sens et Sauteurs du Donjon de Beougency

Le château de Montlhéry; reconstitution de IIoffbauer.

Poitou. C'est ainsi que finissoient ordinairement les festins royaux, en grandes joyeusetés, esbats et magnificences, de façon à ne plus mettre en oubli telles sollennités honnestes, récréatives et notables ».

La chasse. Les tournois. — La chasse suffisait à remplir le vide des journées du seigneur en temps de paix. Les barons étaient à ce point passionnés pour cet exercice que, partant pour la première croisade, beaucoup d'entre eux emmenèrent leurs chiens et leurs faucons. Dans les monuments et sur les tombeaux les nobles sont représentés avec un lévrier sous les pieds, avec un épervier sur le poing, ou simplement avec le gant qui servait à tenir l'oiseau. On jurait par son faucon comme sur son honneur.

Les seigneurs s'étaient réservé exclusivement le droit de chasse, le droit de garenne et le droit de colombier. Le braconnage était

Donjon de Niort (Dcux-Sèvrns).

IIISTOlItK DE FRANCE

impitoyablement réprimé : sous saint Louis, le sire de Couey fit pendre trois jeunes gens qui avaient chassé dans sa foret.

On entendail par déduit toul l'équipage de chasse, chiens, oiseaux, valets. Tout baron avait son déduit de vénerie el son déduit de /'"»connerie. Pour la chasse an vol, on employait des aigles, bien qu'ils lussent difficiles à apprivoiser, des autours et surtout des faucons.

Ruines du château de Coucy : la salle des preux.

Parmi ces derniers, on distinguait les gerfauts d'Allemagne, les sacres du Levant, les laniers d'Italie, le tagarot etïalfanet. L'épervier etl'émerillon étaient aussi très recherchés.

Gomme la chasse, les tournois passionnaient le seigneur féodal. Celaient des l'êtes solennelles, où des chevaliers taisaient assaut

d'adresse et de vigueur, dans des jeux et des c hais à armes

courtoises. « Les François, dit Du Gange, qui ont esté les plus belliqueux d'entre toutes les nations, sont les inventeurs des tournois et des joustes, qu'ils n'ont mis en usage que pour tenir les gentilshommes en baleine et pour les préparer pour les combats. •>

Quelques jours à l'avance on exposait les écus armoriés de ceux qui prétendaient entrer en lice; les seigneurs et les dames venaient les visiter. Un héraut ou poursuivant d'armes nommait ceux à qui ils appartenaient.

Sur îles estrades décorées de riches lapis, de bannières, banderoles et écussons, le roi, la reine, les dames, les seigneurs venaient prendre place. Des juges nommés exprès, des maréchaux de camp, drs conseillers ou assistants avaient des places marquées pour maintenir les lois de la chevalerie et pour donner leurs avis ou leur secours. Les hérauts avaient les yeux fixés sur les combattants, pour faire un rapport fidèle des coups portés et reçus. Ils avertissaient les jeunes chevaliers qui faisaient leur entrée dans les tournois de ce qu'ils devaient à la noblesse de leurs ancêtres : « Sou- \ iens-toi, s'écriaient-ils, de qui lu es fils et ne forligne pas. »

Le laiiil des fanfares annonçait l'arrivée des chevaliers, superbe-

Le donjon de Coucy (Aisne).

ment armés et équipés, suivis de leurs écuyers, tous à cheval; ils s'avançaient à pas lents, avec une contenance grave et majestueuse. <c Des dames el des da im nselles, dit La Curne de Sainte-Palaye, amenaient quelquefois sur les rangs ces fiers esclaves attachés avec des chaînes qu'elles leur ôtaient seulemenl lorsque, entrés dans l'enceinte des lices ou barrières, ils étaient prêts à s'élancer. Le titre d'esclave ou de serviteur de la dame que chacun nommait hautement en entrant au tournoi était un titre d'honneur qui ne pouvait être acheté par trop de nobles exploits. Il était regardé par celui qui le portait comme un gage assuré de la victoire, comme un engagement à ne rien faire qui ne fût digne d'une qualité si distinguée.

<( A ce titre, les dames daignaient joindre ordinairement ce qu'on appelait faveur, joyau, noblesse, nublog ou enseigne; c'était une écharpe, un voile, une coiffe, une manche, une mantelle, un bracelet, un nœud, une boucle; en un mot, quelque pièce détachée de leur habillement ; quelquefois un ouvrage tissu de leurs mains, dont le chevalier favorisé ornait le haut de son heaume ou de sa lance, son écu, sa cotte d'armes, quelque autre partie de son armure ou de son vêtement.

« Souvent, dans la chaleur de l'action, le sort des armes faisait passer ces gages précieux au pouvoir d'un ennemi vainqueur, ou divers accidents en occasionnaient la perte. En ce cas, la dame en renvoyait d'autres à son chevalier pour le consoler et pour relever son courage. C'était un moyen que l'on avait imaginé pour suppléer aux banderoles des lances el des casques et aux armoiries des écus, des cottes et des housses par lesquelles les spectateurs distinguaient chaque chevalier dans la foule des combattants. Lorsque toutes ces marques, sans lesquelles on ne pouvait démêler ceux qui se signalaient, avaient été rompues ou déchirées, de nouvelles faveurs qu'on leur portait servaient d'enseignes aux dames pour reconnaître celui qu'elles ne voulaient point perdre de vue et dont la gloire devait rejaillir sur elles.

« Un jour, sur la fin d'un tournoi, les dames se trouvèrent si

dénuées de leurs atours que la plus grande partie était en pur chef (tète nue); elles s'en allaient les cheveux sur leurs épaules et leurs cottes sans manches, car toutes avaient donné aux chevaliers, pour les parer, et guimpes et chaperons, manteaux et camises, manches et habits. Quand elles se virent à tel point, elles en lurent ainsi comme toutes honteuses; mais sitôt qu'elles virent que chacune était dans le même état, elles se mirent toutes à rire de leur aventure. »

Les principaux règlements des tournois, appelés écoles des prouesses dans le roman de Perceforest, prescrivaient de ne pas frapper de la pointe, mais du tranchant de la pointe, de ne pas combattre hors de son rang, de ne point blesser le cheval de son adversaire, de ne porter de coups de lance qu'au visage el entre les quatre membres, c'est-à-dire au plastron, de ne plus frapper un chevalier dès qu'il avait levé la visière de son casque.

Le juge choisi par les dames était toujours prêt à interposer son ministère lorsqu'un chevalier, ayant violé par inadvertance les lois du combat, avait attiré eonlre

LA VIE EN FRANCE. — VII

La Féodalité

Fie 1. — L'hommage au xii° siècle. — Quand un seigneur voulait se placer dans la dépendance d'un autre seigneur et devenir son vassal, il faisait acte c/'liomma.ie. Le futur vassal s'agenouillait devant son futur seigneur et, les mains dans les mains, lui prêtait serment de fidélité.

Après l'accomplissement de cette formalité, le seigneur à son tour l'investissait de la possession du fief, soit en lui remettant une motte gazonnée, un rameau d'arbre ou, pour les grands fiefs, un étendard. Cette cérémonie achevée, l'un devenait le suzerain, l'autre le vassal, et dès ce moment des devoirs et des droits récipivques les unissaient. Le suzei'ain devait à son vassal protection et bonne justice, et il ne pouvait lui retirer son fief que pour forfaiture ou trahison.

Le vassal qui voulait rompre la fidélité qui l'attachait au suzerain rejetait solennellement l'objet qui lui avait été antérieurement remis.

Fig. 2. — Un -doubement au xne siècle. — L'entrée dans la chevalerie était marquée par une cérémonie qu'on appelait adoubement (armement) et qui était complétée par la colée, c'est-à-dire que le chevalier ordeneur qui présentait l'épée au néophyte le frappait d'abord sur le col avec le plat de son épée et lui donnait ensuite /'accolade en signe d'adoption fraternelle.

L'adoubement avait lieu dans la cour du château où on étendait un tapis, autour duquel se plaçait l'assistance.

Fig. 3. — L'exercice de la quintaine, mannequin de chevalier monté sur pivot tournant. — Après l'adoubement et la colée, le nouveau chevalier, pour montrer qu'il était digne du titre qu'on venait de lui conférer, montait sur un cheval tenu tout prêt, et le lançait au galop sur la quintaine, que l'adoubé devait abattre d'un coup de lance sans cesser de courir sur son énorme destrier.

On voit au second plan le château de Falaise tel qu'il était au XIe siècle.

Fin. 4. — Le behourd (passe d'armes). — Après la formalité de la quintaine, les nouveaux chevaliers combattaient entre eux et faisaient, toujours montés sur leurs destriers, le behourd, c'est-à-dire quelques passes d'armes.

La journée se terminait par un repas et par une distribution de présents à toute l'assistance.

Fig. ">. — Le château d'Arqués (xie siècle). — Sur le versant sud-ouest de la vallée d'Arqués, à quelques kilomètres de la mer, Guillaume, oncle de Guillaume le Bâtard, fit construire en 1040 le château d'Arqués.

Il fit creuser au sommet de la colline un large fossé, et c'est sur l'escarpe de ce fossé qu'il éleva l'enceinte de son château, contrairement à ce qu'aurait fait un seigneur français, qui, en ce cas, aurait tout simplement posé son château sur la crête de la colline. Les fossés étaient munis de paiissades qui en défendaient l'approche.

L'entrée du château, que nous voyons au premier plan de notre reconstitution, était savamment combinée ; elle passait

sous la tour d'angle par un long passage voûté et bien défendu, et débouchait dans la cour du château.

Le donjon qui domine l'enceinte était de figure carrée, conformément aux habitudes normandes, et divisé par un épais mur de refend.

Fig. 6. — Embarquement de Guillaume le Conquérant, le 27 septembre 1066, a Saint-Valery-sur-Somme. — Notre reconstitution montre Guillaume le Conquérant sur le point de s'embarquer pour l'Angleterre. Il prépara en moins de huit mois, avec beaucoup d'habileté, une immense expédition de 400 gros navires et de plus de 1 000 bateaux de transport, montés par 60 000 hommes. Il demanda la protection du pape Alexandre II, qui lui donna l'autorisation d'aller conquérir l'Angleterre, et lui envoya un étendard bénit et un cheveu de saint Pierre.

Guillaume, ayant réuni sa flotte à l'embouchure de la Dive, relâcha à Saint-Valery-sur-Somme et débarqua sans rencontrer d'obstacle, près d'Hast ings, le 28 septembre 1066.

Fig. 7. — La grande chambre ou salle haute d'un château nu xne siècle. — On ne faisait pas de distinction entre le salon et la salle à manger : la salle était le centre, le local commun où l'on recevait, où l'on mangeait et où on couchait. Il y avait la salle basse du rez-de-chaussée pour les gens, les familiers, et la salle haute, au premier étage, pour le maitre et les siens.

A cette époque les fenêtres, de petite dimension, avaient deux châssis : l'un de verre à l'extérieur; l'autre de toile cirée, de parchemin ou de papier huilé. Les verres, mal fabriqués et mal joints, nécessitaient ce double appareil, dont le but variait selon la saison : combattre le froid ou l'ardeur du soleil passant à travers les vitres, dont les accidents de fabrication auraient fait de véritables verres lenticulaires.

Les poutres du plafond étaient apparentes et peintes; le parquet, en carreaux de terre émaillée et vernissée; les murs étaient peints. La cheminée, qui n'apparaît qu'au XIIe siècle, se trouvait entre deux fenêtres, ce qui permettait, tout en se chauffant, de regarder ce qui se passait au dehors.

A l'intérieur, la hotte est ovale et aboutit, en s'élevant, à un tuyau circulaire. Des poignées de fer étaient attachées sous le manteau, afin de permettre à une personne debout de se chauffer les pieds l'un après l'autre, sans fatigue.

De chaque côté de la cheminée se trouvaient deux tablettes en pierre, où se posaient les flambeaux du soir.

A droite de la cheminée, une banquette de construction massive, dont la partie basse servait de coffre.

Le lit, qui se voit à gauche de la cheminée, était de grande largeur et luxueux; le bois était sculpté et recouvert d'ornements incrustés ou peints, les matelas et les couvertures étaient enrichis de galons et de broderies; les courtines, tombant de ciels soutenus par des colonnes ou suspendues à des traverses, formaient alcôve.

Dans le fond de l'alcôve, on aperçoit un petit oratoire installé dans une tourelle d'angle du château.

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