LA VIE EN FRANCE. — VIII. LA FÉODALITÉ
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LA VIE EN FRANCE. — VIII
La Féodalité
Fie-. 1. — Château-Gaillard. — A quelques kilomètres de La Roche-Guyon, en descendant la Seine, on rencontre les ruines imposantes de Château-Gaillard , construit en 1197 par Richard Cœur de Lion.
Une année avait suffi à Richard pour achever le Château- Gaillard et toutes les défenses qui s'y rattachaient.
En 1204, Château-Gaillard fut assiégé et pris, après un long siège, par Philippe Auguste.
L'écroulement de la grosse tour qui se voit sur notre dessin, a gauche, à la pointe de la forteresse, obligea les assiégés à se réfugier dans la seconde enceinte, puis dans la troisième, où ils durent définitivement capituler. Philippe le Bel y fit enfermer ses belles filles en 1314.
Château Gaillard fut démantelé au commencement du XVII" siècle; il n'en reste plus maintenant que le donjon, quelques tours, des pans de murailles et des souterrains.
Fig. 2. — Entrée de Philippe Auguste a Pauis, après la bataille de Bouvines. — Philippe Auguste fît son entrée solennelle à Paris, par la nouvelle Porte Saint-Denis, récemment construite (en 1208), et de là, selon l'usage, par la Grant-Chaussée de Monsieur Saint-Denis; sur son passage, jusqu'à la cathédrale, les rues étaient tapissées d'étoffes de soie et de draps camelotés. Les corps de métiers suivaient, représentant, en habits de caractère, les sept Péchés mortels, les Vertus et la Mort, le Purgatoire, l'Enfer et le Paradis.
Les députés des six corps de marchands portaient le dais royal.
Des théâtres étaient dressés de distance en distance; on y jouait des scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Fig. 3. — Le château du [.ouvre en 1226. — Philippe Auguste entreprit la construction de son cliâteau féodal vers
De tous les grands vassaux, ce fut le plus puissant, Ferrand, comte de Flandre, qui, le premier et à ses dépens, apprit ce qu'il en coûtait de braver le pouvoir, dont la tour du Louvre symbolisait les prérogatives et la force. C'est lui qui, après la bataille de Bouvines, y fut enfermé le premier et qui, comme dit le peuple, « l'estrena ».
Louis IX fit disposer dans l'aile occidentale une grande salle, qui fut longtemps appelée la chambre de Saint- Louis.
Charles V fit reconstruire le château, comme on le verra dans la planche consacrée au XIV' siècle.
Fig. h. — Le palais de saint Louis, en la Cité, vers 125 I. — O/i voit au premier plan de notre reconstitution le vergier nival ou jardin du Palais. Ce jardin était alors d'une belle étendue. Il allait de la Conciergerie jusqu'à la pointe de Vile. C'est dans ce jardin même qu'en la belle saison, à l'ombre de quelque treille, saint Louis se faisait un plaisir de tenir ses plaids : « Je le vis aucune fois en été, dit Joinville, que pour délivrer sa gent, il venoit au jardin de Pans, une cote de camelot vestue, un surcot de tyreteinne sans manche, un mantel de cendal noir autour de son col, moult bien pigné, sans coife, et un chapel de paon blanc sur la teste, et faisait estendre tapis pour nous seoir entour li, et tout le peuple qui avoit à faire par devant li estoit entour, et lors il les fesoit délivrer en la manière que je vous ai dit devant, du bois de Vincennes. »
Au second plan, et au milieu, se trouve le palais habité par saint Louis, construit vers la fin du XIIe siècle en même temps que la Conciergerie et la nouvelle enceinte du Palais. Ce palais prenait jour d'un côté sur le jardin et de l'autre sur la cour du Mai.
La chambre à coucher de saint Louis, celle où la tradition voulait que se fût passée la première nuit de ses noces avec Marguerite de Provence, en 1234, se trouvait au premier étage du côté du vergier royal, et tout à côté d'une petite
chapelle où le roi faisait ses dévotions. La fenêtre qui éclairait cette chambre se voit dans notre dessin : c'est celle du premier étage du pavillon en avant-corps surmonté d'un toit pointu.
Le donjon, dont on voit le toit dépasser le palais de saint Louis, date de la même époque; de même que celui du Louvre, il servait de prison. A droite du palais, au fond du tableau, on voit la cour du Mai, la porte principale du palais donnant sur la rue de la Barillerie et la partie gauche de la façade de la Sainte-Chapelle.
Fig. 5. — Le roi saint Louis fait déposer dans la Sainte-Chapelle de Paris les reliques apporïées d'Orient, le 2o avril 1248. — En 1245, saint Louis chargea son architecte Pierre de Montereau de construire une châsse de pierre, travaillée à jour comme un filigrane d'or, tapissée d'émaux, illuminée de brillantes verrières, pour abriter, comme un dais d'or, les fragments de la couronne d'épines et de la vraie croix que lui avait cédés Baudouin II, empereur de Constantinople. Il ne fallut que trois ans pour achever l'œuvre admirable : « Nos moyens expéditifs, dit Violletle-Duc, et nos engins modernes nous permettraient à peine un pareil résultat. » La dépense avait été considérable. Elle s'était élevée, d'après l'enquête de la canonisation de saint Louis, à quarante mille livres tournois, qui feraient plus d'un million d'aujourd'hui.
Fig. (î. — Le mur d'enceinte de Paris, construit par Philippe Auguste, et l'abbaye de Saint-Geumain-des-Prés. — Au moment de partir pour la croisade, en 1188, Philippe Auguste prescrivit aux bourgeois de Paris de faire travailler immédiatement à l'édification d'une enceinte nouvelle, garnie de tours et de portes. On commença par la portion septentrionale, qui fut terminée en 1208. L'achèvement de l'enceinte de la rive gauche n'eut lieu que vers 1211 . L'épaisseur de ce mur était de 3 mètres au-dessus des fondements et de 2m,30 à une hauteur de 6 à 7 mètres au-dessus du sol. La hauteur totale était d'environ 9 mètres.
Des tours dites tournelles flanquaient et fortifiaient le mur de distance en distance. Elles étaient de forme cylindrique et débordaient le mur à l'extérieur d'un peu plus de la moitié de leur diamètre : elles étaient reliées entre elles par une plate-forme crénelée, servant de chemin de ronde. L'intérieur en était de forme circulaire et d'un diamètre de 4 mètres. L'espacement compris entre chacune d'elles était d'environ 60 mètres.
Le Pré-aux-Clercs, qui se voit à droite et en contre-bas du mur d'enceinte, était situé entre la Seine et l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés; il avait été choisi, au XII' siècle, par les écoliers de l'Université de Paris comme lieu de promenade. L'indiscipline des clercs, leur turbulence naturelle, accrue encore par les privilèges exagérés qu'ils tenaient de Philippe Auguste, furent pendant plus de deux siècles le sujet d'incessantes discordes entre l'Abbaye et l'Université, toujours prête à prendre fait et cause pour ses membres.
L'abbaye de Saint-Gei:main-des-Prés, au fond à droite, se présente ici au second plan, et telle que l'abbé Morard la. fit reconstruire vers l'an 1000.
Le porche et la tour jusqu'au second étage datent de cette époque; les autres parties de l'église ont été construites à deux reprises différentes : dans la seconde moitié du XI" siècle et au milieu du XII''.
L'abbaye prit l'aspect d'une véritable forteresse, isolée par de larges et profonds fossés que la Seine inondait : on n'y pénétrait que par deux ponts-levis. L'abbaye se composait d'une vaste église, flanquée, au nord, de son cloître; d'un jardin, entouré de portiques couverts; puis d'un parloir, dortoir, réfectoire, d'une salle de récréation, d'une bibliothèque, de communs, boucherie, four, etc., puis du palais de l'abbé.
LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AU MOYEN ACE
Arbalète : 1, à cric; 2, cric; 3, àpied-de-bicho; 4, picd-de-biche.
lui seul les armes de plusieurs combattants. Armé d'une longue pique ou d'une lance, il n'avait pas plus tôt abaissé sur le heaume (1,. ce chevalier le signe de la clémence et de la sauvegarde des dames qu'à l'instant celui-ci devenait sacré; personne ne pouvait y toucher sans forfaire à l'honneur. Les chevaliers ne terminaient aucune joute sans faire aux dames, qui avaient été l'âme de ces luttes guerrières, l'honneur de rompre une dernière lance.
Le tournoi Uni, les officiers d'armes faisaient leurs rapports, avec toute l'équité possible, puis le nom du vainqueur était annoncé.
Les officiers d'armes allaient prendre parmi les dames celle qui devait porter le prix et le présenter au vainqueur. « Le baiser qu'il avait alors le droit de donner en recevant le gage de sa gloire était comme le dernier terme de son triomphe. » Conduit au palais, il y était désarmé par les dames, qui le revêtaient d'habits précieux. Après qu'il avait pris quelque repos, elles le conduisaient à la salle où l'attendait le prince, qui lui réservait la place la plus hi.nn. rable du i'e-lin. Sun nom était inscrit sur les registres des officiers d'armes, et actions faisaient souvent la matière de chansons et «le lais.
Les tournois eurenl plus d'une fois une issue tragique, et il n'était pas rare qu'un chevalier terminât sa vie dans d'atroces souffrances.
La g-uerre. Les sièges. — Mais la grande occupation du baron, c'est la guerre. La cavalerie, qui se compose uniquement de la noblesse, forme la principale, pour ne pas dire la seule luire ,1.^ armées. Le rôle de l'infanterie, qui n'intervient qu'accidentellement, est toul à l'ail secondaire, etl'on chercherait inutilement quelques traces des ordres de bataille des beaux temps de Rome : le succès dépend delà force matérielle, du courage individuel. L'art de la guerre parut se relever quelque peu au temps de Bouvines; il tomba ensuite en décadence jusqu'à la guerre de Cenl ans.
Pourtant, à l'imitation du Grec Onosan-
Trébuchet au XHIe siècle.
Un siège au moyen âge.
Philippe Auguste devant Château-Gaillard.
m de Violi h i ri. Duc.;
Mangonneau.
der et du Romain Végèce', l'empereur d'Orient Léon VI écrivit un Traité de tactique qui, quoique compilé dans les écrivains de l'antiquité, contient quelques vues personnelles.
C'est la guerre de siège qui domina nécessairement au moyen âge, puisqu'il y avait surtout lieu, alors, de prendre ou de défendre des châteaux et des villes fortifiées.
Investir le château ou la ville, choisir un point faible et en faire approcher une machine telle que les mineurs pussent, à l'abri, saper le rempart et faire brèche, tel était en généra! le but des assiégeants. Aussi les architectes se préoccupaient-ils de grossir démesurément les murailles, doubler et tripler les enceintes, construire une succession de réduits où la garnison se réfugierait encore lorsqu'une partie de l'enceinte serait tombée au pouvoir de l'ennemi. La solidité des murs du donjon tendait à empêcher le succès de la mine et à obliger les assaillants de tenter l'escalade; des souterrains, mettant en communication di-
„ verses parties de la défense, permettaient
aux assiégés de revenir derrière les assaillants, si ceux-ci avaient pris de vive force quelques positions avancées. Les sièges présentaient toutes sortes de surprises et de péripéties, et les prises de châteaux ou de places fortes n'étaient souvent que des coups de main heureux.
Les croisades, en réunissant des masses considérables de troupes, rendirent possibles les sièges en règle, et l'on vit réapparaître en (trient les grands travaux de Rome et du Bas-Empire : camps retranchés, fosses de circonvallation et de contrevallation, construction' de plates-formes, de tours de bois poussées jusqu'aux murailles et servant soit à franchir celles-ci de plain-pied, soit à abriter les mineurs.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages à consulter : Delpech (Henri , La Tactique au KHI' siècle 1886, î vol.). Gautier i ,éon . La Chevalerie L884 . Goi rdon de Genouillac, L'Art héraldique Bibl tle l'eus, des beaux-arts). — Guilhiermoz P.
l'origine de la noblesse en Frai [il i - La Curne de Saixti P smj' l'ancienne i hevalei u !° éd., \ Maindron M. . Les i '■!. de l'ens. des
■ arts . — Paris G / ■ amour
(Journal des sin anls, 1888 . Vioi i Diction7iaire raisonné de l'architecture fran\ aise du \l au KV1 tiède; — Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carolingienne
il tu ' ire.
Cinq des figures représentant les travaux des mois (hauts reliefs de Notre-Dame do Paris).