TABLEAU GENEALOGIQUE DES VALOIS
Philippe VI (132S-1350).
Jean le Bon (1350-1304).
Charles V (1364-1380 .
Louis, duc d'Orléans (né en 1372, mort en 1407).
Charles, duc d'Orléans (né en 1391, mort en 1465).
Louis XII (1498-1515).
Louis XII meurt sans héritier et les Valois-Angoulême arrivent au trône avec François I", issu de Charles, comte d'Angoulème, arrièrepetit- fils de Charles V.
Jean, comte d'Angoulème (né en 1 104, mort en HC7).
Ciiaui.es, comte d'Angoulème (mort en 1496).
François Ier (1515-1547).
Henri II (1547-1559).
François II (1559-1500)
Charles IX (1560-1574)
Henri III (1574-1589).
Henri III meurt sans héritier et les Bourbons arrivent au trône avec Henri IV, issu de Robert de Clermont, sixième nls de saint Louis.
donc le litre de roi de Navarre, que les rois de France cessèrent de porter depuis cette époque jusqu'à Henri IV.
Intervention en Flandre. — Bataille de Casse/ (1328). — Philippe de Valois inaugura son règne par une entreprise militaire.
L'héritage de la Flandre, fief français, avait été naguère contesté à Louis de Nevers par son oncle Bobert d'Artois, marié à une sœur de Philippe de Valois. Le roi Charles le Bel, évoquant l'affaire devant son Parlement, avait retenu quelque temps le jeune comte dans la tour du Louvre; néanmoins, Louis de Nevers ayant promis de ne jamais revendiquer Lille, Douai et Orchies, le Parlement lui avait adjugé le comté (1322).
Louis vivait en chevalier, exigeanl sans cesse de nouveaux subsides, laissant le gouvernement à des Français qui n'entendaient rien aux mœurs ni à la langue du pays : le seigneur d'Apreinont, Philippe d'Axèle, ou l'abbé de Vezelay, fils du célèbre Pierre Flote, ennemi héréditaire des Flamands. Bien plus, il ne séjournait pas en Flandre et tenait sa cour à Nevers. De là de nombreuses révoltes; car les communes flamandes, riches et fortement constituées, entendaient que leurs libertés ne fussent violées ni par leur (ointe, ni surtout par le roi de France. En 1326, Louis, revenu précipitamment en Flandre, fut retenu six mois prisonnier par les Brugeois : sur la médiation de Charles le Bel, il fut n'iabli, après avoir juré de respecter les franchises locales. Il s'empressa de non rien faire et ses sujets le chassèrent. Comme il avait épousé Marguerite, fille de Philippe V le Long, il se trouvait être le cousin du lui de France, et il l'appela à son secours contre Les communes insurgées.
Le roi Philippe VI de Valois. La reine Jeanne de Bourgogne.
(Portraits extraits du Recueil d'Arras).
Sceau de Philippe VI.
Monnaie de Philippe VI.
La plupart des barons furent d'avis de renvoyer l'expédition à l'année suivante. Le roi, se tournant alors vers le connétable, Gautier de Chàtillon :
«Et vous, connétable, lui dit-il, qu'en pensez-vous? — Qui a bon cœur trouve toujours bon temps pour la bataille, » répondit Chàtillon. Le roi, transporté de joie, embrassa le connétable et fit entendre alors le cri si connu :
« Qui m'aime me suive ! » Le rendezvous général fut assigné à Arras pour la Madeleine (22 juillet 1328).
La chevalerie accourut en foule au rendez-vous, et l'armée royale s'avança sous les plis flottants de cent soixante-dix bannières: aucune milice nationale ne l'appuyait, ni aucune infanterie, si ce n'est un corps d'arbalétriers génois et une cohue de serfs et de vilains. Les Flamands n'étaient qu'au nombre de 16 000 hommes, commandés par leurs bourgmestres, car il n'était pas resté un seul chevalier pour marcher à leur tète. Néanmoins, et bien que les Gantois se fussent abstenus, ils ne perdirent point courage. Armés de haches ou de gros bâtons ferrés, ils s'établirent sur le mont Cassel, position inattaquable dominant la ville et d'où la vue embrasse les vastes plaines de la Flandre et de l'Artois. Ces soldats artisans avaient fait arborer sur une des tours de la ville, d'autres disent au centre de leur camp, un grand coq de toile peinte, avec cette ironique légende :
Quand ce coq ici chantera, Le roi trouvé ici entrera.
Les Flamands appelaient injurieuseinent Philippe le roi trouvé, parce qu'ils ne le regardaient point comme le légitime héritier du trône de France.
Les deux armées restèrent campées pen-
LA GUEIUIE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FEODAL
dant trois jours en face l'une de l'autre, à doux lieues de distance, les Flamands ne voulant point abandonner leur position, et les Français craignant de se compromettre par un faux mouvement en présence d'un ennemi résolu. Le quatrième jour, enfin, Philippe alla camper sur la rivière de Pienne, se rapprochant ainsi d'une demi-lieue de l'ennemi; puis il ordonna au comte de Flandre et aux maréchaux de France et de Navarre de ravager le plat pays, espérant qu'à la vue de l'incendie dévorant leurs maisons et leurs récoltes, les Flamands irrités se porteraient dans la plaine, où ils ne pouvaient manquer d'éluécrasés par le nombre. Le 23 août 1328, vers trois heures de l'après-midi, tandis que les Français dispersés dans le camp se reposaient à l'ombre ou se livraient au plaisir, les Flamands, prenant l'offensive, descendirent sans bruit du mont Gassel, divisés en tnùs corps, dont le premier, sous les ordres de Colin Zannekin, bourgmestre de Bruges, se porta directement sur les tentes du roi; le second, sur celles du roi de Bohême, et le troisième sur celles du comte de Hainaut. Il y eut au camp français un moment d'inexprimable confusion. Le roi s'élança aussitôt à cheval et fit marcher droit aux assaillants, tandis que Milon de Noyers, élevant en l'air et agitant l'oriilamme, appelait par ce signal les chevaliers. Les Flamands enveloppés, pressés de plus en plus par les hommes et les chevaux, fléchirent sous la puissance de cette étreinte continue, puis ils se rompirent et furent taillés en pièces.
Louis de Nevers, (Recueil
mains d'un prince qui n'était pas seulement un vassal du roi de France, mais aussi le souverain d'une nation déjà puissante, ayant à ce litre des intérêts opposés à ceux de son suzerain.
L'Angleterre et la France étaient donc fatalement vouées h combattre; cependant, avant de se mesurer face à face, elles furent indirectement aux prises en Ecosse, en Guyenne et surtout en Flandre.
Affaires d'Ecosse. — Depuis Philippe le Bel, la France avait soutenu en Ecosse le parti national contre les entreprises conquérantes de l'Angleterre.
Le roi d'Ecosse, Alexandre III, était mort en 1285, laissant pour héritière sa petitefille Marguerite de Norvège (1), qui fut fiancée au prince de Galles, fils du roi d'Angleterre Edouard Ier. Les monarques écossais avaient bien consenti à rendre hommage aux Anglais pour les fiefs qu'ils possédaient en Angleterre, mais les monarques anglais prétendaient que cet hommage obligeât le royaume d'Ecosse. Le mariage de Marguerite et du prince de Galles faisait présager l'union des deux Etats lorsque la fiancée mourut sur le bâtiment qui la ramenait de Norvège, et alors surgirent treize prétendants au trône d'Ecosse, dont trois seulement étaient sérieux : John Balliol, Robert Bruce et John Hastings, petits-fils des trois filles de David Ier. Choisi comme arbitre, Edouard Ier donna la couronne à John Balliol qui reconnut sans réserves la suzeraineté de l'Angleterre sur l'Ecosse (1291). La noblesse et le peuple n'admirent pas cette
comte de Flandre d'Arras).
Sceau du comte de Hainaut.
Sceaux d'Edouard III, roi d'Angleterre.
Leur troisième colonne réussit néanmoins à se replier jusqu'au pied du mont Cassel, où elle soutint un dernier combat contre le comte de Hainaut. Celui-ci finit par les culbuter, arriva sur le mont Cassel et entra dans la ville, qui fut saccagée. De 16 000 Flamands, 13 000 étaient restés sur le champ de bataille, avec leur chef Colin Zannekin.
Les villes insurgées [Bruges, Ypres, Poperinghe, etc.) s'empressèrent de faire leur soumission au roi de France, qui les obligea à rentrer sous l'obéissance du comte de Flandre : la chevalerie avait pris sa revanche de la « Journée des éperons d'or » (voir p. 108).
Le roi d'Angleterre prête hommage au roi de France. —
Fort de cette victoire, qui fut suivie de somptueuses mais coûteuses réjouissances, Philippe VI somma Edouard III de venir en France lui prêter hommage lige pour les duchés de Guyenne et les comtés de Ponthieu et de Montreuil 1329). L'entrevue des deux cousins eut lieu à Amiens; Philippe VI s'y rendit entouré d'un cortège imposant et même intimidant de princes et de chevaliers, auxquels s'étaient joints les rois de Navarre, de Majorque et de Bohème. Le roi d'Angleterre, défiant, prêta serment de vassalité sans mettre ses mains dans les mains de son suzerain, et ce fut seulement deuxans plus tard qu'il consentit, en son nom et au nom de ses successeurs, à s'obliger selon les formules de l'hommage lige.
Causes de la guerre de Cent ans. — Edouard III parut se résigner à une situation qu'il jugeait humiliante, niais qu'il n'avait pas acceptée sans avoir consulté plusieurs parlements. La paix n'en restait pas moins à la merci d'un incident, parce qu'elle ne pouvait être, sincère alors qu'une partie du territoire français était aux
abdication, et Balliol, si disposé qu'il fût à céder aux exigences d'Edouard, dut s'incliner devant l'attitude énergique des barons, qui s'allièrent secrètement au roi de France Philippe le Bel, et prendre nettement position contre le roi d'Angleterre. Celui-ci, recourant aux armes, s'empara de Berwick, dont les maisons furent détruites et les habitants massacrés, reçut la soumission des villes terrifiées et ramena Balliol prisonnier à Londres (1296). William Wallace, un proscrit, leva l'étendard de la révolte, souleva les paysans, défit les Anglais au pont de Stirling et prit le titre «d'administrateur du royaume » pour John Balliol, mais fut battu à Falkirk (1298). Le vainqueur avait cru, par la convention de Perth 1305), pacifier l'Ecosse conquise, Iorsqu'en 1306 Robert Bruce, petit-fils de l'ancien prétendant, rompit avec, les Anglais et se lit couronner àScône. Obligé de reculer devant les armes anglaises, il erra plusieurs années traqué, misérable, mais populaire, lassa la mauvaise fortune, infligea à Edouard H la sanglante défaite <le Bannockburn (1314) et obligea finalement la cour d'Angleterre, en 1328,
à le reconnaître comme roi légiti de l'Ecosse par le traité de
Northamplon.
Après lui — il mourut en 1331 — une partie de la noblesse, se jugeant lésée dans ses droits territoriaux, se rangea autour d'un nouveau prétendant, Edouard Balliol, qui réussit à se faire couronner à Scône, tandis que David Bruce se réfugiait en France. S'étanl reconnu vassal d'Edouard III, il indigna les Écossais, qui le chassèrent, furent bailus par les archers anglais à Halidon Inll 13 subirent de nouveau l'autorité de Balliol, mais relevèrent la tête lorsque les forces d'Edouard III furent occupées sur le continent.
il, Alexandre III avait marié s;i fille unique avec Éric de Nor
Balliol se relira devant David Bruce, dontlesrois de Fiance n'avaient cessé de secourir les partisans, s'ingérant ainsi constamment dans le conflit anglo-écossais.
Affaires de Guyenne. — Les Anglais avaient su affermir leur domination en Guyenne par un régime libéral et par l'établissement régulier de relations commerciales avec cette province, qui 1rs approvisionnait de vins; sur le marché de Bordeaux, ils faisaient avec les Flamands un chiffre d'affaires considérable. Ils attachaient donc un grand prix à la possession paisible d'un pays qui avait pour eux une réelle importance économique, et ils reprochaient
Tombeau de Robert d'Artois 'vAbbaye de Saint-Denis).
d'autre part à Philippe VI d'empiéter sur leurs droits tant en conservant certains territoires au mépris des traités qu'en intervenant dans l'administration de la justice locale : il y avait en Guyenne un parti français qui ne manquait pas une occasion d'en appeler au roi •de France des décisions rendues par les tribunaux de son vassal.
Affaires de Flandre. — Robert d'Artois. — Jacques d'Artevelde. — Exclu du comté d'Artois par sa tante Mahaut, Robert d'Artois, beaufrère de Philippe VI, tenta à plusieurs reprises de rentrer dans ce qu'il prétendait être son héritage. Cependant le roi de France ayant érigé pour lui en pairie la terre de Beaumont-le-Roger, le comte, un moment satisfait, soutint Philippe de Valois contre les prétentions d'Edouard III. Mais il ne tarda pas à réclamer de nouveau l'Artois et produisit de faux titres à l'appui de sa revendication. Condamné par contumace à la confiscation de ses biens et au bannissement (1332), Robert d'Artois, réfugié à Bruxelles, fut bientôt soupçonné d'avoir empoisonné Mahaut et sa fille aînée, décédées subitement, et aussi d'avoir envoûté 1 1) la reine de France et le prince royal. Philippe VI signifia au duc de Brabant qu'il eût à chasser Robert d'Artois et il l'y obligea par la force ; mais alors le fugitif s'embarqua pour l'Angleterre (1334), où sa nièce, la reine Philippe de Hainaut, le reçut à bras ouverts, et où le roi Edouard releva son courage : « Bel oncle, lui ditil, nous avons assez pour nous et pour vous. Soyez sans inquiétude etsans crainte, car si le royaume de France est trop petit pour vous, celui d'Angleterre vous sera tout grand ouvert. »
« Monseigneur, reprit Robert, toute mon espérance gît en Dieu et en vous, et je confesse ici que j'ai eu tort et que j'ai péché en prêtant les mains naguère à votre exhérédation. J'ai contribué pour ma part à faire celui-là roi de France qui ne m'en sait aucun gré et qui n'y a pas autant de droit que vous, car vous êtes plus rapproché d'un degré de feu Charles, le dernier roi. Philippe n'est que son cousin germain et vous êtes son neveu. »
(l)Uenvoûteme?it, opération maléfique enseignée par la magie, consistait à modeler une statuette de cire à l'image de la personne à qui l'on voulait nuire et à lui faire subir des blessures donl la personne représentée était censée souffrir elle-même; celle-ci, par exemple, devailmourir si son image, placée sur l'autel, était piquée au cœur au moment même du sacrifice de la messe.
Monument de Jacques d'Artevelde, à Gand
Le banni, dont Edouard fit son homme lige en lui assignant le comté de Bedford (1334), excitait déjà son bienfaiteur à la vengeance, mais le roi d'Angleterre ne pouvait ouvrir les hostilités sur le continent alors qu'il faisait la guerre en Ecosse, où Philippe VI soutenait contre Edouard Balliol, protégé de l'Angleterre, le prétendant national, David Bruce. El puis, il se défiait de ses forces. Aussi s'efforça-t-il, avant de faire valoir ses prétentions, d'acheter à prix d'or des alliances, et il dépêcha sur le continent des ambassadeurs chargés d'armer contre la France le comte de Hainaut, le duc de Brabant, les princes des marches d'Allemagne, l'empereur lui-même. Philippe VI, qui pour occuper la che-
valnie s'était croisé à Avignon (1336j avec les
rois d'Aragon, de Navarre et de Bohême, renonça à ce projet en apprenant les intentions du roi anglais, qui lui inspiraient d'ailleurs plus d'irritation que de crainte, et il refusa d'entrer en pourparlers avec les Anglais, contrairement au désir du pape Benoît XII qui avait envoyé à Paris deux légats pour essayer de maintenir la paix menacée. Philippe VI crut frapper un grand coup en enjoignant à Louis de Nevers de s'emparer de la personne de tous les sujets anglais présents dans le comté de Flandre qui, on le sait, relevait de la couronne de France (1336). Edouard, par mesure de représailles, prohiba tout commerce entre les ports anglais et les ports flamands. Les Flamands se trouvaient brutalement lésés dans leurs intérêts économiques, les Anglais leur fournissant les laines nécessaires à l'industrie textile, qui faisait la richesse de la bourgeoisie. « Le roi d'Angleterre, dit Froissart, avait clos tous les pas de mer et ne laissait rien venir ni arriver en Flandre, et spécialement laines et agnelins. De quoi tout le pays de Flandre était tout ébahi, car la draperie est le plus principal membre de quoi il vit. »
Une crise, née du chômage, éclata très violente, particulièrement à Gand, où les mécontents se groupèrent autour d'un tisserand, Jacques d'Artevelde. Énergique, habile, éloquent, Artevelde se mit à la tète du parti démocratique, des métiers, contre le patriciat. Il persuada à ses concitoyens que l'intérêt leur commandait de s'allier avec l'Angleterre, d'où venaient les matières premières nécessaires à leur industrie. Après une vaine tentative pour se débarrasser de cet adversaire redoutable, Louis de Nevers dut s'éloigner, pendant qu'Artevelde, entouré de la faveur et de la confiance populaires, prenait en main le gouvernement.
Edouard III, rassuré par la tournure que prenaient les événements et comptant sur les alliances qu'il avait négociées, refuse à Philippe VI de lui livrer Robert d'Artois et laisse les choses s'envenimer dans la Flandre, où le comte et son protecteur essayent vainement d'arrêter la révolution par la force. Les résultats de cette politique de répression violente ne se font pas longtemps attendre : à l'instigation d'Artevelde, les Flamands, sans oser encore se détacher de la France, accordent le libre passage au roi d'Angleterre, qui convoque un Parlement à Westminster pour la Saint-Michel 1337. Les représentants des trois ordres, mis au courant des négociations engagées sur le continent par les envoyés du roi, délibèrent que celui-ci doit renvoyer son hommage et défier le roi de France, et l'évêque de Lincoln vient effectivement à Paris pour présenter à Philippe de Valois une lettre de défi datée de Westminster le 19 octobre 1337.
La guerre ne sera officiellement déclarée que deux ans plus tard, mais dès à présent la rupture est consommée et suivie de part et d'autre de divers actes d'hostilité. C'est ainsi que les Anglais attaquent victorieusement la garnison flamande de l'île de Cadsand, mailiesse du port de l'Écluse et des communications entre l'Angleterre et la Flandre, tandis que la
LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FEODAL
flotte française croise sur les côtes ennemies et saccage Southampton. Le Parlement de Taris ayant reconnu le roi d'Angleterre débiteur d'un seigneur poitevin, un procureur fut chargé de saisir jusqu'à due concurrence les revenus des (erres anglaises : la sentence n'ayant pu être exécutée, Philippe VI déclara confisquées toutes les possessions d'Edouard VI sur le continent.
La Guerre de Cent ans. — État comparatif de la France et de l'Angleterre. — Ainsi les causes occasionnelles de la guerre, née de l'inévitable rivalité des deux maisons royales, étaient à la fois politiques et économiques : politiques en Ecosse, économiques surtout en Guyenne et en Flandre.
On a désigné sous le nom de Guerre de Cent ans cette longue suite de batailles, de sièges et de chevauchées qui, interrompue plusieurs fois par des traités ou des trêves, commença en 1337 et ne se termina qu'en 1453.
Le roi d'Angleterre affrontait la lutte après s'y être sérieusement et prudemment préparé. Il avait fait approuver ses résolutions par les représentants de la nation, qui avaient eux-mêmes édicté des mesures d'une importance capitale. Pour parer aux frais de la guerre, la taxe sur les laines avait été doublée et la dotation du souverain portée à 600 000 « nobles ». Les parents avaient reçu l'ordre de faire enseigner le français à leurs enfants. L'exportation des chevaux sur le continent avait été interdite aux particuliers. Enfin, l'armée avait été l'objet d'une réorganisation radicale et méthodique.
Et d'abord, le principe du service militaire obligatoire avait reçu en Angleterre une première et sage application, alors que la carrière des armes était restée en France une prérogative de l'aristocratie féodale. Celle-ci n'attachait d'importance qu'aux tournois, aux joutes, aux exercices de parade : le Parlement réuni à Westminster pour la Saint-Michel 1337 avait prohibé en Angleterre, sous peine de mort, tout autre jeu que celui de l'arc à main et fait remise de toutes leurs dettes aux ouvriers qui fabriquaient cette arme.
On ne s'était pas encore rendu compte, à la cour de France, de l'importance désormais prépondérante de l'infanterie sur les champs de bataille : Edouard III avait, au contraire, consacré tous ses soins à la constitution de compagnies d'archers, de coutilliers et de lanciers à pied, armés à la légère et chargés les premiers de viser le défaut de la cuirasse, les seconds d'occire le chevalier désarçonné.
Les archers et les coutilliers entraient pour les quatre cinquièmes dans l'effectif total. « Les premiers étaient munis d'un arc en bois d'if si commode, si maniable, si portatif qu'on tirait avec cet arc trois saiettes ou flèches barbelées en moins de temps qu'on n'en mettait avec une arbalète génoise ou française à lancer un carreau ou vireton » (1). L'armée anglaise était véritablement nationale, en ce sens que toutes les classes de la population se trouvaient confondues dans ses rangs, tandis que les chevaliers français faisaient fi des milices communales, prétendaient toujours combattre au premier rang sans se soucier des considérations tactiques ou stratégiques, n'avaient pour auxiliaires que des mercenaires étrangers munis d'arbalètes d'un usage difficile et lent. L'armée anglaise était en un mot disciplinée, organisée, et pourvue même d'un service d'éclaireurs.
Dès l'année 1338, Edouard, venu en Flandre, a ci invoqué à Anvers ses principaux alliés, rétabli les relations commerciales entre les ports des deux pays, resserré son alliance avec Artevelde, et, après avoir eu une entrevue à Coblentz avec l'empereur Louis de Bavière, il s'est fait instituer par l'empereur d'Allemagne vicaire de l'Empire, ce qui lui assure le libre passage à travers le Hainaut et lui donne accès dans les villes impériales.
Il a donc mis de son côté toutes les chances de succès lorsqu'il se décide à déclarer officiellement la guerre et à ouvrir les hostilités (1339). Avec ses alliés allemands, il vient mettre le siège devant Cambrai sans pouvoir s'en emparer et, après cinq semaines, il marche à la rencontre de Philippe VI : les années ennemies campent aux environs de Buironfosse [Aisne] et
se disposent à en venir aux mains, mais les deux souverains, personnellement décides au combat, doivent céder aux objections de leur entourage et se retirent, Philippe à Paris, Edouard dans le Brabant.
Le roi d'Angleterre s'empresse de convoquer à Bruxelles les délégués des villes flamandes; il leur demande de conclure avec lui une alliance offensive et défensive, leur promettant la restitution des villes de Lille, Douai et Béthune, mais ils n'acceptent ces propositions que si Edouard III consent à « encharger les armes de France et écarteler d'Angleterre » et à s' « appeler roi de France ». Par ce moyen, le monarque anglais, devenu le souverain légitime des Flamands, aurait qualité pour leur donner « quittance de leur foi ».
C'était une grave décision, et Edouard III ne la prit que sur le conseil des ducs de Brabant et de Gueldre, du comte de Juliers, de Jean de Hainaut, et même de Bobert d'Artois. En présence de ces barons etdes représentants des villes flamandes, l'alliance fut scellée ; le roi d'Angleterre prit les armes et le titre de roi de France. La politique d'Artevelde triomphait (1).
Bataille de l'Écluse (1340). — Le 23 juin 1340, Edouard III s'embarqua sur la Tamise et cingla vers l'Écluse (Sluis, Zéelande) ; sa flotte, composée de plus de cent vaisseaux, portait quatre mille hommes d'armes et douze mille archers. La flotte française, supérieure en nombre, était montée par des matelots normands, picards et génois; elle vint stationner près de l'Écluse pour arrêter au passage les bâtiments ennemis.
La bataille s'engagea le 24 juin et dura tout un jour. Un tir plus rapide assura aux archers anglais l'avantage sur les arbalétriers génois, et, malgré le courage des Normands et des Picards, un renfort de navires flamands décida de la victoire en faveur des Anglais.
(1) Artevelde, nommé en 1338 capitaine de la paroisse de Saint-Jean, la pins importante de Gand, essaya de réaliser l'union des provinces qui, aujourd'hui, forment la Belgique, et il lia par un traité les communes de Flandre, du Hainaut et du Brabant. La rivalité des môliers et des grandes communes, qui prétendaient monopoliser l'industrie textile et asservir les villes secondaires comme les campagnes, fit échouer la tentative du chef du parti populaire. En 1345, Artevelde passa de la corporation des tisserands à celle des brasseurs et devint le doyen des petits métiers. Accusé d'avoir livré à Edouard III le « grand Trésor » de Flandre, il fut massacré, sur le seuil de son hôtel, par une bande d'émeutiers que conduisail Gérard Denys, syndic des tisserands (1345).
1 Siméon Luge, Histoire de Bertrand Du Guesclin (1876 . p. 151.
Bataille de l'Écluse (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale).
IIISTOIIŒ UK FRANCE
Le chef normand, Nicolas Behuchet, fut pendu au mât de son vaisseau par ordre du vainqueur (1).
Cette défaite était particulièrement grave : Philippe VI ne pouvait songer désormais à faire une descente en Angleterre, tandis que l'armée anglaise d'invasion pouvait arriver en Flandre et assiéger Tournai. Toutefois, les hostilités se poursuivant en Ecosse, le comte de l'Isle (2) faisant en Gascogne une guerre acharnée au parti anglais, el les Flamands ayant été écrasés près de Saint-Omer, une trêve fut signée en la chapelle de Notre-Dame d'Espléchin, près de Tournai (2o septembre 1340), mais Français et Anglais ne tardèrent pas à être de nouveau aux prises en Bretagne.
Guerre de la Succession de Bretagne. — Le duc de Bretagne, Jean III, fils d'Arthur II, mourut sans enfants en 1341. Son frère puîné, Gui, comte de Penthièvre, était également mort, laissant une fille, Jeanne la Boiteuse, mariée à Charles de Blois, neveu de Philippe VI de Valois. Tous les historiens ont parlé de la dévotion de Charles de Blois, que l'Église a canonisé. Il se faisait toujours suivre d'un aumônier, entendait plusieurs messes par jour, se confessait le matin et le soir, descendait de cheval pour s'agenouiller dans la boue dès qu'il voyait un prêtre, mettait des cailloux dans ses souliers, se ceignait de trois cordes à nœuds qui lui entraient dans la chair « à faire pitié » et défendait qu'on lui enlevât la vermine de son cilice. Quand il priait, il se donnait dans la poitrine des coups si furieux
Porte de ville, à Hennebont (Morbihan).
(1) Comment un pareil traitement fut-il imposé à Behuchet, qui avait été successivement intendant de Philippe de Valois, conseiller du roi, maître des comptes, et promu au rang de chevalier? Siméon Luee a conjecturé que Behuchet, ins-ulté par Edouard III, se serait emporté jusqu'à souffleter le roi d'Angleterre.
(2) LTsle-en-Jourdain (Gers).
qu'il en devenait « comme vert » (1).
Arthur II avait eu, d'un second mariage, un autre fils, Jean de Montfort : Jeanne revendiquait tous les droits de son père Gui, tandis que Jean rie Montfort, époux de Jeanne de Flandre, n'admettait pas que la couronne ducale fût donnée à une femme. Il s'empressa de s'emparer de Brest, de Rennes, d'IIennehont, d'Auray, et il sollicita l'appui du roi d'Angleterre; de son côté, Philippe de Valois, roi de France parce que les femmes et leur descendance avaient été écartées du trône, prit, néanmoins le parti de son neveu, de sorte que la guerre de Cent ans se compliqua de la guerre de la Succession de Bretagne.
Charles de Blois et le duc de Normandie, fils de Philippe de Valois, ouvrirent les hostilités en investissant Nantes et en faisant. prisonnier Jean de Montfort, qui fut enfermé au Louvre (1341). La guerre eût été terminée sans l'héroïsme de Jeanne de Flandre. Elle s'enferme dans Hennebont et, à force de courage et d'énergie, grâce aussi à l'arrivée des Anglais, elle oblige à deux reprises (1342 et 1343) le parti français, maître de Rennes (1342), à lever le siège. Elle passe alors le détroit pour ramener des renforts d'Angleterre, est attaquée au retour, près de Guernesey, prend Vannes et le reperd aussitôt. Les rois de France et d'Angleterre se portent en personne au secours de leurs protégés respectifs, et Philippe de Valois pénètre jusqu'à Ploermel; mais, par la médiation des légats du pape, une trêve de trois ans est conclue à Malestroit entre les deux souverains (19 janvier 1343). Jean de Montfort, qui avaitréussi à s'évader en 134'j, étaitrevenu se mettre à la tête de ses partisans, lorsqu'il mourut inopinément. L'année suivante, la défaite de Crécy priva Charles de Blois du secours de son oncle : battu à la Roche-Derrien (28 juin 1347), ce
(1) Ces faits sont rapportés dans les Procès-verbal el informations sur la vie et les miracles de Charles, duc de Bretagne, de la. maison de France (manuscrit de la Bibliothèque nationale).