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(juerie, conclut Siméon Luce, fut le prélude de la chute et la lin d'un régime qui, naguère, avàil été nécessaire et utile, mais qui, désonnais, était devenu un fardeau écrasant pour nuire pays. La féodalité avait mérité de succomber.»
La position de Marcel devenait critique. Abandonné parla province et par la bourgeoisie parisienne, lassée de sa dictature, il se rapprocha de Charles le Mauvais, pelit-lils de Louis X le Mutin, qui fut nommé capitaine de Paris, el il s'efforça même d'obtenir le concours des communes 11amandes; mais, dans la nuit du .'il juillet 1358, les partisans du dauphin, ayant à leur tête l'échevin Jean Maillait, le tuèrent, à la bastille Saint- Antoine, en même temps que ses compagnons (1). Le roi de Navarre avait négocié' avec les Anglais eu vue de s'assurer la couronne, et Paris s'était alarmé des louches intrigues du prévôt, qui tombait pour avoir, sentant sa cause perdue, cherché le salut dans une alliance coupable.
Traité de Brétigny (1360). — Marcel mort, le régent rentra à Paris, fit sa paix avec le roi de Navarre (traité de Pontoise), publia une amnistie et convoqua les États généraux qui, à sa demande, rejetèrent le traité que le roi Jean avait conclu à Londres le 24 mars 1359.
Edouard III, le prince de Galles et le duc de Lancastre débarquèrent en France (28 octobre 1359) et, établis à Montlhéry (31 mars 1360), menacèrent la capitale. Cédant aux pressantes instances du Saint-Siège, ils consentirent pourtant à traiter, et Jean le Bon recouvra la liberté par le traité' de Brétigny (8 mai 1360), ratifié à Calais (24 octobre 1360). Le roi d'Angleterre renonçait à ses prétentions sur la couronne de France moyennant une énorme rançon, mais il gardait Calais, la Guyenne, la Gascogne et obtenait le Poitou, la Saintonge, l'Aunis, le Périgord, le Limousin, l'Angoumois, le Ponthieu, etc., en un mot le tiers de la France.
Les Grandes Compagnies. — Au xiv° siècle, la France n'avait pas d'armée permanente: elle employait des mercenaires appelés brigands, qui, se trouvant sans solde pendant la paix, formaient des associations dont le vol et le pillage constituaient le seul moyen d'existence. Les Grandes Compagnies étaient composées de soudards aragonais, navarrais, brabançons, rhénans, qui en Bourgogne s'appelèrent écorcheurs, dans le Lyonnais et le Forez tard-venus (venus après la guerre). On trouvait dans ces bandes cosmopolites, redoutées et considérées, non seulement des aventuriers de toute profession, mais aussi des gentilshommes. Ces violents, que groupait l'amour du butin, pillaient les maisons et les églises, rançonnaient les habitants, étalaient un luxe effréné et faisaient bonne chère avec le bien d'autrui.
Après la trêve qui suivit la bataille de Poitiers, le prince Noir congédia les mercenaires dont il n'avait plus besoin, et la France devint la proie des Grandes Compagnies. Établis dans des châteaux forts, dont ils faisaient en quelque sorte le centre de leur industrie, ils achevaient de ruiner le paysan, opprimé déjà et méprisé par la noblesse.
Les Grandes Compagnies eurent des chefs célèbres. Arnaud de Cervole, surnommé' VArchiprêtre parce qu'il percevait les revenus de l'archiprêtré de Vélines, fut reçu à Avignon parle pape Innocent VI avec des honneurs princiers. Aymerigol Marchés, établi au château d'Alleuze (Auvergne), chevauchait à l'aventure dans le pays pour détrousser les riches voyageurs ou guettait les convois de mules chargées de draps, de pelleteries et d'épices; « Tout était noire, lui fait dire Froissarl, ou rançonné à noire volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les vilains d'Auvergne et de Limousin nous pourvoyaienl et nous amenaient en noire châtel les blés, la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaux et la litière, les bons vins, les bœufs, les brebis et les moutons tous gras, la poulaille et la
La France aprè3 le traité de Brétigny.
(I) Marcel, lorsqu'il fut assassiné, faisait-il simplement la relève des gardes ou se disposait-il à recevoir Charles le Mauvais? A défaul de textes péremploires, il est vraisemblable que le prévôt voulait bien se rendre maître des deux poiles Saint-Denis et Saint-Antoine dans l'intérûl du roi de Navarre. (Voir, sur les opinions en présence, Histoire de Charles V, par H. Oela- CHEN-al, t. I''1'. p. 448-460.)
LA HUER RE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL
volaille. Nous étions gouvernés et étoffés comme rois et, quand nous chevauchions tout le pays tremblait devant nous. Tout était nôtre, allant et retournant... Par ma foi, cette vie était lionne et belle! »
Jacques de Bourbon, comte de la Marche, combattit les tard-venus à Briguais, près de Lyon, où il fut tué (13(51). Il avait parmi ses lieutenants 1' » Archiprêtre », que le dauphin avait pris à son service.
Eveil du sentiment national. — Guillaume l'Aloue et le Grand Ferré. — Les hommes du moyen âge n'entendaient pas le patriotisme comme nous l'entendons aujourd'hui: le régime féodal avait eu pour conséquence de localiser en quelque sorte le sentiment national. Mais les maux de l'invasion anglaise élargirent peu à peu l'idée de patrie jusqu'au jour où Jeanne la Lorraine, groupant dans un élan unique les forces jusque-là disséminées et les dévouements isolés, donna vraiment à tous les Français la conscience de la solidarité qui doit les unir.
Dès le règne de Jean le Bon, on relève déjà un certain nombre d'actes d'héroïsme individuels qui préparent l'œuvre de la libération définitive.
Charles le Mauvais avait mis en 1538 dans la forteresse de Creil une garnison d'Anglais et de Navarrais. Aussitôt deux cents paysans fiançais occupèrent le fort de Longueil-Sainte-Marie (Oise), qui fait face à Creil sur la rive opposée de l'Oise. Ils mirent à leur tète un des leurs, nommé Guillaume l'Aloue ou l'Alouette. Les Anglais pénétrèrent sans difficulté dans le fort et blessèrent mortellement Guillaume; mais le Grand Ferré, valet de Guillaume, homme remarquable par sa taille gigantesque, brandit sa hache et frappa si l'oit qu'il tua à lui seul quarante Anglais, sans parler des blessés; les assaillants effrayés s'enfuirent en désordre. Dès le lendemain, d'autres Anglais recommencèrent vainement l'attaque. Le Grand Ferré, après la bataille, but imprudemment une grande quantité d'eau froide : il dut prendre le lit et douze Anglais accoururent pour l'égorger. Averti de leur arrivée, Ferré, oubliant son mal, saisit sa lourde hache, s'adossa contre un mur, tua cinq ennemis et mit les autres en fuite. Mais, après ce dernier effort, il se recoucha et mourut (1359). Ainsi « Jacques Bonhomme » (1) défendait déjà le sol natal avec une héroïque simplicité.
Après la paix de Brétigny, plusieurs villes, que ce traité funeste donnait aux Anglais, manifestèrent leurs sentiments d'attachement à la France. C'est ainsi que les magistrats de la commune de La Rochelle dirent en recevant les ordres du roi : « Nous obéirons
(1) Le mot est de Jean de Venetle, chroniqueur du xivc siècle.
aux Anglais des lèvres, mais les cœurs ne s'en mouvront. » A Abbcville, la vue des soldats anglais provoqua une émeute. Un riche bourgeois, du nom de llingois, refusa sa mise en liberté, ne voulant pas accepter la condition dont on prétendait la faire dépendre, c'est-à-dire le serment de fidélité à Edouard III. Conduit à Douvres et menacé de mort, il refuse une seconde fois ce serment; on le mène au sommet de la forteresse, et on le menace, s'il ne se soumet pas, de le précipiter dans la mer : il refuse encore, et il paye de sa vie son admirable résistance.
La Maison de Bourgogne. — L'un des derniers actes de Jean le Bon fut, pour la France, une source de difficultés longtemps inextricables. En 877, Charles le Chauve avait donné à son beaufrère Richard, comte d'Autun, le duché de Bourgogne, qui échut en 1032 à Robert, frère du roi Henri 1er : ainsi avait été fondée la maison capétienne de Bourgogne, dont le dernier représentant, Philippe de Rouvre, gendre de Jean le Bon, mourut sans enfants en 1361. Le duché fut alors réuni à la couronne; mais Jean le Bon le donna deux ans plus tard en apanage à son quatrième fils, Philippe le Hardi, celui-là même qui s'était distingué dans la malheureuse journée de Poitiers.
Les princes de la seconde maison de Bourgogne (1) devaient être les plus précieux auxiliaires des Anglais et mettre en péril la monarchie française.
Mort du roi Jean (1364). — Jean, rentré en France, se préoccupa d'acquitter sa rançon; il se la procura comme il put et maria même sa fille Isabelle, argent comptant, à Jean-Galéas Visconti, duc de Milan. Son fils Louis, duc d'Anjou, avait obtenu d'Edouard III, qui le retenait comme otage, la permission de faire un pèlerinage sur le continent, mais, au mépris de la parole donnée, il ne reparut pas. Le roi d'Angleterre l'ayant inutilement sommé de revenir se constituer prisonnier, Jean le Bon retourna en Angleterre, où sa captivité s'écoulait d'ailleurs au milieu des splendeurs et des fêtes de la cour. A ceux qui lui conseillaient de demeurer en France : « Si la bonne foi, répondit-il, était bannie du reste de la terre, elle devrait trouver un asile dans le cœur des rois. » Son retour arracha à Edouard III un cri d'admiration : << Moult souvent disait que oneques si loyal n'avait vu comme son frère Jean. »
Le roi de France mourut à Londres peu de temps après son arrivée (8 avril 1364).
Son règne, si fatal à la France, a pourtant une grande importance politique et sociale: il est témoin de la chute irrémédiable de la noblesse chevaleresque et il voit s'affirmer les progrès du tiers état qui, s'il est précipité « de la position dominante qu'il avait conquise prématurément », va bientôt reprendre « son rôle séculaire de labeur patient, d'ambition modeste et de progrès lents mais continus. »
BIBLIOGRAPHIE
Sources : Voir les sources indiquées à la fin du chapitre précédent.
Ouvrages à consulter: Ghérest (Aimé), .L'Archiprêlre, épisodes de In guerre de Cent uns au XIV' siècle (1879). — Luge (Siméon), Histoire de la Jacquerie (2e édition, 1895). — ■ Moisant (.).), Le Prince Noir en Aquitaine {1355-1356, 1362-1370) [1894].— Pkrriîns, La Démocratie au XIV' siècle. Etienne Marcel , prévôt îles marchands (1875). — Secousse, Mémoires pour servir à l'histoire de Charles II, roi de Navarre et comte d'Erreur, surnommé le. Mauvais (1755-1758, i, vol., dont un recueil de pièces servant île preuves).