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sa rencontre (7 août 1479). La balaille, acharnée et sanglante, coula beaucoup d'hommes à Maximilien, mais elle demeura indécise, comme celle de Montlhéry, et les deux partis s'attribuèrent la victoire. Crèvecœur avait eu le tort de se lancer à la poursuite des cavaliers ennemis sans attendre la fin et l'issue du combat.
Louis XI rencontrait une grande résistance à établir sa domination en Bourgogne et dans l'Artois, et la guerre de Flandre traînait en longueur, coupée par des trêves, lorsque Marie de Bourgogne mourut des suites d'un accident de chasse (1482). Le roi de France entama aussitôt avec les Flamands des négociations qui aboutirent au traité d'Arras.
Traité d'Amas (1482). — Le traité fut signé le 23 décembre 1482. Le mariage du dauphin et de Marguerite d'Autriche, âgée de trois ans, serait célébré aussitôt qu'elle aurait atteint l'âge nubile. Elle apportait en dot à son futur époux l'Artois et la Franche-Comté, lesquels feraient retour au frère de Marguerite, le duc Philippe, ou à ses hoirs, si elle venait à prédécéder ou si elle mourait sans héritiers.
Le roi abandonnait ses prétentions sur Lille, Douai et Orchies, mais pourrait les faire valoir dans le cas où la dot viendrait à être restituer.
On remarquera que le traité était muet sur la Bourgogne, le Boulonnais et la Picardie; mais Louis XI conserva
en fait le duché (1), et, aussitôt après la célébration des fiançailles, le dauphin prit possession des territoires qui constituaient la dot de Marguerite.
Dès que le traité, qui renfermait de plus quelques clauses de moindre importance, eut été ratifié, la jeune princesse fut remise par les Flamands aux mains de la dame de Beaujeu, fille de Louis XI, puis amenée en France pour y être ('levée jusqu'à l'époque de son union avec le dauphin. Ainsi Louis XI atteignait le but essentiel de sa politique : les vastes possessions de la maison de Bourgogne étaient défi nitivemen t dispersées.
Si les Gantois s'étaient montrés plus empressés peut-être que le roi de France à conclure la paix, c'est que le mariage du dauphin et de Marguerite leur était précisément apparu comme un moyen de détruire à jamais l'unité bourguignonne, si fataleà leurs libertés.
Annexions. — Outre les annexions qui suivirent la mort du Téméraire et la conclusion du traité d'Arras, d'autres agrandissements territoriaux furent réalisés sous Louis XI. En 1472, il était rentré en possession de la Guyenne et du Berry, apanage de son frère Charles. En 1473, il confisqua les biens de la maison d'Armagnac. En 1475, il était intervenu dans les affaires d'Aragon et il avait reçu les comtés de Roussillon et de Cerdagne en garantie d'un prêt de 300 000 écus d'or consenti au roi Jean II (2).
René Ier, duc d'Anjou, comte de Provence, roi éphémère de Naples et de Sicile, avait exercé une heureuse influence sur le
Embarquement de troupes (Miniature d'un manuscrit français
(1) C'est Charles VIII qui prit possession du duché. Lorsqu'il se rendit en Italie, l'abbé de Saint-Bénigne lui passa au doigt l'anneau ducal, et l'an- !i> ion se trouva définitivement consommée.
(2) Charles VHIIes restitua ù litre gracieux à Ferdinand et Isabelle parle Irailé de Barcelone (1493) et ces territoires ne furent annexés qu'au xvne siècle.
gouvernement de Charles VII et contribué aux réformes militaires du dernier règne; mais sous Louis XI, ce prince lettré et aimable s'était tenu à l'écart de la cour et fixé en Provence (1471), inquiet des tracasseries de Louis XI qui, affectant de voir en lui un allié' du Téméraire, se saisit des duchés de Bar et d'Anjou (1475). Il les restitua l'année suivante, avec l'espérance de les reprendre bientôt. Le bon roi René mourut en effet le' 14 juillet 1480 et le duché
d'Anjou revint à la couronne, en vertu du principe qui excluait de l'hérédité des apanages les femmes et les collatéraux.
Son neveu et héritier, Charles du Maine, ne lui survécut qu'un an, et laissa à Louis XI (1481) le Maine et la Provence, avec les prétentions desprinces angevins, sur le royaume de Naples. La Fiance ne pouvait faire une plus belle acquisition :
avec la possession de Marseille, elle devenait une grande puissance méditerranéenne.
Gouvernement de Louis XI. — Louis XI, continuant les traditions de Charles VII, travailla durant tout son règne à consolider l'autorité monarchique et, en combattant la féodalité qu'il réduisit à l'impuissance, il réussit à fonder l'unité nationale. Son gouvernement fut personnel et absolu. Il éloigna de son conseil tous ceux qui pouvaient avoir quelque puissance, y compris son beau-frère, le duc de Bourbon, et ne s'entoura que de gens à sa dévotion : Jean Balue, Jean Jouffroy, Jean Bourré, Jean de Doyat, Jean du Lude, le prévôt Tristan L'Hermite, le barbier Olivier le Daim, le médecin Jacques Coictier.
Il châtia impitoyablement les seigneurs qui lui résistèrent et surtout ceux qui le trahirent.
Jean V, comte d'Armagnac, petit-fils du connétable, de mœurs si affreusement scandaleuses, souvent traître, toujours en révolte, lui égorgé dans Lectoure, aux côtés de sa femme Jeanne de Foix (6 mars 1473), et en lui s'éteignit la branche aînée de la maison d'Armagnac.
Son cousin, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, chef de la branche cadette, condamné à mort par le parlement pour crime de lèse-majesté, fut décapité aux halles de Paris [4 août 1477] (1).
Le vieux duc d'Alençon, Jean, condamné deux fois à mort pour haute trahison, ne fut pas exécuté; il resta en prison jusqu'à sa mort (1476).
Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, constamment rebelle et ingrat, convaincu de trahir le roi au profit du Téméraire et livré lui-même à Louis XI par les Bourguignons, est condamné par le parlement, comme criminel de lèse-majesté, à avoir la tête tranchée en place de Grève (19 décembre 1475).
Louis XI ne convoqua qu'une fois les États généraux (avril 1468) à Tours pour faire sanctionner l'acte par lequel il avait dépossédé son frère de la Normandie. A côté des prélats et des seigneurs qui, d'après les anciennes règles, y comparurent en personne ou par procureur, les villes convoquées élirent chacune trois députés, qui
à la fin du XV" siècle
de la Bibliothèque nationale).
(1) La légende suivant laquelle les enfants du condamné auraient été conduits, vêtus de blanc, sous l'échafaud pour y être arrosés du sang de leur père, est absolument controuvée.
LA GUERRE DE CENT ANS ET LA FIN DU MONDE FÉODAL
représentèrent sans doute les trois ordres, car l'un d'eux était un membre du clergé.
Ce fut seulement une assemblée de notables, c'est-à-dire de seigneurs, de clercs et de bourgeois choisis par le roi lui-même, que Louis XI réunit, en 1470, pour faire annuler le traité de Péronne.
Justice et législation. — Le parlement de Paris ayant voulu jouer un rôle politique, Louis XI le rappela à son rôle de corps judiciaire. Néanmoins il ne le dessaisit pas du droit d'enregistrer les ordonnances royales, et il est remarquable qu'un souverain aussi absolu ait laissé s'introduire dans nos institutions une pratique qui fut l'un des plus puissants instruments de résistance à l'omnipotence monarchique.
Par une ordonnance de 1467, Louis XI déclara qu'il ne donnerait aucun office de judicature s'il n'était vacant par mort, résignation ou forfaiture : c'était poser le principe de l'inamovibilité, mais le roi ne se fit pas faute, en plus d'une circonstance, de prononcer des destitutions arbitraires. On peut lui reprocher aussi d'avoir, dans des causes politiques, substitué aux juridictions régulières des commissions extraordinaires, dont certaines furent présidées par Tristan L'IIermite.
L'extension du domaine royal avait étendu le ressort du parlement de Paris. Des parlements furent donc créés dans les provinces nouvellement réunies à la couronne, à Bordeaux (1462), à Dijon (1476), et firent sentir l'autorité de la justice royale dans des pays où l'autorité féodale avait jadis dominé.
Louis XI aurait voulu, d'après Commynes, substituer à la diversité des coutumes une loi unique applicable à tout le royaume. Une aussi grande idée était prématurée, et Cbarles VII avait été mieux inspiré lorsqu'il avait ordonné, par l'ordonnance de Montilslès-Tours, en 1453, la rédaction et la publication des coutumes particulières; mais cette œuvre utile, négligée sous Louis XI, fut reprise par son successeur.
Finances. — Louis XI fut un roi très dépensier; il prodiguait l'argent sans compter, surtout dans l'intérêt de sa politique. «Il promettait largement et donnait argent et États, dit Commynes, pour gagner ceux qui pouvaient le servir ou lui nuire. » Aussi, loin de diminuer les impôts, comme il l'avait promis, les augmenta-t-il dans de fortes proportions. La taille, presque quadruplée, s'éleva de 1 200 000 à 4 700000 livres, et ce fut l'une des causes principales de l'impopularité de Louis XI.
L'organisation de la Chambre des comptes fut complétée par la création de la charge d'avocat général (1479). Celle de Premier président avait été instituée en 1360, et celle de Procureur général en 1454. Les attributions de la Chambre furent confirmées par une ordonnance du 26 février 1464, qui qualifie cette juridiction de « souveraine, principale, première, seule et singulière, du dernier ressort en tout le fait des comptes de finances, arche etrepositoire des titres et enseignements de la couronne et du secret de l'État, gardienne de la régale et conservatrice des droits et domaines du roi. »
L'armée. — Les institutions militaires de Charles VII furent en partie modifiées par son fils. Louis XI réorganisa en 1467 les compagnies d'ordonnance et essaya de constituer en corps d'armée les francs archers, qui, dispersés dans leurs foyers en temps de paix, étaient peu aptes à de longues campagnes. Il partagea le royaume en quatre grandes divisions militaires placées sous les ordres de capitaines généraux auxquels les commissaires royaux assuraient les ressources nécessaires pour subvenir à l'équipement, aux transports, à la solde. Ces divisions furent surtout établies pour faciliter les levées et l'organisation des francs archers, seule infanterie régulière mobile et nationale dont on disposât. Mais cette milice n'avait pas rendu les services qu'on attendait d'elle, et si elle ne fut pas supprimée en 1480, comme on l'a prétendu, Louis XI se préoccupa surtout de la renforcer par des mercenaires étrangers, principalement des Écossais et des Suisses: les premiers formèrent le corps des archers de la garde du roi; les seconds, au nombre de 6 000, servirent de modèle à l'infanterie française, qui, de jour en jour plus nombreuse, mieux exercée et disciplinée, allait constituer de plus en plus la force vitale de l'armée. Le rôle de la cavalerie est de moins en moins prépondérant à mesure qu'on approche de la période moderne, etune division importante y apparaîtdès le w ■ siècle, tendant à former, à côté des cavaliers lourdement armés dits boni m es d'armes ou gens d'armes, une cavalerie légère, dont les éléments sont d'abord empruntés à l'étranger. Cependant, la cavalerie vraiment française est la gendarmerie, où les hommes comme les chevaux sont armés de toutes pièces. A côté d'eux manœuvrent des
coureurs italiens ou albanais, batteurs d'estrade ou stradiots, armés à l'orientale et portant des chemises de mailles, mais une cavalerie légère plus nationale est formée par ce qu'on appellera les clievau-légers, les argoulets et les arquebusiers à cheval. — L'artillerie fut aussi perfectionnée.
Sous Charles VII, l'effectif de l'armée était de 1500 lances, re-
Louis XI tenant un chapitre de l'ordre de Saint-Michel (Recueil de Gaignières).
présentant près de 5 000 cavaliers, et de 5 000 archers, à quoi il faut ajouter les mercenaires étrangers et les gens de l'artillerie : Louis XI disposait d'environ 60 000 combattants.
Il créa, en 1478, la compagnie des gentilshommes à bec-de-corbin, chargés de veiller sur sa personne; leur nom venait des hallebardes dont ils étaient armés. Il s'efforça enfin d'avoir une bonne marine, qui causa aux Anglais de sérieux dommages.
En 1469, il institua pour les nobles l'ordre de Saint-Michel dans le but de contre-balancer l'influence de la Toison d'or bourguignonne.
Louis XI à Plessis-lez-Tours. Ses compères. Sa mort (1483). Son œuvre. — Lorsque l'existence si agitée de Louis XI parut approcher de sa fin, le roi, tourmenté par la peur de la mort, haï de tous, se défiant de tout le monde, se couvrit de reliques, prodigua les donations aux monastères, consulta les astrologues, plia devant son rusé médecin, Jacques Coictier. Livré à ton les les angoisses du remords et de la superstition, il lit venir de la Calabi e l'ermite François de Paule, dont la réputation était parvenue jus [u'a lui, espérant que le ministère de ce saint homme pourrait prolonger ses jours. « Dieu, lui répondit François de Paule, ne m'a pas di min'' un tel pouvoir. Je n'ai à vous offrir que les ferventes prb d'un humble serviteur de Dieu. »
Redoutant toujours quelque trahison, il évitail le éjoui des villes et vivait enfermé dans son château de Plessis-lez l'ours. « Il fit clorre tout à l'entour, dit Commynes, de grands barreaux de 1er, bons, grands et épais; lesdiies grilles estoient contre le mur du côté di la place, île l'autre part du fossé, car il esloit à fond de cuve, el v lit mettre plusieurs broches de fer massonnées dans le mur qui
avoient chacune trois ou quatre pointes, et les fit mettre fort près l'une de l'autre. Et. .davantage ordonna dix arbalétriers à chacun des moyneaux dedans lesdicts fossés pour tirer à ceux qui s'en approcheraient avant que la porte fust ouverte, el vouloit qu'ils couchassent auxdits fossés et se retirassent auxdits moyneaux de fer. » C'est là qu'il vit entouré de petites gens : le prévôt Tristan l'Her-
Maison de Tristan l'Hermite, à Tours.
mite, exécuteur de ses arrêts de mort et qu'il appelait son compère; Jacques Coictier, son médecin, homme brutal et cupide, devenu son tyran; Olivier le Daim ouïe Diable, son barbier, qu'il avait fait comte de Meulan et son ambassadeur; Jean de Doyat, fils d'un greffier de l !usse1 ; son aumônier, Jean Balue, évêqUe d'Angers, puis cardinal et ministre d'Etat. Issu d'une famille de petite origine, Balue, pendant la guerre du Bien public, organisa la défense de Paris au nom du roi, joua un rôle important, aux États généraux de Tours 1468 . et contribua àsauver Louis XI après la fatale entrevue de Péronne, mais il sut tirer de cet acte des bénéfices personnels en conservant pour lui la moitié des 15000 écus que le roi lui avait confiés pour acheter les gens de Charles le Téméraire. Il imagina, pour conserver la faveur du roi, de lui susciter des embarras, d'aplanir, ensuite les difficultés qu'il avait créées, et de se donner le mérite d'avoir sauvé son maître. Il entra dune en pourparlers avec tes seigneurs disposés à la rébellion, et comme de ce jeu en pailn- double a la trahison il n'y avait qu'un pas, Balue le franchit de concert avec Guillaume de llarancourt, évêque de Verdun. La correspondance des deux prélats fut interceptée, et, le 23 avril 1469, ils furent arrêtés à Amboise. Balue fut transféré àMontbazon, puis au château d'Onzain, et Louis XI chargea son maître d'hôtel de commander une cage de fer pour la sûreté et carde du cardinal d'Angers », mais l'étude des textes ne permet pas de croire que la Balue ait effectivement subi cette horrible détention fi). Balue, libéré en 1480 sur les instances du Saint-Siège, défendit activement en Italie les intérêts français, mais cet adroit politique ne fut jamais qu'un ambitieux intéressé.
Louis XI mourut le 30 août 1483, ayant contribué plus qu'aucun
Le cardinal Jean Balue (D'après une estampe de la Biblioth. nationale).
de ses prédécesseurs à fumier l'unité française. Son autorité s'exerça durement, cruellement, le plus souvent sans souci des formes de la justice, mais d'immenses bienfaits devaient sortir de cet impitoyable nivellement de la société, et il mérite le jugement de Comniynes : « A tout prendre, c'était un roi » (1).
Avec lui finit réellement en France, le moyen âge, et l'œuvre inaugurée par les Capétiens directs, poursuivie avec un remarquable esprit de suite par leurs successeurs, recevait sa consécration définitive. Pour la réaliser, deux moyens avaient été mis en œuvre : d'une part l'annexion des grands fiefs au domaine royal — proclamé inaliénable — tant par l'application des principes mêmes du droit féodal que par les combinaisons de la politique ou de la guerre; d'autre part, la substitution des agents du roi aux diverses autorités locales, seigneurs et communes.
La noblesse chevaleresque a perdu toute action sociale par son mépris héroïque de la science des armes, par son inintelligence des besoins de son temps,
par son faste démoralisateur, et la royauté, qui l'incarne et s'associe à ses fautes sous Philippe VI et Jean le Bon, a été impuissante à défendre le pays comme à y maintenir l'ordre intérieur : l'opposition a pris la forme révolutionnaire tant à Paris que dans les campagnes, et l'œuvre réparatrice de Charles V, compromise par les luttes sanglantes des partis, a été mise h néant par la faction bourguignonne, qui a imposé à la France la domination anglaise. Cependant, sur les ruines de la chevalerie, la petite noblesse et la bourgeoisie se sont élevées; elles ont fourni aux rois les meilleurs ouvriers de la reconstitution et de la consolidation de leur autorité, et quand Louis XI meurt à Plessis-Iez-Tours, dans l'épouvante de la brutalité de son œuvre, le pouvoir monarchique a définitivement triomphé des entraves de toutes sortes qui limitaient son essor : tous les grands services publics sont maintenant des services d'Etat.
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(1) Voir II Forgeot, Jean Balue (1895), p. 95-101.
(1) Sur l'Industrie, le Commerce, la création de la Poste, l'Imprimerie, la politique religieuse, etc., voir livre VII, La Société et la civilisation aux XIVe el XVe siècles.