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L'EGLISE

Le Saint-Siège à Avignon.

a papauté était devenue en Occident, au xine siècle, une puissance religieuse, morale et politique de premier ordre. Nicolas II l'avait affranchie de la protection impériale qui avait un moment tendu à l'asservir. Grégoire VII, à son tour, avait proclamé la supériorité du pouvoir spirituel, réformé les mœurs du clergé en rétablissant dans sa rigueur primitive le célibat ecclésiastique, et formé le rêve d'uni- Europe catholique fédérée sous la croix de saint Pierre. Ses successeurs Innocent III, Grégoire IX, Innocent IV, reprenant avec plus d'àpreté encore les vues de Grégoire VII, étaient venus si' heurter, dans la « querelle des investitures », avec les empereurs, et de ce conflit le pouvoir spirituel '-lait sorti intact, mais non son prestige politique Sous Boniface VIII, l'affaire des Templiers met aux [irises le pape et le roi de France, et quelques années après,

Clément V, inquiet de l'état troublé de l'Italie, menacé dans Rome même par ses sujets, se réfugie à Avignon sous la protection et en quelque sorte sous la tutelle des rois de France (1309). Six papes, tous Français, imitant l'exemple de Clément V, prolongèrent la « captivité de Babylone » (voir p. 110), et, lorsque Grégoire XI eut rendu à Rome son ancien rang, un schisme éclata dans l'Église.

C'est une période critique pour le catholicisme et pour l'autorité pontificale. Les rois et les princes s'efforcent de secouer de plus en plus la domination temporelle du Saint-Siège, dont la suprématie spirituelle est non seulement contestée par 1rs hérésies de Wyclef et de Jean Huss, mais entamée par les conciles eux-mêmes.

Les papes d'Avignon furent sans doute dans la dépendance de la cour de France, mais la politique ne 1rs absorba pas rnlièremml et ils m- méritent pas les attaques violentes dont, ils ont été l'objet, comme chefs de la chrétienté, de la part des Italiens, jntéi leur séjour à Rome, et en général de nos ennemis du m, qui voyaient avant tout dans les « papes français les tuxiliaires serviles de la France.

Clément V. — Clément V (t), pape de 130o à 1314, lit son entrée

(1) Pa/,es d'Avignon: Clément V (1305-1314 ; Jean XXII (1316-1334

Benoît XII [1334-1342); Clément VI 1342-1352); tnn ni \

Urbain V (1362-1370); Grégoire XI (1370-1378); Clément VI (13 Benoit XIII (1394-1415).

à Avignon pendant l'octave de l'Epiphanie de Tan 1309. Il avait choisi cette nouvelle résidence parce qu'elle n'était pas placée immédiatement sous la domination du roi de Franco et qu'Avignon se trouvait d'autre part au milieu du comtal Venaissin, appartenant au Saint-Siège. Il nomma gouverneurs de Rome trois cardinaux, ayant le titre de sénateurs. Il annula dans les actes de Boniface VIII ce qui était offensant pour Philippe le Bel et il présida le concile de Vienne, où fut consommée la ruine de l'ordre du Temple voirp. 112 .

Jean XXII. — Jean XXII (Jacques d'Euse), pape de 1316 à 1334, était lils d'un cordonnier de Cahors. Il avait été successivement chancelier du roi de Sicile, évoque de Fréjus, archevêque d'Avignon, cardinal évêque de Porto, et il était âgé de soixante-douze ans lorsqu'il succéda à Clément V après une vacance de vingt-sept mois. Il lit publier les constitutions de Clément V sous le titre de clémentines et intervint dans le conflit qui divisait l'ordre dis Franciscains.

Frédéric le Beau, petit-fils de Rodolphe de Habsbourg, et Louis de Bavière s'étant disputé la couronne impériale à la mort de Henri VII (1313), le pape intervint dans la querelle. Louis, vainqueur à Mùhldorf de son compétiteur (1322), ne voulut pas souscrire aux injonctions d'Avignon en ce qui concernait l'administration impériale dans la péninsule, et, malgré les censures du pape, il se fit couronner roi des Romains (1328) par Scierra Colonna, qui administrait alors la Ville éternelle, suscita des ennemis au Saint-Siège dans la chrétienté et, après avoir déclaré Jean XXII déchu de ses droits à la tiare, fit élire antipape Pierre de Corbara, qui prit le nom de Nicolas V. Mais à peine Louis de Bavière fut-il de retour en Allemagne, que l'antipape, abandonné de ses partisans, se vit contraint d'implorer la clémence de Jean XXII qu'il venait d'excommunier.

Benoit XII. — Le conflit s'aggrava sous le successeur de Jean XXII, Benoit XII, pape de 1334 à 1442. Fils d'un boulanger de Saverdun, il s'appelait Jacques de Nouveau, dont on a fait de Novellis ; il avait reçu le surnom de Fournier, vraisemblablement à cause de la profession de son père. Entré dans l'ordre de Citeaux, il devint successivement abbé de Font- Froide, évêque de Pamiers, puis de Mirepoix. Il fut appelé au cardinalat par Jean XXII et désigné sous le nom de cardinal blanc, à cause de la couleur de son habit; enfin, élu pape à l'unanimité par vingt- quatre cardinaux, réunis à Avignon, il s'attacha à réformer les abus qui s'étaient introduits dans l'Eglise et surtout dans les ordres religieux, poursuivit les simoniaques, se montra constamment opposé au népotisme, disant qu'un pape devait ignorer ses parents, entama des négociations pour mettre lin au schisme grec. Son pontificat fut une véritable réaction démocratique et mystique contre les tendances purement féodales de Tombeau de Jean XXII (Cathédrale d'Avignon).

Clément VI (D'après une ancienne estampe).

son prédécesseur. Il se réconcilia avec les Romains, continua la lutte contre l'empereur Louis de Bavière et s'efforça de ramener la paix entre la France et l'Angleterre. Il voulut se donner une demeure digne d'un roi et il commença à grands frais la construction du palais apostolique.

Clément VI. — Clément VI (Pierre Roger), pape de 1342 à 1352, né au château de Marmont (Corrèze) en 1291, fut successivement bénédictin, docteur en Sorbonne, abbé de Fécamp, évêque d'Arias, garde des sceaux et chancelier du roi, archevêque de Sens et de Rouen et cardinal en 1338. Etant archevêque de Rouen, il avait excité la Normandie à la révolte pour la délivrer des exactions qu'y exerçaient les agents de Philippe de Valois, fut député à Paris par les États et obtint pour eux le privilège de ne payer que les impôts qu'ils auraient consentis.

Le 19 mai 1342, (dénient VI, élu le 7 mai précédent en remplacement de Benoît XII, se fit couronner dans l'église des Roms; il avait pour assislants le fils aîné du roi de France, Jean, qui lui servit d'écuyer dans les principales rues d'Avignon, avec Jacques, duc de Bourbon; Philippe, duc de Bourgogne; Humbert, dauphin du Viennois, et plusieurs autres seigneurs français. Au nombre des ambassadeurs romains qui, à chaque élection, venaient solliciter le nouvel élu de retourner à Rome, se trouvaient cette fois l'éloquent Nicolas de Rienzi et le poète Pétrarque, qui présenta à Clément VI un poème où il invitait le pape à revoir l'Italie. Le pape s'en excusa sur la nécessité où il était de rester au milieu des Français et des Anglais, pour apaiser la guerre sanglante que se faisaient alors les deux peuples.

11 avait une mémoire prodigieuse, beaucoup de savoir et du penchant à la bienfaisance. Habitué aux mœurs de la cour, il aimait la magnificence et il donna des fêtes dont la présence des femmes rehaussa l'éclat. Entouré de nombreux domestiques, il éclipsait tous les princes par la splendeur de son entourage, et, pour subvenir aux frais de cette pompe, il créa de nombreux impôts. Il accumula sur les membres de sa famille les dignités et les richesses, se réservant la nomination d'un grand nombre de prélatures et d'abbayes au préjudice des chapitres, et répondant aux représentations qui lui étaient f'ailes que ses prédécesseurs n'avaient pas su être papes. Peu après son élection, il nomma dix cardinaux, dont neuf Français, parmi lesquels deux de ses parents, un frère et un neveu. Plus tard, dans une promotion de douze cardinaux, il choisit de nouveau des Français du Midi, et une autre eut pour objet l'élévation de ses cousins, encore imberbes. Il acheta en 1348, au prix de 80 000 florins d'or, Avignon et son territoire à Jeanne, reine de Naples, comtesse de Provence, qui avait besoin d'argent pour faire la g uerre aux Hongrois.

Aussitôt après son couronnement (19 mars 1342), il envoya des légats à Philippe VI, roi de Fiance, et à Edouard III, roi d'Angleterre, pour tâcher de rétablir la paix entre eux, et il obtint un armistice de quatre ans. En 1345, il décréta une croisade contre les Turcs, et parvint à la décider en opérant une jonction entre les flottes du roi de Chypre, du grand maître de Bhodes et des doges de Gênes et de Venise, sous la conduite d'Humbert, dernier dauphin du Viennois. Celte croisade se termina par un armistice. Humbert se fit moine et devint patriarche d'Alexandrie. L'année suivante, l'élection à l'Empire de Charles IV de Luxembourg termina le long conflit qui avait mis aux prises le Saint-Siège et Louis de Bavière.

(dément VI mourut le 6 décembre 1352, au moment où se négociait avec l'empereur Cantacuzène la réunion de l'Église grecque. Il avait favorisé les lettres et les arts, protégé les Italiens Pétrarque et Villani, repris les travaux du palais pontifical, commencé les nouveaux murs d'enceinte de la ville et reconstruit quatre arches du pont

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AUX XIVe ET XVe SIÈCLES

sur le Rhône pour les relier à une tour carrée percée d'une porte donnant accès dans la ville. 11 avait aussi fait exécuter des travaux considérables en dehors d'Avignon; en particulier, il chargea Hugues More! d'édifier l'église de l'abbaye de La Chaise-Dieu (Velay), où il avait prononcé ses vœux monastiques et où il voulut être inhumé.

Malgré les injures dont certaines chroniques l'ont abreuvé, « le nom du pape qui se dévoua pour une population mourante et arracha les juifs aux fureurs de son temps, qui délivra un moment Rome du brigandage, qui consacra l'université de Prague et protégea celle de Florence, ne doit être rappelé dans les annales des Lettres qu'avec respect » (1).

Innocent VI. — D'origine limousine. Innocent VI (Etienne Auberl , pape de 1352 à 1362, avait été successivement évêque de Noyon, de Clermont et d'Ostie.

Il établit commandant des armées d'Avignon et du comtat Venaissin Jean Hernandez de Heredia, chevalier espagnol de Jérusalem; il lui donna également la surintendance de la reconstruction des murailles, dont on éleva sous son pontificat la partie allant du pont de la Sorgue à Saint- Lazare.

En 1358, la ville d'Avignon lui prêta le serment de fidélité qu'elle lui avait refusé jusque-là, parce qu'elle entendait faire confirmer par les papes les privilèges avec

lesquels elle était passée, en 1251, La porte Limbert) à A

sous la domination des comtes de Toulouse et de Provence. Les papes s'y étaient d'abord refusés, mais Innocent VI renouvela en faveur des Avignonnais,parsa bulle du 28 mars 1358, les privilèges de 1251.

Innocent VI se préoccupa utilement de rétablir à Rome l'autorité pontificale. L'absence des papes avait livré la ville à l'ambition de ses tribuns. Des légats apostoliques, résidant à Pérouse, gouvernaient bien les États de l'Église, mais leur autorité sur la capitale du monde chrétien était extrêmement faible.

Le légat Albornoz, habile général et grand politique, comprima les factions, réduisit les vassaux et les villes rebelles de la Romagne, et, par le rétablissement de la puissance pontificale, aplanit la voie au retour des papes-.

Urbain V. — Urbain V (Guillaume de Grimoard), pape de 1362 à 1370, né au château de Grisac, au diocèse de Mende, et issu d'une famille noble du Gévaudan, entra chez les bénédictins, se fit recevoir docteur et professa dans plusieurs villes, notamment à Paris. Grand vicaire à Clermont et à Uzès, il devint abbé à Auxerre, puis à Marseille. Le pape Innocent VI, l'ayant fait venir à Avignon, l'envoya assister au mariage de Louis de Tarente et de Jeanne de Naples. Il était encore en Italie lorsque, le 27 septembre 1362, il fut élevé au pontificat.

Jean le Bon, roi de France, se rencontra en 1363 à Avignon avec Wladimir, roi de Danemark, et Pierre, roi de Chypre, qui avait amené avec lui le patriarche de Constantinople. Les trois princes se croisèrent contre les Turcs et les Sarrasins.

Urbain V étendit les murs d'Avignon du pont de la Sorgue à la porte du Rhône et de la porte Saint-Lazare à la roche des Poms; il en fit également refaire les parties élevées à la hâte sous Innocent VI, de la porte Saint-Michel à la porte Limbert; il ajouta enfin au palais apostolique une septième tour, qui fut appelée tour des Anges. Mais un grand nombre d'hommes distingués, tels que Pétrarque, le pressaient de prendre le chemin de Rome; et, maigri' les efforts île Nicolas Oresme, conseiller de Charles V, le dernier jour d'avril 1367 il sortit d'Avignon, à laquelle il laissa pour gouverneur Philippe de Cabassole.

Cependant, quelques cardinaux, regrettant la Provence, tirent partager leur désir au pape, qui se fatigua lui-même du séjour de l'Italie et prit, en 1370, le prétexte du rétablissement de la paix entre la France et l'Angleterre pour venir de nouveau se fixer dans le Comtat.

Le -i septembre, il monta sur l'un des navires de la Hotte qu'avaient équipée les rois de France et d'Aragon, les Provençaux et Jeanne de Naples, et la ville d'Avignon elle-même, qui n'avait pas

voulu rester en arrière dans les honneurs rendus à son souverain. Il aborda le 16 à Marseille et fit son entrée le 2 i dans Avignon, au

milieu des transports de joie de ses sujets. Il eut, à peine le temps

d'abroger les règlements d'administration provisoire et de reprendre lui-même réellement les rênes du gouvernement temporel, car la mort le surprit dans la nuit du 29 au 30 décembre 1370. Il avait exercé' son zèle contre la simonie, le dérèglement des mœurs, la pluralité' des bénéfices, l'usure. Il avait favorisé les lettres, institué l'académie de Cracovie et fondé une université à Montpellier.

Grégoire XI. — Grégoire XI (Pierre-Roger de Beaufort), pape de 1370 à 1378, fils de Guillaume des Rosiers, seigneur limousin et neveu de Clément VI, apaisa la guerre entre la France et l'Angleterre, entre Jeanne de Naples et Frédéric de Sicile, condamna les sectateurs de Raymond Lulle et les bégards, redonna plusieurs ordres monastiques et monlraun grand zèle contre les hérésies, notamment contre celle de Wyclef, qu'il venait d'anathématiscr au moment où il mourut (1378).

Il créahuit cardinaux limousins, dont cinq étaient ses parents.

Avignon doit à ce pontife, le dernier que la France ait donné à l'Église, l'achèvement des prisons dont la construction avait été arrêtée en principe par Urbain V. Le 23 août 1376, il congnon, démolie en 1896. lirma aux habitants leurs anciens

privilèges, et, par une autre bulle du 1er septembre suivant, il défendit à tous princes ou particuliers d'envahir en ennemis les terres du comtat Venaissin, sous quelque prétexte que ce fût. Cependant, considérant le misérable état où l'absence des papes avait jeté l'Église romaine, et cédant à son inclination autant qu'aux instances de sainte Catherine de Sienne, Grégoire XI résolut de ne plus différer l'exécution d'un dessein qui, depuis longtemps, lui tenait au cœur. Sans écouter ni les remontrances, ni les conseils, soit de son entourage, soit du roi de France, il partit d'Avignon le 10 septembre 1376, avec tous ses cardinaux, à l'exception de six, et revint se fixer en Italie. Un légat (plus tard un vice-légat) fut préposé au gouvernement d'Avignon.

Avignon sous les papes. — Le séjour des papes a donné à Avignon une sorte de consécration historique et peu de villes sont entourées de plus de prestige traditionnel que cette métropole temporaire du catholicisme. A partir du jour où Clément V y transféra le siège du pouvoir pontifical, l'éclat de la Ville éternelle parut avoir passé' dans Avignon qui, pendant près de soixante-dix ans, vit s'étaler dans ses murs, au milieu de la chrétienté appauvrie et ravagée, les splendeurs d'une cour dont la pompe et la majesté n'étaient égalées par le luxe d'aucune autre à cette époque. .

Si l'on s'en rapportait au seul témoignage de Pétrarque, Avignon aurait été, au xivc siècle, « l'enfer des vivants, la sentine la plus profonde des vices, un grand opprobre, la plus grande puanteur de l'univers », une ville où il n'y aurait eu « rien de vrai, rien de sain, aucune crainte de Dieu, aucun respect de la parole donnée, aucune religion ». Il ne faut pas oublier que Pétrarque ne se consola jamais de voir Rome délaissée par les papes, et l'expression lyrique de son patriotisme blessé ne doit pas être prise à la lettre, mais<i le respect de la vérité oblige à reconnaître que, pend a ni son séjour sur les rives du Rhône, l'entourage des papes se laissa terriblement envahir par l'esprit mondain » (1), que la Gour d'Avignon « donna de trop nombreux exemples d'arles d'arbitraire, d'égoïsme et de népotisim I , il que, pour faire face à ses dépenses utiles ou somptuah se trouva engagée dans une politique d'expédients li eaux qui la rendirent impopulaire. Les revenus moyens du Saint-Siège variaient entre 200000 et 300000 florins par jour (12 à 18 million idi francs .

et un prélat laissa à sa mort une dizaine de mil! s en espè es

monnayées.

Le trésor pontifical était alimenté par les décimes extràordii

1 Y. Ci. Clerc et E. ELehan, Histoire littéraire de la France au XIVe siècle [1865), t. 1", p. 23.

(1) Docteur Couis Pastor, Histoire des papes depuis l<i fin du moyen âge, trad. par Furcy Raynaud, tome Ier (1007), p. 83.

imposés sur les revenus ecclésiastiques, les bénéfices (1), les annales (2), les réserves 3 , les expectatives ' 'i , sans parler des frais de justice perçus à l'occasion des appels, dont les cas avaient été multipliés. Le clergé de France, déjà soumis au droit de régale '■> . eut beaucoup à souffrir de cette politique financière. « En un temps où l'argent devenait rare, où le prix des denrées augmentait chaque jour, où la plupart des bénéfices, ruinés, dévastés ou détruits par les grandes Compagnies, ne produisaient plus aucun revenu, les impôts pontificaux, les annales surtout, amenaient fatalement la misère chez lès bénéficiera.

Il était naturel que des résistances et des protestations se produisissent. L'état d'esprit du clergé français, pressuré par la papauté, apparaît nettement dans les livres de compte des collecteurs. » De leur côté, les rois de France, « navrés de voir passer l'or du pays dans les caisses pontificales », joignaient leurs protestations à celles du clergé.

L'Église romaine ne sut pas réagir assez énergiquement contre les abus « inséparables du fiscalisme introduit par les papes d'Avignon », et ces abus « ne sont certes pas pour rien dans la préparation et dans la formation de cet esprit de réforme qui grandira insensiblement, irrésistiblement, et bouleversera plus tard l'Église catholique » (6).

Les rues étroites de la cité pontificale, couvertes de larges toiles pour

amortir la chaleur du jour, suffisaient à peine à la circulation d'une foule empressée et pittoresque : cardinaux sur leurs mules, clercs et moines de tout ordre, pénitents, missionnaires, pèlerins, solliciteurs, écoliers venus pour suivre les leçons de l'Université, envoyés des rois et des princes se mêlaient sans cesse à une population fixe de 80 000 habitants. L'activité commerciale était intense dans un pays où affluait l'or de la chrétienté, où le Rhône apportait des productions de tous les pays, où vivait une société élégante et courtoise, où les lettres et les arts étaient encouragés et cultivés. C'est au séjour des papes qu'Avignon doit ses principaux monuments : son palais, grandiose forteresse élevée sur le rocher des Doras; ses remparts avec leurs trente-trois tours rondes ou carrées, sesmonas-

Phot. Bartesago.

Couloir dit du Conclave (Palais des papes, à Avignon).

(1) On appelait bénéfice ecclésiastique le revenu de biens de l'Église allaché, ù titre de dotation, à certaines fonctions ecclésiastiques. Au moyen âge, la collation des bénéfices appartenait dans chaque diocèse à l'évêque, et, dans chaque monastère, à l'abbé; mais le droit de l'évêque ou de l'abbé n'était pas absolu : c'est ainsi que les chapitres des cathédrales ou des églises collégiales avaient le droit délire les titulaires de certains bénéfices. — (2) Annales, revenu de la première année de tout bénéfice nouvellement conféré. — (3) Réserves, rescrits par lesquels le pape se réservait la nomination à certains bénéfices vacants. — ', Expectatives, droits éventuels assurés par bref du pape sur un bénéfice encore occupé, pour le temps où il deviendrait vacant. — (5) Réf/ale, droit que s'attribuait le roi de France de percevoir le revenu des évêchés pendant la vacance du siège et de nommer aux bénéfices qui en dépendaient.

6 l.n Fiscalité pontificale en France au XIVe siècle, parCh. Samaran et (.. Moliat, ancien chapelain de Saint-Louis-des-Français à Rome (1905), p. 159 160.

tères, ses églises, ses clochers, si nombreux que Rabelais l'appelait la ville sonnante, et aussi ses vieilles maisons aux toits plats, qui lui donnent «une physionomie presque ombrienne». (André Hallays.) Le palais des papes, prés duquel s'élève l'église Notre-Dame-des- Uoms, occupe une superficie de 15 000 méfies carrés et se compose de sept corps de logis, séparés par des préaux et reliés ensemble par sept énormes tours. « Le temps a donné à ces pierres si bien jointes, d'un si beau poli, une teinte uniforme de feuille sèche qui en augmente encore la beauté. » (Stendhal.) Son aménagement présentait, au xive siècle, un mélange singulier de luxe et de simplicité; des fresques dues à Matteo di Giovanetto, de Viterbe, et des tapisseries précieuses ornaient les murs, et la plus somptueuse argenterie garnissait les bahuts et les crédences, mais de simples nattes servaient généralement de tapis et, aux fenêtres, sauf dans les chapelles, des toiles enduites de cire tenaient lieu de vitres. Le mobilier religieux et les ornements sacrés étaient au contraire d'une magnificence inouïe : Avignon ne se prêtait pas comme la Ville éternelle aux grandioses créations de l'art, et c'est dans l'orfèvrerie, l'émaillerie, la broderie qu'éclata le luxe des papes français. Il se manifesta aussi dans les fêtes et les banquets : en 13U8, Clément V traita son entourage, et le menu comprenait vingt-sept entrées, dont une pièce montée, composée d'un cerf, d'un sanglier, de chevreuils, de lièvres et de lapins, des arbres couverts de fruits confits, une fontaine d'où coulaient des Ilots de vin fin. Quatre chevaliers et soixante-douze écuyers faisaient le service.

Le grand schisme d'Occident [1377-1449] (1). — A la mort

de Grégoire XI, septième pape d'Avignon (1377), un pape italien, Urbain VI (Barthélémy Prignano), fut d'abord élu, à Rome, quoique sur seize cardinaux qui composaient le conclave, onze fussent Français. Mais, quelque temps après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent que l'élection était nulle, ayant été faite sous la pression violente du peuple, qui réclamait un pape romain, ou au moins italien, et, assemblés à Fondi, ils donnèrent la tiare à Robert de Genève, qui prit le nom de Clément VII (1378). Ainsi commença ce grand schisme, qui devait durer un demi-siècle et auquel mit fin le concile de Constance (1449).

Le 16 novembre 1378, une ordonnance royale prescrivit la publication, dans toutes les églises de France, de l'élection de Clément VII, et l'Université de Paris, la plus grande institution théologique du temps, finit par reconnaître le pape d'Avignon, qui n'avait alors pour lui que Jeanne de Naples et qui, une fois soutenu par la France, le fut aussi par l'Ecosse, les Lusignans de Chypre, la Savoie, la Castille, la Navarre, l'Aragon, le Portugal, Léopold II d'Autriche, la Lorraine, Naples. Urbain VI, resté à Rome, fut au contraire reconnu par le roi d'Angleterre, l'empereur Charles IV, le roi de Hongrie, les États Scandinaves. Les princes d'Allemagne et d'Italie se partagèrent entre les deux pontifes.

Ainsi la chrétienté était divisée en deux obédiences : celle du pape romain et celle du pape d'Avignon. Les grands événements de la politique générale détournèrent presque partout les esprits de la question du schisme durant plusieurs années. Cependant, l'Université de Paris estimait qu'un concile général devait résoudre le conllit, et Charles V s'était, à la veille de sa mort (1380), rallié à cette idée, que les quatre facultés, dans une assemblée solennelle (20 mai 1381), décidèrent de faire triompher auprès des rois et des princes. Mais Louis d'Anjou, régent de France à l'avènement de Charles VI et qui, à l'instigation de Clément VII, voulait conquérir un royaume en Italie — le royaume à'Adria — passa les monts -en 1382 pour renverser d'abord Urbain VI par la force. Il n'eut pas le temps de mener à bien cette entreprise aventureuse, étant mort à Bari en 1384.

En 1394, une longue trêve entre l'Angleterre et la France ayant été conclue, le rétablissement de la paix de l'Église devint la préoccupation universelle. L'Université de Paris se donna à elle-même mission de rétablir l'unité catholique et consulta tous ses membres; dix mille avis furent émis qui aboutirent presque tous à l'une de ces trois solutions : compromis émanant de commissaires choisis par les deux papes, retraite volontaire, concile général. Ces suggestions furent consignées dans un mémoire élaboré par Pierre d'Ailly et Gilles de Champs, et rédigé par Nicolas de Clamanges.

Clément VII étant mort sur ces entrefaites, les cardinaux ne cru-

(1) Grand schisme d'Occident, papes romains : Urbain VI (1378-1389) Boniface IX (1389-1404); Innocent VII (1404-1406); Grégoire XII (1406-1409); Alexandre V (1409-1410); Jean XXIII (1410-1415).

Papes d'Avignon : Clément VII (1378-1394) ; Benoît XIII (1394-1415).

Fin du grand schisme : Martin V (1417-1431).

LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION AUX XIVe ET XVe SIÈCLES

rent pas devoir surseoir à la tenue du conclave et ils ('lurent, sous le nom de Benoit XIII, le cardinal Pedro de Luna, d'une illustre famille d'Aragon. Pedro de Luna avait promis, avant son élection, de déposer la tiare si cet acte était nécessaire pour mettre fin au schisme ; mais à peine fut-il nommé qu'il refusa de tenir sa promesse. Profondément irrité de son refus, le roi de France, Charles VI, qui avait favorisé son élection, convoqua un concile national où il fut décidé qu'on ne reconnaîtrait [dus Benoît XIII comme pape, et cet exemple fut bientôt suivi dans toute l'Europe.

Dans le courant de l'année 1398, le roi de France envoya en vain deux ambassades à Benoit XIII pour l'inviter à renoncer à la papauté. Le général Boucicaut marcha alors contre Avignon; Benoît XIII, abandonné de ses cardinaux euxmêmes, se barricada dans le palais apostolique, d'où il tira le canon tant sur la ville que sur les assiégeants. Boucicaut tenta de pénétrer dans le palais par l'égout des cuisines, mais les soldats qui se dévouèrent à cette entreprise périlleuse furent pris et massacrés.

A la nouvelle du danger pressant où se trouvait Benoît XIII, le roi d'Aragon envoya, pour le délivrer, une armée considérable qui ne put passer le Rhône

à cause de l'abaissement des eaux et mourut en partie de froid; les survivants retournèrent en Aragon sans avoir rien fait. Les vivres devenant rares, le pape abandonna son palais et se relira à Château-Renard (Provence), mais un revirement subit se produisit en sa faveur et il reçut la soumission de la ville et du Comtat sans toutefois revenir à Avignon.

L'agitation provoquée par l'Université de Paris ne s'était pas ralentie, et, en 1408, le roi de France déclara se soustraire à l'obédience de Benoît XIII, dont les cardinaux se mirent d'accord avec ceux de Grégoire XIII pour convoquer le concile œcuménique de Pise, qui se réunit en 1409. Il Comptait 22 cardinaux, 4 patriarches, 200 archevêques et évèques, 287 abbés, plus de 300 docteurs. Après avoir vainement cité à comparaître Grégoire XII (Rome) et Benoit XIII Avignon), il les déposa et leur donna pour successeur Alexandre V : il y eut trois papes au lieu de deux.

Le successeur d'Alexandre V, Jean XXIII (1410), d'accord avec l'empereur Sigismond, réunit un second concile dans la ville libre de Constance (1415). La France y fit défendre ses vues par trois hommes considérables, dont le nom a déjà été prononcé : Pierre d'Ailly, chancelier de l'Université de Paris en 1389; le savant théologien Jean Gerson, qui avait été élu aux mêmes fonctions en 1398; .Nicolas (h- Clamanges, professeur au collège de Navarre. Le premier se rallia au parti des réformes; le second détermina l'assemblée à iroter la supériorité des conciles; le troisième, on se le rappelle, avait, en 1394, présenté au roi au nom de l'Université une déclaration sur les moyens de mettre lin au schisme.

L'assemblée , réunie

Un concile au XV° siècle, par Jean Fouquet (Musée Condé, Chantilly).

Pierre d'Ailly.

(D'après d'anciennes estampes;

en novembre 1414, comptait 29 cardinaux, 3 patriarches, 33 archevêques, 150 évêques et prélats, 500 moines environ, 1800 prêtres, dont un grand nombre de docteurs des universités, et en particulier de celle de Paris. Tous eurent voix délibérative, les simples prêtres comme les cardinaux; il fut décidé qu'on voterait, non par tètes, mais par nations (allemande, anglaise, française, italienne).

Sur l'initiative des orateurs français, le concile demanda à Jean XXIII son abdication. Jean finit par s'y résigner, mais il s'échappa ensuite de la ville à la faveur d'un déguisement, et un décret fut alors rendu qui déclara l'obéissance au concile obligatoire pour toute personne, y compris le pape. Jean, déposé solennellement, se soumit enfin et Grégoire XII, qui en fit autant, fut admis à siéger parmi les cardinaux. Benoît XIII s'obstina; mais, abandonné par les Espagnols qui, en entrant au concile, formèrent la cinquième « nation », il fut à son tour déposé et excommunié (26 juillet 1417).

Le concile, après avoir proscrit la doctrine de Wyclef, voulut donner à la chrétienté des gages regrettables de son orthodoxie en envoyant au supplice Jean Huss (1415) et Jérôme de Prague (1410). Après quoi, une commission composée de cardinaux et de prélats, choisis dans les cinq « nations », élut à l'unanimité un nouveau pape, le cardinal Odon de Colonna (11 novembre 1417), qui prit le nom de Martin V.

Martin V (1417-1431) refusa de reconnaître le décret qui déclarait le concile supérieur à toute autorité, même pontificale, et il ne se tint pas pour lié par le canon qui ordonnait au nouveau pape de procéder immédiatement à la réforme de l'Eglise. Il se hâta de dissoudre le concile, mais il promit d'en convoquer un autre, qui se réunit en effet à Bàle sous son successeur Eugène IV (1431).

Le concile proclama la supériorité des conciles sur les papes, réglementa les élections dans le but d'en assurer la liberté et abolit les annates, les réserves et les expectatives. La lutte entre l'épiscopat et la papauté devenant de plus en plus vive, Eugène IV transféra le siège de l'assemblée à Ferrare (1437) : cet acte d'autorité occasionna une scission, et les membres dissidents, sous la présidence de Louis d'Allemand, archevêque d'Arles, continuèrent de délibérer, déposèrent Eugène IV (25 juin 1439) et se donnèrent pour

pape Amédée de Savoie, sous le nom de Félix V (4 novembre 1439).

Cependant, le concile de Ferrare, transféré à Florence en 1439, se regardait comme seul légitime et la chrétienté retomba dans un nouveau schisme. A la mort d'Eugène IV 1447 , les cardinaux romains le remplacèrent par Nicolas V, et la France intervint pour ménager une transaction : Félix V déposa la tiare à la condition de demeurer cardinal li s il à , ie et de conserver ie droit de porteries ornements pontificaux.

Le concile de Bàle se sépara le 25 avril 1449 après être resté près de

Jean Gerson. dix-huit ailS en peima-

Bibliotbèque nationale.) nence-

La Pragmatique sanction de Bourges (1438). — Le

2 mai 1418 avait été publié à Constance un acte réglant provisoirement les rapports de la papauté avec les nations latines. En France, les Armagnacs, qui n'avaient reconnu Martin V qu'en réservant ce que l'on appela plus tard les libertés de l'Église gallicane (1), n'auraient probablement pas accepté l'acte de 1418, mais celui-ci fut rendu obligatoire par les Bourguignons, vainqueurs des Armagnacs, dans b's pays de domination anglo-bourguignonne (ordonnance du 9 septembre), où, malgré l'opposition du parlement de Paris, mais avec l'assentiment de l'Université, le choix des évêques fut dans la main des princes. Le dauphin Charles, dont la politique sur ce point fut constamment ondoyante, s'engagea en 1421 à sacrifier les libertés de l'Eglise nationale, puis il revint brusquement sur sa parole. Au concile de Sienne, en 1423, Charles, devenu roi, demanda le maintien du régime de l'indépendance à l'égard du Saint-Siège au point de vue des taxes et de la collation des bénéfices. Enfin, en 1426, il fit enregistrer, malgré l'opposition du parlement de Poitiers, la transaction de Genazzano (1426), qui témoignait de part et d'autre d'une égale bonne volonté.

Tandis que dans les provinces anglo-bourguignonnes aucune difficulté ne s'élevait entre le Saint-Siège et le régent Bedford, Charles VII se préoccupa, dès 1432, de faire modifier l'acte de Genazzano, et, en 1436, d'accord avec le clergé, il intervint dans ce but tant auprès du concile de Trente qu'auprès du souverain pontife. Devant l'échec de cette tentative, et le concile ayant d'autre part rendu des décrets réformateurs défavorables au Saint-Siège, Charles VII réunit à Bourges une assemblée du clergé de France à laquelle furent convoqués les représentants du pape (1438), et celte assemblée adopta, sous le nom de Pragmatique sanction, plusieurs décrets inspirés des décisions du concile

Les principales dispositions de la Pragmatique affirmaient la supériorité des conciles œcuméniques sur le pape ; l'obligation pour celui-ci de réunir chaque année un concile général; le rétablissement de l'élection pour les dignités ecclésiastiques, mais avec le droit de recommandation pour le roi ou les seigneurs; l'attribution soit aux chapitres, soit aux patrons du droit de désigner les titulaires des bénéfices ecclésiastiques ; l'interdiction à la cour de Borne de lever en France les impôts connus sous le nom d'annates, de réserves et d'expectatives; le maintien du droit de régale; la limitation des appels en cours de Borne et la défense de publier en France aucune bulle pontificale sans l'autorisation du roi. La Pragmatique affranchissait de l'autorité pontificale l'Église de France, mais la plaçait sous celle du pouvoir laïque, sous le patronage des seigneurs.

Ces dispositions furent mises en vigueur sans que le concile eût été appelé à approuver les modifications apportées à ses décrets. Aussi ne lessoutint-ils que mollement et le Saint-Siège ne cessa-t-il de protester contre leur application, qui d'ailleurs fut souvent arbitraire. Combattue par l'Université et par une partie du clergé', la Pragmatique eut, au contraire, l'appui du parlement, qui pendant tout l'ancien régime fut le défenseur des maximes gallicanes; des négociations furent entreprises dès 1440 pour lui substituer un régime moins discuté de part et d'autre, etdes assemblées ecclésiastiques se tinrent à Bourges, à Bouen, à Char 1res, sans qu'on pût jamais parvenir à un accord (2).

Les réclamations des papes Pie II et Paul II contre la Pragmatique furent enfin écoutées de Louis XI qui, en 1461, la déclara abolie par lettres patentes et la révoqua de nouveau en 1467 après l'avoir, dans l'intervalle, remise en vigueur. Il voyait dans l'acte de Bourges l'œuvre du parlement et il lui déplaisait que les élections cpiscopales fussent en somme aux mains des grands. Aussi se rangea-t-il aux conseils du cardinal Balue et abolit-il la Pragmatique en 1467, malgré le parlement et l'Université : il espérait se ménager la reconnaissance du Saint-Siège en même temps qu'il affermis-

(1) C'est le nom qu'on donne à un ensemble de maximes ordinairement suivies par les rois de France dans leurs relations avec le Saint-Siège. Elles étaient enseignées dans les universités, et le parlement s'en montrait le gardien jaloux. La théorie des Libertés de l'Église gallicane fut résumée par Bossuet, en 1682, dans la Déclaration de l'assemblée du clergé de France. Au xixa siècle, les gallicans et les catholiques libéraux furent combattus par les ultramon tains, qui remportèrent en 1870 lorsque le concile du Vatican eut proclamé l'Infaillibilité du pape.

(2) Thomas Basin, dans un mémoire adressé à Louis XI, rapporte qu'aux assemblées de Chartres (1450) et de Bourges (1452), il eut sous les yeux le texte d'une Pragmatique attribuée à saint Louis. C'était un faux, fabriqué de toute pièce à l'appui de la thèse gallicane, sans doute par un secrétaire de la chancellerie royale. (Voir Noël Valois, Histoire de la Pragmatique sanction de Bourges [l'J06],pp. 159 et suiv.).

sait son autorité à l'encontre de la cour souveraine et des grands. Mais le parlement et l'Université ayant demandé énergiquement le maintien de la Pragmatique, le roi, après avoir laissé les choses en l'état jusqu'en 1472, entama alors des négociations avec le pape Sixte IV ; elles aboutirent à un concordat qui ne donna satisfaction à personne.

BIBLIOGBAPHIE

■ Ouvrages à consulter : Christophe (abbé), Histoire de la papauté au XIVe siècle (1833, 3 vol.). — Digonnet (F.), Le Palais des papes à Avignon (Avignon, 1907). — Ehrle (le P.), De hisloria palatii romanorum ponlificum Avenionensis (Rome, 1890). — Faucon (M. , Les Arts àla cour d'Avignon (Mélanges de l'école de Rome, 1884). — Gayet (abbé), Le Grand Schisme d'Occident, les origines (issu, -i vol.,. — Girard .1. et tJ1' P. Pansier, La Cour temporelle d'Avignon aux XIVe et XVe siècles (1910). — Muntz (A.), Nicolas de démanges (Strasbourg, 1848 . — Pameyer c,. , Pierre d'Ailly (Strasbourg, 1840 . — Pastor, Histoire des papes depuis lu fin du moyen âge, trad. de l'ail, par F. Raymond (3e édit., I, 1907). — Hanotaux (Gabriel), Recueil des instructions (limitées aux ambassadeurs et ministres de France : Home. — Prou (Maurice), Relations politiques du /m/,,' Urbain V avec les rois de France Jean II et Charles F.(1888). — Samaran (Gh.) et G. Mollat, La Fiscalité pontificale en France au XIVe siècle [90 , . — Sciimidt (Ch.), Essai sur Jean Gerson (Strasbourg, 1839); — Précis de l'histoire de l'Église d'Occident au moyen âge (1885). — Valois (Noël , /." France et le grand schisme d'Occident (1896-1902, 4 vol.); — Histoire de tu Pragmatique sanction de Bourges sous Charles VII (1906); — Le Pape et le Concile, 1418-1450 (1909).

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