‹ Histoire de FranceChapitre 18 sur 19 · i HllSTOIRE · texte numérisé non relu

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non par jours, mais par nuits, et croient que là nuit a précédé le jour. •

Leur esprit d'indépendance empêche qu'ils ne se rendent avec exactitude aux réunions ; plusieurs arrivent tard pour ne point paraître commandés par la' crainte : dans ces assemblées ils prennent place tout armés; le roi ou le chef parlé le premier; il a plus d'influence par la raison que par l'autorité ; si son avis déplaît , un murmure ou un cri général le lui annonce; l'agitation ou le bruit des framées- exprime au. coiiti^aire l'approbation la plus honorable.

C'est dans ce conseil national qu'on juge les affaires criminelles. Les peines varient suivant la nature du délit : on pend les traîtres , les transfuges; maïs les lâches et ceux qui se prostituent sont jetés dansun marais et plongés par le poids d'une lourde claie au fond du bourbier. Cette diversité de châtimens indique l'intention de montrer au grand jour le crime puni, et de cacher Finfamie châtiée.

Les fautes légères attirent de moindres peines : le coupable est condamné à payer un certain nombre de chevaux et de brebis; le roi ou la cité reçoit une partie de l'amende; l'offensé ou sa femille profite du* reste.

La même assemblée élit pour chaque canton et pour chaque bourgade des chefs chargés de

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rendre la justice. Cent assesseurs ^nommés par le peuple , leur servent à la fois de conseil et de feeiti.

Pour vaquer aux affaires publiques ou particulières ils marchent tguj ours .armés; nul ne peu^ cependant commencer k porter les armes sans que la cité l'ait permis. C'est au milieu de ^man. l'assemblée nationale que le père- d'un jeune enfans.* homme ou son» parent lui donne la roba virile, c'est-à-dirp le bouclier et la framée; il devient alovs membre de l'État; avant il ne l'était que de la famille*

Les enfans d'un guerrier, illuatw par sa nais^ sance et par ses services, obtiennent presque au sortir de l'enfance la dignité de" chef. Les autres. Sous le nom de compagnons, se mettent au ser^sice des guerriers plus éprouvés et plus âgés qu'eux. Chaque chef distribue à son gré les grades entre ses compagnons ; cet usage excite une vive émulation , chez les uns pour s'avancer, chez les autres pour réunir autour d'eux la jeunesse la plus brî^ve. • , •

La considération et le pouvoir se mesurent sur* cet entourage plus ou moins nombreux : cette troupe d'élite est leur décoration dans la paix, leur défense dans la guerre. Un chef, ainsi environné d'une troupe brillante, ne voit point sa gloire bornée aux limites de son pays ; les

peuples étrangers Fui envoient des ambaissadeurs et de riches présent; souvent la crainte de son nom éloigne ou termine la guerre.

Il est honteux au chef de céder^en coiM^age à ses compagnons y qui, de leur celé ^ rougiraient de ne point égaler feur chef : le plus grand opprobre pour eux serait de laisser le co^ps do leur général aux ennemis ou de hii s^urvivre ; ils font serrnénf dfe !e défendre et de l'honorer par leurs exploits; les^chefe eosëibatteftt pour la victoire , et les compagnons pour If «?s chefs*

Avec de telles mœurs ils ne peuvent snppor^ ter long-*-tê*jte la paix ; tous ces jeunes guerriers , ks de rester dans l'inactioit , s'empre«^ sent d'aller chez les peuples qui sont en guerre. Cette humeur belliqueuse a pour motif d'abord la haine du repos , ensuite le dérir d'une j^oBtpte illustration , enfin l'espoir de trouver dans le pillage des moyens d'entretetrfr une nombreuse troupe de compagnons.

La guerre seule peut leur fournir des che^ vaux, des framées, et ces festins gtossiers , mais dispendieux , unique solde de leurt guerriers. Il est bien plus facile de les engâtger à clwrcber des ennemis et des blessures que de leur persuader de labourer la terre et d'attendre une récolte ; ils trouvent honteux d'airacher par la sueur ce qu'on peut gagner au prix du sang.

Quand ils ne combattent pas ^ le lit, la table occnpaet la chasse remplissent leurs loisirs ; les plus deux «exes. belliqueux deviennent alors, les plus oisifs } ils abandonnent les soins de la culture , de la famille , de la maison aux femmes et aux vieillards; tant leur, esprit bizarre hait le travail, et ne peut en même temps souffrir le repos. .

Les cités fournissent volontairement à leurs chefs le bétail et les grains nécessaires ;'ces dons gratuits leur semblent honorables : ilssont aussi flattés de recevoir en présens des étrangers soit de beaux coursiers , soit des armés et des colliers; ils ont déjà même appris des Romains à accepter de Fargent.

On ne voit point de ville chez les Germains; leurs maisons socrt éparses; leurs bourgades sont composées d'habitations isolées : chaque maison est entourée d'un champ , soit pour éviter le feu, soit parce qu'ils ne savent pas bâtir; ils n'emploient ni le mortier ni la tuile ; leurs bâtimens, grossiers et construits sans art, sont cependant quelquefois enduits d'une terre fine , luisante et colorée, qui indique quelque idée de peinture. Ils se creusent des souterrains qu'ils couvrent de fumier; c'est dans l'hiver leurs magasins et leur asile ; ils y sentent moins le froid, et leurs vivres v sont à l'abri des ennemis.

La saie , unique vêtement de ce peuple , est vêremens.

attathée avec une simple agrafe, quelquefois même avec une épine ; dans leurs maisons ils sont nus, et se tiennent des jours entiers près du feu. Pour se distinguer de la multitude les chefs portent un habit serré, formé de peaux, et orné de fourrures mouchetées. Le vêtement des femmes diffère peu pour la forme de celui des hommes ; c'est une tunique de lin , bordée de pourpre et sans manches j leurs bras et leur sein restent nus ; cependant leurs mœurs sont sévères, et à cet égard dignes d'éloges. La poijgar Les Gcrmaius sont la seule nation barbare fendu., chez laquelle la polygamie soit généralement défendue ; elle n'est permise qu'à un petit nombre de chefs qui veulent , non par incontinence , mais par orgueil , se montrer environnés d'un cortège d'épouses.

La femme n'apporte point de dot ; le mari lui en donne une j les parens reçoivent pour elle les présens : ces dons sont faits , non pour la vanité de l'épouse , mais pour l'utilité de la famille j ils consistent en quelques bpeufs , un cheval avec son harnais, un bouclier, une framée, un sabre. Ces dons, symboles mystérieux des devoirs que le mariage impose aux femmes, leur rappellent qu'elles doivent partager les travaux et* les périls de leurs époux , imiter leur audace et leur constance, vivre et

mourir •comme eux, enfin garder fidèlement ces dons reçus comme un «dépôt sacré qu'elles transmettront à leurs enfans : ainsi tout sert à fortifier leur vertu, tandis qu'aucun luxe, aucun spectacle , aucune ivresse , auaune correspondance mystérieuse n'enflamiuent leurs passions.

L'adultère est le crime le plus rare chez lesPnnitîond^ Germains. Le châtiment est prqmpt j le mari l'infligé : la femme, riasée, dépouillée, est chassée de sa maison par son époux, qui lui fait parcourir la bourgade en la frappant de verges. La perte de son honûeur est irréparable ; fortune, beauté, naissance, rien*ne pourrait engager un autre Germain à l'épouser. Là on ne traite point les vices avec légèreté comme à Rome , et on n'excuse point la axruption en disant : c'est le siècle. - p • •

Dans quelques cités on ne permet qu'aux vierges de se marier , et elles ne peuvent avoir pendant leur vie qu'un seul époux, comme elles n'ont qu'un corpô et utie âme. Leur mari borne tous leurs désirs; hors de lui, il n'est point pour elles d'idées d'hymen j Iç mari est à leurs yeux le mariage tout entier.

L'avarice ne limite point le nombre de leurs enfans; ils ne commettent jamais l'infamie, trop connue ailleurs, de tuer ceux qui paraî-

traient un excès de charge pour leur fortune. Les bonnes moeurs ont chez eux plus de pouvoir qu'ailleurs les bonnes loié.

La pleine liberté laissée aux enfans développe leurs forces f et de là vient cette stature gigantesque qui étonne les Romains. La mère allaite son enfant , et n'abandonne point cette gloire àdes servantes. .

On aurait peine à distinguer par quelque mollesse FenfaAt du .maître de- celui de l'esclave; tous passent leurs premiers ans au milieu des troupeaux , et se traînent également sur la terre; pliîs tard l'âge SjÉpare l'homme libre du serf; le courage en marque la différence.

Les Gennains se livrent tard à l'amour^ de sorte que l» .vigueur des pères se transmet à leurs enfant. Le, lien fraternel est si sacré pour eux qu'ils montrent souvent plus dj^ tendresse à leurs neveux qu'à leurs fils : le même motif leur fait préférer ces neveux lorsqu'on leur demande des otages. Ce sont pourtant leurs enfans qui héritent; à leur défaut seulement les frères et les parens patérnels^ ou maternels.

Plus la famille d'un homme est nombreuse , plus sa vieillesse est considérée. ChaciMi épouse les querelles de ses parens; mais leur haine s'apaise facilement. Tout se rachète, jusqu'à

l'homicide^ par quelque amende 'en bœufs ,et en brebis : cette réparation satisfait la f^ifaille ; coutume àage dans jUn pays où la liberté rendrait les inimitiés si funesteé* . ^

Aucun peuple n'd^tplus.hospitalier; on regarderait comme wi crime» de former sa porte au dernier des hommes. Lorsque l'hôte d^un étranger voit ses provisions consommées , il le conduit chez un d% ses voisins; et 1^, sans être invités, tous deux ^ont bien accueillis. Si l'étrangtr en partant demande uir don , on le lui accorde j son hôte exerça sur lui le même droit : ces présens réciproques leur sont agréables; mais ils ne les regardent point comme des lien^.

Aussitôt qu'un Germain est levé, il s% baigne Réunions

r •■ . 1 1» pour les af-

€t prend un léger repae : chacun qc\ix a son faire». siège et sa table isolés; ensuite il sort armé pour vaquer à ses affaires. Elles se traitent dans des réunions qui ne sont que de longs festinis : ils ne regardent poiiït comme une honte de passer des jours entiers à boire ; aussi les querelles, les injures, les combats, les meurtres mêmes deviennent la suite fréquente de ces orgies.

C'est presque toujours au milieu de ces festins qu'ils discutent les réconciliations , les élections, les mariages, la paix et la guerre:

ils croient que là le cœur est plus ouvert à la bonl^^et pluâ échauffé pour la gloire. Étant sans artifice, ils aiment à .épapcher leul^s pensées dans. l'abandon de la* table; mais ils remettent leurs décisions au lendem^n : ainsi , pour délibérer, ils prennent le temps où l'on ne peut feindi\e, et, pour résoudre, celui où l'on pourrait le plus diiHcilement*tromper.

Noorritare Lcurs aljmens sont des f ri^fi^ , de la venaison, ' du lait caillé ; leur boisson se compose d'une liqueur d'orge x)u de bléf «fermenté : leurs mets sans apprêt suffisent àJeur appétit; mais pour la soif ils sont moins réservés , et peut-être, en satisfaisant leur passion pour l'ivresse, on trouverait contre eux dans ce vice un moyen de de^ruction plus facile que la guerre.

Leur» Ils ne .connaissent qu'une sorte de spectacle ;

mens, il cousistc à voir quclqucs jeunes gens sauter tout lîus au milieu d'un grand nombre de glaives et de framées. L'habitude de cet exercice en a fait un art .où 'leur adresse et leur grâce se sont perfectionnées. .Le, seul prix dont on paie ces jeux est l'apjplàudissement des spectateurs. Ce qui est étrange chez^ ce peuple grave et froid, c'est sa passion pour le jeu de dés; elle y devient une fureur telle que. souvent, après avoir tout perdu, ils jouent leur corps et leur liberté; le guerrier le plus robuste se soumet

ainsi à un esclavage volontaire, et se laisse enchaîner sans résîstknce : ils nomment bômie foi cette résignation.

Dans leur maisop on n'attache point les esclate&à différens emplois; chacun d'eux a son habitatioi^ etun terraiti où il £?iit ce qu'il veut; il n'est assujetti envers son maître qu'à une redevance en grains,' troupeaux et fourrures: là se borne sa servitude. Ce sont les femmes et les enfans des Germains qui font le service de la maisôijtvdu chef de famille.

Rai*ement ils frappent uû eeclave ; s'ils le tuent, ce n'est ni par châtiment, ni pour l'exemple, c'est par colère f ils le tttiitent alors comme un ennemilt la seule différence , c'est que ce meurtre reste impuni.

Les affranchis sont peu distingués des esclaves, et n'ont aucune influenée dans les cités républicaines ; mais, dans celles qui reconnaissent des rois , on les voit s'élever au-dessus des hommes libres et même des nobles : ainsi l'on peut juger du degré de liberté de chaque peuple par le plus ou le moins d'abaissement, des affranchis. <^

Le prêt à intérêt et par conséquent l'usure sont inconnus en Germanie, ce qui est plus sûr que s'ils y étaient défendus. Leurs peuplades occupent successivement les divers terri-

toireB de la contrée.; ildchctng^:!^ de terres tous les ans. Le iterraîn est partagé eu Taisou du nombre des habitans et de la diffiérenoe de leurs rangs. Comme ils n'ont ni vergew; ni jad:*dijiSy et qu'ils ne demandent à la terre que du blé , ils ont toujours plus de terrain qu'ils n'en cultivent. Les Germains ont donné des noms à trois saisons y l'àivar, le printemps et l'été; l'automne est ignoré d'.eux comme ses fruits. tenn L'ambitiou ne règle point leurs funérailles ; seulement ils se servent de quelques bois particuliers pour le bûcher des guerriers les plus illustres. On enterre avec le mort ses armes et quelquefois son cheval; un simple gazon sert de luKe à leurs tombeaux ; ils mépip^ent les superbes mausolées , et crahidraient d'être étouffés sous ces masses énormes. Ils gémissent peu, s'affligent long-temps, laissent les pleurs aux femmes, et gardent pour les hommeè les rer grets.

Après ce tableau des mœurs germaines, dont nous ne retraçons ici qu'une esquisse , Tacite remarque, en citant César, qu'autrefcâs les Gaulois avaient surpassé les Germains en courage, mais que ceux-ci depuis ieur ét^tient devenusT supérieurs .

Cet historien ajoute que, selon toute apparence, ces Gaulois, contre lesquels un fleuve

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ne pouvait servir de barrière, avaient. du se transporter en grand nombre dans la Germanie, comme ovl avait vu les Helvétiens pçcuper le pays situé entre le Mein, le.fthin et la forêt Hercinie , et les Boïens s'établir dans la contrée qui reçut d'eux le nom de Bohême.

Tacite fait ensuite la description des divers peuples peuples qui habitaient la Germanie ; nous ne Germanie. rappellerons ici que ceux dont le nom se retrouva dans la ligue des Francs. Les Catte^ sont cités par lui avec éloge pour la forée de leur infanterie et pour leurs progrès daus l'art militaire : les autres Germains,. dit-il, se battent; les Cattes seuls font la guerre.

Un usage particulier à cette tribu belliqueuse était de laisser croître sa barbe et ses cheveux ; nul ne pouvait les couper avant d'avoir tué un ennemi. Quelques braves se liaient par un autre vœu , celui de * porter uû lourd anneau de fer; la victoire pouvait seule les affranchir de cette chaîne volontaire.

. Dans tous les combats^ des Germains les Cattes commençaient l'attaque, et effrayaient les ennemis par leur aspect féroce. Ne voulant se charger de l'embarras d'aucune propriété, ils se logeaient , se nourrissaient chez le premier venu ; prodigues du bien d'autrui , ils ne songeaient à en garder pour eux qu'au moment où

la vieillesse amollissait cette dureté de mœurs qu'ils appelaient vertu.

lia cavalerie des Teuctères était aussi vantée que l'infanterie des Gatt^s; l'équitation était leur passion la plus ardente. Un père léguait ses chevaux^ non à son fils ainé^ mais au plus intrépide et au meilleur csu^alier de sa famille.

Les Bructères furent long-temps célèbrefi^par leur courage. Les Chamaves les vainquirent et les détruisirent. Tacite montre, toute la dureté romaine en parlant de cet événement qu'il attribue à la faveur des dieux ,: « Leur bonté , dit-il , » nous permit de. contempler ce combat sans » descendre sur le» champ /de bataille; et, sim- » pies spectateurs y nous eûmes le plaisir de » voir soixante mille hommes s'égorger pour » notre amusement. »

Les Cauques passèrent long-temps pour la tribu là plus forte et la plus distinguée de la Germanie : la justice était la base de sa grandeur ; à la fois tranquilles et courageux , ne connaissant ni cupidité ni désir de domination > ils n'attaquaient jamais leurs voisins, et n'exerçaient aucun brigandage. Leur repos , leur équité ne faisaient rien perdre à leur renommée et même à leur supériorité ; tout agresseur les trouvait terriblea, et leur vaillance . sut poser une borne aux conquêtes de Drusus, quoique

Tacite n'attribue cet obstacle qu'à la nature du

pays-

Les Chérusques , encore plus modérés, s'endormirent long-temps dans la paix ; ils devinrent la proie de l'ambition des tribus voisines, et depuis leurs revers , au lieu de les appeler justes et bons, on les nomma les lâches etstur pides Chérusques.

Telles étaient les mœuts des Francs dans le temps où vivait Tacite. Les historiens des siècles suivans prouvent qu'ils conservèrent jusqu'à la conquête de la Gaule ces moeurs sauvages , ce caractère belliqueux , indomptable , et que leur renommée s'accrut progressivement. Enfin , lorsque la despotisme étendait de plus en plus ses cliaînes dans la Grèce, dans l'Italie, ancienne patrie de la liberté, en même temps qu'une autre tyrannie plus féroce couvrait tout l'Orient et le Nord de ténèbres, et les écrasait sous la massue des Huns, des Goths, des Alains et des Barbares du Nord, deux confédératiotis libres, les Francs et les Allemands , se préparaient par de continuels combats à changer la face du monde, à créer par leurs armes une Europe nouvelle , et à donner pour toujours leurs noms, les premiers à la Gaule , les seconds à la Germanie. ^ origine

L'orateur Libanius nous a conservé le nom Franc.

du chef des Francs qui fut vaincu par Maximien Hercule; il s'appelait Gennaude. Il parle aussi d'un autre prince nommé Attçk : il prétend que le mot de franc venait àejractoi, qui indiquait que ces guerriers savaient choisir leurs postes et les fortifier. Ce qui est plus probable , c'est que ce nom dérivait du mot tudesqne frej- , qui signifie lAre.

panégy- « Lcs Fraucs, dit Libahius^ sont également Francs. » rcdoutablcs par leur nombre et par leur cou- » rage; ils bravent les flots d^ là. mer aussi in- » trépidement qu'ils parcourent tes plaines; ils » traversent les fleuveô et franchissent leô mon- » tagnes ; un climat âpre et glacé leur convient » mieux qu'une douce température ; la paix » leur semble une calamité ; la guerre est leur » élément ; vainqueurs , ils poursuivent l'enne- » mi sans relâche; vaincus, ils reviennent îm- » pétueusement à la charge ; tous rivalisent » d'audace; le plus téméraii^ est le plus esti- » mé. Leurs voisins ne peuvent jamais quitter » ni le casque ni les armes. Ces Francs ressem- » blentaùx flots' de là- mer agitée qui se succè- )) dent et se pressent en foule; ai on repousse » une de leurs tribus, vingt autres accourent » pour la venger. »

Il parait cependant , si l'on en ctoit le panégyriste des Césars , que Constance Chlore con-

traignit ces peuples turjjulens à demander la paix^ et qu'ils reçurent même des chefs qu'il leur nomma.

Latintls Paca|xis nous appri^nd qtie^ sous le règne du même Copstance*, les Francs furent chassés de l'île des Bataves, qu^ils avaient en^ vahie : w Riea, dit-il, n'était plus dilHcile que » de vaincre un tel peuple ; il se nourrissait » de la chair des bétes féroces, et renonçait à » vivre plutôt qu'à combattre. » •

Cet historien et Eusèbe ont 'déshonoré leur plume en prodiguant leurs serviles éloges à la cruauté de Constantin lorsqu'il livra aux bêtes, dans les arènes de Trêves , deux princes francs , ses captifs.

« Les Francs, dit Eusèbe, réputés jusqu'a- » lors indomptables, surpassent t<kis les Bar- » bares en intrépidité ; le vaste Oéëan n'a pu » mettre à l'abri de leurs incursîotis les côtes » de k Gaule et de l'Espagne : le nom seul defe » teructères, des Chamaves, des Chérusques, » est comme un bruit de guerre et répand la » terreur. »

Un autre panégyriste, Euméne, dît en parlant des mêmes Francs : « On sq sotiVîent des » courses que firent les Francs *; une poignée » de ces hommes porta l'audace à un degré

* Après J.-C. 275 ans.

>^ presque inconcevable , et le succès , à la honte » des autres nations^ couronna ses entreprises: » sans guides elle osa braver les deux mers, » aborder les contrées du Pont, de la Grèce , » de TA^e qu'elle saccagea / et porter la con- » sternation et le ravage dans une partie de » l'Afrique; elle prit même Syracuse ; puis elle w entra dans l'Océan , et retourna tranquille- » ment au sein de ses foyers. L'exécution d'un » projet -si hardi ne prouve que trop l'amour » des Franés pour leur patrie* »

On. doit croire que Constantin, appréciant la force et le courage de tel^ ennemis , avait étudié leur langue^ puisqu'on apprend par Eusèbe qu'il parvint, sous l'habit d'un Franc, à s'introduire dans leur camp et à reconnaître leur force et leur position : il dut à cette adroite amdace une victoire décisive. Cruel dans sa co- 1ère contre les princes francs , il montra cependant sa haute estime pour cette confédération indépendante et belliqueuse. Ce fut lui qui l'excepta formellement, par un décret, du mépris général prodigué aux étrangers par les anciennes lois de Rome; son décret permit à ses successeurs d'épouser les filles des Francs.

Un monarque du Bas-Empire, Constantin Porphyrogénète , dit dans son livre sur l'administration que cette loi du grand Constantin

était gravée sur une table dans l'église de Sainte-Sophie.

Constantin attachait un tel prix à ses triomphes sur les Francs qu'il prit le titre de Francique j et âoiiïiSL le même nom aux jeux qu'il institua pour perpétuer le souvenir de ses victoires. Son fils Constance combattit aussi les Sicambres.

Depuis cette époque, la cour et les armées impériales furent remplies de chefs et de princes francs. On doit croire que, si la nation conserva son antique simplicité et.l'âpreté de ses mœurs , il n'en fut pas de même de leurs princes qui se formèrent à la tactique romaine , et, sans amollir leur courage, acquirent des lumières, connurent le luxe et ne furent presque plus Barbares que de noiQ.

Lorsque les lâches courtisans de Constance tramèrent la perte de Sylvain , l'un des généraux francs les plus renommés, on vit ses compatriotes , Malaric et Mellobaude , combattre la calomnie avec une générosité courageuse , et montrer dans leurs discours autant d'urbanité que d'audace.

w II est indigne , disait Malaric , d'avilir par » l'imposture un homme d'honneur qui a sauvé » l'empire. Je propose à César d'aller chercher w moi-même mon illustre ami j il viendra, n'en

» doutez pas^ confondre ses calomniateurs. Je » laisse à l'empereur ma femme et mes enfans » pour otages; ou, si l'oij veut charger Mello- » baûde de cette mission, j'offire me tête ou ma » liberté pour caution de Finnoceiice de Syl- » vain. »

L'assassinat de ce même Sylvain fit reprendre aux Francs leurs terribles armes : la Gaule fut envahie par eux, et elle serait dès lors tombée sous leur domination si le génie de Ju* lien ne l'eût sauvée.

Àmmien Ma,ï*cellin remarque que six cents guerriers francs se défendirent cinquante-quatre jours contre l'armée entière de Julien. Nous savons par cet historien que les Francs saliens occupaient déjà dans ce temps la Toxandrie, pays de Tongres , où régna depuis Clodion. II nous dit aussi le nom du prince des Chamaves, dont Julien conquit l'affection en lui rendant généreusement son fils ; il s'appelait Négiobaste.

Julien défit encore la tribu des Francs attuariens qui habitaient les bords de la Lippe. C'est par le même auteur que nous connaissons les exploits de Mellobaude, à la fois prince des Francs et comte des domestiques sous Gratien et Valentinien IL II est impossible de croire que des princes, revêtus des hautes dignités de l'em-

pire^ conservassent^ au milieu de la civilisation, l'ignorance et les mœurs des forêts de la Germanie.

Il parait y d'après le récit d'Ammien^ que les Francs alors n'avaient pas de véritables rois, mais des chefs, nommés par les Romains subreguU* Deux d'entre eux , Marcomir et Sunnon , détruisirent dans la forêt des Ardennes une armée romaine commandée par Nanniénus. Le nom de Marcomir signifiait en langue tudesque prince des marches.

Après la mort de Théodose , au moment où des flots de Barbares, rompant toutes les anciennes digues, se précipitaient sur l'empire romain , on sait que Stilicon retarda quelque temps sa chute : aussi le poète Claudien, son panégyriste , célèbre avec enthousiasme ses exploits, et l'élève même au-dessus de Trajan, parce qu'il a vaincu les indomptables Francs.

w Jusqu'à présent , dit-il , ces princes à lon- » gue chevelure rejetaient les prières de nos » généraux , dédaignaient de les voir, et refu- » saient même leurs présens : aujourd'hui ils *) viennent avec respect trouver Stilicon ; leur a glaive cesse de répandre parmi nous la ter- » reur ; ils respectent les princes que nous pla-

» cons à leur tête 2 ils se montrent même sou-

» mis à nos arrêts , et viennent de mettre à mort

» Suûnon qui voulait venger Marcomir, exilé » par nos décrets. Enfin la paix succède à la » guerre, et les fiers Sicambres brisent leurs » armes pour les transformer en socs de char- » rue. »

Les Romains donnaient le nom de Lœti aux Francs établis dans les Gaules du consentement des empereurs , et qui vivaient dans leurs armées : ce nom signifiait y q;^ei/a:, contens; ainsi le nom de notre nation se lie dans tous les siècles aux idées de liberté, de courage et de gaîté.

Théodemir fut nommé, par Stilicon, duc des Francs, Probablement c'était le même Théodemir que les Francs, peu de temps après*, élevèrent sur un bouclier, çt proclamèrent roi lor^u'ils passèrent le Rhin sous ses ordres pour entrer dans la Gaule. Le nom de Fharamond qu'on lui donna était formé de deux mots tudesques : mundy bouche; phar^ générations. Le sort justifia ce surnom , puisqu'il devint la tige d'une longue génération de rois.

Quelques auteurs anciens disent que Trêves fut livrée à Pharamond par le sénateur romain Lucius , dont l'usurpateur Jovinus avait outragé la femme. Les fragmens de Sulpice Alexandre, de Frigéride et d'Orose, en parlant

* Après J» C. 4i6 ans.

ûe cette invasion des Gaules^ nomment tous les chefs des Barbares, excepté ceux des Francs. On voit seulement dans de vieilles chroniques que Théodemir fut assassiné * à Trêves avec sa mère Aschilla. Clodion, soft parent ou son fils, fixa d'abord sa résidence en Toxandrie à Dispargum , aujourd'hui Duisbourg.

On lui attribua la loi salique. Il est probable «n effet que dés le moment où les Francs prirent, au milieu des peuples civilisés, des rois et des établissemens fixes, ils sentirent le besoin des lois.

Les Francs d'alors se montraient superstitieux , et croyaient à toutes les fables qui servent d'histoire à l'enfance des peuples. Grégoire de Tours nous apprend qu'à cette époque ils étaient persuadés que la femme de Clodion, probablement séduite par quelque chef de pirates du Nord, avait eu commerce avec un monstre marin , ce qui fit nommer son fils Mérovée , prince de la mer. Ce fut ce même Mérovée dont l'historien Priscus parlait comme l'ayant vu à Rome, et que , selon lui , Aëtius avait nonseulement protégé, mais adopté.

On trouve dans une lettre de Sidonius Apollinaris à Domnitius , son ami , une preuve des progrès que le luxe avait faits parmi les princes

* Après J.-C. 4^7 ans.

francs à l'époque où ces princes se préparaient à défendre la Gaule avec les Romains contre l'invasion des Barbares.

Il parle d'un jeune prince qui allait chez le préteur pour célébrer son mariage : « Je vou- » draisy dit -11^ que vous eussiez vu comme » moi le cortège du jeune Sigismer, prince du )) sang royal des Francs^ lorsqu'il se rendait » au prétoire, précédé et suivi de chevaux ri- » chement harnachés et chargés de pierreries, w Le prince était lui-même le plus bel orne- » ment de cette pompe : il marchait à pied ^ » entouré d'officiers revêtus d'écarlate et de » soie d'une blancheur éblouissante ; l'or éclate » sur. ses vêtémens; sa chevelure et son teint » répondent aux couleurs de sa riche parure. » L'aspect des petits rois et des officiers qui » l'accompagnaient inspire la terreur au sein » de la paix; leurs pieds sont enfermés dans » des bottines attachées au-dessus du talon et >j revêtues d'un poil hérissé; leurs jambes et » leurs genoux sont nus et découverts; leurs » habits serrés montent très haut et sont bi- » garrés de diverses couleurs; ils descendent » à peine aux jarrets; leurs manches ne cou- » vrent que le haut du bras ; leur saie est verte » et bordée d'écarlate; ils suspendent leurs » glaives à leurs épaules par de laides bau-

» driers ; leur robe fourrée est attachée par une » agrafe. Je les ai trouvés aussi soigneux de » leur sûreté que de leur parure; leur main » droite portait ou des piques à crochets, ou » des haches qui se lancent de loin ; leur hras » gauche était ombragé par des boucliers bor- » dés d'argent et ornés au centre d'une bosse » dorée; le soleil en les frappant en faisait >) briller à la fois la richesse et le travail. »

Cependant ce luxe et ces arts, empruntés en partie aux Romains, ne rendaient pas, au moment de la guérite, ces fières tribus moins farouches et moins formidables. On en sera convaincu par le passage suivant > extrait d'un poëme du même Sidonius ApoUinaris , composé pour célébrer la victoire remportée par Aëtîus sur Clodion , et pour louer la bravoure de Majorien qui s'était illustré dans ce combat.

« Vous combattiez ensemble, dit -il, dans >) le pays des Artésiens, envahi par Clodion, » roi des Francs ; le champ de bataille était un » lieu resserré où différens défilés venaient a- » boutir; non loin de là on voyait le bourg >i d'Hélaine (aujourd'hui Lens); entre ce bourg » et les défilés coulait une rivière traversée » par un pont construit en planches. Majorien, » depuis élevé au rang des Césars , n'était en- » core que chevalier; il était posté à la tète du

» pont. Soudain on entend un bruit qui part » de la colline la plus prochaine : une foule de » Francs se montre ^ dansant à la manière des » Scythes; ils célébraient l'union de deux nou- » veaux époux , dont la chevelure était blonde. » Majorien court sur eux et les défie. Les Barn bares , surpris , saisissent leurs armes : bienn tôt mille glaives retentissent à coups pressés » sur le casque de Majorien ; de toutes parts » les lances et les flèches volent et se brisent » contre sa cuirasse ; rien n'ébranle son cou- )} rage; enfin il enfonce, il disperse les enne- » mis , et les contraint de chercher leur salut » dans la fuite.

» On trouve dans leurs chariots tous les ap- » prêts de la fête troublée ; des mets abondans, » des vases précieux , des bassins couronnés de » fleurs. La vue d'un riche butin enflamme » l'ardeur romaine j Bellonè rompt les nœuds » de l'hyménée; le vainqueur s'empare des » chariots, et enlève avec eux la nouvelle » épouse. Le fils de Sémélé ne mit pas plus » promptement en déroute les Lapithes.

» Qu'on ne vante plus les combats des an- » ciens héros : Majorien aussi a dompté des » monstres j du sommet de leur tête jusqu'au » front descend leur blonde chevelure , tandis » que la nuque de leur cou reste découverte j

» dans leurs yeux mêlés de vert et de blanc » roule une prunelle couleur d'eau; leur vi- » sage sans barbe n'offre aux regards que deux » longues moustaches arrangées avec le peigne; » leurs habits^ étroits et courts, laissent parai- » tre leurs formes colossales, et ne cachent point » leurs jarrets ; un large baudrier presse leurs >i flancs serrés. C'est un jeu pour eux de lan- » cer leur hache à double tranchant; mesurant » de l'œil l'endroit qu'ils veulent frapper , ils » sont sûrs de l'atteindre; on les voit ensuite, » agitant leurs boucliers, leur donner le mou- » vement rapide d'une roue, et, la pique en » arrêt, se précipiter sur l'ennemi.

» Le ciel leur donne en même temps la nais- » sance et l'amour de la guerre ; si le nombre » les accable, si le terrain leur est contraire, » si la fortune les abandonne, ils aiment mieux » mourir que de céder ; et chez eux le courage » semble survivre à la mort : tels sont les guer- » riers que Majorien a vaincus. »

Cette peinture des Francs, tracée par un poète célèbre qui vit Rome encore dans son éclat après la mort de Théodose, et qui fut, un demi-siècle après, témoin de sa chute et des premières conquêtes de Clovis, doit terminer notre tableau , puisqu'elle nous montre les Francs tels qu'ils étaient au moment où, con-

duits par le génie de notre premier roi , ils fondèrent la monarchie française sur les derniers débris de la puissance romaine.

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