‹ Histoire de FranceChapitre 17 sur 19 · I. aa · texte numérisé non relu

I. aa

célèbre vJ|ctoire sur les Allemands * : Priarius leur roi y périt.

D'autres princes francs^ Arbogaste et Baudon , commandèrent sous Yalentinien-le-Jeune et sous Théodose des armées romaines« L'estime et la confiance qu'inspirait leur intrépidité' accrurent de jour en jour leur faveur à tel point qu'oubliant les antiques préjugés de l'orgueil national , Rome et Constantinople permirent par un décret aux empereurs d'épouser les filles des Francs, tandis que jusque-là tout mariage avec une princesse étrangère était défendu aux Romains.

Arbogaste , après avoir combattu vaillamment pour la défense du trône de Gratien et de Théodose , après les avoir défendus même contre quelques tribus, de ses compatriotes qui avaient rompu la paix , se laissa entraîner par son ambition , et détrôna le prince qu'il avait juré de servir.

Le jeune Yalentinien, trop confiant, lui avait livré un pouvoir dont il abusa : méprisant la faiblesse de ce jeune prince , il régna sous son nom , et prodigua aux Francs toutes les dignités de la cour et de l'armée. Valentinien, captif dans son palais, osa faire un tardif effort pour ressaisir son sceptre; il voulut destituer

* Après J.-C. 377 ans.

Arbogaste , et s^enlporta jusqu'à menacer sa vie. Le fier Arbogaste le désarma , le fit étrangler, dédaigna la couronne impériale , et la plaça sur le froi^t d'Eugène, un de ses secrétaires : ce mépris d'un Barbare était un sûr présage de la chute de l'empire ; mais le génie du grand Théodose la retarda.

Il vint attaquer Arbogaste que défendaient les Francs et les Gaulois ^* Arl)oga8te, vaincu, ne voulut point survivre à sa gloire ternie, et, «e donnant la mort, il sut échapper à la honte d'orner le dernier grand triomphe d'un empereur romain.

Bientôt Théodose mourut , et la gloire de Rome descendit avec lui dans la tombe. L'empire fut gouverné sous le nom de ses fils^ Arcadius et Honorius , par un Gaulois nommé Rufin, et par Stilicon, Goth de naissance. L'empereur Arcadius partagea la couronne d'Orient avec la fille de Baudon, prince franc. Le moment était arrivé où le mépris inspiré par les successeurs de Théodose devait encourager la haine des Barbares et livrer l'empire à leur fureur.

Les tribus des Francs précédemment repoussées par Arbogaste rentrèrent dans la Gaule sous les ordres de leurs rois Marcomir et Sun-

* Après J.rC. 39a ans.

non. Stilicon marcha conti*e elles, Jes défit et les contraignit, pour obtenir la paix, de lui livrer Marcomir, qui fut exilé pai: lui en Toscane» Le sort de Sunnon, nous apprend combien le pouvoir des chefs des Francs était précaire quand la fortune trahissait leurs armes : Sunnon fut jugé, condamné et mis à mort par ses compagnons d'armes, pour les avoir entraînés dans cette expédition malheureuse.

Bientôt une grande révolution dans le Nord hâta la destruction de Rome; les Goths, les Suèves , les Vandales , les Alains , chassés de leur pays par les Huns qui sortaient en foule des forêts de la Sibérie et de la Kussie , se précipitèrent en flots tumultueux sur l'empire romain.

Les Goths, envahissant la Thrace et la Grèce, faisaient trembler Constantinople , et menaçaient Rome d'une invasion prochaine. Stilicon , pour défendre l'Italie , dégarnit la Gaule de légions , et laissa le Rhin sans défense.

Lorsque le torrent des Barbares * livra cette malheureuse contrée à toutes les horreurs d'une dévastation sans exemple , les Francs^ seuls opposèrent une digue à leurs ravages; vingt mille Vandales périrent sous leurs coups , et les provinces septentrionales de la Gaule durent leur

* Après J.-C. 4o6 ans.

«alut au coupage et à la protection des Francs- Us firent plus : lorsqu'un brave soldat^ Fusurpateur Constantin , s'arma pour délivrer la Gaule des Barbares, ils joignirent leurs vaillantes armes aux siennes ; mais leurs succès eurent moins de durée que d'éclat : les Goths , conduits par Alaric , s'emparèrent de Rome , et , après avoir renversé le trône d'Honorius , le relevèrent : le midi de la Gaule fut leur récompense •••

Vainétaeijt le courage d'un dernier Romain , de Constance, époux de Placidie, rendit à l'empire un lustre passager; il mourut. Les Bourguignons s'emparèrent de l'orient de la Gaule; les Armoriques et la Provence pestèrent seules constamment romaines, et les Francs sentirent enfin qu'ils devaient aussi prendre leur part d'im pays que la lâcheté des empereurs ne savait plus défendre.

Pharamond *, que quelques auteurs nom- iioîijti*i ment Théodomîr et disent fils de Marcomir , '^ fut élevé sur un bouclier par les Francs et proclamé roi : il traversa le Rhin , entra dans la Gaule y et ne laissa de souvenirs de son règne que celui de cette expédition : elle détermina probablement l'empereur Honorius à transférer dans la ville d'Arles les états de la Gaule , qui

*' Après J.-C. 4i6ans.

jusque-là s^é talent toujours rassemblésà Trêves.

Clodion^ fils ou parent de Pharamond, lui succéda * j sa vie fut une longue lutte contre les Romains, que le célèbre Aêtius ramonait alors à la victoire. Aëtius vaipquit les Bourguignons, contint les Yisigoths, chassa les tribus établies sur les rives du Rhin, et repoussa deux fois les Francs, dont Clôdion avait étendu la domination jusqu'à Cambrai,

L'ignorante de nos anciens annalistes les a fait tomber dans une, étrange erreur ; confondant bizarrement les noms de Tlioringia et de Thuringiaf ils placent la résidence de Clodion en Thuringe j mais il est avéré que les Francs commandés par Clodion occupaient le pays de Tongres et celui de Duisbourg., qu'on appelait alors Dispargum. . .

. Ce fut de là que Clodion , traversant la foret Charbonnière, marcha contre Tournai, et massacra ensuite dans Cambrai un grand nombre de Romains : il s'étendit après jusqu'à la Somme ; et ce fut près de Lens qu'Aëtius le surprit dans un camp où il célébrait les lioces de son fils.

Les Francs, attaqués au milieu de la joie des festins et des excès de la débauche , prirent la fuite en désordre , et perdirent ainsi le fruit de leurs conquêtes.

* Après J.-C. 4^8 ans.

La plupart des historiens en ont conclu qu'ils ne purent garder aucune possession dans la Gaule ^ où leur premier établissement ne doit par conséquent dater que du règne de Clovis ; mais c'est un système dont tous les faits subséquens démontrent évidemment l'invraisemblance. D'autres auteurs croient avec plus de raison que Clodion , après l'éloignement d'Aëtius^ reprit les armes^ rentra dans ses conquêtes, et s'établit dans Amiens, où il mourut *•

Plusieurs princes de la famille de Clodion se disputaient son sceptre : les suffrages des Francs étaient partagés entre eux. Mérovée fut appuyé dans ses prétentions par les Romains ; son compétiteur implora le secours du féroce Attila, et le roi des Huns saisit avidement ce prétexte pour envahir la Gaule.

L'historien Priscus rapporte qu'il avait vu le jeune Mérovée à Rome; il parle de sa haute stature, de ses yeux bleus et de sa longue chevelure , qui était alors la parure distinctive et comme la première couronne des princes de la famille royale chez les Francs.

Au bruit de l'invasion d'Attila toutes les inimitiés , toutes les discordes disparaissent devant le danger commun : Visigoths^ Romains, Bourguignons, Gaulois et Francs se réunissent

* Après J.-C. 44^ Ans.

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toua pour opposer une digue k ce torrent dévastateur* Théodoric, Aëlius, Mérovée, chefo de cette ligue formidable , accourent au pied des murs d'Orléans qui allait tomber sous les coups d'Attila , le forcent à lever le siège de cette ville, le suivent dans sa retraite, et remportent sur lui , près de Châlons , après un combat opiniâtre, une victoire décisive. Là, cette nuée de Barbares se fondit et disparut dans des flots de sang.

Théodoric , roi des Visigoths , pérît avec gloire sur le champ de bataille. Aêtius et Mérovée poursuivirent les débris .des Huns , et contraignirent ce fléau du monde à repasser le Rhin. Ainsi Mérovée, en délivrant cette contrée sur laquelle devaient régler ses descendans, mérita l'honneur de donner son nom à la première race de nos rois.

Nos anciens historiens parlent d'un traité conclu alors entre Théodoric , Aêtius et Mérovée , par lequel il était convenu que chacun d'eux conserverait les terres dont il aurait pu s'emparer dans le cours de cette guerre. Ainsi cette époque serait doublement mémorable, puisqu'elle deviendrait celle de l'établissement légalement reconnu des Francs dans la Gaule sous le règne du chef de la race mérovingienne.

Ces exploits des Francs, et l'ardeur avec la-

DES FRANCS. ^^t

quelle ils combattirent pour le salutjdelaGaule^ réfutent enxîore avec évidencQ le système des historiens qui prétendexit qu'avant Clovis les Francs ne s'y étaient poiiit établis; ils portaient dans cette guerre* le même ii^fét que leurs confédérés, et défendaient contre Attila le nord de la Gaule , de même que les Komains combattaient pour la conservation des Armoriques, de l'Auvergne et de la Provence , les Visigoths pour la défense de l'Aquitaine , et les Bourguignons pour celle de la partie orieûtale des Gaules qu'ils possédaient.

Le désordre produit dans l'eippire par la mort d'Aêtius, que Valenthiien assassina lâche^ ment, la prise de Rome par les Vandales, la cessation de toute, communicatioil suivie entre la Gaule et l'Italie, la faiblesse des ombres d'empereurs qui parurent sur le trône romain, et disparurent suivant les caprices des Barbares,, la révolte des Armoriques , les conquêtes des Goths , celles des Bourguignons font de l'histoire de ce temps un véritable chaos où l'on ne trouve pour s'éclairer ni guide ni lumières.

Au milieu de cette nuit obscure d'un siècle barbare, le règne de Mérovée n'a point laissé de traces; on croit seulement, d'après quelques fragmens historiques et des chroniques peu certaines, qu'il étendit les conquêtes des Francs,

livra au pillage Mets; et Trêves, porta ses armes jusqu'aux murs d'Orléans , rentra ensuite dans ses États, et mourut ^.

Son fils Childéric lui succéda : les vices de ce prince flétrirent le commencement de son règne; mais il. en illustra la fin par de nom-* breux exploits*

Les Francs, toujours impatiens du joug, ne purent supporter ses débauches ; indignés des affronts faits à la pudeur de leurs femmes par un roi sans frein dans ses passipns,.ils le déposèrent et donnèrent le trône à un Gaulois , Ëgidius, patrice ropiain. Ce guerrier, défenseur intrépide des derniers débris de la Gaule et de Findépendance des Armoriques, avait plusieurs fois combattu et repoussé les Francs : ces Francs belliqueux crurent que leur vainqueur était le seul digne de commander une nation aux yeux de laquelle le sceptre le plus brillant, était une épée yictoriçusiB.

Cependant Égidius ne régna que peu d'années sur eux : il avait pris pour ministre Viomade , ancien ami de Childéric : celui-ci trompa sa confiance pour le perdre dans l'esprit des Francs; il lui conseilla de les assujettir à payer l'impôt auquel les Gaulois étaient soumis. Ja^ mais ce peuple indépendant n'avait payé de

* Après J.-C. 456 ans.

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tribut à ses princes ; il regarda- <lonc cette entreprise comme un attentat à sa liberté. D^s que Yiomade les eut disposés, à se soulever , il en instruisit secrètement Childéric , alors retiré chez le roi de Thuringe. Lorsque ce prince reçut le signe convenu entre lui. et son ami, c'està-dire la moitié d'un anneau d'or qu'il avait laissé à Yiomade ,' il partit et reparut subitement au milieu fjies Francs, qui lui rendirent le trône.

Égidius, revenu en Armorique, sacrifia noblement ses ressentimens à l'intérêt de son pays: s'il avait perdu son autorité sur les Francs ^ il conservait leur estime; et, pour opposer nue digue à l'ambition des Visigoths et des Bourguignons , il sut habileihent se concilier l'amitié de Childéric. Grégoire de Tours dit ménje , formellement qu'ils régnèrent ensemble , simul regnasfçrunL Leurs armes réunies défendirent avec succès l'indépendance des contrées situées entre la Loire et la. Seine; ils repoussèrent glorieusement les taxons débarqués sur les côtes de l'Océan, -et dont les armes s'étaient étendues jusqu'aux murs d'Angers.

Si Childéric et les Francs n'avaient alors conservé d'autres possessions que le pays de Tongres, comme le disent la plupart des historiens, on n'aurait certainement vu ni Egidius régner

sur ces mêmes Fralics, ni Childérîc soutenir si

constamment ce patrice et son successeur le

comte Pàulus , pour défendre les rives de la

Loire.

D'autres tribus de Francs s'emparèrent alors de Trêves, de Cologne, et s'y établirent sous le nom de FraAcs ripuaires, Childéric combattit aussi contre les Visigoths , et remporta sur eux une victoire complète» Ce fqjfb'^ous son règne qu'un grand nombre d'habittais des îles britanniques,* chassés de leur pays par les Anglo- Saxons, se réfugièrent en Armerique, qili prit et conserva depuis le nom de Bretagne,

Childéric avait regagné l'affection des Francs par sa vaillance : il parait au reste que ses premiers malheurs n'avaient pu vaincre son caractère; car, dans son exil même, il avait séduit la femme du roi de Thuringe : cette reine ne paraissait pas moins vive que lui dans ses passions ; elle abandonna son pays , rompit ses liens , et vint rejoindre dans la Gaule le roi des Francs : « Si j'avais connu , dit- elle, un » guerrier qui te surpassât en vaillance, en sta- » ture , en force et en beauté , je me serais » donnée à lui. » Childéric , touché d'un sentiment et d'un langage si dignes de lui et de son siècle , Pépousa. Ce roi mourut après un règne de vingt-quatre ans.

Nos historiens , pendant plusieurs siècles , fidèles à leur système, soutinrent que Childériic lirait pas eu plus d'établissement fixe dans la Gaule que ses prédécesseurs ; mais leur erreur a été enfin prouvée par la découverte qu'on fit en 1 655 du tombeau de ce roi dans l'églifse de Tournai; on y trouva un anneau portant son efiigie avec cette inscription : Childerici régis, plusieurs médailles romaines et des abeilles de grandeur naturelle : dans la suite on les imita mal , et on les transforma en fleurs de lis. Clovis y son fils y âgé de quinze ans, fut pj^oclamé roi par les Francs *.

Avant de suivre dans ses conquêtes ce guer-Moenrs,ioi» rier célèbi#, fondateur de notre •monarchie, il est nécessaire de connaître quels étaient les mœurs , les lois , les coutumes et le culte de& Francs lorsqu'ils habitaient encore la Germanie. Tacite en a tracé le tableau , et nous ne pouvons trouver dans ces anciens temps lïn peintre plus fidèle et un guide plus éclairé.

Les Germains habitaient la vaste contrée située entre le Rhin , le Danube , la Vistule et la mer du Nord. Tacite fts croyait indigènes, ne pensant pas que personne eût voulu quitter l'Asie , l'Afrique ou l'Italie pour la Germanie , dont la terre, dit-il, est hideuse, le ciel âpre,

* Après J.-C 4^1 ans.

le séjour et Taspect insupportables, à moins de l'avoir pour patrie.

Leurs seuls monumens historiques , ajoutet-il, sont d'anciens vers : ces chants célébraient un dieu Tuiston engendré par la Terre, et son fils Mannus , qu'ils regardent comme la tige et les auteurs de leur nation ; aujourd'hui même encore mann , en langue allemande , veut dire homme ; wener mann ou geP mann signifiait homme de guerre.

Les trois fils de Mannus avaient dcifcné leur nom aux trois premiers peuples de Germanie , les Ingevones près de la mer, les Hermioiies au centre et les Istœvones dans le reste du pays. D'autres auteurs , cités par Tacifè , prétendaient que les Germains avaient primitivement porté le nom de Tongres.

Chaque nation se vantait d'avoir produit un Hercule : les Germains avarient aussi le leur; c'était le nom de ce dieu qu'ils invoquaient le premier en allant au combat.

Leur chant de guerre était accompagné d'une sorte de cri nommé bardit; il exaltait leur courage , et la force ou la fSiblesse de ce cri semblait un augure de succès : c'était pour eux l'accent du courage : plus il était bruyant, plus ils se sentaient intrépides : aussi, voulant rendre ce son plus rude, ils plaçaient leur bou-

. DES FRAKCS. 44?

clier devant teur bouche , afin que leur voix éclatât en échos plus terribles et plus retentissans.

Tlicite, retrouvant la même coqformation ponraît physique chez les divers peuples de la Germa- ^ ^*"^"^' nie, en conclut que leur race n'était altérée par aucun mélange. La stature de tous était haute , leurs yeux bleus, leur regard féroce, leurs cheveux roux, leur corps massif; mais ik ne montraient de vigueur que dans un preinier choc : habitués par leur climat à supporter le froid' et la faim , ils ne pouvaient résister à la fatigue et au travail , à la soif et à la' chaleur.

La Germanie , hérissée de forêts , était marécageuse dans le nord , montueuse dans le midi , et du côté de la Pannonie assez fertile en blé et abondante en troupeaux. Les dieux , dit Tacite , soit par bonté , soit par colère , leur ont refusé l'or et l'argent. La plupart n'attachent pas plus de prix à un vase précieux qu'à un vase d'argile ; et cependant ceux qui occupent les pays situés près des possessions romaines, montrent moins de simplicité, et connaissent la valeur des monnaies.

Le fer même est rare chez eux , leurs armes rorce

, militaire.

le prouvent ; ils font peu d'usage d épées ; ils se servent plus fréquemment de piqties ou /raméesy armées d'un fer court , étroit et acéré.

, L'infanterie »e sert de javelots qu'elle lance à une grande distance avec autant de force que d'adresse. Leurs boucliers sont de bois ou d'osier, quelquefois recouverts de peau. Ils diarchent presque toujours nus j une courte saie est leur seul vêtement ; ils ne mettent de recherche que dans l'ornement de leur bouflier, qu'ils peigwyit.de riches couleurs : c'est là leur parure r On voyait chez eux peu de cuirasses et encore moins de casques; leurs chevaux ne sont rema{;quables ni par leur vitesse ni par leur beauté.

La principale force des Germains consiste dans leur infanterie; ils mêlent des fantassins à . tous leurs pelotons de cavalerie : le coin est leur ordre de bataille. Ils ne regardent pas la fuite comme une lâcheté, pourvu qu'on revienne promptement à la charge ; le déshonneur pour eux est de perdre son bouclier : celui qui éprouve ce malheur est exclu des assemblées publiques j souvent on en a vu plusieurs s'étrangler pour ne poiïit survivre à cette ignominie»

Dans le choix de leur roi ils consultent la naissance, pour celui de leurs généraux le courage : la puissance des rois germains est très bornée ; les chefs militaires se font plutôt obéir par l'exemple que par le commandements Si

DES FRÂIfCS. ,' 449

leur bravoure les distingue , si on les voit toujours combattre au premier rang, l'admiration devient le titre et la mesure du pou^ir qu'ils exercent.

Personne ne peut ni punir, ni emprisonner, ni frapper un Germain ; ils ne reconnaissent ce droit qu'à leurs prêtres, et ils subissent ce châtiment non comme l'efFet de l'ordre d'un chef, mais comme celui du cqmmandement d'un dieu*

Chaque bande, chaque escadron de leurs guerriers n'est ni recruté ni formé au hasard ; c'est une famille tout entière sous les armes : tous les gages de leur amour se trouvent là ; ils se sentent animés par les cris de leurs femmes et de leurs enfans , qui sont pour eux les plus favorables panégyristes, les témoins et les juges les plus redoutables*

Les femmes leur portent de la nourriture et caractère des encouragemens : de leur coté ils viennent leur montrer fièrement des blessures qu'elles comptent avec .orgueil. Souvent, lorsque leurs armées pliaient , on a vu ces femmes présenter leur sein aux fuyards, les arrêter par leurs prières, et réveiller leur courage en leur peignant les horreurs d'une dure captivité. Aussi, dans la plupart des traités conclus avec les Germains, Rome avait soin d'exiger toujours quelques femines de distinction parmi les otages.

pvrstitknir.

II9 supposent généralement à ce sexe je ne sais quoi de religieux et d'inspiré, et Ton écoute leurs avî% comme des oracles. Du temps de Vespasien , Véléda , plus anciennement Aurinia, et une foule d'autres étaient devenues en Germanie l'objet d'un culte moins adulateur et plus sincère que celui qui était rendu par la flatterie des Romains aux empereurs déifiés < Cnite sn. Hg sacrificut dcs animaux à Hercule , à Mars, et souTcnt des victimes humaines à Mercure. Les Suèves reconnaissent la déesse Isis ; la figure d'un vaisseau sous laquelle ils l'adorent, indique assez -que quelques navigateurs avaient introduit chez eux ce culte étranger.

Comme ils croiraient dégrader les dieux en les emprisonnant dans des murs , ou en les re^ présentant sous une forme humaine, ils leur consacrent des bois ; l'horreur des forêts devient pour eux , par le respect qu'elles leur inspirent, l'image et la présence même de la Divinité.

Jamais nulle part on n'eut plus de foi aux auspices et à la divination ; voici quelles sont à cet égard leurs coutumes : ils coupent eh plusieurs morceaux une baguette d'arbre fruitier^ leur impriment différens signes et les mêlent au hasard sur une étoffe blanche. Lorsqu'il s'agit d'affaires privées le père de famille, et, pour les affidres publiques, im prêtre invoque le ciel, prend

trois fois chaque fragment de baguée , et prédit l'avenir selon les signes qu'il aso\iB les yeux.

L'action et le r^pos sont décidés par les auspices : on interroge aussi le vol et le chant des oiseaux. Mais ce qui est p^.rticulier aux Germains, ce sont les présages qu'ils tirent dn hennissement des chevaux : quelques-uns de ces coursiers, d'une blajacheur éclatante , sontnour^ ris dans les forêts^ religieuses et alTranchiâ de tout service profane; quand ils. sont attachés au char sacré, le prêtre et le roi observent avec atf tention. leurs frémi8sem^aL3 ; tel est Tauspice le pfus accrédité pour eux : les pontifes ne se disent que confidens de la Divinité , et croieint que ces chevaux sacrés en sont les miniatres.

Quelquefois, s'ils veulent prédire le succès d'une guerre , ils cherchent à faire des prison-^ niers, et les font combattre, avec des Germains. Chacun porte les armes 'de son pays, et ils cqu" sidèrent conmie un pronostic certain la victoire de l'un ou de l'autre des cojnbattans.

Les chefs décideikt les i^fTaires pea importan- Asfcmwéef tes , et discutent celles d'un intérêt générs^l : la décision appartient au peuple : ils s'asseopj^nt à des jours fixe; les commencement de la nouvelle et de la pleine lune leur parait l'époque la plus favorable pour leurs délibérations.

Ainsi que les Gaulois , ils comptent le temps.

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