CHAPITRE H
itillc, selon lui, toute de dévastation et de brigandage du côté de la France, toute d’innocence et de dcmntércssemciit de la part de l' Angleterre. O ministre cherchait en vain, dans le nouveau gouvernement de la république, un changement de maai* nies et d’actes dont la conviction, pour Sa Majesté britannique, « ne pouvait résulter que de l’expé- » rience et de révidence des faits, n II indiquait. ■ comme gage le plus assuré et te plus naturel de » la permanence de ce changement , le rétablis- M sement de l'ancienne dynastie. f.et événement,
• ajoutait -il, assurerait à la France la possession
• incontcslccdeson ancien territoire.» Ainsi, dans le cas où l'état intérieur de la France lui permettrait de songer au retour des Bourbons, le gouvernement britannique prend soin de les lui montrer comme un présent onéreux et funeste qu'il faudrait payer de l’abandon de tous les pays qui, après avoir été conquis par ses armes, lui ont été garantis par des traites! Lorsqu’elle est en possession dcsprovincesdela rivegaucbcdii Rliin, lorsqu'elle occupe la Suisse et la iloliandc, la jouissance incontestée de son ancien territoire est , pour prix du rclabiis.semcnt des RaurlMiiis, tout ce que |>cut lui accorder le gouveniemciil anglais ! Le gouvernement n'a point fait un pas depuis le commencement de la guerre. Il en est encore à scs prcinières prétentions. C'est toujours la Belgique qui domine scs pensées. F.nlrc la question des Bourbons cl celle de la Belgique, son choix n'est [las incertain. Lord Orenvillc n'en fait pas mystère. Il avoue avec franchise qu'on n'cnleiiJ pas faire du réiablisscmenl des Bourbons une condition absolue, » Sa Majesté » ne prétendant pas, dit-il, prescrire i la France » quelle sera la forme de son gouvernement. » Üans cette déclaration, hommage obligé pour tout ministère anglais envers les principes de la révolution de IC88, il y avait une maladroite indiscrétion, puis<]uc c'clait ùter aux Vendéens cl aux f'houans, encore sous les armes, les espérances pour lesquelles ils avaient jusqu'alors combattu. lettre tout entière aboutissait à celle conclusion que, ne trouvant point dans l'étal de la France la sécurité et les garanties désirables pour la conclusion de la paix, l'Angleterre était décidée à continuer la guerre.
La réponse du cabinet britannique fournissait matière à de justes récriminations, qui n'échappèrent pas à M. de Talleyraml. Ce iniiiistrc' ne manqua point de bons raisoiincincnls pour renvoyer A l'Angleterre le tort de la première agression. Il lui (ut egalement facile de réfuter les motifs mis
' Letire du 14 janvier.
■ te 90 janvier.
en avant par lord (ircnvillc pour se refuser aux ouvertures du premier consul. N'avail-on pas déji vu, sous le gouvernement directorial, un plénipotentiaire anglais i Paris cl à Lille? Le ministre républicain ne négligea pas davantage le (larti qu'il pouvait tirer des insinuations du cabinet britannique, rclalivcsau rétablissement de raiiciennc dynastie. « Ces insinuations, répondit-il, n'etaient » pas moins injurieuses pour la nation française et » son gouvernement, que ne l'eùt été pour l'An- » giclerre cl pour Sa Majesté britannique une sorte » de provocation vers le régime républicain, dont » rAiigiclerrc avait adopté les formes au milieu du > siècle dernier, ou une exhortation à rappeler au » trône celle famille que sa naissance y avait placée » et qu'une révolution en avait fait descendre. » Sans être arrêté, au reste, par les objections du cabinet de Saint-James. M. de Tallcyrand proposai! l’envoi de pléni|)Olcntiaircs, soit à Dunkerque, soit I dans toute autre ville favorablement située pour la rapidité des communications respectives.
Lord Grcnville répliqua au ministre français par une seconde notc^qui ne fut qu'une répétition de la première. Mêmes objections sur rorigine de la guerre, question oiseuse eldéplacée. puisque toute guerre étant nécessairement la suite de l'agression de l'une ou de l'aulrc des parties, et quelquefuif de toutes <lcux ensemble, il serait absurde qu’un reproche fondé sur l'initiative d'agression pût devenir un obstacle à la paix : même retour sur le moyen indiqué, le rétablissement des Bourbons, avec la reslrirliun de n’en pas faire une condition indispensable : mêmes doutes sur l'exislenco de garanties qui puissent permeilrc à l'Angleterre de traiter avec la république, cl même ajournement jusqu’A l'épreuve énoncée par la première note, « le résultat de rcxpcricncc cl l’évidence desfails. »
Là SC bornèrent les communications des deux cabinets; mais, dans un guuverneinenl représentatif, il reste aux ministres une autre lâche à remplir: il faut à leur conduite l'approbation du parlement. Un message du roi soumit aux deux chambres les pièces diplomatiques échangées avec la France. Quoique assuré de la majorité des voix, le ministère n'en eut pas moins à lulier contre une opposition aussi distinguée qu'elle était peu nombreuse. L'opposition insistait pour savoir quel était le véritable but de la guerre; et, comme M. Pilt ciiveluppail sa pensée avec beaucoup d'art dans de longues circonlocutions. M. Tiernoy le sotnma de délinirce but en une seule phrase, u Je N ne sais* si je pourrai le faire en une seule phrase,
* Séance du 17 février.
[IHOÜ]
POLITIQUE EXTÉRIEURE
n répondit M. PiU; mais je le ferai en un seul •• mol : técurité; » et il s'efforça de démontrer que toute sécurité était impossible pour l'Angleterre avec le gouvernement qui existait en France. « No- H tre garantie en négociation, dit-il, serait donc Il avec ce Bonaparte, seul organe maintenant de Il tout ce qu'il y a de pernicieux dans la révolution Il française! * Selon ce ministre, le meilleur gage de repos que puisse obtenir la Grande-Bretagne est aussi le rétablissement des Bourbons; mais, est-ce dans l’intérél de celte famille, dans rinlérét des droits des maisons souveraines en général, que M. PiU forme ce vœu? Nullement : il ne pense qu'é rinlérét de l'Angleterre. « Supposons, ajoute-t-il,
M que riiérilier do la maison de Bourbon soit réin*
» slallé sur le trône, il aura assez d'occupation s'il «I travaille à guérir les plaies et à réparer les pern tes en tout genre, produites par une convulsion n révolutionnaire de dix années... Dans cette supn position , il se passera un temps considérable » avant qu'un tel monarque puisse devenir dange-
» reux à l'Europe Supposons, au contraire, la
)» paix faite, la coalition de l'Europe dissoute, et nos H armées licenciées; pouvons-nous penser que les » moyens extraordinaires que le système de la révo*
» iution laisse i la France ne seront pas toujours au N pouvoir du despotisme militaire? que ce pouvoir i> ne peut pas de nouveau faire trembler l'Europe?
» Pouvons*nous oublier qu'en dix années, ce pou*
M voir nous a fait plus de mal que toutes les guer- » res que nous présente notre histoire depuis l'é- * tablisscment de la monarchie en France?... Et,
N avec des considérations aussi majcarcs, nous n pourrions hésiter encore à décider si la restau- H ration de l'ancienne monarchie ne nous offre pas )• plus d'espérance de paix et de stabilité que la ■ cootinoation de ce pouvoir révolutionnaire sous » Bonaparte? » M. PiU, il faut l'avouer, avait répondu franchement à M. Tierney : le but de la guerre est clairemenl déterminé. Le jacobinisme, les Bourbons, sont des mots. Sous ces mots, voici les choses : Ce n'est pas le jacobinisme en iui-méme que le ministère britannique combat et déteste; ce sont les moyens extraordinaires que le ^êlème de ta rèrolution a mis a la disposition du gouvernement français. Ce n'est pas pour les Bourbons qu'il désire leur rétablissement; c'est parce qu'il leur fait l’injure de penser que la France, sous leur < gouvernement, sera plus facile à maintenir dans | lin état durable de faiblesse et d'immobilité, que I sous tout autre régime, et surtout sous l'administralion de Bonaparte, qui, comme M en fait l'observation, ■ ne diffère des autres rois* que parce qu'il '
' Ce mol éiaii de M. Cntmiiig. Il Fui rité par N. Pin.
1 iticsov.
n lient une épée au lieu d'un sceptre. » Ainsi, point de mystère dans la politique anglaise : ce qu'elle veut, c'est l’abaissement de la France; c'est ensuite la Gxité de la France dans cet abaissement. Toutes les déclamations contre les doctrines jacobiniques ne couvrent qu'une idée, la haine des ressources, des forces, que les principes de la rèrolution ont développées dans la nation frauçaise; Capoir que les Bourbons, rétablis sur le tAia^èOMMitiraient à se priver des fruits de la révoluüëri^^tie sauraient pas en faire usage; espoir outrageant auquel, nous aimons à l'espérer, l'avenir réserve un éclatant démenti.
Dans ce discours de M. Pilt, et dans ceint de lord Grcnville, qui furent vantés alors comme des monuments d'éloquence, le temps a fait reconnaître plus de passion que de sagesse ou seulement de calcul. Malgré l'éclat du rôle que Bonaparte avait joué en Italie et en Égypte , M. Pitt et lord Grenvillc ne parurent pas soupçonner le caractère de l'anlagonistc nouveau contre lequel ils allaient avoir à lutter dircclemciil. Tous deux, comme s’ils eussent eu la certitude de sa ruine prochaine, au lieu de se livrer, ainsi qu'ils l'avaient fait Jusqu'alors, à des sorties contre les choses, semblèrent prendre plaisir à ne voir les torts cl les crimes de la révolution française que dans un seul homme. Ils imputèrent au premier consul de 1ROO les opérations plus ou moins condamnables des gouvernements qui l'avaient précédé, [..a destruction des républiques de Venise et de Gènes, le délrôncment du roi de Sardaigne, du duc de Modène, du grand-duc de Toscane et du pape, l'invasion de la Suisse, de l'Égypte et de Malle, tous ces événements dont quelques-uns étaient étrangers à Bonaparte, et même avaient eu lieu pendant l’expédition qui l'avait tenu éloigné de l'Europe, dont les autres ne le concernaient que comme instrument d'exécution , en sa qualité de général en chef, furent représentés comme étant son ouvrage immédiat. On en plaça sur sa tète seule toute la responsabilité.
J’ignore jusqu'à quel point ccUe manière de présenter les faits pouvait être utile pour nourrir J’animosilc de la nation anglaise contre la France; mais, |iar une telle agglomération d'actes importants imputés à un seul homme, les ministres anglais tic contribuaient-ils pas eux-mêmes à agrandir l'image de celui sur lequel ils semblaient se promettre un triomphe si facile? D'un autre côté, celte affectation à réunir toute leur haine sur un personnage qui , quoi que l’on piU dire, était le premier magistrat d'une grande nation, ii'annonçait-il pas un foi aveuglement et une rare imprévoyance? Car.enÜn, eel ennemi , qu’ou insulte avec larit d'amertume, peut devenir vainqueur le terideinam; vi dans ce
ClUlITIll^ II.
cas, quel di'sappoiiUemenl ne s'esUon pas gratuitement préparé? Si, laissant de côté les invectives qui furniciit la presque totalité des deux discours de lord Grcnville et de M. Pitt, nous y cherchons un fonds de raisonnement, nous y trouvons, pour toute substance, que la guerre est avantageuse i rAngIclerre; que la négociation, suivant eux, lui serait contraire; que la France est épuisée et incapable de résister aux eiïurts réunis contre elle; de manière que l’Angleterre pourra bienldl, non pas négocier, mais dicter la paix. A de tels discours il eût fallu la sanction de la victoire. Celte sanction leur manquera lungleinps. Ce|>endant on a cité dans plusieurs ouvrages, comme un miracle du génie divinatoire de M. Pitt, un passage de son discours qui présageait le rétablissement des Bourbons. Ce ministre exprimait l’espoir que les armées de Pu* surpatcur qui occupait en France la place de cette famille , « trouveraient aux frontières assez d’occu- » pation pour être forcées de laisser i l’intérieur H du pays, la liberté de manifester ses sentiments N et scs dispositions véritables, n Quelle haute sagacité! s’est-on écrié depuis Oii compte pour rien un anachronisme de quatorze années. Ce n'est pas de cette manière, assurément, que M. Pitt entendait ses prophéties.
Les sophismes du ministère britannique furent victorieusement réfutés. L'opposition foudroya les allégations d'une politique aussi imprudente dans ses prétentions, qu'indiscrète dans la révélation de ses jalousies et de ses haines; mais les voix étaient comptées d’avance. L’adresse proposée en répon.se au message du roi fut accueillie par une grande inajorilc.
Dans celte tentative de négociation, proposée par le premier consul cl repoussée par le oiinislèrc anglais, de quel c6té fut la bonne politique? Ce ne fut pas assurément du côté de l’Angleterre. Pour le moment, le premier consul, s’il désirait la l>aix, ne pouvait la vouloir qu’a des conditions avantageuses cl honorables. M. Pitt s'aveugla sur ce point, sup|>osanl que la conclusion d’une paix quelconque était indispensable au premier consul pour s'afTcrmir. Celui-ci, au contraire, sentait à merveille qu’à défaut d'une pacification satisfaisante, le meilleur moyen de consolider sa puissance était la guerre, cl raccroisscincnt do considération qu’il pouvait attendre d’une guerre heureuse. Les désastres de 1790 ayant fait perdreà la république une grande partie des possessions et de l’inQucncc
' Plusinin écrivains oui accusé le premier consul de n’avoir pas voulu la paix, attendu que, s'il l'eût voulue siiKèremvni, il se serait aussi adressé à l'Aulricbe. Voilà des b«)iuiiK‘s bien informés !
qu’elle avait obtenues par le traité de ('.ampo-Formio, la paix, telle qu’on l’eùt alors imposée au premier consul, lui eût été funeste comme à la France. C’eût été commencer, sous des auspices sinistres, l'exercice de la suprême magistrature dont il venait d’être investi. Pour le gouvernement anglais, au contraire, les chances étaient extrêmement favorables. Pour peu que les conditions voulues par ce gouvernonieril n'eussent pas été trop rigoureuses, le premier consul, dans la crainte de déplaire à la nation, eût pu être réduit à les accepter. C’était donc répondre à ses intérêts, et peut-être à son secret désir, que de rejeter ses propositions. Plus on avait mis de hauteur et d’orgueil à les repousser, plus on avait amélioré sa position. Les attaques personnelles, les injures ne seront, peu de temps après, qu’une humiliation de plus pour scs adversaires. En ccî instant même, lui laisser le mérite de paraître sincèrement désirer la paix, c'était légitimer l’appel qu'il allait faire à l'énergie de la France, appuyer ses excitations, et intéresser la nation tout entière au triomphe de son chef.
La même démarche que le premier consul avait tentée auprès du roi de la Grandc-Bertagne, il l'avait également faite auprès de l’empereur ' d’Allemagne. A Vienne, l'ancien général de l'armcc d’iulic, le signataire de la paix deCampn-Formio. ii’clait pas jugé aussi dédaigneusement qu’à Londres. bi on ne parut pas disposé à une négociation immédiate, la proposition du premier consul ne fut pas formellement déclinée, et la modération (lu langage autrichien permit de continuer la correspondance. Le â'f février, Jti. de Tallcyrand, dans une lettre adressée au baron de Thugut, indiqua pour élément de négociation le traité de Campo-Formio, et proposa un armistice. La proposition d’armistice fut passée sous silence dans la réponse du baron de Thugut. Ce iiiinistre objectait que le traité de (^mpo-Furmio ne pourrait pas être admis comme base d'un nouveau traité; et nicLlanl en avant, comme seule admissible , la base de iiluation retpective, il présentait en outre ce système comme devant se lier à celui d’une pacification générale. Quoique celte base de siiuaiiOH reipeclive ne pût pas convenir à la France, M. de Talieyrand se contenta de la réfuter ^ avec méiiagcinciit, sans la rejeter d’une manière précise; il discuta l'opinion de la cour de Vieiiue relativement à une paix générale, et demanda que celle cour fixât eile môme le lieu et ic mode de la négociation.
général Horcau fut aussi chargé de proposer au général Kray un armistice, tant pour ritalic que
* heure dii 7 avril, «u baroa de Tbagul.
Digilized ' , Gi ■■
l'OLITIOlJE EXTÉRIKURH.
pour l'Allemagne. Le général Kray ne se crut point autorisé à sc mêler de questions qui concernassent ritalic.
I^a rcsoluliun étant bien prise par te cabinet autrichien de ne point traiter sans le concours de ses alliés 4 et nous savons comment les ouvertures du premier consul avaient été reçues à Londres, il était maoifestc qu’il n'y avait que les cvcncinents d'une nouvelle guerre qui passent changer cette détermination de la cour de Vienne. Cependant, lout en reprenant les armes, le premier consul voulut laisser la voie toujours ouverte à la négociation, cl M. de Talleyrand prévint le baron de Thugut que, si le cabinclautrichien jugeait à propos de Taire ultérieurement quelques propositions, il pourrait les Taire parvenir au gouvernement français par l'intermédiaire de H. de la Valette, chargé d’aflaires de France à Dresde.
Si, dans la démonstration de »rs vœux pour la paix, le premier consul ne Tut pas heureux auprès des cabinets de Londres et de Vienne, il réussit mieux A convaincre les puissances neutres de la sincérité de ses dispositions à maintenir ou à resserrer les relations de bonne amitié existantes entre elles et la république. Dés le S janvier, il leva, sans restriction, l’embargo mis sur les bâtiments neutres dans les ports Trançais. Celte mesure, qui lui conciliait les nations commerçantes, facilita la solution des démêlés de la république avec plusieurs de ces nations, et particulièrement avec les États-Unis d’Amérique. Tut un preiuier pas vers l'établissement d'un accord parfait entre la France et les États-Unis sur les principes de la neutralité maritime, accord que, dans celte année même, un concours favorable de circunslances va reproduire aussi dans le nord de l'Europe.
Animé du désir de perfectionner tout ce qui concernait les questions de neutralité maritime, le premier consul regarda comme un devoir de Taire abroger la législation précédemment établie. Une expérience récente avait prouvé l’inconvénient de soumettre aux décisions d'un tribunal ordinaire, le jugement de points contentieux appartenant à l’ordre politique et de nature à être résolus par les principes du droit de la guerre et des gens. En formant un conseil spécial destiné à prononcer exclusivement sur les litiges élevés entre les intérêts des neutres cl ceux des armateurs français, et â |>rononcer conformément à la reconnaissance ou au rejet de tels ou tels principes par les diverses puissances, le premier consul témoignait, aux nations maritimes, avec quelle rigoureuse justice U voulait faire respecter les liases qui seraient réciproquement admises.
Aussitôt après le 18 brumaire, le premier eon-
sul avait envoyé à Berlin l'un de ses aides de camp, le colonel Duruc, pour faire connaître au roi, sous un jour rassurant, les cvciicmeiils de Paris, exprimer les dispositions amicales du nouveau gouvernement de la république, et s'assurer de celles de la Prusse. La situation du gouvcrneincnl prussien mérite d'etre ici l'objet d'une attention particulière, parce que la cour de Berlin, étant la seule grande puissance continentale qui fut restée en paix avec la république française, depuis 1791$, c’clait là que ! s’était le plus agitée, en 1790, la diplomatie européenne.
Grâce au traité de Bâle et aux conventions ultérieures qui, en réglant la neutralité de celle cour, avaient admis aux mémos avantages les Étals enclavés, ou à peu près, dans la longue et irrégulière ligne des possessions prussiennes, le nord de l'AI- Icmagne jouissait, depuis plusieurs années, de tous les bénéfices d'une paix profonde, bénéllces qui s'augmentaient de la misère même des autres pays. Le maintien d’une neutralité, qui était d'une si haute importance pour ce gouvernement appauvri cl ruiné par les prodigalités de Frédéric Guillaume U, entrait souvent dans les vues elles goûts du nouveau roi, dont la prudente économie ne soni geaitqu’à rétablir scs ûnancesctà fonder de nouveau un trésor, nécessité que, d'après les traditions du grand Frédéric, on jugeait tout à fait indispensable pour les chances d'une guerre imprévue. l«a neutralité prussienne, dans laquelle se trouvaient compris le landgrave de Hcsse-Cassci, le duc de . Brunswick, tous les princes de la maison de ' Saxe, une foule d'autres États souverains, et l'élec- I lural même de Hanovre, formait ainsi, sur le coii- I tinent, comme une tic florissante et prosjièrc, au I milieu des tempêtes qui mugissaient autour d'elle ;
; mais tous ces pays étaient perdus pour la coalition. Celle immobilité, ce privilège de bonheur et de repos ne pouvaient convenir ni à l'Angleterre ni : à la Russie. Aussi, par leur traité d'alliance du 29 décembre 1798, ces deux puissances s'étaientelles engagées à employer en commun toute leur influence, pour déterminer la Prusse à s’armer avec elles contre la république française. cabineLv de Pétersbourg et de I.ondrcs unirent leurs eflorts auprès de celui de Berlin. U. Thomas Grcnville pour l'Angleterre, le comte de Panin pour la Russie, épuisèrent, auprès du ministère prussien et des personnes en crédit à la cour, tous les genres d'excitation : chacun de ces ministres y portant le caractère de son cabinet, H. de Panin, des paroles hautes et même des menaces; M. Grenvillc, des promesses flatteuses et des offres propres k tenter l'ambition prussienne. Dans les pourparlers qui eurent lieu alors, Paul I*' exprimait un vœu pro-
CUAl'lTUE II.
tl8U0]
piiêtiquc qui s'csl rônlisô quinze nns après, la réunion (le la Belgique à la llollaiulc pour rétablissement (Juslalhouder. L'Angleterre faisait entendre que, dans le cas d'un tel arrangement, on assurerait à la Prusse difTcrcntes acquisitions de territoire, comme le pays situé entre le Khiu et l'Ems, le duché de Juliers et celui de Berg, en procédant, pour ce dernier, par la voie d'un échange. Dans l'impossibilité d'amener la Prusse à une déclaration de guerre formelle, le ministère anglais s'attachait à l’y conduire indirectement, en lui faisant sentir l'avantage qu'elle trouverait à neutraliser > la Hollande, à la prendre sous sa protection, ou même en dépôt, jusqu’à la iin de la guerre. La cour de Prusse se défendit mieux contre les menaces de Paul I®' que contre les caresses insidieuses de l’Angleterre. Vainement le comte de Panin, affectant une grande irritation, avait quitté Berlin pour se retirer ^ à Carisbad ; puis, revenant ^ sur ses pas, avait reproduit ses propositions et recommencé scs instances. Vainement Paul 1*' rassembla des troupes sur la frontière de la Prusse, et demanda du moins le passage pour vingt mille hommes. Toutes ses demandes furent refusées. Le comte de Panin quitta Berlin définitivement, et, peu de temps apres, fut suivi par le chargé d’affaires qu’il y avait d'abord laissé. Le refroidissement était public. Le cabinet de Berlin pouvait avec raison se faire, auprès de la république française, un mérite de sa vigoureuse résistance à la colère de la Russie. Il n'avait pas été aussi inaccessible aux propositions de l'Angleterre. Sans les accepter ouvertement, il n'aurait pas demandé mieux que de les voir se réaliser ; et sa conduite un peu équivoque envers la France, au moment de l'invasion de la Hollande, dut faire supposer qu’il y avait au moins, entre Berlin et Londres, des stipulations verbalement éventuelles. En effet, avant cette invasion, la Prusse, qui n’ignorait pas le projet de débarquement prochain des Anglais et des Russes, pressait le directoire de rendre la république batave à une entière indé|>endance, par le rappel des troupes françaises qui occupaient le territoire de cette république, ce qui avait pour objet manifeste d’en ouvrir les portes aux armées anglo-russes, et de leur en faciliter la conquête. L’instant de l'invasion arrivé, le cabinet prussien alla plus loin.
A cette occasion , nous devons rappeler quelle était la position de la Prusse et de la France relativement aux provinces prussiennes de Gucidre et de Clèves, situées sur la rive gauche du Rhin. Par un article secret du traité de Bâle, if avait été convenu que, dans le cas où, à la pacification générale,
• Mois dejuillei.
’ Juin 170'J.
la rive gauche resterait à la France, le gouvernement français garantirait au roi une juste indemnité pour la cession de ces provinces. La cession n'était ainsi, surtout aux yeux du gouvernement prussien, que provisoire et conditionnelle. En ronséqucncc d’une telle situation, le cabinet de Berlin, préjugeant mal à propos l’issue de la guerre, et croyant à l'infaillibilité des succès de l’armée anglo-russe, chargea son ministre à Paris, BI. de Sandoz-Rollin, de demander l’évacuation des provinces prussiennes transrhénancs, en annonçant que l'armée de démarcation marchait sur le Rhin. Dans une telle précipitation, on ne reconnaissait pas la prudence ordinaire de ce cabinet. La défaite de l’armée anglo-russe et la retraite du duc d’York firent, de cette démarche trop hâtive, un tort et presque une hostilité dont on eut à rougir, même devant le directoire. Ce tort pesait à la Prusse, cl il lui tardait de le faire oublier.
Ce n'est pas que, dans les premiers mois dc IBOO, il n'existât encore à Berlin un parti allié de l'Angleterre, qui cherchait à entraîner tout le nord de l’Europe dans une guerre générale contre la France, et à ce mouvement de la Prusse semblait attaché celui du Danemark et de la Suède. La Prusse était tour à tour injuriée et caressée par les écrivains de la contre-révolution ; mais le roi qui, sur la question d’une guerre ouverte, n’avait pas cédé à la fougue de Paul D®, ne pouvait pas se démentir lorsque déjà Paul lui-même commençait à revenir de scs premières illusions. Le moment était favorable à la mission du colonel Duroc. Cet officier, dont nous aurons à parler plus d'une fois , était celui des aides de camp du général Bonaparte qui possédait sa confiance au plus haut degré, et, sous tous les rapports, il en était digne. Plein d’honneur et de droiture, bienveillant par caractère, toujours, dans les communications du premier consul, dont il était l'intcrtnédiairc, soit au dedans, soit au dehors, il répondait à sa pensée et à ses intérêts. Chargé d’ordres favorables, il en faisait valoir le bienfait; d’ordres rigoureux, il en adoucissait la sévérité. Dans les relations avec des puissances étrangères, il portait ces formes gracieuses, qui plaisent encore dans un messager politique , lors même que ses raisonnements ne parviennent pas à convaincre. Tout se réunissait donc pour que le colonel Duroc fflt accueilli avec distinction à Berlin.
Sa mission ne se bornait pas à une simple démonstration d’estime du premier consul {)our le roi. H devait demander à ce prince plus que le
’ Premiers jours du mois d'aoûi.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
*u)ainlie» * de sa iieulralilé. Uaiis l'audience que lui donna Sa Majeslé prussienne, après avoir exprime h ce monarque la ferme résolution du premier consul de réprimer en France les agitations dont se plaignaient les gouvernements étrangers, après l'avoir assuré des sincères dispositions de la France pour la paix, il lui témoigna que le premier consul serait heureux de lui en devoir la prompte conclusion; il donna même è entendre qu'il était au pouvoir de làa Blajcsté prussienne d'imprimer à sa inédialion une grande cflicacilé, ayant dans ses mains son armée de démarcation, qu'elle était obligée de payer comme pendant la guerre, sans en retirer aucun fruit, tandis que si Sa Majesté voulait s'unir à la France , le premier consul , de son côte, appuyé sur ses vieux soldats, n'hésitait pas â répondre du la prompte conquête d'une paix qui ne serait point stérile pour la Frusse. La réponse du roi fut, scion l'usage des cours, conçue en termes généraux. Admiration pour le général Bonaparte comme guerrier, considération pour le premier magistrat de la république, tel fut le sens naturel des paroles royales. Le soin de répondre à la quesUon politique était laissé au ministère.
La politique du gouvernemeut prussien, dirigée alors par le comte d'Haugwis, coosislail à maintenir la neutralité au milieu des parties belligérantes, et à éviter d'en blesser aucune; mais, en même temps, à épier toute circonstance qui pût lui procurer quelque avantage. C'ctail ce désir qui avait mis naguère sa circonspection en défaut, lorsque trompée par la vraisemblance du succès de l'expédition anglo-russe en Hollande, elle avait porté son armée de démarcation sur la frontière française. Elle était loin de vouloir se confier aujourd'hui à une fausse apparence, et surtout, ce qui eût été un cfTorl encore plus grand , en faveur de la république française. La proposition du colonel Duroc ne pouvait donc qu'être élodée par le cabinet prossieo. Ce n'élail pas, selon le comte d'Haugwiz, un bon moyen d'éteindre l'incendie que de lui offrir un nouvel aliment. Les princes en guerre avec la France n'ayant donné à la Prusse aucun sujet de plainte, l'équité et la raison ne permettaieiilpas à Sa Majesté prussienne de prendre parti
■ <i Daroc, idon H. de Bourrieaoc, ne dit pas un nxx ■ de politique au roi. • M. de Bourrieonc ae trompe.
' Non »arrbl>f> opportuiio d'iniromeiter le minacce di guerra a' consigli di pace, e profferire, per dir cosi, il raniu dell' ulîvo sulla punU délie spade.
Marquis de Lcccnasiai.
* Nommé secrétaire de légation à Berlin, je m'y rcadais, comme chargé d'abires, en allendani t'arrivée
contre eux. Ce serait manquer le but, auquel le premier consul voulait parvenir, que de mêler la menace à des conseils pacifiques, et de présenter, pour ainsi dire, l'olivier à la pointe du glaive I.a modération , l'impartialité seraient de plus sûres armes pour le succès d'une franche cl chaleureuse intervention. Par ces discours , le colonel Duroc ^ comprit aisément l'esprit et la tendance de la cour de Berlin. Celle cour, dont la première pensée était de rester neutre, ne demandait pas mieux, au fond , que de voir so prolonger une guerre qui épuisait toutes les autres puissances; mais, si l'on devait traiter, elle était très-jalouse de figurer dans la négociation. Ce désir de sa part était précisément ce qui convenait le moins è la France, pour qui son intervention aurait été plus embarrassante qu'utile. Aux insinuations légèrement répétées du cabinet prussien pour obtenir quelques ouvertures du premier consul , celui-ci opposa un silence qui fut peu agréable à Berlin , mais dont on se garda de montrer le moindre méconlcnlcroent. Du reste, on se bâta d’applaudir à la révolution qui avait placé les rênes du gouvernement de la France dans la main du plus habile de ses guerriers. Outre la préférence toute naturelle d’une monarchie militaire, pour les changements où la puissance militaire prédomine, on aimait, dans le nouveau chef do la république, l'homme qui avait vaincu les Autrichiens en 1790 et 1797, et qui allait probablement les humilier encore. L'esprit même de la population était irès-favurable au premier consul, si l'on en excepte quelques républicains secrets , qui voyaient en lui un César pour la république française. Le sentiment général était l'admiration; mais, k Berlin plus qu'ailleurs, on se lasse aisément d'admirer, quand il s'agit d'une gloire étrangère, et surtout de la gloire des combats. L'admiration bientôt enfantera l'envie ; l'envie enfantera la haine.
L’embargo que le gouvernement de la république avait mis , à la fin de 1799, sur les biliroenls hambourgeois, pour punir le sénat d’avoir livré à l'Angleterre deux Irlandais, Napper-Tandy et Blaekwel , officiers au service de la république , avait jeté la consternation dans une ville dont le com-
dii général Bcnmonville, lorsque Duroc en re^'cnaii. Je le rencoDlrai au pasMge du Rhin, k WcmI. Il me «tonna quelques noiioat sur le pays et sur les personnes auxquelles nous aurions affaire. A Berlin, j’enirndis de toute part son éloge. Il avait rétissi surtout par sa modestie et s.*! simplicité. La reine lui ayant demandé l'il avait vu des crocodiles en ftgypie, il répondit négativement. On trouvait admirable qu’un jeune officier français, revenant d'Égypte, convint n'avoir pas vu de crocodile.
Di. ilized fc. Gi-'OgU
CHAPITIIK II.
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mercc éprouvait, par une telle mesure, des perles considérables. Les niagislrats ne pouvaient, pour se josliGcr, que faire t Paveu de l'impossibilitc où ils s'élaicnl vus de résister aux demandes pressaa* tes du gouvernement anglais, la colère de celte puissance n'clanl pas moins à craindre pour eux que celle de la république. liC premier consul leur fll une réponse énergique et brève, dont la publicité avait pour but de montrer à l'Europe qu'on ne man* qucrail plus impunément aux devoirs de la neutralité envers la France. Une députation solennelle du .sénat étant venue, en reconnaissant ses torts, implorer la clémence du premier consul, l'embargo fut levé, et le crime de la faiblesse s’expia par un sacriGcc de quelques millions qui ne furent pas inulilcs au premier consul, vu le mauvais état où il avait trouvé les finances de la république.
En même temps que le premier consul, tout en oiTraiil la paix à l'Angleterre et â l'Aulnchc, se ménageait, pour ainsi dire, la continuation de la guerre; en même temps qu'il recherchait funion de la Prusse, qu'il coinmcnçait. par une levée d'emliargo, sa rccouciliation présente et un concert prochain avec les puissances maritimes, les États-L'nis, le Danemark cl la Suède, il ramenait à la France des alliés que le directoire avait aigris, moins peut-être par ses exigences cri elles-mêmes que par l’inconvenance de scs procédés, l'Espagne, la Hollande et la Suisse.
L’F.spagne, enchaînée au char de la France, ne pouvait qu'obéir à ses volontés. [>c premier consul s'attache à lui rendre rubéissance moins pénible. Bientôt il montrera sa considération pour le roi, en lui envoyant son frère Lucien comme ambassadeur. Allcritif à poursuivre partout l'Angleterre, déjà il médite de l'atteindre à Lisbonne. Pour décider la cour de Madrid à une guerre contre le Portugal, de concert avec la France, et obtenir le passage d'une armée française sur le territoire espagnol, il ne faudra que s'assurer du prince de la Paix. La volonté de .Manuel Godoy emporte celle de la reine; la volonté de la reine, celle du roi. Ün jour ce favori régnera sur le roi plus complètement peut-être que sur la reine cllc-méinc. Lucien Bonaparte réussira en flattant le prince de la Paix par l’idée de joindre aux autres avantages de sa position le relief de la gloire militaire. Dans cette même année, une transaction importante, mais hypothétique. aura lieu entre rE.spagnc cl la France. Nous nous bornons à l'annoncer ici, nous réservant d’en exposer ultéricurenicnt l’objet.
La Hollande et la Suisse, satellites obligés aussi,
comme rF.spagiie, de la république française, trouvent égalcmenlà Paris, sinon des conditions meilleures, du moins des formes plus douces et plus amicales. Ces deux pays sont accoutumés à ressentir le contre-coup des révolutions de la France. Ils n'échapperont pas à l’influence du 18bramairc. La république helvétique va particuliérement éprouverde nombreuses mutalionsen IHÜO et 1801 . Nous dilTcrerons d'en parler jusqu'au moment où le premier consul s’occupera sérieusement à y mettre un terme.
Un nouvel allié $e prépare pour la France : c'est déjà un ennemi de moins. Les cours de Londres et de Vienne avaient tenté la patience de l'empereur Paul; .à la fin elles l'avaient lassée. En reconnaissant que, pour l'Autriche, le but de la guerre avait été la roiiquêtc delinitive de l'Italie, tandis que cet objet, pour lui, était le rétablissement des légitimités déchues, ce prince ressentait de l'humiliatiun d'avoir été pris pour dupe , cl d’avoir servi d'instrument à l'ambition de celte puissance. L'expédition de Hollande n'avait pas amené moins de rcfroidisscmenl entre lui cl rAnglelcrre. Si, de ce côté pardllctncnt, le but était manqué, riionncur même com|>roniis, rAngletcrre s'en élait consolée en s'emparant de la flotte bafave. A part celte inégalité de partage, les Anglais n'avaient pas été, plus que les Autrichiens, allcnUrsà ménager leurs alliés et à se concilier leur aflection. L’irritation des généraux Hermann et Essen contre les Anglais, celle des généraux Suwaruw et Korsakow contre les Aulrichiems, était passée tout entière dans l'àme ! de t’impétueux monarque; son parti est pris. Vainement l’ambassadeur britannique à Pélersboui^, lord W ilhwurlh, tâche de le calmer cl de le ramener à une part active dans la coalition , la Russie restera étrangère aux coups qui vont de nouveau se porter en Allemagne et en Italie. C’est donc à Vienne que doivent se concentrer tous les cfTorls de i'Anglelcrrc.
L'ambassadeur ordinaire auprès de cette cour, lord Miiilo, ncsuflil pas; on lui envoie une coopérateur. M. Paguet accourt y prodiguer les promesses de subsides, non-seulement pour les Autrichiens, mais pour tous le.s États Germaniques que l'Autriche oblige à marcher sous ses drapeaux. Dans les jours de la pureté de sa gloire, M. Burke avait appelé la diplomatie du cabinet de Saint-James une diplomatie mendiante. Elle a été tout à la fois men- «fùiNfe et pa/an/e dans tout le cours de la révolution française. Les ouvertures faites à Vienne par le premier consul ne furent pas sans fruit pour le cabinet autrichien. Elles lui servirent à faire acheter plus chèrement par le gouvernement anglais la continuation de la guerre. Le 10 mars. M. Vickam
‘ Leilre du »énai. en ilaicdit iCdécetiibn* t709.
rOUTIt;»UE EXTÉRlEtHË.
signait à Munich , avec l’électeur de Itaviêre, un traité de subsides que suivra une autre convention tie mémo nature, le tt juillet. Ce même plénipolen* iiaire ronriuait une semblable convention à l^ouis- Imurg, le ^ avril, avec le duc de Wurtemberg, et une troisième, le ôO du même mois, à Pfora, près Donaueschingen, avec l’électeur de Mayence. Celle dernière était remarquable : »>n y faisait mention, pour la première fois, de l'ariiicmcnt d'une milice nouvelle, d'une insurrection populaire ou levée en masse, tandêturm. r’clcctetir, qui no s’engageait à fournir que trois mille trois cents hommes de troU|>es régulières, devait en fournir au moins cinq mille par la voie de rinsiirrertion.
L’Angleterre était prèle i payer tout ce qui voudrait s'armer contre la Kramr. Paul !•» ayant, le tl mars, congédié de S4»n service le corps d'émigrés français sous les ordres du prince de Omdé, l’Angleterre se hâta de prendre ce corps A sa solde. M. Pitt ne reculait devant aucun sacrifice : jamais ministre ne disposa aussi largeinenl des finances d’un État, Il n'avait besoin pour jusliiicr les demandes les plus abusives, que de répéter le mot de Périclcs. Les sommes dont on lui demandait ruinpie avatciil été dépensées où tt failait cl la discussion finissait bien vite, quand il ajoutait que c’était pour un u$age continental
Dans celte esquisse des mouvements de la politique européenne au coinmencoment de 1800. il est deux actes, appartenant au mois de mars, qui ne doivent pas être passés sous silence, quoiqu'ils semblent étrangers à la république française. L’un est l’élection d’un pape; l'autre, la formation des lies Ioniennes en république des Scpt-Iles, sous la suxeraiiielé de la Porte UUoiubiic et suus la protection de la Russie. Outre qu'il est assez bizarre de voir les deux cabinets les plus absolus créer une république dans le cours d’une guerre qui avait pour but la destruction de tous les gouvernements républicains, l'orgaiiisalion complexe de cette répnblique nouvelle qui , en accroissant la puissance ottomane, introduit en même temps l’influence russe dans l’Adriatique, n’est pas une des singularités les moins frappantes de celte époque si riche en combinaisons extraordinaires.
(gluant â rélecliun d’un nouveau pape, cet événement a aussi son originalité, en ce qu’il n’est pas, autant qu’on pourrait le croire, exempt de toute inspiraticm française. La puissance des souvenirs servait le premier consul, même dans des
transactions auxquelles il ne pouvait prendre une part directe, et jusque dans des pays encore en guerre avec la France. Quoique la cour de Vienne montrât peu d’empressement A rétablir les princes d’Italie dans leurs Étals, elle n’avait pu, malgré ses intentions secrètes à i'égani des (Missessions temporelles de l’Église, se refuser A permettre sur son territoire la réunion d’un conclave {>our donner un successeur à Pio VI. 1/CS cardinaux sont assemblés à Venise, sur un territoire devenu autrichien, sous les auspices de l’empereur, sous la protection de ses armes ; et cependant , au sein du conclave, il est un ascendant plus puissant que celui de la cour de Vienne, c’est celui de retinemi le plus redoutable de celte cour! On ti’a point oublié qu’au moment de la signature d’une ronvenlion par laquelle le général français riarnitT avait remis, au cotnmandanl d’un corps de troupes anglaises, les Etals romains coniinc propriclé du saint-siège, le général autrichien Freylag avait, un niomcnl, fait dilliculté d'accéder à celte couvenliun, aimant mieux occuper ces pays à litre de conquête sur les Français. Des indices plus récents continuaient à faire craindre que le cabinet autrichien ne portât toujours des vues ambitieuses sur les possessions ecclésiastiques, cl on avait au moins la certitude qu'il tenait beaucoup à conserver les légations. Qui, sur le continent, pouvait, mieux que le premier consul, opposer une forte barrière aux cnvabissenients do ce cabinet? Les souvenirs de la guerre précédente p.'irlaicnt pour ^ lui. Sévère comme général de la république, ilvd'avait été, en raison du temps, une brillante cxccplion par ses ménagements pour l’autorité ponlifi-Jx,.. i, cale, par son respect pour le cbcfdo l’Église, par ses soins protecteurs pour les prêtres français déportés. Si, depuis, en Égypte, il avait paru devenir presque musulman, la sagacité, la finesse trèspeu fanatique des cardinaux italiens en tirait la juste conséquence qu'on pouvait compter sur son catholicisme en Europe. On a même Meu de croire que, dès 1797, dans ses rapports avec le cardinal Mattel, il avait laissé apercevoir une disposition hypothétique A concourir un jour, si la fortune lui en offrait les moyens, A restaurer l'Église de France par sa réconciliation avec le saint-siége.
Ces considérations, on ne peut pas en douter, ne furent pas d’un médiocre poids dans l'élection du respectable évoque d'imola, cardinal Cliiaramonli, rccomiiiandablo d’ailleurs par ses vertus, mais
• Prricli** avait i-niptoyé dix tairnu i rorromprf Plis-
lonax. général larôilrnmnicn, qui était rulré sur le 1erriioin* dr l'Alliqiie. Hans la reddition de ses complet. îl te eonlenla tir <lirc i|ii’il avait dc|M*iis<> relie M>mme où
il fall.'iii. l.e peuple approuva U dépense tans demaadet d'aiilrr rxptiealiun.
' For (‘«iiiiitieiiials lises.