CHAPITRE IL
POLITIQUE EXTÉRIEURE
Tentative de uv('oeiation avee rAngletcrrc. — Caractère partiriilicr de l.t lettre du premier consul au roi. — Réponse du ministère anglais. — Discussions dons le parlement d’Ani'leierrc. — Remarques sur celte tentative de négociation. ■ — Communications dit premier consul avec l’Autriche. — Levée de l’embargo mis en France sur les bâtiments neutres. — Création du conseil des prises. — .Situation de la Prusse à l’égard de la France. — Objet de la mission du colonel Duroc h Berlin. — Réponse de la cour de Prusse. — Levée de l’embargo mis sur les bAtiments bambourgeois. — Changement de procédés de la France envers l’Espagne, la Suisse et la Hollande. — Renonciation de Paul 1" h l'alliance de l’Angleterre et de l'Autriche. — Conventions de subsides conclues par l’Angleterre avec la Bavière, le Wurtemberg et l’électeur de Mayence. — Le corps du prince de Coudé passe .A la solde de l’Angleterre. — Formation de la république des Scpt-lles. — Élection d’un nouveau pape.
Lorsque le général Bonaparte, rcvenatild’Égyplc, flébarquail naguère sur nos côtes, ce n’élait en France qu'un homme de plus; mais de quel poids va être la présence de cet homme dans la balance de l’Europe! Déjà il a tout changé au dedans de la France. Par lui, tout va prendre de même un aspect nouveau, une marche nouvelle au dehors.
Entré en ronction, cotntne premier consul, le âG décembre, il écrivit sur-le-champ au roi de la Grande-Bretagne, pour lui exprimer le désir du rctablissenicnt de la paix entre les deux nations. Pouvoir d’un jour, il traite d’égal à égal avec le souverain héréditaire d’une graitde monarchie. Où donc a-t-il puise tant d’audace? dans les succès des quatre dernières antiées, dans la connaissance de sa position , dans le pressentiment certain que bientôt il n’y aura pas un seul monarque qui ne s'honore d'être admis à l’égalité de rang avec le chef du gouvernement français. Les vieilles habitudes ont été blessées ; les formalistes de cour en ont ressenti de l’indignation ; ils n’ont osé en montrer que de la surprise. Ni le premier consul , ni M. de Talleyrand ne se sont dissimulé que la constitution britanniqiq^n raison de la responsabilité ministérielle, interdit aux rois toute correspondance directe avec les gouvernements étrangers. Ces lois, ces usages de l'Angleterre leur sont connus, et c’est à dessein qu’ils les ont bravés. Que veut le premier consul? ou obtenir la paix, ou frapper les esprits, en France et en Europe, par un acte d’éclat qui
prouve que ce n’est pas lui qui s'y refuse. Qu’il y ait, ou non, violation des formes reçues, son objet a été rempli.
La lettre du premier consul a un caractère inusité. Ce n’est pas ainsi que d’ordinaire s'expriment entre eux les chefs des gouvernements. L’innovation n’est pas sans excuse. Peut-être l’exemple, s’il était suivi, ne serait- il pas sans avantage... « La » guerre qui , depuis huit ans , ravage les quatre » parties du monde, dit le premier consul, doit clle » être éternelle? Comment les deux nations les plus » éclairées de l’Europe , puissantes et fortes plus n que ne l’exigent leur sûreté et leur indépendance, » peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine gran- » deur le bien du commerce, la prospérité de l’inn térieur, le bonheur des familles? Comment ne n sentent-elles pas que la paix est le premier des » besoins, comme la première des gloires? Ces sen- » timents ne peuvent pas être étrangers au cœur » de Votre Majesté, qui gouverne une nation libre, X et dans le seul but de la rendre heureuse... » Cet appel à l’amour du monarque anglais pour scs peuples n’élait pas propre à toucher son cabinet. Ainsi qu’on s'y était attendu, ce prince ne répondit pas. Son ministère se chargea de répondre pour lui. Par une lettre du 4 janvier, adressée à M. de Talleyrand, lord Grenville, remontant à l’origine des hostilités, dont il prétendait que l’initiative appartenait à la république, faisait, à sa manière, un tableau de la lutte engagée entre les deux nations.