CHAPITRE XXXIX
violée ; rinsuKe a rejailli sur le directeur du cercle de Basse-Saxe, protccicur ofliciel de celle indépendance, el ee directeur est le roi de Prusse. Des que la nouvelle de l’arrestation de sir Rumboldt fut arrivée à Berlin, les Anglais, les Autrichiens et les Russes s'agitèrent autour du roi ; l'orgueil prussien fut excité, comme s’il eût dù être à jamais flétri par l’impunité d’un tel outrage, cl le cri de la cour appela satisfaction ou vengeance. Entraîné par le mouvement qui le poussait, cl blessé lui-mémo dans son amour-propre, le roi écrivit, le 2 décembre , à l’empereur Napoléon , une lettre confidcntiellcdont l’énergie répondait aux impressions qu’il avait reçues. De son c6té, le ministre français à Berlin faisait, à son gouvernement, les représentations les plus pressantes pour qu’on obtempérât à la demande du roi, avant que l’Angleterre vint réclamer l’intervention de ce prince cl put lui reprocher ou de n’avoir pas demandé la mise en liberté de M. Rumboldt ou de ne l’avoir pas obtenue.
Le gouvernement français aurait pu faire remarquer à la Prusse que, quelques années auparavant, lorsque rAnglctcrrc avait forcé la ville de Hambourg à lui livrer N'apper-Tandy et plusieurs autres Irlandais au service de France, le directeur du cercle de Basse-Saxe n’avait pas été aussi ardent a défendre l’indépendance de ce cercle; mais la politique de l’empereur Napoléon ne descendait pas à des explications justifleatives, el, lorsqu’il lui convenait do faire une concession, il la faisait, sans «
marchander et avec franchise. L’intervention de S. M. prussienne eut un prompt effet. Le 11 novembre, le Moniteur annonça que l’agent anglais Rumboldt, arreté à une portée de canon des avantposlcsdc l’armée française du Hanovre el conduit à Paris, avait été, par la protection du roi de Prusse, relâché el renvoyé par Cherbourg en Angleterre. S’il faut en croire quelques écrivains cl notamment le marquis de Lucchesini, celle condescendance de l'empereur Napoléon aux désirs de S. M. prussienne serait un cfTorl qui lui aurait coûté beaucoup et dont il se serait promis de se venger un jour. Cette manière de voir me parait erronée. La finesse du inarquisde Lucchesini voyait souvent ce qui n’exislait pas. Qu’avait voulu l’empereur Napoléon en faisant arrêter M. Rumboldt? Faire l’application de la déclaration du K septembre et constater qu’il ne reconnaissait plus l’inviolabilité des agents diplomatiques anglais; mais, celle preuve faite, que lui importe la personne de cet agent cl que gagnerait-il k le retenir quelques mois ou même quelques années eu prison? Après s’en être emparé, il est bien plutôt heureux qu’on le lui redemande; et c’est pour lui un double avantage si, en faisant ce
qui lui convient à lui-oiéoïc, il peut se donner le mérite d’un acte de déférence pour S. M. prussienne. Aux yeux de la cour de Berlin cl surtout de la jeune cour, ce succès fut une éclatante victoire. Pour faire céder Napoléon , il ne fallait que savoir lui résister. La Prusse seule en pvait trouvé le secret. Comme, par ce témoignage d’égards placé à propos, la véritable situation des deux Étals n'était nullement altérée, l'empereur Napoléon pouvait s’applaudir d’avoir, moyennant un si léger sacrifice, procuré à' une cour qu’il voulait ménager, un triomplic innocent qui pour elle avait un si I grand prix. C’était d’ailleurs pour lui un litre à demander en retour quelques complaisances de plus, et les occasions ne lui en manqueront pas.
On aperçoit d’avance quels seront pour la Prusse les dangers d’une politique tout à la fois timide et présomptueuse, qui peut retomber de l'audace à la faiblesse, cl de l’excès de la faiblesse 'paûer â un fol emportement. Faute d’avoir su prendre à temps une grande résolution soit pour, soit contre le gouvernement français, elle sera jetée dans des situations critiques qui exigeront d’elle une détermination brusque et non préparée. Un antécédent mal compris égarait le gouvernement prussien. Dans les guerres de 1799 à 1801, seul ce gouvernement protccicur du nord de l’Allemagne avait recueilli les fruits d’une féconde neutralité. Il verrait encore avec plaisir l’Europe tout entière en feu , pourvu qu’il conservât le même privilège ; mais tout est changé par l’occupation française du Hanovre. La guerre est sur les côtes el à l’embouchure de ces fleuves, où seul il récoltait les moissons du commerce el de la paix. Tout est changé, et sa con- I duitc reste la même. Dans le pressentiment trop . fondé d’une explosion qui ne peut être très-éloi- I gnéc, il rêve une neutralité impossible; il se flatte I de SC faire respecter en se tenant appuyé sur ses ' armes, d'imposer à toutes les parties par une immobilité menaçante, et de rester, au milieu de l’épuiscmcnl général, maître de se prévaloir de l’intégrité de scs forces pour obtenir alors des avantages qu’il serait difhcilc de lui refuser. Telle est la roule funeste où est engagé le gouvernement prussien, roule d'où la France fera de vains efforts pour le retirer et qui finira par le conduire à un abîme; mais n’anticipons pas sur un ordre d’événements qui ne se développera que l’année suivante. Lorsque la France, en 1804, professait le désir d’une intime union avec la Prusse, et la volonté de forlilicr celle puissance par l’incorporation de l'électoral d’Hanovre à la monarchie prusi'Sicnne; lorsque la Prusse, tout en déclinant l’al- '! INincc française par la crainte d'ètrc embarquée I dans une guerre avec la Russie el l'Aulriclie, pro-
POMTK^ïtK EXTÉRIEURE.
clamait son altaclicmcnt i la France et la rcsolu* lion de ne s'associer jamais avec ses ennemis, il y avait bonne foi et sincérité de part et d’autre.
Dans les derniers mois de cette année, le roi de Suède, qui venait de se lier étroilcmenl à l'.^ngleterre, avait envoyé à Berlin le baron d’ArmfcId pour inviter la Prusse, si elle ne voulait pas se joindre aux ennemis delà France, à leur laisser du moins liberté d’action dans le nord de PAlIe* magne. Fidèle à ses engagements envers le gouvernement français, la Prusse repoussa les instances du cabinet de Stockholm. « Dans aucun cas, ré- » pondit 1 le baron d'Hardenherg, le roi ne peut H permettre que la Poméranie suédoise devienne » le foyer ou le théâtre de la guerre, et il ne cache » pas à S. H. que dans le cas où des mesures ofTen- I» sives auraient lieu de la part de la Suède contre » la France, il se trouverait obligé, quoiqu’â re- « gret, de prendre les mesures les plus décisives » rcUtivemcnl à ladite province, pour empêcher * cet événement de troubler le système adopté jwr I» lui. n D'après celle fldélité de la Prusse à observer la convention conclue avec la France, la conflance entre les deux pays était permise, et ta sécurité icgilime.
Les obstacles que le roi de Suède rencontre à Berlin , dans ses efforts pour troubler le nord de l’Allemagne, ne le décourageront pas. Ce prince, qu’une foule d'actes biiarrcs accusent d’une sorte d'égarement d'esprit, semble avoir vécu dans le siècle de Napoléon, afin d’établir la preuve que, pour la plus vaste puissance, il n'y a point d'ennemi à mépriser. De tous les souverains, Gustave IV est le seul qui ail bien compris par quel côté le gouvernement français est le plus vulnérable ; seul il est resté, presque toujours, fidèle aux idées dynastiques ; seul, quand les Bourbons n'ont plus d'appui, il proclame que leur rétablissement doit être le but exclusif de la guerre. Nous verrons plus tard se développer ses liaisons avec le gouvernement anglais. C’est sur sa conduite dans les années antérieures que nous allons rapidement Jeter un coup d'oeil.
Dans les premiers temps du consulat, Gustave avait montré le désir de renouveler avec la république les traités de subsides auxquels la monarchie des Bourbons avait accoutumé ses prédécesseurs. Son attachement à rinviolabilité des anciennes dynasties avait cédé au penchant héréditaire des rois de Suède pour les tributs français. Cet espoir perdu, tout en conservant la paix avec la France, il avait tourné ses pensées vers l'Angle-
• Noie «dressée, le Î l déeemhrr. «n chargé d’«ff«ires de Suède.
1 Rievov.
terre, 1a seule puissance qui, de nos jours, veuille prendre les autres gouvernements à sa solde. Ce n'est cependant qu'en 1804 qu'il contractera des engagements formels avec celle puissance; mais déjà auparavant il la serrait d'une manière indirecte, en meUant dans tous ses actes un esprit visible d'hoslitilé contre la France et son gouvernement.
En 1802, ce prince, qui n’appartient au corps germanique que comme duc de la Poméranie cilérieurc; qui n'a rien fait pour l'Allemagne dans des campagnes si désastreuses pour elle; qui, le premier, a reconnu la république et envoyé un ambassadeurà Paris; immobile pendant la guerre, est devenu belliqueux depuis la paix; il a pris, à la Diète de Ralisbonne, un langage qui serait choquant même de la part d’une puissance du premier ordre. Au moment de la médiation de la France et de la Russie pour le partage des indemnités, il a exprimé, dans une note injurieuse, son indignation de voir des puissances étrangères à l'empire d'Allemagne intervenir dans les affaires germaniques.
On aurait dù croire que c'était surtout le premier consul qu’il poursuivait dans l’empereur Alexandre; mais il voulut prouver qu'il ne craignait pas de s’attaquer directement à la Russie elle-même. Tout à coup il suscite une querelle de limites à cette puissance, comme si ce n'élait pas l'Etat faible qui a toujours intérêt à éviter des démêlés semblables. Jaloux du rôle de conquérant, il s'attache à l’acquisition d'un pont ^ mitoyen, et prétend le rendre suédois en le faisant peindre tout entier aux couleurs suédoises. La brosse grossière d’un peintre en bâtiments remplace pour lui l'épée de Charles XII. Il faut que le cabinet de Fétersbourg appuie, par des armements, sa demande de satisfaction, et menace ce prince d’une guerre iminédiate pour obtenir qu'il laisse des ouvriers russes rétablir l'état de choses qui existait avant sa téméraire entreprise.
Cependant aussitél que le cabinet russe, séparant sa bannière des bannières françaises, a paru se rapprocher de l’Angleterre, le roi de Suède s'est bâté de se réconcilier avec lui, et s’est uni à ses démonstrations contre le premier consul. Comme U Russie, il a fait prendre le deuil à sa cour et à ses ambassades, pour la mort du duc d'Enghien. Avec celte puissance, il a insisté i Ralisbonne pour que la Diète demandâià la France une déclaration sur l'affaire d'Etlenheim.
Lorsque le souverain de l'Autricbc a introduit
* Ce pont joint file <fHennu« ou d’Hermansori «ii petit AboFort.