‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 156 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

POLITlyCE EXTÉBIEI RE.

Froitfê «t rru$$*. — En«t produit par la mort du duc d Engliieu. — > RccuiinaiManrc anticipée du (jouvcrncmeut qui doit a'éialdir en France. — La Prmae devancée par PAiilrichc. — Rnars d'un arrangement relatiFau Ilanovre. ^ Décnnnsiralions bienvcillanic* de Napoléon poiirla Prusse. — Procédés bienreillants du roi envers la France,

— Louis XVIII part de Varsovie. — Changement de ministère en Prusse. » Persévérance dans le même sys> lême. — Convention pour la tranquillité du non! de l'Alleniagne. — Arresiaiion du ministre d'Angleterre A Hamiiourg. — Intervention du roî de Prusse. — Renvoi de sir Rtinilmidl en Angleterre. — I>angers de la politique de la Prusse. — Fidélité de la Prusse A sa convention avec la France. — France et A'N«cfe. — Fidélilé de Gustave IV Alix idées dynastiques. — Peuchanl de Gustave pour les subsides. — Démarche de Gustave A itatislmone,

— Querelle de Gustave arec 1a Russie pour un pom miluyea. — RcFus de Gustave de reconnailrr l'empereur d'Autriche. — Conduite iocuiivenante de Gustave envers la Ravière. — Observations sur un article du Monilcur.

Cessation de rapports entre la France et la Suède.

L'échange des communications mire la France et la Prusse pour préparer une alliance entre les deux Étals, quoique ralenti dans les premiers mois de 1804, n'avait point été interrompu. I.c 4 mars, le gouvernement français faisait communiquer à Berlin un nouveau projet dont les principales dis* positions étaient le maintien de la paix et du staiui présent de l’Kurope, la permanence des États d'I* lalic dans leurs rapports actuels, et l’intégralité de t'empire ottoman. En cas de guerre, la France et la Prusse feraient cause commune. Le gouverne* ment français rappellerait scs troupes sur le We* ser; il ne laisserait que dix mille liuinmes dans les Etats germaniques du roi d'Angleterre. Ce projet ne pouvait pas être accepte à Qerlin où, pour prix de l’alliance, si on avait du s'y décider, on aurait voulu, avant tout, l'évacuation complète du nord de rAllemagnc; mais nous en parlons ici .seule* ment pour constater que, quels que fussent les embarras de sa situation personnelle, le premier consul, dans sa politique extérieure, n'était pas homme à se relâcher en rien de ce qui était, à ses yeux, un grand intérêt de la France. C’éUit elTccti* vcmenl au milieu de la crise produite par la conspiration de Georges et de Pichegru, et surtout par l'arrestation de Moreau; c'étail à la veille de l’enlèvement du duc d'Ënghicn surle territoire de Bade; c'était dans un moment où les armements de l'Au-

triche avaient excité de sérieuses inquiétudes, que le premier consul, loin de faire aucun sacrifice aux circonstances, montrait tant de fermeté sur les conditions d'une alliance avec le gouvernement prussien. 11 désire ralliance aussi vivement et plus vivement aujourd'hui qu’hier, car elle serait d'une plus grande importance pour lui, mais il ne veut pas, pour la France, l'acheter aujourd'hui plus cher que la veille. Celte négociation va nécessairement SC trouver sus|>endue cl ajournée puurquolques mois par la nouvelle des événements qui ont lieu dans ce moment même, la violation du territoire de Bade et l'horrible exécution de Viiiccnnes.

A Berlin surtout on put reconnaître que la mort du duc d'Enghien était bien plus qu'un crime. La faute, roéice à ce crime, fut activement exploitée au profit de l’Angleterre, cl, ce qui en est la plus ccialante condamnation, elle causa surtout une sincère douleur aux amis de la France. Ils s'allligeaient que le premier consul eût soulevé contre lui cette pitié qui s'attache toujours aux grandes vicissitudes de la fortune. Pour les Anglais, les Russes et leurs partisans, c'étail un sujet de triom* phe; iiscn jouissaient comme d'un succès immense, et leur sensibilité politique n'eUt pas voulu racheter la vie de rinforluné prince par l'abandon de l'avantage que leur donnait sa mort.

rOLITIQUE FATÉRIEUHE.

Ce malheureux érénement était venu forti pro* pos pour eux changer leur position. Avant que Pichogru et Georges eussent clé arrêtés, ils avaient d'abord voulu no voir, dans les premiers bruits de complots, qu'une conspiration du premier consul contre Moreau. Par l'arrestation de Pichegru et de Georges, ils avaient été sur ce point réduits au silence. La révélation des infamies de Drake couvrait de honte l,i diplomatie anglaise; mais, par le nom seul du duc d'Enghien, on répondait à tout.

Cependant, sur ces sortes d'attentats, les cabinets, lorsqu'ils n'y sont pas directement intéressés, ont en général peu de mémoire. La force présente est tout ce qu'ils considèrent. Le premier consul a laissé reposer l'idée de l'alliance. TIne autre pensée l’occupe, et il ne réclamera pas en vain la complaisance de S. N. prussienne. Le mois de mai doit voir s'opérer en France un grand changement qui paraîtra provoqué par le sénat et le tribunal. Dès le commencement d'avril, le ministère français prépare quelques cours étrangères i donner, aux changements qui auront lieu, le genre d’approbation qui peut dépendre d'elles. On désire qu'à la première communication des arrangements qui seront pris en France, le marquis de Lucchesini soit autorisé à en exprimer la satisfaction de sa cour.

désir du gouvernement français fut aussitôt rempli. Une dépêche * du roi chargea son envoyé de témoigner à M. de Talleyrand que k S. M. prus- » sienne ayant vu avec plaisir le pouvoir suprême » déféré à vie au premier consul, elle verrait avec >• plus d'intérél encore, l'ordre de choses, effectué » par sa sagesse et scs grandes actions, consolidé n par rétablissement de l'hérédité dans sa famille,

•• qu'elle ne ferait nulle difljcullé de reconnaître...)* Le cabinet prussien eût été assez disposé à se faire un grand mérite de la promptitude de cette déclaration du roi. On ne lui laissa pas celle joie. I«a l'russc avait clé devancée par l'Autriche. Des insinuations encourageantes, dans le sens de ce qui allait se passer en France, avaient déjà été faites auparavant, à M. de Laforét par l'envoyé autrichien à Berlin, le comte de Stadion. M. de Laforét ne le laissa pas ignorer au ministère prussien, pour qui ce fut un mécompte. On regrettait que la priorité appartint à un autre cabinet. Il était piquant que le comte d’Haugwiz fût en arrière du vicechancelier comte de Cobenizl; mais si l'Autriche avait été plus prompte que la Prusse à s'expliquer,

* Du iS avril.

* L« PruMP avait bien laiué enlemlre, en diverses rirconstanres, qirelie applaudirait à un système d'hérédité, mais elle n'eu avait pas fait, romme en cette cir-

d'une manière formelle sur la question de l'hérédilc, te titre d’cmpcrcur, qui devint un point de discussion à Vienne, ne fit naître aucune observalion à Berlin. Dès le 29 mai, te roi signa les lettres de créance que le marquis de Lucchesini devait remettre à l'empereur Napoléon.

A Paris comme à Berlin, quoiqu'on eût momentanément cessé de parler d'alliance, on sentait le besoin d'un accord quelconque au sujet du Hanovre, et de plus, d’après rirritalion de la Russie, il importait au gouvernement français de savoir si des troupes russes, destinées contre la France, trouveraient passage dans les Étals de S. M. prussienne. Sur le compte rendu au roi de celle demande du gouvernement français, ce prince déclara s'en rapporter à la parole de l'empereur Napoléon sur deux |>oints essentiels, que les troupes françaises dans te pays d'Hanovre ne seraient point augmentées; 2** qu'on ne ferait point peser la guerre actuelle sur les États neutres de cette partie de l'empire. « Pourvu que la confiance du roi, n disait^ le marquis de Lucchesini, ne soit trompée H ni à l’un ni à l’autre égard, la France peut comp* » ter avec une entière certitude sur la plus stricte » observation de la neutralité de la part do roi, et n par une conséquence de ce principe, sur le refus N du passage de ses États à toutes troupes étrau- » gères, et conséquemment aussi aux troupes rus- H ses qui voudraient le traverser pour aller alta- » quer la France. •• Quoique le gouvernement français eût désiré davantage, ce sera sur celle base que, pour cette année du moins, on finira par s'entendre.

I.a protestation de S. M. Louis XVIII, envoyée à Berlin comme elle l'avait été à Vienne, rencontra le même accueil dans les deux capitales. Le gouvernement français voulait plus; il prétendait qu'on ne devait pas même recevoir celle pièce, « puis- I* qu'elle était dirigée contre la /êt^t/tmiVé^dugoun vernemenl actuel de la France , et contre la re- » connaissance que la Prusse en avait faite, n II insistait pour que la lettre de 1/Ouis XVlll fût renvoyée à Varsovie. La Prusse s'en défendait par plusieurs motifs. La renvoyer, c'était constater la réception. Il n'y avait nulle trace de transmission dans le cas présent. Celte pièce sc trouvait donc dans un état de non -existence. On alléguait une autre raison, qui probablement était la véritable. Le roi de Prusse, en s'abstenant de faire le renvoi de ta lettre, voulait ùtêr au comte de Lille l'occa-

conilanee, rAtilHche, le sujri d'une rommiinietiion spériate.

’ Lettre du 1** juin à M. de Talleyrand.

* Lettre du ministère Français, du 30 juin.

POLITIQUE EXTÉniEURE.

France, M. de Laforét, qu'il ne désespérait pas de , pouvoir bientôt u reprendre les fils suspendus de H celte négociation. » En aUcndanl cette possibililé, il aurait voulu que l’empereur Napoléon, puis^ qu’il reCusait de confier le Hanovre au roi, con> sentit i le laisser occuper par des troupes saxonnes ou bessoises. La réponse de la France i cette proposition était facile; car quel était pour elle le but de l'occupation de i'éleclorat?c’était d’avoir entre les mains un gage dont elle pùt tirer parti pour la conclusion de la paix; elle ne pouvait donc pas se dessaisir de ce gage. » Le roi d’Angleterre, disait i » M. de Laforét, serait autorisé à ne pas vouloir le I» recouvrer en compesiaa^'on , s'il était sorti des » seules mains qui eussent par la guerre le droit ■ de s'en emparer, m Le baron d'Uardenberg répliquait que le roi d’Angleterre serait d’autant plus disposé à le recevoir par compêntation, qu'il craindrait davantage de le voir garder par ledépositaire provisoire; et quel gouvernement pouvait, sous ce rapport, lui inspirer plus d'inquiétude que la l'russc?

Comme on ne put s'entendre sur ce point capital, on SC contenta d'un arrangement qui, sans remplir tout à fait le vœu respectif des deux puissances, parut cependant suffire aux besoins actuels de l'une et de l'autre. Dans l'impossibililé d'obtenir la remise du Hanovre, la Prusse désirait du moins la réduction des troupes françaises stationnées dans l'électorat. Du côté de la France, -on objectait que, pour opérer celle réduction, il faudrait être garanti contre toute chance d'une attaque étrangère. La difficulté fut levée; le roi ayant fait connaître qu'il serait satisfait si la force du corps français n’excédait pas trente mille hommes, et renouvelant, dans celle hypothèse, l'offre de sa neutralité, les deux parties se trouvèrent d’accord, l/cmpcreur Napoléon promit de diminuer le nombre de ses troupes, et le roi prit rengagement de ne pas permettre que, Jusqu’à la paix, les troupes françaises dans le Hanovre pussent être inquiétées du côté des fronttcrcs prussiennes. Celte coiivenlion, qui pour le moment tranquillisjil la cour de Bcrliu, deviendra plus lard pour elle l’occasiou de graves embarras.

L'état des rapports desdeux pays uffratl ainsi tous les caractères d'une bonne volonté et d'une cooflance mutuelles, lorsque tout à coup U fut altéré et faillit être détruit par un incident inattendu, l’arrestation, à main armée, sur territoire neutre, de sir Rumboldt, ministre d’Angleterre à Hambourg; et cuintne si oii eût voulu donner au fait uu ca^ raclère plus grave, l’ordre d’arrestation avait été signé par le ministre de la police générale de Frauce.

Ce fait renfermait une double violation du droit des gens, violation de personne ci violation de territoire. Tel il devait apparaître à tous les gouvernements non enveloppés dans les querelles des parties belligérantes; mais il y a ici deux questions, l'une qui ne comprend que l’Angleterre et la France, l’autre qui intéresse les gouvernements en général.

Entre l’Angleterre cl la France, existe-t-il encore un droit des gens? L’Angleterre a dit nom par la lettre de lord Uawkcsbury, en date du 30 avril dernier. La France a répété non par la lettre de M. de Talleyrand, en date du 5 septembre. Lord Ha^kesbury a réclamé, pour les agents diplomatiques anglais, le droit de conspiration, pourvu que ce ne soit pas contre les gouvernements auprès desquels ils résident. M. de Talleyrand a fait déclarer à toute l’Europe que la France ne reconnaît point le corps diplomatique anglais, tant que le ministère de S. M. britannique ne changera point de maximes. M. de Rumboldt, aux yeux du gouvernement français, n'est qu’un malfaiteur ordinaire. Son arrestation n'est qu’une application de la déclaration faite, au nom de la France, le 3 septembre. Si les représailles du gouvernement français avaient pu s’exercer, sans que des tiers eussent reçu quelque dommage, l’Europe n'aurait eu rien à dire; mais c’est sur un territoire neutre que l’arrestation a été faite, et dès lors il y a violation du droit des gens à l’égard du gouvernement sur le territoire duquel celte violation a eu lieu. Ce reproche est fondé. Le fait ne saurait être excusé par des circonstances atténuantes. Ces circonstances d’ailleurs ne pourraient se puiser que dans un abus préexistant, l’occupation par les Français d'une portion du territoire de lUmbourg, Cuxhavcn et le district de Rittsebüttel. A la vérité, on doit convenir encore qu'il y avait une sorte de confiance imprudente de la part de cet agent à venir sc placer en face de nos troupes, dans une maison de campagne , sur la rive droite de rElt)C, en sorte que, pour sc saisir de sa personne, il n’y avait qu’à passer le fleuve, barrière bien peu difficile à franchir; mais enfin la violation du territoire était réelle, et je n’admets point la justification tendante à établir qu'on n’est pas tenu de mesurer au compas lu terrain sur lequel on a droit d'arrêter un fauteur de complots; je pense au contraire qu’en fait de neutralité tout doit être mesuré au compas, et que, n’eùt-on empiété que d’une ligne sur le territoire neutre, l'infraction au droit des gens serait la même.

Mais une circonstance fatale vient aggraver le crime du gouvernement français. Ce n'est pas seu- 1 Icment l'indépendance de Hambourg qui a été

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