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CHAPITRE XL

POLITIQUE EXTÉRIEURE

/Inglelcrre, FtpagHt et France. — Sitiialinn înlÿriRiirc de rAti(5loterrc. — Klal miliuiirc cl marilimc de l’Angleterre. — Mesures défensives contre une inv.'iston française. — Négoeialion du minisliVe avec M. Pill. — Clian- (;enicot de ministère. — Événements de la Ruerre. — Combat (>lorieiix de l'amiral Verhiiel. — Expédition des catamaran*. — Roconnnissanee de la neutralité de rEspaf;ne par l’Angleterre. — Indiscrétions de l’ambassadeur d’Angleterre en Espagne. — Querelle de l’ambassadeur d’Angleterre A Madrid et du prince de la Paix. — Tentative bonleuse de l’ambassadeur d’Angleterre h M.nlrid. — Tentative non moins lionteusc du chargé d'affaires d’Angleterre h Vienne. — Nouvelle de la mort du duc d'Engbien reçue à Madrid. — Empressement du roi «l’Espagne à reeonnaitre Mapnléon comme eiu|)ercur. — Félicitations du cardinal de Bourbon à l’empereur. — Lettre «le S. .M. Louis XVIll au roi «l’Espagne. — Conditions mises par rAiigIcterrc A la reconiiaissaticc de la neutralité espagnole. — Insurrection de la Biscaye soutenue par l’Angleterre. — Demamle «l'explieations faite par l’Angleterre à l’Espagne. — Attaque «le «piatre frégates espagnoles en pleine pai.x. — Détermination de l’Espagne a la guerre. — Instructions «le l’empereur Napoléon pour la r«*générntion «le l’Espagne. — Aeeroisscnicnl d’autorité dans les mains du prince «le la Paix et faiblesse de ce favori. — Barbarie des ordres donnés A la marine anglaise. — Manifeste «le l’Angleterre. — Alaiiifesle «le l’Espagne. — Discussions «laus le parlement d’Angleterre. — Violations sans nombre du droit des gens. — N'<-gociations «le l’Angleterre A Petersbourg, Vienne et Constantinople. — Remarque sur les fautes de Napoléon.

L.i session du parlement avait été ouverte le 22 novembre 1803, et ses premières séances consacrées à maiitlciiir en Irlande la suspension de l'/iabeas corpus e.l la loi martiale. Au milieu de février, lorsque le parlement allait s’occuper des mesures relalives à la défense du pays, on fut informe du renouvellement de la maladie du roi. Quoique l'Angleterre eût déj.i fait l’épreuve de la vigueur de sa constitution qui, malgré l’aliénation mentale du monarque, lui avait conservé le repus domestique et sa puissance extérieure, l'inquiétude cette I fois fut générale et profonde. Les circonstances étaient plus graves, le ministère moins soutenu par l’opinion publique. Apr«;s quelque temps de doute, les craintes se dissipèrent, et la marche du gouvernement ne fut point interrompue.

Déjà, dans la session précédente, le sentiment du danger commun avait produit un heureux résultat ; la rivalité de tous les partis avait disparu dans une ardeur commune à fournir au gouvernement les plus vastes moyens de défenses et d’agression. L’Angleterre n'avait Jamais déployé des forces navales ni des forces de terre aussi considérables.

Le nombre des vaisseaux de ligue, frégates, galiotes à bombe et autres vaisseaux armés, montait à cinq cent et onze. On complait trois cent soixante cl treize petites embarcations équipées dans les chantiers du roi. I.a flottille se composait de six cent vingt-quatre bâtiments, ce qui formait une force de plus de quinze cents bâtiments militaires. La marine employait quatre-vingt-dix-huit mille hommes, non compris vingt-cinq mille fencibles marins.

L’armée de terre était, pour le royaume uni, de cent quatre- vingt -quatre mille hommes, savoir, cent mille hommes de troupes et quatre-vingtquatre mille de milice. A celle force, régulièrement organisée , se joignaient quatre cent mille volontaires, ce qui, en comprenant les troupes réparties sur divers points et dans les colonies, présentait pour total de la force année une masse de près de huit cent mille hommes, c’est-à-dire une supériorité apparente de plus de deux cent mille hommes sur la France.

Malgré cette immensité de préparatifs, l’alarme était toujours la meme. Dans le parlement on ne cessait d’agiter la question du meilleur système.

I‘üMTKHJK KXTEÜIKIUE.

suit celui des folonUires, soit celui d'une grande armée de réserre; on ne s'occupait que de forces additionnelles f ou de moyens nouveaux pour repousser {'invasion. A défaut d'une quantité sufHsanie d'armes â feu pour armer tant de bras, on remettait en honneur les premières armes de la lil>erté ; on proposait d'armer les paysans avec des piques. M. Pilt et M. Fox sc distinguaient également par leur ardeur  demander un déploiement d'efforts surnaturels, et à peindre le danger comme plus sérieux que le ministère ne semblait l'imaginer. n On me reproche disait M. Pilt, d'être w saisi d'une terreur panique dont le noble lord de n l'amirauté (lord Saint-Yincent) n'est pas suscep- >1 tibic. Je sais très-bien que le noble lurd est au- H dessus de toute espèce de crainte, mais Ü ne sc- » rait pas digne de la place qu'tl occupe, s'il ne )• regardait pas comme réelle la possibilité d'un

» succès de la part de la France On a dit avec

n justice que U défense maritime est une passion n naturelle à laquelle nous nous livrons avec or- » gueil. Il faudrait donc, dans cette disposition Il nationale, bien examiner la force de l'ennemi a sur ses côtes, et la réunion de ses troupes, qui n ressemble aux anciennes fictions de nos anciens

y> contes Il serait injuste de comparer celte

a guerre, conduite par une seule main, à la guerre Il dont nous avons fait l'cprcuvc dans les troubles

a révolutionnaires de la France Aujourd'hui

a l'onnemi n'a plus de commerce, plus de pèche, a plus de moyens de se former une marine; et n cependant, par une entreprise gigantesque, il a » su créer une marine artificielle prodigieuse. Ne n devons-nous pas disposer nos ressources dans la t> même proportion, et pouvons -nous, sur une a comparaison inexacte avec la dernière guerre , » rester tranquilles jusqu'à ce que le mal soit cf-

» fecluè, sans rien faire pour le prévenir? »

Dans une autre séance, U. Pitt, insistant sur la nécessité d'une floUiUe supplémentaire pour la défense du pays, approuvait la proposition qui avait clé faite d'armer tes paysans des comtés d'Essex, de Sussex et de Kent. « Les ministres ne nous ont- » ils pas dit enx-mémes que l'invasion pouvait

> avoir lieu d'un instant à l'autre?... L'ennemi n'a-

> t'il pas déjà surmonté des diflicullés qui, il y a » quelques mois, nous paraissaient insurinonta- » bics?... Les Français n'ont-ils pas, sous les yeux » de nos flottes, que les ministres se vantent d'a- » voir portées au suprême degré de \ igilance et de * force, n'onl’ils pas, dis-je, déjà réuni dans un seul » de leurs ports treize à quatorze cents eiiiharca- » lions, susceptibles de porter de cinquante à cent

' Séance du 14 mars.

» cinquante hommes chacune?.... Dieu me garde » que je veuille dire que l’ennemi doive réussir; n mais nous avons droit de nous plaindre de voir U si peu de moyens employés |Hiur assurer un suc- H cès qu'il nous est si important d'obtenir; il est n fâcheux de |H)uvoir dire : Nous avons cent qua- » tre-vingl mille hommes de troupes régulières et ■ de milice, quatre cent mille volontaires, et, mal- M gré cela, notre sécurité n'est pas garantie. » M. Fox ayant fait la proposition que la chambre se formât en comité pour examiner les bills relatifs à la défense du pays, sa proposition fut vivement appuyée par M. Pitt. Comme le ministère ne manqua pas de relever cette concordance nouvelle d'opinion entre deux hommes si longtemps opposés l'un à l'autre. U. Fox répliqua : «A l'égard d'une B coalition entre l'bonorabtc membre (U. Pilt) B et moi, je ne vois d'autres motifs à celte coati- B tiun, d'autre cause de coopération que ce qui » peut paraître à chacun de nous deux utile à no-

n Ire pays Il est par cette raison un point sur

» lequel nous sommes nécessairement d'accord :

c'est rincapaeîte totale des ministres. » La proposition de M. Fox ayant eu pour clic deux cent quatre voix contre deux cent cinquante-six, l'aflaihlissement de la majorité, réduite a cinquantedeux voix, fut pour le ministère le signal de la retraite.

Comme, en Angleterre, dans les questions politiques, les ressentiments privés sc taisent devant les intérêts, déjà M. Addinglon, malgré les procédés désobligeants do H. Pilt, lui avait fait des ouvertures pour l'engager à fortifier l'administration de son concours. M. Pitt, qui prévoyait que bientôt il pourrait redevenir cnlièrcincnt maître du terrain, avait présenté une cundiliun peu admissible. Il voulait, dans certaines affaires, être autorisé à en référer direcleuieiil au roi, et â pouvoir agir en conséquence des ordres immédiats de S. M. C’élail demander un pouvoir dictatorial, et, comme on le dit alors, vouloir pour collègues des statues ou des hommes sans yeux et sans oreilles. La négociation manqua, mais les majorités ministérielles diminuant chaque jour, M. Addingtun ne s’osbUua point â lutter contre une défaveur toujours croissante. Le H mai, on annonça que ce ministre se relirait et qu'il avait M. Pilt pour succes.scur.

Cumine toutes les dissidences autrefois existantes s'étaient fondues dans le sentiment de la nécessité d'un grand effort national, toutes les opinions s'attendaient à voir composer un luinislèrc dans lequel seraient réunies les supériorités de chacune d'elles. C'était une |>cnséc patriotique, qui était entrée dans toutes les âmes, dans toutes, hors l'âme de M. Pitt, Celte circonstance est une de

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