‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 160 sur 298 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

celles qui prouvent le infeuz combien il y avait peu de véritable grandeur chez ce ministre. Égoïste , ambitieux, il n’aimait son pays que pour le gouverner, et son patriotisme n’était que la haine de la puissance ou du bonheur des nations rivales. Après une conférence avec le roi, il prétendit qu’il y avait contre M. Fox, dans la conscience ' royale, une prévention invincible. Pour l’Angleterre , ce fut un scandale, une désastreuse innovation; reconnaître un tel procédé, était détruire toute responsabilité ministérielle. La formation d’un ministère sur une base d’exclusion personnelle était un événement contraire, tant en pratique qu’en principe, à la constitution anglaise. Tous les esprits généreux furent indignés. Cependant M. Pitt, à qui il n’avait pas coûté beaucoup de laisser exclure M. Fox, était autorisé à introduire dans la nouvelle administration lord Grcnville et scs amis. Le caractère élevé de lord Grcnville ne lui permit pas d’entrer dans une administration composée d’après un système d’exclusion aussi inconstitutionnel , suVlout aussi odieux. Après l’épreuve qu’on avait faite de mettre le pouvoir en de faibles mains, ce lord cl scs amis ne connaissaient qu’un remède au mal existant, c’était d’unir, pour le service de l’Etat , la plus grande masse possible de mérite, de grands talents, de hautes capacités, parmi les hommes publics de tous les partis, de toutes les nuances, sans aucune exception Rien dans M. Pitt ne répondit à ces nobles sentiments. Dominé par sa jalousie et son orgueil, il se crut on état de suffire seul à tout, cl forma l’administration, dont il fut le chef, en partie d’hommes attachés à sa fortune particulière et en partie de membres de l’administration précédente. Aussi , en ce qui concernait le gouvernement intérieur, son ministère ne nt que continuer celui de M. Addington; mais, sous le rapport de la politique extérieure, son rappel au pouvoir fut un événement d'une grande importance , parce que la vigueur de sa haine et la persévérance connue de son acharnement contre le gouvernement français disposèrent les puissances continentales à reparaître plus tdt qu’elles ne l’eussent fait sans lui, dans la carrière des combats.

M. Pitt a, par la convention du 3 décembre avec la Suède , donné un nouvel allié à l’Angleterre ; il lui a donné en môme temps dans l'Espagne un ennemi de plus. Hais puisque nous arrivons à des opérations guerrières, il convient de reprendre le cours des événements qui se passaient entre l’Angleterre et la France au point où nous l’avons précédemment laissé.

' In lliK royal lii-rnsl.

* l.clire (II* lord Grcnville h M. Pin.

Dans les Indes orientales, l’amiral Linois, informé à propos de la rupture de la paix d’Amiens, i après avoir échappé à l’escadre anglaise de Pon- ' dichéry, avait pillé l’établissement de Bencoulen (le fort Marlborough), et pris ou brûlé un grand nombre de bâtiments de la Compagnie des Indes. De riches captures avaient aussi , aux Antilles et en Europe, récompensé l’ardeur des armateurs français , et les Anglais eux-mômes convenaient que , dans aucune autre guerre , leur commerce n’avait éprouvé d’aussi considérables dommages ; mais CCS désastres privés étaient, aux Antilles, compensés pour l’Angleterre par un grand avantage public. Une expédition partie des Barbades, sous les ordres du major général Green et du commodore Samuel liood, s’était, après quelques combats, emparée de la colonie hollandaise de Surinam.

En Afrique, l’Ilc de Corée, dont les Anglais n’avaient pas effectué la remise, malgré les stipulations de la paix d’Amiens, avait été enlevée par la France dans le mois de janvier et reprise en mars par les Anglais.

L’Angleterre n’avait pas, en Europe, obtenu le même succès. .Scs escadres étaient partout, mais partout leurs entreprises échouèrent. Sir Sidney- Smith essaya vainement de disperser une division de la flottille française qui avait mis â la voile de FIcssinguc et de quelques autres ports hollandais pour Ostende. Cette flottille, dirigée par l’amiral Vcrhucl, répondit vaillamment, pendant toute une journée, au feu de l’ennemi, et entra dans Ostende sans autre perte que celle d’un bateau canonnier. C'étail celte division de la flottille qui devait porter le corj)s d’armée du maréchal Davousl cl former l’aile droite de l’expédition. En dépit des efforts des Anglais, plus de neuf cents bâtiments de toute forme étaient rassemblés à Boulogne, cl plusieurs centaines à Vimereux et à Ambictcusc.

Des attaques tentées presque en meme temps contre Boulogne, le Havre cl Saint-Malo, partout sans effet et sans gloire, accoutumèrent les eûtes françaises à délier toutes les menaces de l’ennemi. Le Havre avait été principalement le point de l’agression la plus vive. Trois fois ^ les Anglais rccomnieiicèrcnl le bombardement de celle ville, cl trois fois ils furent obligés de prendre le large, non sans avoir été endommagés par le feu de la ligne de chaloupes canonnières, qui défendait l’approche de la place. Au mépris de la présence de bâtiments anglais, une division de bateaux plats sortit de ce port sous les ordres du capitaine Honlcabrié, soti-

’ l.c 17 cl II* 2!) juilicl, le t" cl le 2 août.

(180 ij

POUTIQUI-: KXTÉRIEIRE.

tint plusieurs attaques dans sa marche, et parvint à entrer dans Boulogne sans perdre un seul de ses bâtiments.

Dans le bombardement des divers ports de France, la marine anglaise avait fait usage de projectiles d'une composition nouvelle; mais c'était surtout contre le port de Boulogne qu'elle avait demandé à la chimie le secret des machines les plus redoutables et la création de volcans subrnarins, capables d'incendier, en une seule explosion, l'immense dépôt des armements français. Celle pensée, conçue par le noble collègue que N. Vill avait mis à la tète de l'amirauté , M. Dundas , avait été l'objet de travaux infinis et de dépenses considérables. L'infaillibilité du succès était proclamée d'avance, et on annonçait même que M. Pilt irait contempler, du haut du château de Walmer, l'agréable spectacle qui lui était préparé. Pour ces nouvelles machines, il fallait une expression nouvelle. Celle de brûlot perfectionné était trop peu significative. Si, l’année précédente, on avait fait de vains elTorls pour encombrer le port de Boulogne, l'honneur du génie inventif des Anglais, déconsidéré par l'échec de l'expédition des pierres, allait être vengé par la triomphale expédition des catamaram. La gloire de révéler au monde la puissance des catamarans est remise à l'amiral Keith. Il ne s'agissait, dans ce premier essai, que de brûler à peu près cent cinquante bâtiments qui étaient embossés en dehors de la jetée de Boulogne. Le 2 octobre, l'amiral Keith s'établit avec sa flotte devant la ligne française, attendant, pour agir, que l'obscurité de la nuit vint rendre plus terrible encore l'explosion de ses Vésuves flottants. A dix heures du soir, un premier catamaran est mis en feu, et conduit aussi près que possible de la flottille française, puis un second, puis un troisième et successivement jusqu'au nombre de doute; tous éclatent, mais sans autre résultat que d’offrir de vastes colonnes de feu, qui s'élèvent au milieu des ténèbres. On dirait une fêle nocturne que la courtoisie anglaise a voulu donner aux eûtes de France.

lendemain, l’amiral Keith s'éloigna, et son rapport au gouvernement livra le chef de l'amirauté à la dérision publique. Cependant on ne désespéra point qu'un second essai ne fût plus heureux. Les catamarans reparurent encore une fois pour une attaque dirigée contre le fort Rouge, près de Calais, mais l'effet fut absolument le même. Le nom ridicule des catamarans s'est attaché â celui de M. Dundas, que nous verrons bientôt accusé et déshonoré sous le nom de lord vicomte Melville.

Si H. Pitt n'avait réussi dans aucun de scs projets contre un ennemi qui était sur ses gardes, ce ministre leiuil en réserve des succès que ne sau-

rait empêcher aucune puissance humaine, les succès d'une attaque frauduleuse et perfide contre un ami confiant dans la foi des traités et dans la garantie de la paix. On voit que nous allons parler de l'attaque inattendue de quatre frégates espagnoles par la marine anglaise, mais auparavant nous devons faire connaître quelle a été la nature des relations de l'Espagne avec rAnglclcrre et la France depuis le traite de neutralité, signé par la cour de Madrid avec le cabinet des Tuileries, le 19 octobre 1803.

L'existence de ce traité fut bientôt connue par le gouvernement anglais. La neutralité lui était avantageuse. Il en profila d'abord sans aucune observation. Quelque temps après, nous le verrons met- Ire à la reconnaissance de cette neutralitéquelqucs condilionsqui seront acceptées par le cabinet espagnol. Nul débat n'existait entre tes deux gouvernements, mais il s'en fallait beaucoup qu'il y eût bonne intelligence personnelle entre le prince de la Paix et l'ambassadeur anglais, N. Frère. Le cabinet de l.ondrcs ne songeait pas alors â forcer l’Espagne de se déclarer contre lui. Il espérait au contraire pouvoir bientôt la rallier à sa cause, comptant sur les (roubles et les déchirements que les complots, fomentés par ses soins, allaient produire dans l'intérieur de la France. Considérant comme une nécessité pour lui la chute du premier consul, ce cabinet la regardait comme inévitable, et scs agents au dehors s'en exprimaient ainsi, comme nous l'avons fait remarquer de la part du plus honorable de tous CCS agents, l'amiral Warren, à Pélersbourg.

Dans le même temps, on apprenait à Madrid la découverte faite en France de la conspiration de Oeorges, Pichegru et Moreau ; l'ambassadeur britannique, M. Frère, sommait impérieusement la cour d'Espagne d’entrer dans la ligue généralequi, scion lui, était déjà formée contre le gouvernement français. Dès 1804, cel ambassadeur avait, comme nous l’avons vu, établi une meurtrière distinction entre la guerre contre la France et la guerre contre le premier consul. En cette dernière circonstance, il porta encore l'indiscrétion plus loin, regardant la perte du premier consul comme assurée par l'emploi de moyens criminels qui touchaient au moment de leur exécution. On savait A Madrid l'arrestation du général Moreau; on ne pouvait pas y connaître encore celte de Pichegru ni de Georges. I.e prince de la Paix ayant été blessé du langage de M. Frère, il s'ensnivit entre eux une altercation qui dégénéra en personnalités. La confidence en fut faite par le prince de la Paix à l'ambassadeur de France Beurnonville , et celui-ci se hâta d'en rendre compte à son gouvernement. La marcÉio do

CHAPITHE XL.

l’Angleterre était méthodique et régulière. Il y avait un parfait accord entre la politique de son cabinet et le cours de la conspiration dirigée, soudoyée par elle. L'ordre qui avait prescrit la violente démarche de M. Frère était évidemment parti de Londres au moment où l'on y croyait au succès des complots prêts à éclater à Paris. La fougue de cet agent ne se calma qu'à la nouvelle de l’arrestation de Georges et de Pichegru.

Cependant le gouvernement français n’avait pas négligé de mettre à proflt les boutades eiïrontées de M. Frère. Un article du Moniteur, en date du mars, avait traduit cet envoyé à la barre de l’opinion européenne, à la suite de ses collègues Drakc, Spencer-Smith ql Taylor. Cet article portait : » M. Frère, ministre anglais, s’est oublié au n point d’avancer, dans une conversation avec le » prince de la Paix, que Vastaseinat et le meurtre » étaient légitime» dan» la circon»lance actuelle de » Vjingleterre, pour la eaucer de la »iluation ex- » traordinaire où elle »e Irouvail. Le prince de la » Paix lui repartit vivement: Mais, monsieur, si la » France adoptait le même principe, les nations se » battraient avec des assassins, au lieu de se battre » avec des flottes et des armées. Je ne puis vous » dissimuler que cette morale fera horreur à S. M. n catholique. » Celte révélation faite en France irrita au plus haut degré l’impétueux ambassadeur, et une contestation irès-amère s’engagea entre lui et le prince de la Paix. Cette guerre épistolairedura plusieurs mois; les ministres d’Autriche et de Russie, MU. d'Elz et de Moravief, ne manquèrent pas d’animer Icscombattaniset d'altiscrl’incendie. Les pièces du procès circulèrent, et quelque temps après, M. Frère en lit imprimer un recueil plus ou moins exact à Gibraltar.

Un incident fâcheux pour M. Frère était venu encore compliquer sa querelle avec le prince de la Paix; c’était la découverte d'une intrigue ourdie par cet ambassadeur pour s'emparer des archives de la légation française. Le prince de la Paix, qui, le premier, avait été instruit de celte manœuvre, aurait peut-être garde le silence sur le fait, si luimême il n’avait eu à combattre pour sa propre défense. L’intrigue fut mise au Jour, et M. Frère n’en recueillit que la honte.

Dans cette année 1804, l’Angleterre, qui met des primes à tout, semblait en avoir offert à la maladresse. Il est, comme on sait, des procédés qui , quoique désavoués par la morale , ne sont cependant jugés que comme on jugeait le vol à Lacédémone. Tels sont ces efforts faits trop souvent par les agents diplomatiques entre eux pour surprendre leurs correspondances respectives; mais la première condition est d’être habile. Malheur à celui

qui SC laisse prendre sur le fait! Kt, en moins d’un an , nous voyons deux agents anglais avoir le déshonneur de la tentative, sans en avoir obtenu le misérable avantage. A Vienne *, même intrigue et môme échec. Un aventurier s'était engagé, avec le chargé d’affaires d’Angleterre, à lui livrer le chiffre et la correspondance de l’ambassadeur français, .M. de Champagny. Le salaire convenu était une somme de trois mille florins payables par la maison Frie», de Vienne, et qui fut remise en lettres de change au moment où l’œuvre devait se consommer. Tandis que l’agent anglais attendait avec impalipncc le résultat qui lui était promis, riionnétc homme auquel il s’élail conflé, quittait Vienne et se rendait en Pologne, où il négocia les lettres de change dont il était porteur. Le banquier polonais s'étant adressé, pour le rcmbourse'ment, à la maison Frie», il n'y avait, pour le chargé d'affaires d’Angleterre, qu'un parti raisonnable, c’était de se libérer, sans bruit, d'une dette ayant une telle origine; mais, sacrifiant sa réputation à quelques milliers de florins, il fait refuser l'acquitlemenl des lettres de change. Do là procès, publicité, scandale cl condamnation de l'agent britannique, réduit à payer, par ordre de justice, le prix d'une déloyauté qui n'a pas eu la triste excuse du succès. N'est -on pas forcé de convenir qu’à celle époque la diplomatie anglaise n'avait pas la main heureuse?

Aux débats du prince de la Paix et de M. Frère se mêlait en Espagne la nouvelle de la mort du duc d’Enghien. Cette catastrophe avait naturellement fourni matière à de violentes réclamations de la part du ministre d’Angleterre et à des sorties trèsvives du ministre de Russie, M. de Moravief, empresse à saisir toutes les occasions de soulever des haines contre le gouvernement français. L’envoyé autrichien, le comte d'Elz, montra en public un peu plus de réserve; dans ses rapports privés, il sc livrait aux mêmes plaintes. Si quelque part ce terrible événement avait dù exciter une sensation douloureuse et profonde, c’était assurément dans la famille même des Bourbons. Toutefois, cl l'histoire ne doit pas le dissimuler, cette nouvelle fut reçueà Madrid sans dignité cl même avec une sorte d'indifférence, soit abâtardissement moral de la cour et du ministère, soit résultat forcé de l’empire des intérêts politiques sur les liens du sang et les droits de la parente.

Les mêmes considérations d'Élat déterminèrent sans doute la promptitude de S. .M. catholique à reconnaître la dynastie nouvelle qui venait de s’asseoir sur le trône de ses ancêtres. Celte cour ne sc

‘ Décembre 1803.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

conlenUil pas de porter aussi soo tribal d’homiDa' ges au nouvel emperear ; elle recoromatidail â son ambassadeur à Paris de faire en sorte d'ètre le premier à présenter ses nouvelles lettres de créance, •I comme il avait été le premier à féliciter S. M. » impériale sur son avènement.

f<c cardinal de Bourbon , archevêque de Tolède, adressa aussi scs félicitations à l'empereur des Français. Si c'est là une formalité que les canlinaui, comme princes de l'Église, aient à remplir envers tous les souverains, certainement, dans celte circonstance, un cardinal appartenant à la maison de Bourbon , eût été au moins excusable de s'en dispenser.

On a publié, depuis 181S , une lettre que S.M. Louis XVllI écrivit, en 1803, au roi d'Espagne , en lui renvoyant l’ordre de la Toison d'Or. « Il ne I» peut , disait ce prince , y avoir rien de commun j> entre moi et le grand criminel que l’audace et I» la fortune ont placé sur mon trône, qu’il a eu la » barbarie de teindre du sang d'un Bourbon. » On conçoit que S. H. catholique ait gardé pour elle seule le secret d'une lettre semblable; l'ambassade française à Madrid n'en eut aucuue connaissance.

La neutralité do l’Espagne n’olTranl pas alors moins d’avantages à l’Angleterre qu'à la France, le cabinet de Londres n'avait nulle intention de la rompre ; mais toutefois il voulut mettre des conditions à sa reconnaissance. Il demanda au gouvernetnent espagnol, l” de garantir le territoire portugais contre les entreprises de la France; de ne faire aucun armement dans les ports d'Espagne ; 3<* de ne tolérer la vente d'aucune prise amenée par les puissances belligérantes. Ces conditions ne renfermaicot rien que l'Espagne ne put admettre. Le gouvernement français ne songeait point à faire d'expédition contre le Portugal, ayant, par l'article 7 de la convention de neutralité avec l’Espagne, donné aussi son consentement à la neutralité de la cour de Lisbonne. 11 n'était point dans rinleiition du ministère espagnol de faire des arracmetilsdans ports; et, si la France venait à te lui demander, il lui serait avantageux de pouvoir SC refuser à celle demande, en alléguant l'opposition de l'Angleterre. Enlin il cqnvenait assez à la cour de Madrid de pouvoir également interdire aux deux parties belligérantes la faculté de faire vendre leurs prises sur son territoire. Les demandes de l'ambassadeur britannique ne furent donc pas l'objet de grands débats; et, à l’exception de la guerre toute personnelle qui se suivait, par lettres, entre ic prince de la Paix et M. Frère, les rclalioDS de l'Espagne paraissaient aussi amicales avec l'Angleterre qu'avec la France. M. Frère ne fut pas

rappelé; mais comme la présence de ccl agent à Madrid ne pouvait plus être utile à son gouvernement, ni agréable au prince de la Paix, ou lui avait donné l'autorisation d'en partir lorsqu’il le jugerait convenable. Bientôt , en effet , il profita du congé qu’il avait reçu ; mais , en partant , il accrédita, comme chargé d’affaires auprès du gouvernement espagnol, son frère qui était le secrétaire de sa légation.

Malgré la bonne intelligence qui semidait subsister entre les deux pays, le gouvernement anglais , dans le but d'affaiblir un État dépendant de la France, devait saisir avec empressement toute occasion de susciter des embarras à la cour de Madrid. Aussi, quelques troubles ayant éclaté dans la Biscaye, on le vit aussitôt y prendre une part injurieuse pour celte cour. La cause de ces troubles était l'intention manifestée par le roi d'établir des milices dans cette province sur le même pied que celles qui existaient dans la Castille et dans l'Aragon. Ifn agent anglais à Bilbao se permit d'adresser au ministère espagnol des observations sur la liaison immédiate des privilèges de la Biscaye avec le commerce britannique , et sur la nécessité où se trouverait le roi son maître de réclamer contre toute innovation dont l'effet pût être d'altérer les relations de l'Angleterre avec cette province. fine telle prétention blessait trop ouvertement la souveraineté de S. M. catholique, pour qu'on daignât y faire une réponse , mais elle décelait les malveilianlcs dispositions de l'Angleterre envers l'Espagne. L'insurrection ayant pris un caractère assez grave, le ministère fut réduit à reculer devant la résistance des Biscayens. Pour sauver la dignité du roi , on rassembla des troupes autour de la province , et cc fut alors seulement que , sous la démonstration d'un grand appareil militaire, on cnil pouvoir céder ainiablcincnt sur les anciens droits dont elle désirait ta conservation. Le roi se montra indulgent pour la masse des insurgés; il lit tomber sa colère sur deux personnages principaux , l'ancien ministre IJrguijo et l'aiiiiral Massaredo, fortement prévenus d'avoir encouragé la désobéissance. Assurément nous sommes loin de blâmer 8. SI. catholique d'avoir, en 1804 , révoqué des ordres contraires aux privilèges d’une province de son royaume ; mais , lorsqu’un jour tous ces privilèges de province auront été abolis par une constitution généralement reconnue , ne serace pas une faute de la royauté contre elle-même de renoncer â l’avaiilage d'une constitution uniforme cl commune â toute la monarchie , pour se replacer au milieu des entraves qu’oppose au bien

' M. Benjamio Frère.

Page 1