‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 2 sur 298 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le Lect. J’ai une idée confuse de quelques-uns de ces écrits; mais vous passe/, sous silence une circonstance grave : vous avez pris du service dans les cent jours?

L’IIist. Oui. Dans mon Exposé comparatif de la situation des principales puissances de l’Europe, publié en i8i4, j’avais franchement exprimé le désir de l’union de la France et de son ancienne dynastie dans un gouvernement libre. La marche du gouvernement, qui fit des fautes, m’effraya comme toute la France. Napoléon revint, l’eu de jours après son arrivée, j’appris qu’il nous avait nommés, M. Otto ‘ et moi, sous-secrétaires d’Etat au département des affaires étrangères. Pour M. Otto surtout, qui avait été ambassadeur à Vienne, c’était beaucoup dc'sceudre; mais une telle nomination était un appel à notre reconnaissance; nous n’avions, ni l’un ni l’antre, rempli aucune fonction en i8i4,nous acceptâmes tous deux, l.e malheur des dynasties détrônées les place quelquefois dans une situation à ne pouvoir, sans l’appui de l’étranger, reconquérir les États qu’elles ont perdus. Je fus et je serai toujours, avec l’armée du pays, contre les armées étrangères.

Le Lect. La question est délicate.

L’Uist. Je subis alors la plus cruelle des nécessités , cruelle pour moi surtout, accoutumé à visiter les grandes capitales de l’Europe à la suite de la victoire. Chargé du portefeuille des affaires étrangères, je fus réduit à signer cette convention ’ trop mal observée, qui, pour la seconde fois , ouvrit aux alliés les portes de Paris. Ce pénible devoir consommé, je rentrai dans la soUtude. Pendant deux années j’adorai l’écho En 1817, nommé député de l’Eure, ma première parole à la tribune fut pour demander le départ ties troupes étrangères.

Le Iæct. Nous y voilà; encore une difficulté de plus, car vous êtes de l’Opposition ?

L’Hist. Après avoir longtemps servi la gloire , j’ai voué le reste de ma vie au service de la liberté. Malheureusement la liberté a rencontré des ennemis dans la plupart des ministres que j’ai vus passer au pouvoir : j’ai voté contre les ministres. • (- *

Le Lect. Je le conçois, vous appartenez à la gauche, "et à l’extrême gauche, encore! ... ,

L’Hist. Extrême. I.cs bancs où je siège sont ceux où je me plaçai en 1&17. Nous étions trente environ. Les années suivantes, notre cercle s’étendait; il allait * . . •

* U. Ouo, si(}iiatair« tlf s préliminaire* Je pain avec l'Anglrlcrre. '

^ Me» collègue» , pour la signature J« celte convoiilioii , étaient U. le général Guilk’tninot , chef de l'éüil'roajor du prince crKckmûhl , et M. le comlr de bonily, préfet de ia Seine.

^ « Dan» la tempête adore l’écho ^ Je ne tien» à l’aris ejue pour le» session» des chambre».

l'UÉrACK.

devenir la majorité; on y mit ordre, nous nous trouvâmes quinze en 1827. Tout à coup un appel a été fait à la France; la question s’est simplifiée, les nuances ont disparu, il n’y a plus maintenant que deux grandes divisions; tout en France est extrême gauche ou extrême droite. Les intermédiaires ne seraient plus que du mensonge ou du calcul.

Le Lect. Pour les intermédiaires, je n’y tiens pas du tout; mais enfin, vous, homme de l’extrême gauche, vous êtes un exagéré, un républicain... Du moins, sous ce rapport, j’espère, vous n’épargnerez pas Bonaparte, vous ferez ‘de belles sorties sur le despotisme impérial?

L’Hist. Je n’aime le despotisme sous aucun nom. Jeune, j’ai été, comme tant d’autres, séduit par une illusion de république. Cependant ma raison me montrait, comme bien difficile, l’établissement d’une telle forme de gouvernement, dans un pays aussi étendu que la France, et dans la composition existante de l’ordre européen. Plus avancé en âge, je l’ai jugé impossible. Quant au despotisme impérial, c’était une dictature. Turgot demandait six ans de despotisme pour fonder la liberté. Ce n’était pas la liberté que voulait fonder Napoléon, c’était la suprématie de la France sur l’Europe. A tort ou à raison, il s’était persuadé que, sans cette suprématie, son gouvernement ne pourrait se maintenir. D’après ce système, vrai ou faux, on ne peut disconvenir que l’époque demandait une grande force dans le pouvoir.

. Le Lect. J’entends; constitutionnel sous la dynastie légitime, et absolutiste sous l’empire! il ne vous manquait que cette contradiction.

L’Hist. La contradiction n’est qu’apparente. Un gouvernement nouveau, im gouvernement contesté ouvertement ou en secret par toutes les puissances de l’Europe, a besoin d’arbitraire pour s’affermir. Un pouvoir fondé sur une possession ancienne et que personne ne conteste, s’affermit par la liberté des peuples.

Le Lect. Vous reconnaissez donc qu’une ancienne dynastie a de grands avantages?

’ L’Hist. Des avantages immenses pour le repos des nations et pour la sûreté des gouvernements. Napoléon n’eût pas péri s’il eût été souverain héréditaire.

.Le Lect. .Vous me remettez sur la voie. J’avais tort de vous croire républicain ; . vous êtes impérialiste?

L’Hist. Je pourrais dire encore : Qui ne l’a pas été? Mais depuis i8i5, depuis la mort de Napoléon surtout, quel sens le mot d’impérialiste peut-il avoir?

* Le Lect. Quel sens? Vous rêvez une révolution au profit de son fils.

L’IIist. a la bonne heure; si l’accusation est insensée, du moins elle est précise. Je serai franc aussi dans ma réponse. ^Malgré d’affreux malheurs produits par d’inexplicables” fautes, le nom de Napoléon sera toujours, pour moi, un grand et imposant souvenir; mais le premier sentiment d’un Français, le premier devoir d’un

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citoyen est pour son pays. Je ne dois pas à la mémoire de Napoléon de voidoir, dans l’intérêt de son fils, le bouleversement de la France.

Le Lect. Ainsi, à vous en croire, vous n’ëtes ni républicain, ni impérialiste, ni révolutionnaire?

L’Hist. Non. Républicain? Ce qu’il y a de bon dans la république, je le voudrais, quand la chose est possible, dans la monarchie. Impérialiste? L’empire rappelle la force, la grandeur et la gloire. Je désire la gloire, la grandeur et la force dans la monarchie constitutionnelle. Révolutionnaire? Il est une révolution à laquelle je tiens, c’est celle dont les résultats ont çté consaciés par la charte j je n’en veux pas d’autre.

Le I-ect. lai charte! la charte! il faut s’entendre; cependant nous verrons.

• L’Hist. D’accord.

Le lecteur pourrait avoir encore plusieurs questions à me faire. Il en est une que je crois devoir prévenir. Diverses théories sont agitées en ce moment *ur la manière d’écrire l’histoire. L’une, et celle-là est d’origine étrangère, s’appuyant sur le principe que l’histoire n’est que le développement de l'humanité, attribue à l’humanité cinq éléments ‘,^et ce sont ces cinq éléments qui forment la matière mise en œuvre par l’historien. On a fait remarquer, avec justesse, que de telles classifications ont toujours des inconvénients, ne fût-ce que celui de restreindre l’essor de la pensée et de poser des limites. Nos théories françaises sont plus simples. 11 n’y a point de contestation entre elles sur la nature des sujets que l’histoire doit traiter; c’est sur la manière de les traiter que la division existe. L’une veut tine narration rapide ’, dans laquelle l’écrivain n’exprime point d’opinion ou n’en exprime une que par la forme et les teintes du récit; l’autre préfère une narration qui em|K)rtc avec elle examen et jugement Pourquoi ces deux dernières méthodes ne seraient -elles pas employées ensemble, dans le même ouvrage, seulement avec application de l’une ou de l’autre aux matières qui les réclament? Je ne me suis fait aucun système. Loin d’être exchi.sif en faveur d’une école, je les approuve toutes sous certains rapports. La nature de mon travail me conduit d’ailleurs moi-même à un genre de composition à peu près insolite jusqu’à ce jour. Je n’en aurai ni le tort ni le mérite. L’idée en appaitient à un homme à qui l’on a dû plus d’une innovation heureuse. Je ne prétends pas écrire l’histoire mieux qu’aucun de ceux qui m’ont précédé; je l’écrirai autrement.

I Ce sont rioüustric , les !ois , les arts , ta religion cl U philosophie j ou on J'aulrc» termes , f'uüle ,

* le Juste, te beau, le saint et le vrai. • s

3 Uitloria tit rrrum gesOirum espOMitia. „ . '

^ Uiitoria est remtn geslarum, eum iowir ar vilupfmttonc, narrath. . « * ^4

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PUEFACK.

Pour la plupart des historiens, la partie diplomatique n’est qu’un accessoire souvent presque insensible; dans mon ouvrage, elle occupera une grande place; mais, avant tout, il faut s’entendre sur les termes. IjO. politique ou la science des intérêts des Etats est de tous les pays et de tous les temps. La diplomatie, si on ne voit en elle que l’instrument dont se sert la politique pour faire triompher les intérêts qu’elle poursuit, remonte pareillement à l’origine des premiers rapports des peuples entre eux; mais, si la politique et la diplomatie sont aussi anciennes que la division du genre humain en peuplades différentes, leur action et les formes de leur action n’ont pas toujours été les mêmes. Ix;s ambassades autrefois avaient un objet spécial, déterminé; elles étaient accidentelles et temporaires. Les ambassades permanentes sont une création de notre Europe moderne. Cette permanence des ambassades, qui, dans toutes les capitales de l’Europe, uiet en présence les uns des autres les envoyés de toutes les puissances, a fait naître une diplomatie d’un genre nouveau, toujours animée, toujours vivante, espèce d’escrime perpétuelle, où chaque combattant est occupé à nouer ou à dénouer des intrigues, à tendre ou à éviter des pièges, à chercher le côté faible de ses adversaires ou à se défendre contre eux; où les armes dont le succès serait le plus infaillible et le plus sûr, sont celles dont on se sert le plus rarement, la droiture et la loyauté. Ce nouveau mode de diplomatie, funeste aux peuples sous beaucoup de rapports, a porté également un coup fatal à l’histoire ; d’un côté, en lui enlevant une partie de sa certitude; de l’autre, en la dépouillant, dans beaucoup de circonstances, de sa dignité et de son éclat. Parmi les plus belles pages des historiens de l’antiquité, on distingue presque toujours les discours qu’ils mettent dans la bouche d’ambassadeurs, chargés de porter des plaintes ou des menaces, de demander une satisfaction ou une alliance. Le talent des historiens aime à se déployer dans les délÜKM’atioiis auxquelles ces ambassades donnent lieu, dans le développement des raisons alléguées pour fab'e triompher des opinions diverses, et dans les réponses faites aux ambassadeurs, soit par des peuples, soit par des rois. Pour les écrivains de nos jours, ces avantages n’existent plus. Non-seulement il n’est plus en leur pouvoir d’embellir la vérité; mais presque jamais ils ne sont certains de la bien connaître; souvent il leur est impossible de percer les voiles dont la diplomatie, telle qu’elle, existe maintenant, s’est attachée à la couvrir. Les traités rendus publics, mais dont les stipulations les plus importantes sont quelquefois demci?rées secrètes, les communications que le gouvernement britannicjue donne au parlement dans la mesure exigée pour garantir la responsabilité ministérielle, et, de plus, pour la période qui nous occiqie, les publications faites en France par le général Bonaparte, consul ou empereur, tels .sont les documents à la disposijtion de l’histoire; mais combien de choses lui restent cachées! Napoléon

l'IlEKACE.

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l’a senti, et c’est pour parer à cet inconvénient <pi’il m’a chargé tie redemander à la diplomatie, en instruction et en intérêt, ce (pi’elle fait perdre à l'histoire en pompe et en solennité. L’idée peut, avec h; temps, devenir féconde. Mise en œuvre par des mains plus habiles que les miennes, elle produira un jour un nouveau système de composition historique plus analogue A l’état actuel des sociétés, plus conforme surtout aux besoins des peuples libres. Quelques tribunes de plus, où la diplomatie devra annuellement conqraraître, dévoileront graduellement l’ensemble de ses mystères. Les révélations de Paris, de Londres, et de quelques autres capitales, s’éclairciront et se conqiléteront les unes par les autres.

Pour les temps écoulés depuis le commencement de la révolution jusqu’à i8i5' tout n’a pas été mis au jour ni en Angleterre ni en France; et peut-être est-ce par cette raison que le prisonnier de Sainte-Hélène a voulu, pour l’exécution du travail dont la pensée lui appartient, un homme qui n’eût pas été étranger aux événements de cette époque. Fidèle à son intention, je ne me bornerai pas à présenter, comme on le fait généralement, les résidtats patents des négociations. J’entrerai quelquefois, sur ces négociations elles-mêmes, dans des détails ou entièrement ignçrés, ou connus seulement d’un petit nombre de personnes. Par le hasaixl heureux de ma position antérieure, je connaissais une bonne partie des faits que j’ai à retracer; je savais en outre où chercher ceux qui me manquaient. Un homme, dont naguère encore l’amitié éclairée m’aidait de ses utiles conseils, mais qu’ont eu récemment à pleurer les lettres, les sciences et la patrie, M. le comte IJaru, longtemps appelé par de hautes fonctions à beaucoup voir, à beaucoup savoir, m’a protesté qu’en me lisant il avait encore beaucoup appris. A défaut de tout autre mérite, j’aurai du moins nécessairement celui d’offrir des particularités et des circonstances qu’on ne trouverait pas ailleurs. Mon ouvrage, du reste, n’aura rien d’exclusif. Législation, administration, Cnances, guerre et marine, je traiterai ces diverses matières comme il me semble qu’elles doivent être traitées pour un peuple qui jouit d’un gouvernement représentatif Peut-être n’aurais-je pas donné, à toutes ces questions, l’attention qu’elles méritent, si, depuis que la restauration m’a éloigné de mon ancienne careière, je n’avais siégé dix ans dans la chambre des députés '.

Jaloux, comme tout Français, de la gloire des armes, souvent voisin et même spectateur des batailles, je tâcherai de n’omettre en ce genre rien d’essentiel. Opendant le champ est si vaste, et tant d’écrits spéciaux sont consacrés à notre

’ Gibbon te f^licitp d'avoir, durant huit •OMiont, Tait partie île U chambre det communea. Membre muet de cette chambre , mais très'aisidu auK séances . cVst là qti'il reconnaît avoir puisé les connaissances politiques, nécessaires |>oiir écrire riiistoire.

rnÉFACE.

histoire militaire, que j’ai cru devoir restreindre les événements de la guerre dans un cadre assez, étroit. La guerre elle-même est encore de la diplomatie; c’est la diplomatiequi la pré|)are,la suspend ou la prolonge, etqui enfin la termine. Toutes deux .sont constamment mêlées ensemble, et c’est ainsi que je les présenterai, se modifiant tour à tour et exerçant l’une sur l'autre une perpétuelle influence.

Jusqu’à présent, je n’ai considéré la diplomatie que dans son application aux rapports extérieurs des gouvernements. C’est ne l’envisager que d’une manière incomplète. Prise ainsi, elle n’est qu’un moyen, qu’un instrument. Il est un point de vue sous lequel la diplomatie devient un mobile, un principe d’action, non plus du dedans au debors, mais du dehors au dedans. D’après la situation extérieure, elle réagit sur le gouvernement meme, détermine sa marche domestique, détermine même quelquefois les modifications qu’il doit recevoir. C’est une erreur des esprits spéculatifs de supposer dans les gouvernements une liberté de direction intérieure entièrement indépendante de leur position au dehors. Pour qu’il en ffit ainsi, il faudrait qu’une nation fût isolée, sans contact avec aucune autre puis- .sance, de manière à être maîtresse absolue de ses mouvements. Iæs coalitions soulevées par la révolution française attestent assez que, pour notre Europe du moins, une pareille indépendance ne saurait exister. Les révolutions d’Espagne, de Naples, de Piémont et de Portugal ont reproduit récemment la même preuve, (iette fatalité est telle, que peut-être Napoléon lui-même aurait eu peine à y échapper. 11 ne Ta pas toujours voulu. De ce qui semblait un obstacle dans un sens, il a fait un instrument dans un autre. I.a diplomatie, en même temps qu’elle le secondait au dehors, a plus d’une fois favorisé à l’intérieur raccomplissement de ses desseins, combinant pour le servir, tant au dehors qu’au dedans, les deux puissances qui tantôt .se partagent le monde, tantôt le gouvernent ensemble, l’intelligence et la force. Cette toute-puissance de la diplomatie, dans les deux acceptions que- j’ai indiquées. Napoléon l’a eue entre ses mains, il en a disposé en maître, il a longtemps opéré par elle des prodiges, et cependant elle n’a pu l’empêcher de se perdre!... Napoléon semble avoir été choisi pour démontrer au monde que l’homme du génie le plus vaste, le plus élevé, et même en mille circonstances le plus prudent, finit toujours par marcher vers un précipice, s’il ne rencontre pas devant lui l’insurmontable barrière de fortes institutions. Il est sans doute très -moral de prétendre que « la puissance de l’opinion publique', nantionale, constitutionelle , pouvait seule faire tomber Napoléon du .sommet de » dix trônes sur la pointe d’un rocher. » Mais cette manière de présenter les faits a l’inconvénient d’entretenir l’erreur chez les peuples. Ce n’est point l’opinion

' Monl(;aillar(). lomr I”, page 553.

Digiiizod I

*CioogIc

PttÉFACE.

publique, ce ne sont point les* idées libérales, c’est Napoléon qui a détrôné Napoléon. Celui-ci est tombé parce que, n’ayant point rencontré d’obstacle à .son premier pas dans une fausse route, il a été conduit par sa position, par les événements et par .son caractère, à vouloir tout ou rien, la domination de l’Europe ou le néant. Ce qu’il avait possédé une heure, il a prétendu le posséder toujours. Dix fois il a pu foire la paix à des conditions avantageuses, dix fois il s’y est refusé, parce qu’il ne voulait consentir à aucune renonciation. Si, à Dresde, il s’était contenté de la frontière de l’Elbe, il serait resté encore le prince le plus puissant de l’Europe. A la vérité, comme les Athéniens qui, Philippe mort, se seraient fait un autre Philippe, Napoléon peut-être se fût créé une autre occasion de ruine; mais cette hypothèse est une preuve de plus que l’existence d’un État manque absolument de garantie quand elle ne repose que sur la volonté d’un homme. Un seul principe constitutionnel, fidèlement observé, eût pu prévenir tous ces malheurs, et ce principe existait dans la constitution de l’an vm , c’était celui qui défendait que le chef de l’État commandât lui-même les armées. Le jour oû le premier consul éluda cette interdiction, ce jour décida qu’après avoir été élevé par la guerre au comble de la grandeur, il périrait par la guerre. Malgré lui, dès -lors, par l’union de son génie et d’un pouvoir illimité en France, il était dans sa destinée d’obtenir de tels succès, que chaque traité de pacification qui en serait la suite porterait dans son sein le germe d’une guerre nouvelle. Marengo avait rendu nécessaire*Austerlitz, Austerlitz exigeait léna et Friedland, la bataille de Friedland appelait celle de Wagram, la bataille de Wagram celle de la Moscowa, la bataille de la Moscowa celles de Lutzen et de Dresde, que devait suivre la fatale journée dé Leipsig; et, à partir de ce dernier moment, une impulsion inverse du mouvement qui avait porté Napoléon au faîte de la puissance devait le précipiter jusqu’au fond de l’abîme. Pour lui, nul point d’arrêt dans sa course rétrograde. Prince nouveau, il lui fallait disparaître du rang des souverains; né sur le trône, il eût gardé le trône, tout en perdant ses conquêtes; Peut-être faudrait - il ajouter, pour être juste, que rester dans la limite des institutions était extrêmement difficile pour un gouvernement naissant, obligé de se faire jour à travers les résistance.s de l’Europe coalisée. Il n’y a que les princes dont l’existence n’est pas contestée, qui puissent trouver, dans leur respect pour les institutions, des moyens infaillibles de force et des gages de sécurité. Pour eux , le secret de leur affermissement politique est le même que celui du crédit en finances, c’est la fidélité aux engagements.

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