‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 202 sur 298 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

ramené par des forces supêrieuresjusque sur notre infanterie, et ayant passé dans les intervalles des bataillons pour aller se reformer en arrière, les hulans qui le poursuivaient, élancés dans ces mêmes intervalles, furent criblés et presque détruits par le feu croisé de nos bataillons. Murat cl Lannes, de leur côté, gagnaient du terrain. Les charges de cavalerie s'exécutaient de manière qu'heureuses elles fissent beaucoup de mal à rennemi, cl que, dans le cas contraire, on pùt se replier sur l’infanterie qui marchait toujours en avant pour la soutenir. Un corps de dragons russes étant venu se jeter entre deux régiments de notre infanterie, ces régiments formèrent leurs carrés et écrasèrent ce corps sous le feu de leur mousquelcric. Xes hauteurs de niasowilz, attaquées à la fois par la gauche de Beriiadotlc et par la droite de Lannes, furent emportées ; l'aile droite des alliés fut successivcmcntchasséc de toutes scs positions, et, aprèsavoir perdu beaucoup d'hommes et d'artillerie, elle fut obligée de se retirer sur Austerlitz, quartier générai des deux empereurs. Ainsi, il n’y avait plus, du cdlé de l’ennemi, une armée unique, agissant dans un seul système et dont les parties se soutinssent entre elles. C'étaient trois armées différcnlcs, isolées, ayant les Français en tête cl sur leur liane, et ne pouvant plus opposer qu'une bravoure sans calcul , qu'une résistance locale cl sans ensemble. üu côté des Français, au contraire, tout était -lié, tout marchait d'accord pi s'enlr'aidail pour le résultat commun. Le maréchal Soull prêtait son appui au maréchal Davoustqai seul n’cùl jamais pu résister aux forces réunies contre lui , et, d’un autre côté, la division du général Drouet, détachée du corps de Rernadoltc, allait remplacer une (les divisions du maréchal Soull sur les hauteurs de l’ralzcn.

Cependant , pour rétablir la communication du rentre des armées combinées avec la gauche, la réserve de la garde impériale russe avait été lancée contre l'infanleric française. Deux bataillons du quatrième régiment de ligne, heurtés par la garde russe à cheval, furent dispersés, quoiqu’en se défendant avec beaucoup de vaillance; les sous-ofliciers qui portaient l’aigle du régiment, furent tués; l'aigle fut enlevée par rennemi. Napoléon n'était pas loin, il précipite aussitôt la cavalerie de sa garde sur la garde russe. Le général Rapp, à la tête des mamelucks, de deux escadrons de chasseurs et deux escadrons de grenadiers, tombe sur elle avec une irrésistible impétuosité. l<a lutte fut vive, ardente, mais elle ne fut pas longue; les Russes furent enfoneés, mis dans le plus grand désordre ; une partie fut sabrée, une partie fut prise, et paniii les prisonniers se trouva le prince Rep-

nin, colonel des chevaliers -gardes; le grand duc Constantin lui-méme ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval. Du haut du plateau d'Austerlitz, les deux empereurs, témoins de celle terrible mélée, purent juger par leurs propres yeux à quelle héroïque nation ils avaient affaire, l'arlout la vigueur avait été la même; il n'était qu'une heure après-midi, et la victoire était complètement décidée. A l'extrême droite seulement, la canonnade se faisait encore entendre. L.î le maréchal Davoust avait longtemps, avec des forces bien inégales, disputé le terrain à l'ennemi, et ensuite, secondé par le maréchal Soult, il avait acculé les Russes et les Autrichiens aux deux lacs de Ménilzel de Salschau. L'arrivée de l'empereur sur ce point , avec vingt pièces de canon , accéléra aussi de ce côté le dénoùmcnl qui déjà n'élail plus douteux; l'un des corps russes , sous les ordres de Buxliofden , qui emmenait avec lui trente-huit pièces d'artillerie avec leurs caissons, voulut suivre une ancienne digue submergée d'Aujczd à Salschau, et se confiant à la solidité trompeuse de la glace, alla s'engloutir dans les eaux de ce lac. Plus heureux , quoique maltraites vivement par nos troupes et notre artillerie, quelques régiments autrichiens purent échapper en se pressant dans la digue étroite par laquelle les deux lacs sont séparés. Une partie du corps russe de Doclorow fut écrasée par nos troupes, ou, trahie de même par la glace qui SC rompit avec fracas sous le poids de l’artillerie et des bagages, péril misérablement dans le lac de Ménitz, scène affreuse qui rappelait aux vieux soldats d’Égypte le spectacle que leur avait offert Aboukir.

Pour Napoléon ce n’est pas tout de vaincre; d’autres devoirs lui restent encore. Il parcourt le champ de bataille, hâte les secours pour les blessés , leur adresse de consolantes paroles , cl reçoit encore les preuves énergiques de leur dévouement; il se présente aux bivacs , il remercie les soldats , il les félicite sur leurs belles actions, il les félicite tons, car il n'en est pas un qui ne se soit conduit en héros. Ce n’est qu'après minuit qu'il va s'arrêter à la maison de poste de Posorsilz. La bataille a été gagnée; mainleuaiil il faut en recueillir les fruits. Il expédie à tous les corps des ordres pour suivre les débris de l’armée combinée sur les diverses roules ouvertes à la fuite. A la pointe du jour, l'armée française était tout entière en mouvement.

I.CS résultats de la journée du i étaient immenses : le nombre des hommes mis hors de combat dans l'armée combinée a été évalué à quarante mille, distribués de la manière suivante : dix mille morts sur le champ de bataille, vingt mille prison-

GUERRE

iii«rs parmi lesquels dix- neuf mille Russes, et à peu près mille Autrichiens; dix mille hommes blesses, dispersés ou perdus. Entre les prisonniers om remarquait trois lieutenants généraux, six généraux majors, ringloOlciers supérieurs et huit cents autres ofliciers de tout grade. L'armée combinée avait perdu quarante drapeaux, qualre-vingt-sixpièces de canon , quatre cents voitures d'artillerie et tous ses gros bagages. Les Français ont avoué six mille blessés, mais seulement neuf cents hommes tués, nombre qui semble trop faible, et qui cependant peut, selon tous les militaires, être exact, puisque c’est surtout dans le moment de la déroule que la mort promène sa faux sur le parti vaincu. On ne doit pas oublier en outre que l'armée française n’était que de soixante-cinq mille hommes, et que, sur ce nombre, ni les réserves de l'infanterie de la garde , ni les dix bataillons de grenadiers d’Oudinot ne prirent part à la bataille.

Pour mieux faire saisir l'ensemble de cette grande journée, je me sois borné, avare de noms propres, à mettre en scène les maréchaux qui commandaient les corps d'armée; mais la justice et l'honneur des familles exigent que je mentionne du moins les autres chefs qui conquirent sur ce terrain une part d'immortalité. Comiiienl passer sous silence, dans le corps du maréchal Lannes, les généraux de division Suchcl et Caffarelli; dans celui de Rernadotte, Rivaud et Drouet; dans celui de Soult, Yandamme, Legrand et ce brillant Saint-Hilaire, qui, blessé au commencement de l’aclion, n’en resta pas moins tout le jour sur le champ de bataille ; dans celui de Davoust, Friant cl Gudio? Pour la cavalerie, commandée par Murat , il faudrait nommer tous les génénoi et tous le*-colonels ; cependant on doit distinguée lies géoénii^ kellerraann , Sébastian! , Wailher, Beaumoot, 4*fl8utpooU et Neosouly ; les généraux bicseéi ^eotBébasCiaoi, Kdlermann, altbcr, WÉlhttberf.'CoQipauelfiapp. Walhubert seul mourut de ses bleesarca. ■ ieroodrais avoir plus fait pour vôuft éflriyipt, è ses derniers mo- » ments, ce général à . Dans une heure je

<» ne serai plus; Je n,*âi jtasbcsmn de vous recom- » mander in| fetaioe'Â mes-eufants. n La recommandation, en était superflue ; scs enfants et sa femme étaient assurés de la reconnaissance de l'empereur. Ce genre de dette était sacré pour lui.

La négociation est surtout nécessaire pour les princes qui n’ont plus d’armée. Dès le soir du 2, l’empereur Françoisavailenvoyé un parlementaire qui, le S, à quatre heures du matin, se présenta anx avant-postes de Beroa<lutte, et fut bientôt conduit à Napoléon. Ce parlementaire, le prince Jean de Lichtenstein, venait, au nom do son souverain, réputé commandant de l'armée combinée, deman-

der un armistice et proposer une entrevue. Le choix du parlementaire était agréable â l'empereur, et lui parut déceler un désir sincère de la paix. Napoléon accueillit avec distinction le prince de IJchtenslein; mais, alln de laissera son arnfiéi détendue d'action qu’il croyait encore utile , ilr n’accepta l’entrevue que pour le lendemain 4 décembre. Elle eut lieu aux avant-postes français auprès de Sarutschiu.

En conduisant l'empereur d’Allemagne au feu de son bivac : « Je vous reçois, lui dit -il, dans le » seul palais que j’habite depuis deux mois. » — « Vous en lires si bon parti qu'il doit vous plaire, » répondit François 11. L'entrevue dura près de deux heures OA s'est récrié sur le langage que les bulletins français ont prêté i l’empereur d'Allemagne relativement aux Anglais. « Ce sont, dit ce prince, n du ragiBS selon tes bulletins français, ce sont des n marchands qui mettent en feu le continent pour I» s’assurer le commerce du monde. » Pourquoi, dans un entretien avec Napoléon, dont tous les raisonnements devaient tendre à inspirer celle opinion, pourquoi dans celte disposition naturelle d'esprit, qui donne è l'argumentation du vainqueur tant de puissance sur l'esprit du vaincu, rcmpercur d’Allemagne, dans Imposition où il se trouvait par suite désexcitations britanniques, n’aurait-il pas, et même de bonne foi, porté un tel jugement sur la conduite de l'Angleterre? Les princes d'ailleurs sont-ils donc $i scrupuleux dans leurs paro(^.à l'égard des aHiés qu’ils quittent, auprès d'un adversaire redoutable dont ils recherchent l'amitié?

Dans l'cnlrévuedes deux empereurs, le principe d'un armistice fut convenu. On en laissa les conditions à régler à des plénipotentiaires qui seraient respectivement nommés. I.e point le plus délicat de cette cosférencc était la demande d'une trêve pour les restes de l'armée russe, déjà cernés par lés Français. Napoléon y consentit : « J'arrêterai, dflT- » il, 1a marche de mes colonnes; mats Votre Mali jeslé me promet que l’armée russe retournera en M Russie. » — • C'est l’intention de i'emperear, » répliqua François 11, je puis vous l’assurer. « D'ailleurs, dans la nuit, vousjpourrex vous en » assurer par vos propres ofliciers. n

I.C général Savary fut envoyé vers i'cmpcrcur Alexandre. « Puis-je me retirer en sûreté? » lui dit ce prince. « — Oui, sire, si Votre Hgjestc » ratifie ce qui a été convenu entre les empereurs n d’.\utriche cl de France. — El qu’esl-ce? — t,1ue H l'armée de Votre Majesté se retirera chex cite >• par les journées d'étape qui seront réglées par « l'empereur, et qu'elle évacuera l'Allemagne et » ta Pologne autrichienne. Â celle condition, j'ai »* l’ordre de rcmpercur de inc rendre aux avant-

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