CHAPITRE U
Tcmpcreur Alexandre. Il avait envoyé, auprès de ce prince, son aide de camp Savary comme pour le conplimenler sur son arrivée. Savary, bien accueilli par Alexandre et par le grand duc ('unslantin, put rendre à Napoléon on compte fidèle de l'aveugle témérité du jeune état-major qui entourait le monarque russe. Au reste, celle confiance avait alors uncsorted'cxcusc.licsarmrcs russe et autrichienne | dais appelèrent butte de l'empereur. Sa droite était réunies présentaient une force de plus de quatrevingt-dix mille hommes. L'êiaperour des Français n'en avait pas à leur opposer pKjs de soixante-cinq mille. Sa situation semblait hasardée. Elle ne l'eût été qu'avec de plus habiles adversaires.
Malgré leur supériorité numérique, l'inlérét des armées réunies eut été de temporiser, de préparer leur jonction par la Hongrie avec l'arcbiduc Charles, cl de donner à la Prusse le temps d'arriver sur blaient avoir pour but de masquer une retraite, le théâtre de la guerre. Tant de prudence n'était I^s Russes y furent trompés. Leur seule crainte pas compatible avec la présomption de la cour mi- était qu’il ii’t’xhappâl; ils ne songeaient qu'à l'cn-
litairc d'Alexandre. D'ailleurs l’imprévoyance et la velopper. Tout tendait à les entretenir dans cette
rapacité des troupes russes ayant dévoré en peu de erreur. Murat fit une reconnaissance ; il échangea jours toutes les ressources du pays qu'elles occu- quelques boulets, et se iiàta de se retirer comme paient, il fallait ou marcher en avant ou faire un redoutant un engagement dangereux,
pas rétrograde. Ce dernier parti eût trop coûté à Dans le même moment, le 50. Napoléon faisait leur orgueil. Dès le 24 üovembre, on s'élail décidé proposer une entrevue à l'empereur Alexandre, à un mouvement ofTensif. maie l'embarras des sub- Au lieu de l'accepter, ce monarque se contenta de sislances le Ht ret.irder de deux jours. Le 27, Par- lui envoyer son aide de canip, le prince Dolgoruki. méc combinée se mit en marche sur cinq colonnes, Celui-ci fut reçu par Napoléon aux avant-postes, les trois premières sous les ordres des généraux circonstance nouvelle, indice certain de l'inquiérusses, les deux dernières sous ceux du prince Jean tude des Français. On travaillait à force à des re- Lichtenstein , commandant l'armée autrichienne, iranchemenls; les grand'-gardes françaises étaient A leur suite venait la réserve , forte de dix batail- Irès rapprocbces les unes des autres. Tout annan- Ions et de dix-huit escadrons, commandée par le çaitun effrui précurseur d'une ruine prochaine. La grand duc Constantin. Mal informé de la position conférence mémo du prince Dolgoruki avec Napodes Français, le général Kulusof ne s'avaiiçail qu’a- léon répondit à ces signes extérieurs. Le monarque vec beaucoup de circonspection, niais ayant appris français resta dans une extrême réserve, tandis que l'avant-garde française qui occupait Wischau que, tout fler de la faveur de son souverain et n’avait pas été renforcée, il la Ht attaquer aussitôt, d'une mission qui le mettait à portée de faire en- L’attaque était prévue. Le général Trcilhard , qui tendre à Napoléon un superbe langage, auquel occupailceposte, avait ordre de SC rclirersur Raus- celui-ci n’ctail pas accoutume, l'aide de camp nilz; mais, quoique protégé par le prince Murat, russe, (oui plein des projets formés avec l'Angleil ne put opérer sa retraite sans laisser à rennemi (erre, ne so refusa aucune des indiscrétions prounc centaine de prisonniers. Encouragés par ce près à trahir les vues les plus secrètes de son cabipremicr succès, les Russes attaquèrent Rausnitz le ] net. Considérant Na|M>lcon comme déjà battu, il ne soir inôme. Ce point fut défendu quelque temps, ' lui montrait la possibilité de la paix que moyennant quoique Bagralion y employât toutes scs troupes sa renonciation à la couronne de fer, l'abandon de et toute son artillerie; le prince Mural, en l'abau- l'Italie et ta cession de la Belgique. Napoléon sut donnant, ne sc retira que de rèaiiièrc à attirer l'en- tout entendre ; il sut contenir son indignation , et nemi à sa suite. ' laissa son vaniteux interlocuteur dans l'ivresse de
Le lendemain, 28 novembre, l’arnicc combinée ses folles espérances. Retourné auprès de l’enjpese déploya en avant de Wischau, où fut établi son i rcur Alexandre, le prince Dolgoruki ne fil que quartier général. Sa cunllancc allait croissant, à fortifier les illusions du quartier général; et, en mesure qu'elle avançait sur le terrain où ravait appelée l’emjKTcur Napoléon. Dès le 20 novembre, s'étant porté sur le plateau d'Austerlitz où étaient
marchant au combat, on semblait ne songer qu'à prendre l'armée française tout entière «i à l'ancantir. I.a vieille expérience des généraux autri-
appuyée au lac de Nénitz ; le centre était couvert par des lorrains marécageux et des ruisseaux encaissés; sa gauche, arrêtée au pied d'une chaîne de montagnes, avait devant elle le Bosenilzberg, montagne escarpée, qu’il avait fait armer d’une forte batterie et qu’il avait nommée le Santon, parce qu'elle lui rappelait une position semblable en Egypte. Toutes ces dispositions défensives sem-
eantonnées les divisions du maréchal Soult, il avait dit eux généraux qui le suivaient, en leur montrant les villages intermédiaires : « Messieurs, étu- » diez bien ce lorrain; sous peu de jours ce sera M votre champ de bataille. »
Le 29, Napoléon établit son bivac à deux lieues en avant de Brunn, sur une hauteur que les sol-
GUERRE
chiens voulait en vain tempérer celte chaleur présomptueuse. Leur voix retentissait sans être entendue. Les Autrichiens n'étaient pas des Russes; les fautes des Autrichiens avaient fait toute la gloire des Français. Ce fut ce sentiment d’orgueil , ])artagc par Kutusof lui-méme, qui dicta ses manœuvres.
Le 1" décembre, l’armée russe, dans l’espoir de tourner l'armée française, dcfila par une marche de Qanc sur une ligne de quatre lieues, en longeant l’armée française qui paraissait ne pas oser sortir de sa position. Napoléon , pour employer scs propres termes, aperçut ce mouvement avec une indicible joie. « Avant demain au soir, dit-il au géné- M ral Kcrthier, cette armée est à moi.» Il adressa sur-le-champ une proclamation à ses soldats, proclamation digne d’eux et de lui, qui leur révèle le plan même de la bataille. « Pendant que les Rus- » ses, leur dit -il, marcheront pour tourner ma » droite, ils me prêteront le liane... Je me tiendrai » loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, » vous portez le désordre et la confusion dans les » rangs ennemis; mais si la victoire était un mo- » ment incertaine, vous verriez votre empereur » s’exposer aux premiers coups. » — « Tu n’auras M pas besoin de t’exposer, lui dit le soir un de scs » vieux grenadiers, tu n’auras à combattre que des » yeux; nous t’amènerons demain les drapeaux cl » l’artillerie russe pour célébrer l’anniversaire de » ton couronnement. » L’idée de l’anniversaire du couronnement est aussitôt saisie; quelques fanaux de paille s’allument en commémoration de ce jour, et en un instant on voit briller une immense ligne de feu sur laquelle retentissent les acclamations d’un enthousiasme, augure infaillible de la victoire. Quel autre guerrier, général ou monarque , put jamais sc flatter d'avoir fait naître dans l'âme de ses troupes d'aussi vifs et d’aussi généreux transports!
Dans la nuit, l’empereur fll scs dernières dispositions. Il donna le commandement de la gauche au maréchal Lannes; celui du centre, à Bcrnadotlc; celui de la droite, au maréchal Soult. Le maréchal Davoust fut détaché sur rextrème droite avec la division Friant et avec la division de dragons du général Sourcier, pour y contenir l’aile gauche de l'ennemi. L’empereur sc tenait en réserve avec dix bataillons de la garde et les dix bataillons de grenadiers d’Oudinol, commandés en ce moment par le général Duroc, Oudinol ayant été blessé à Guntersdorf. A une heure du malin, l’empereur était à cheval, attendant avec impatience les premiers rayons du jour; le soleil se leva radieux, amenant avec lui l'une des plus belles journées d'automne. Chaque maréchal reçut ses derniers ordres et re-
joignit son corps au galop, u Soldats, dit Napoléon n en passant devant quelques régiments, il faut n finir cette campagne par un coup de tonnerre ; » et les cris répétés de f'ice l’empereur! lui répondirent que la foudre était prête et n’attendait que son signal.
Une canonnade sc fit entendre à l'extrémité de la droite. C’était l'avant-garde ennemie qui déjà l'avait débordée. Dans ce mouvement résidait la grande pensée do'Kulosof. C^ltc grande pensée avait été devinée par Napoléon. Le maréchal Davoust était là. Les Russes avaient cru que, pour tourner la droite de l’armée française, il ne fallait que marcher. Il fallait combattre et vaincre. I.e comliat sur ce point fut des plus opiniâtres. I.es villages de'Telnitz cl de Sokolnitz furent le théâtre d’iucroyables efforts, dix fois renouvelés entre le maréchafDavoust et des forces plus que doubles des siennes. l.e général autrichien Kicnmaycr y déploya autant d’habileté que de persévérance. La première, la deuxième colonne russes et une partie de la troisième furent occupées tout le jour sur ce terrain , éloignées ainsi du vrai champ de bataille. Ces divers corps agissaient sous la direction du général russe Baxhofden.
Presque nu même instant où l’action commençait, pour ainsi dire, en dehors de l'aflaire générale, le maréchal Soult, qui commandait la droite de l’armée, s’était dirigé sur les hauteurs de Pratzen, occupées par la quatrième colonne de l’armée ennemie. Celle quatrième colonne, où sc trouvait le général en chef Kutusof, formait le centre de l’armée. Après de savantes manœuvres et de brillants combats, Soult resta maître des hauteurs de Pratzen, cl bientôlaprès s'empara de même des hauteurs d'Aujczd, ôtant à rcnnenii, par cette double ofiération , la possibilité de rétablir la bataille.
Bernadolte avec le centre, Unrat avec sa cavalerie, l.anncs avec la gauche, n’avaient pas pris une part moins active au grand événement qui se préparait. Ils avaient devant eux le prince Jean de Lichtenstein, Bagration, presque toute la cavalerie des armées combinées et les- réserves commandées par le grand duc Conslaiitin. Dès le matin, Napoléon avait donné ordre au maréchal Bernadolte de porter scs deux divisions vers les hauteurs de Blasowilz. Mural s’était mis en bataille à la gauche de Bernadotlc, et Lannes s’appuyait au Santon ou montagne de Bosenilz. Telle avait été la confusion produite par les faux mouvements de j'ennemi, que le grand duc Constantin, qui commandait les réserves, se trouvait, en première ligne, aux prises avec les tirailleurs de Bernadotle et la cavalerie du général Kcliermann. Celui-ci,