CHAPITRE LU
un cIc scs airJcs üc camp, M. de Ilack, pour complimenter l’empereur, mais bientôt il y envoya un personnage plus considérable, le maréchal Kalkreutb, aiin de ménager le maintien des dispositions amicales d’Alexandre envers la Prusse, tout en cherchant à excuser S. M. prussienne sur l’ciitrevue que l’empereur continuait à lui proposer. Les jours alors étaient précieux. Alexandre sentit que la politique peut quelquefois trouver son compte à braver les usages reçus et même certaines convenances. Il fit écrire par le maréchal Kalkreuth «qu'il concevait les occupations du roi, Il mais que, moins occupé lui-méme en ce moment, n il se déterminait à aller le voir dans sa capitale,
» puisque rcnlrovue ne pouvait avoir lieu à la n frontière, n Cet avis parvenait à Berlin le 23 octobre, et l’empereur Alexandre y arrivait le 23. C’était venir en courrier beaucoup plus qu’en monarque.
Le roi accourut de Potsdam pour recevoir l’empereur. Tous deux s’embrassèrent à la vue d’une population immense rassemblée sur la place du palais. Quinze jours auparavant cette réunion des «leux monarques eût été accueillie par des acclamations |)assionnées, mais déjà on connaissait â Berlin les brillants succès obtenus par Napoléon au début de la campagne. Le peuple fut froid et silencieux. Ce silence eût dù être compris par la cour; il ne le fut pas. Le roi et la reineemmenèrent l’empertnjr à l'otsdairt, où, quatre jours apri^s, on vit paraître l'archiduc Antoine, qui venait joindre les instances de l’empereur d'Allemagne â celles de l’empereur de Russie. Les Russes, les Anglais, les Autrichiens et les jeunes femmes criaient de toutes parts que l’Autriclie s’était compromise pour sauver l’Angleterre; que maintenant c’était à la Russie et à la l’russe à sauver l’-Vutrichc.
Le général Duroc était venu à Berlin pour signer un traité d'alliance qui, d’après le cours des événements tels qu'ils se développaient, aurait amené, pour le gouvernement prussien, une nouvelle époque de gloire et d’agrandissement. Il part au moment où une autre alliance ouvre à cette monarchie une carrière d’incertitudes, de déconsidération et de malheurs. Il prit congé du roi le 1*' novembre.
Peut-être la politique ne serait -elle pas trop sévère, si elle réprouvait, comme dangereux pour les peuples, les sentiments d’une amitié personnelle entre les princes. D’apres les idées que le roi s’était faites sur les vrais intérêts de son royaume, ce mo-
Mroblablc, ce aérait jeter la Prusse dans les bras de la France; m.-tis il ne fut point avare de belles paroles pour l’avenir.
narque ne voulait à aucun prix, dans aucun cas, prendre part à une coalition contre la France. Malgré le ressentiment qu’avait fait naître en lui la violation du territoire d’Anspach, il n’eùt pas en cette circonstance cédé encore à sa cour, à la reine, aux excitations des légations étrangères; il va céder à rentrainement d’une affection privée; le souverain disparait pour faire place â l’homme, et l’homme livre la destinée de ses Étals à la discrétion d’un ami, comme aux hasards d’une guerre dont les résultats, s'ils sont heureux pour la Russie et pour l’Autriche, pourraient, par cela seul, n’être rien moins qu’avantageux pour la Prusse. Les mains qui lui sont le plus chères concourent â serrer ce lien funeste. L^xaltalion de la reine s'est communiquée à tout ce qui l'entoure. Le baron d’Ilardenberg, entré récemment dans le système français par raison, s’est tout à coup jeté, avec l’emportement de la passion, dans le système contraire. A la vérité , par l’alliance nouvelle , on lui donne l’espoir d’obtenir, en échange de quelque province prussienne, l’électorat d’Hanovre qu’il avait voulu d’abord recevoir des mains de la France; n>ais l’Autriche et la Russie ne peuvent répmnlre que de leurs bons ofllccs, et leur engagement illusoire sur le fond de la question ne sera point ratifié par le cabinet de Londres. Il est vrai encore que le roi do Prusse n’accède pas à la plénitude des insolentes conventions signées contre la France, cl qu’il ne promet sa coopération qu’aulant que l’empereur Napoléon se refuserait à des demandes plus modérées qui lui seraient faites, comme, par exemple, une frontière militaire pour l’Autriche, terme vague > qui laissait une grande latitude à la discussion, une indemnité pour le roi de Sardaigne, l’évacuation de la Hollande et de la Suisse, la séparation de la couronne d’Italie de celle de France; mais, ces nouvelles demandes. Napoléon les acccptcra-t-il? Il fut convenu qu’un ministre prussien se rendrait auprès de lui, pour lui faire connaître l’accord qui venait d’étre arrêté, lui offrir la médiation du roi, et enfin lui déclarer que. sur .son refus, la Prusse prendrait parla la guerre. Ce traité de Potsdam, ouvrage malheureux de colère et de faihlesssc, fut signé le 3 novembre, au milieu des nouvelles reçues chaque jour des désastres de l’armée autrichienne et des miracles opérés par l’armée française. '
L'empereur Alexandre devant se mettre en route pour W'eimar dans la nuit du 4 an 3 octobre, ce fui au moment de son départ qu'eut lieu celte scène
' Condition inquiétante pour la Bavière, et qui juatifie la conduite de l’électeur.
nocturne si diversement rapportée, et que nous ne pouvons pas omettre ici, parce qu'il en sera question eu d’autres circonstances. Si l'on en croit un bruit accrédité alors, les deux monarques, dans Tepanchemenl d’une aiïeclion vraie, qu'endammait encore l'imagination vive de la reine, réunis, à la lueur des flambeaux, autour des restes d'un grand homme, cédant à l'inspiration des circonstances cl du lieu comme à la préoccupation dos grands intérêts qu'ils venaient de régler ensemble, auraient scellé leur union par un serment prêté sur le tombeau de Frédéric H. Pour détruire ce bruit, qui produisait à Berlin une impression peu favorable, la gazelle officielle donna un autre récit où la circonstance du serment n’existait pas. Klle se bornait à dire que « l'empereur Alexandre, entraîné X par le sentiment, avait baisé le cercueil qui ren- X fermait les cendres du grand monarque, et que X l’illustre voyageur avait, au milieu des plus vifs X embrassements, pris congé de la famille royale, x Un jour, l’empereur Alexandre procurera au roi de grandes et riches réparations ; mais, durant dix années, que de chagrins et de malheurs sa fatale amitié aura coûtés à ce prince et à toute la nation prussienne!
Le traité du 3 novembre portant qu'avant d'agir le roi fera connattre à l’empereur Napoléon les nouvelles bases admises par les alliés, le comte d’Haugwiz fut désigné pour cette mission. On le choisit comme étant l'homme que l'on présumait devoir être le moins désagréable à l’empereur. Provisoirement le baron d'IIardcnbcrg, dans un entretien avec M. de Laforét, dément l'existence d’un traité qui ail engagé la Prusse à une coopération active contre la‘ France, cl proteste que le roi n’a accepté d'autre rûle que celui de médiateur. 11 persiste dans celte dénégation jusqu’au moment où l'on reçoit à Berlin des exemplaires d'une déclaration, distribuée à l’armée autrichienne, annonçant la conclusion d’une triple alliance entre la Russie, l’Autriche et la Prusse. Ainsi on a signé une alliance avec deux cabinets qui en font l’aveu public, et on n'ose pas en convenir.
Tout se réunit pour augmeuter les perplexités du roi. Dans le même moment, une lettre > du ministère français exprimait les sentiments d’une vive bienveillance pour la Prusse. Au milieu de scs succès, Napoléon s’occupe à chercher ce qu’il peut faire d'agréable pour Frédéric- Guillaume. D’un autre côté, une leUrc de l’empereur Alexandre, datée de Prague et apportée par le prince Dolgoruki , conjure le roi de lui envoyer de suite un corps de dix mille Prussiens , en attendant qu'il
* Du 8 novembre.
fasse avancer tontes ses forces; et, d’autre part enfin, un envoyé extraordinaire d’Angleterre, lord Harrowby, est venu offrira la Prusse des subsides. Le roi décline la demande de l'empereur Alexandre et lui conseille de ne point livrer de bataille avant d'avoir reçu ses renforts. Il fait donner une réponse dilatoire aux offres de lord Harrowby, et, dans cette circonstance, le mérite ou le tort de sa résistance n'appartient qu'à lui, car cette fois il n'est point appuyé par son ministère. Le baron d’Uardenberg est tout entier au parti qu’il a embrassé. Il sent que, si ce parti succombe, sa destinée personnelle est de tomber avec lui pour faire place au comte d'Haugw iz, cl peut-être celte considération d’intérêt privé a -l -elle sur son esprit plus de force qu’il ne le pense lui-mcmc. Dévoué à la reine, il lui fournit des raisonnements pour entraîner le roi. « La reine n'est plus reconnais- X sable 2 depuis la visite de l’cmpcrcur Alexandre. X Elle semble avoir la procuration de ce souve- X rain n Le prince louM-T^erd/nanc/, jeune et avide de gloire, est l'âme des conseils de celte princesse. Dans l'intérieur de sa famille, 1» roi est obsédé de réflexions tendant à faire entendre que <■ l'armée X douterait de son courage, x s’il résistait à l’évidence des raisons qui l'appellent sur le champ de bataille. Déjà on parle de brillants succès obtenus par les Russes.
Cependant l'hésitation du roi continuait encore, lorsqu'un courrier du comte d'Haugwiz apporta la nouvelle d’une grande victoire remportée, le 2 décembre , par l’empereur Napoléon, A la vérité, la correspondance du vice -chancelier, comte de Cobcnlzl, avec le ministre <l'Autriche à Berlin, 31. de SIetternich, parlait de la bataille d'Austerlitz comme d'une affaire peu importante, et de l'armistice conclu, comme d’un délai pris réciproquement pour enterrer les morts; mais l'illusion ne pouvait pas être longue. Deux jours après on vil arriver et le général Stulterhcim, envoyé par l’empereur François II, et le prince Dolgortiki, envoyé par l’empereurAlexandre. La défaite n’était le tort de personne. Les Russes accusaient les Autrichiens, les Autrichiens accusaient les Russes. François II réclamait plus vivement que jamais l’appui de S. 31. prussienne. Alexandre, loyal dans sa conduite envers le roi, mettait à sa disposition toutes les troupes russes qui étaient en Allemagne ; il lui offrait, au besoin, de plus puissants secours, et le déliait, au surplus, de tous scs engagements. Les amis du système français disaient, pour excuser le roi, que la convention de Potsdam lui avait été arrachée par une machination irrésistible; que ce prince n’avait
’ 5 décembre.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
aiAI'ITUE LU.
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cédé qu'oo gémissant; cl que meme, dans la scène jouée sur le tombeau de Frédéric, il ne pensait qu'à écliapper à l'oppression des dusses. Il est très-vrai que déjà, huit jours auparavant, S. M. prussienne était, selon le duc de Brunswick, impatiente de se dégager de scs promesses envers les coalisés, mais | quelques mois auparavant le roi avait eu la même j impatience de se dégager de celles qu'il avait faites à Napoléon. Malheureuse destinée de fornter des ' liens pour sentir aussifét le besoin de les roinf>re! .
Il n'est pas nécessaire de dire qu'après la nou- j vellc de la l>ataillc d'Austerlitz, tout à la cour avait i changé de face. Les cris de guerre avaient cessé. | On n'était pas sans inquiétude sur les communi- ' cations que le comte d'Iiaugwiz aurait pu faire à l'empereur Napoléon. A cet égard Napoléon luiméme avait bien servi la Prusse. Il lui avait épargné un langage qui, une fois échappé, eût été pour la réconciliation une difliculté de plus.
Lorsque l>Mivoyé prussien s'était présenté à un corps français, celui du maréchal Rernadotte, pour se rendre au quartier impérial. Napoléon, instruit de son arrivée, l'avait fait, sous divers prétextes, retenir pendant quelques jours à Iglau. Le no- | veinbre seulement, il lui avait donné audience à ' Krunn. L'imminence d'une bataille décisive était évidente. Le comte d'Iiaugwiz était, avec raison, peu : pressé en ce moment de remplir son mandat tout entier, dans la crainte d'avoir, sous peu de jours, à regretter sa précipitation. Napoléon lui -môme n'avait point hâte de- tout entendre. Un s'était donc occupé seulement d’une question secondaire, le maintien de la tranquillité de l'Allemagne septentrionale. Confiant dans sa fortune, et comme certain de vaincre, Napoléon avait fait deux demandes dont Userait prématuré de faire mention. Ces demandes, parvenues à Berlin avant la nouvelle de la bataille d'Austerlitz , furent rejetées par le cabinet prussien. On revint sur cette décision; elles furent admises après la nouvelle de la bataille. Nous aurons occasion d'en parler- ailleurs.
Le 7 décembre, Iccomtc d'Iiaugwiz eut, à Brunn, une secoifdê audience de l'empereur. S'il était difficile à cet envoyé de ne pas exprimer quelque admiration sur le grand évcnementqui venait d'avoir lieu, il était naturel que Napoléon répondit: «C'est » un compliment dont la fortune a changé ’l'a- » dresse. » Sans connaître les détails de la convention du 5 novembre, l'empereur savait l'existence de cette convention; il savait l'objet général de la mission du comte d'Iiaugwiz, il savait ^nfin les mouvements opérés par l’année prussienne, mouvements évidemment dirigés contre lui seul. En effet, une armée de soixante mille hommes se portait sur les frontières de la Bohême; une autre
marchait à grandes journées vers la Franconie; une troisième se rassemblait en Westphalie sur la Verra, pour agir de concert avec les Anglais, Suédois et Russes réunis dans l’électorat d'Hanovre.
Pour l’intérêt de sa politique, par ménagement même pour le cabinet prussien auquel il voulait faciliter le chemin du repentir. Napoléon dut affecter devant l'Europe de croire que ce cabinet n'avait point été jusqu'à prendre des cngagcmciits formels contre lui. Aussi, par le bulletin du 7 décembre, tout en disant, pour la satisfaction de l'orgueil français, que u cent cinquante mille en- » nemis de plus n'auraient fait que rendre la » guerre plus longue, » il déclarait que toutes les intrigues russes et anglaises « avaient été impuisi> santés contre le bon esprit et la haute sagesse du » roi de Prusse ; n mais malgré ces assurances publiques, Napoléon ne pouvait pas être dupe; sa conduite prouva trop qu’il ne l'était pas.
La position du comte d’Iiaugwiz était des plus délicates. Dans la seconde audience qui lui avait été donnée. Napoléon, sans s’expliquer tout à fait, n'avait pas mis grand soin à se contraindre. Le ministre prussien voyait un danger manifeste pour le roi à ne pas racheter, par un prompt retour, des engagements auxquels ce prince n'avait été entraîné que par d'extraordinaires circonstances. Dans le même moment les agents autrichiens, soit pour traiter moins défavorablqiuenl avec l’empereur des Français, suit pour '^ré^rer une reprise d'armes, pressaient le coaile,d*9tlngw izde laisser au moins Napoléon dans lè doute sur les intentions de S. M. prussienne. Ces deux intérêts étaient pour ce négociateur fort difllcilcs à concilier. La froideur qu'on lui munirait au quarjjfer général français, revenu à Vienne, ajoqilait enqDre à son inquiétude, lorsque, le 13 décembre^ iKut invité à se rendre à Schœnbrunn chez l'empereur.
Il ne s'agissait plus pour l'envoyé prussien de demander à Napoléon s’il voulait accepter les bases de paix concertées entre les trois cours. Ce qui, le 3 novembre, avait pu paraître raisonnable à Folsdam, était depuis devenu absurde. La Prusse d'ailleurs n'était plus en position d'agir, car d'après la convention de Potsdam, les trois puissances ne devaient poser les armes que de congert, at cependant déjà l’empereur d'Allcmagtic avait conclu un armi^icc particulier; il avait fait plus, il avait mis la Prusse hors de cause, en stipulant, par l’article 3 do jQ§t armistice, qu'aucune troupe élraagèce q^onlreralt sur le territoire autrichien. La P^itfse te titeavait donc libre de toutes les obligations qu’elle avait contractées. Ainsi le comte d'Iiaugwiz n'avajt plus de propositions à faire : les rôles étaient changés; c'était à lui d'en recevoir. ’
l'OLITlQUB EXTÉRIEURE.
Napoléon a sur la Prusse un grand avantage; il l’a surprise en conspiration flagrante contre lui ; il l’a vue tirer l’épée, et il l’a contrainte de remettre l’épée dans le fourreau; il a le droit de faire à cette puissance de vifs reproches; il ne les lui épargnera pas. La réception faite au comte d’IIaugwiz fut gratteusc pour sa personne, ce ministre ayant toujours été à Berlin le soutien du système français. A son entrée, l’empereur lui fit la remarque qu’il le recevait dans un cabinet où, en 171S6, Marie- Thérèse avait eu plusieurs entretiens avec le ministre de Prusse, avant la guerre de sept ans; mais ce préambule de courtoisie, qui s’adressait à la personne de l’envoyé, fit bientôt place à la plus véhémente sortie contre la conduite perGde du cabinet de Berlin; il connaissait, lui disait-il, toute la mauvaise foi de ce cabinet dans sa direction actuelle; il ne tenait qu’à lui de s’en venger sur-le-champ; il pouvait, signant la paix avec l’Autriche, se porter sur la Silésie, dont les places étaient mal garet presque sans défense, soulever la Pologne prussienne , toute prête à se lever à sa voix, faire tomber enfin sur la Prusse les plus rudes coups de la guerre, et la punir, de la manière la plus éclatante, de tout le mal qu’elle avait voulu et qu’elle n’avait pas pu lui faire. Après s’étre ainsi livré au débordement d’une colère vraie ou simulée, il dit que l’intérét d’État commandait quelquefois aux princes l’oubli des haines ou des- amitiés qui ont égaré la politique de leurs amis ou de leurs ennemis ; que, par suite de sentii||^t5 particuliers pour le roi, il voulait bien se montrer généreux ; qu’il pardonnait à un entrainement passager, mais à'condition que cette fuis la Prusse se lierait indissolublement à laPrance; qu’il n'agissait pas en ennemi à son égard, car s'il la voulait pour alliée, il voulait avoir en eHe une alliée forte, et, dans ce bot, pour que l’alliaifce fût d’ailleurs solide et durable, elle devait être cimentée par l’incorporation du Hanovre à la monarchie prussienne.
En échange de cette acquisition , les cessions à faire par la Prusse étaient celle de la principauté de Ncufchàtcl et du duché de Clèvcs en faveur de la France, celle du margraviat d’Anspach en faveur de la Bavière, üe son côté, la cour de .Munich céderait à la Prusse une population de vingt mille âmes pour l’arrondisscoionl du- margraviat d’Anspach. L’alliance fondée %ur ces stipulations était offerte d’une manière péremptoire. En vain le ministre prussien alléguait qu’il éta4 sans instructions de sa cour pour une .situation si extraordinaire, il avait à choisie, dah^ un délai de quelques heorci, entre une guerre immédiate, et cette aventureuse alliance. Pjir Sôr propres sentiments, par scs opinions’pollliques. il était porté à préférer le dernier 1 Bicaoa.
parti; mais, avec des opinions difTcrcntosjleùtdù encore le prendre. Un traité, conclu en de telles circonstances, taisait toute latitude à l’approbation ou à rimprobatioii de S. M. prussienne. La signature actuelle du traité avait l’avantage d'offrir un délai de trois semaines de plus pour des préparatifs qui n’étaient pas encore achevés, et dans le cas où on préférerait la guerre, il restait toujours^oisible au roi de désavouer son ministre. Le traité fut signé par le comte d’IIaugwiz et par le général Duroc, le 13 décembre, jour où les troupes prussiennes devaient entrer en Bohême. Ainsi le cabinet de Berlin , qui , si longtemps , s’était refusé à une alliance sollicitée comme une marque d’amitié, était contraint de la subir comme un châtiment. Nous verrons plus tard s’il sut du moins profiter de cette voie de salut qui lui était ouverte.
La négociation avec l’Autriche, quoique beaucoup plus épineuse , ne marchait pas avec moins de rapidité, si l’on considère le grand nomhrc de questions qu’elle offrait à résoudre, ou du moins le grand nombre de points sur lesquels la volonté du plus fort avait à s’expliquer. Les plénipotentiaires étaient, du côté de la France, M. de Talleyrand; du côté de l’Autriche, le prince Jean do Lichtenstein et le comte de Giulay. Réunis d’abord à Nicoisbourg, ils s’étaient transportés à Presbourg peu de jours après. ,
Avant d’examiner ce qui fut, arrêté dans ce congrès, nous croyons, pour bien faire connaître l’esprit de la politique française , devoir mentionner ici un plan de paciGcation proposé i J’cmpcrcur par M. de Tallcyrand , avant la bataille d’Ajistcrlitz. Le fond de ce plan tendait à faire cesser les anciennes rivalités entre l’Autriche cUa Franco, en établissant un principe de rivalité perpétuelle* entre la Russie et l’Autriche. Le moyen était de donner à l’Autriche,, pour compensation de «es possessions epSouabaet de l’État vénitien, les provinces turques de Moldavie et de Valachie. Ponr preuve de sa modération, la France ne se serait pas approprié Venise; une république y aurait été établie, aGn qu’en Italie, comme en Allemagne, l’Autriche et la France n’eussent plus aucun contact. Après le gain d’une bataille, écrivait M. de Talleyran4-à l’empereur. Votre Majesté pourrait dire à la maison d’Autriche : u J’ai vaincu à regret, mais » j’ai vaincu; je veux que ce soit pour l’utilité com- » mune....; vous et les princes de votre maison ,
» renonoez à vos possessions en Souabe; renoncez à » Lindau, d’où vous inquiétez ta Suisse, renoncez » à l’État vénitien. Je séparerai les couronnes de X France et d’Italie. Le royaume d’Italie ne sera n point agrandi. I,a république de Venise sera