CHAPITRE UI
n rétablie, SOUS la présidence d'un magistrat de son » choix... Étendez-vous le long du Danube. Occu- H pcz la Moldavie et la Valachie. J'interviendrai » pour vous faire céder ces provinces par la Porte » Ottomane, et, si les Russes vous attaquent, je » serai votre allié. » Sans contredit , l'idée de ce ' plan est tout à fait digne d'éloges , mais la possibilité de l'application était peu vraiscinblablc. ! Quels que pussent être les événements de la guerre, comment supposer que, pour se réconcilier avec . un ennemi, la cour de Vienne consentit à rompre j dans l'instant même avec son allié? C’eût été en ' effet, pour cette cour, rompre avec l’empereur | Alexandre, que d'accepter, comme dédommage- ' ment des pertes faites ailleurs, des pays qui, s’ils | ne font point partie intégrante de l'empire russe, | en sont une véritable dé|»cndance; que le cabinet de Pétersbourg, en vertu de plusieurs traités, cou- j vrc d'un protectorat qui l'y rend aussi puissant que i la Turquie, et que d'ailleurs il a dès longtemps pris l’habitude de considérer comme une possession future. Il est donc, d'une part, plus que douteux que la cour de Vienne eût donné les mains à une pareille proposition ; il ne l'est pas moins que, dans l’hypothèse peu probable de l'affirmative, l'empereur Napoléon fût décidé à se dessaisir si tôt de la couronne d'Italie; mais ce ne fui ni l'une ni l'autre de ces causes qui vint contrarier le projet de M. de Talleyrand. Un incident inattendu avait entièrement changé l'étal des choses. Ce n'était que comme dernière ressource que ce plan avait été ituaginé. Il en existait un autre, que la France ; avait eu longtemps à cœur, qui n’avait été aban- | donn^qu'à regret, etauquclon pouvait maintenant revenir. Longtemps, disait M. de Talleyrand dans | la même lettre à Napoléon , « une alliance entre | » la France et la Prusse avait été considérée comme | » propre à maintenir la paix sur le continent, mais n une alliance avec la Prusse est maintenant imposât sible l n Ce que M. de TalIcyNnd jugeait impos- i sible avant la bataille d’Austerlitz, était devenu ; possible après la l>alaille. L’alliance telle que Na- ' poléon la Gl signer, le 15 décembre, par le comte : d'Ilaugwiz, avait un des caractères qui semblent le plus propres à garantir la durée de semblables contrats, puisqu'on exigeant de la cour de Berlin la cession d'une portion de ses anciens Étal«, la compensation, large, il est vrai, qu’en recevait celle cour, consistait dans une nature de possession, pour la conservation de laquelle l'appui de la France devait lui être indispensable. Il était donc à croire que la Prusse allait être unie désormais à ' la France par le lien de fer de la nécessité. Dès i lors il était naturel qu'on renonçât au projet antérieur de .M. (le Talleyrand, quand même son exé-
cution n’aurait pas dû rencontrer une opposition invincible du côté de la cour de Vienne.
Dans le système d'une alliance avec la Prusse, Napoléon n’avait plus intérêt à s'occuper des convenances de l'Autriche. Sa principale pensée, au contraire, devait être d'affaiblir celte puissance'le plus qu'il serait possible. Par les conditions ’^'U exige, il se propose non-seulement de lui enlever une partie de sa population et de ses domaines, mais de saper en Allemagne l'ancienne influence attachée au titre de chef de l'empire germanique. Sous ce double rapport, la tendance du gotivernement français ne fut pas facilement encouragée par les cours de Munich, de Siultgard et de Carlsruhe, qui ne pouvaient que par ce double mode de spoliation à l'égard de l'Autriche , grandir ellesmêmes en territoire et acquérir, comme gouvernements, une entière indépendance. I.es intérêts de la cour de Munich étaient vivement défendus auprès de Napoléon par un commissaire spécial, le baron de Gravenreuth , qui même fut admis aux conférences de Presbourg. Déjà la France ava^l promis d'clevcr à la dignité royale la maison de Bavière. Le litre de.r(4'jrtj[ flallail pas moins l'ambition de rèIcclcdV de y^lemberg. I.a proipessc lui en fut faite à sorifeur par une convention, signée le 21 décembre à Brunn. Des mesures préliminaires, adoptées tant par la France que par les trois électeurs, annonçaient d'avance aux négociateurs autrichiens que, , sur oerUfns points de discussion, la ré^i^nce^rait InilUlc. On connaît tous les débats qui, dans les ahnées 1803 et 1801, ont agité le midi de l’Allemagne à l'occasion de la noblesse immédiate, protégée par le chef de l’enipire contre les princes dans les ^ts desquels les biens de cette noblesse se IrojtTiièiA enclavés. Jamais occasion ne pouvait être plus favorable pour détruire à jamais la cause de ce%d^ls. Les princes intéressés avaient eux-nièmcs préludé à cette opération par des dispositions provisoires, que l'heureuse issue de la guerre devait rendre défînilives. Le 3 décembre, l’électeur de Bade avait pris posaession des terres de la noblesse immédiate et de l’ordre Teutonique, situées dans son éleclo- ^ rat. Le but de cette disposition ne fut plus|jqtt-<.. teux lorsque, le 10 décembre:, un ordre du jôut.% du maréchal Berthicr ordoiin» aux troupes françaises d’assister les éleclcurs de Bavière, de Wurtemberg et de Bade dans r«'ccupation des domaines de l’ordre Équcs(re, cet^ ond^é^qui , comme auxiliaire de l’Autriche , avait permis des enrôlements pour celte puissance dans>'.8es. possessions , s'étant par là mis en état de guerre avec la France. Il était manifeste que ces actés se trouveraient sanctionnés par le traité qui était sur le
l'OLITlQUE EXTÉRIEURE.
point de se conclnre; U fut signe le âC décembre.
Pour la première fois depuis la rcrolulion , à la suite d’une guerre glorieuse , la France, proprement dite, ne faisait aucune acquisilion de territoire. Toutes les cessions faites tournaient au profit du royaume d'Italie et des trois électeurs de Bayière , de Wurtemberg et de Rade. Pour la France, l'Autriche ne faisait que reconnaître l'état de possession existant >, ce qui comprenait le Piémont, la république ligurienne, les duchés de Parme et de Plaisance. Elle reconnaissait de môme les dispositions faites à l'égard de la république ’ de Luc^ucs et de la principauté de Piombino.
Les Etats vénitiens, auxquels renonçait la cour de Vienne, étaient incorporés au royaume d’Italie.
Il était convenu que la couronne ^ de ce royaume serait séparée de la couronne impériale de France, ! aussitôt que les conditions exprimées à l’époque de ; la fondation du royaume seraient accomplies.
Les principales cessions faites aux trois * électetîr^lliés de la France étaient :
Pour la Ravière , le Voralberg , le territoire de Lindau, le Tyrol avec les évéchés de Trente et Brixen, la principauté 4*Éi<^eldt et une partie de l’évèché de Passau ; • *“
Pour le Wurtemberg , lés cinq villes dites du Danube, les deux comtés de Hohenberg, lelandgraviat de Nellenbourg et les parties du- Brisgau enclavées dans les possessions wurtembergcoiscs ;
Pour Bade , le reste du ^risgau , l’Ortenau et la ville de Constance. • C ^
C’était par le chef de la maison d'Autriche, et sur les domaines possédés par sa maison , que ces diverses cessions étaient faites. D’après les articles 7, 13, 14 el15, les trois électeurs obtenaient encore d'autraii/ivantages auxquels consentait le ! chef de cette tn^son , mais en sa qualité d'empe- ; renr d’Allcmafht^ < [
lét titre héréditaire de roi était reconnu dans les maisons de Bavière et de Wurtemberg.
L'empereur d'Allemagne consentait que le roi de Bavière réunit à scs États la ville d'Augsbourg et son territoire; le roi de Wurtemberg, le comté ^ de Bondorf Ce qui surtout formait la concession «■ la plus importante pour ces trois princes était la déclaration portant: u ‘qu’ils jouiraient sur les ter- I) ritoircs à eux cédés, comme aussi sur leurs an-
» ciens États, de la plénitude de la souveraineté et
' Article 2. . i
* Article 3,
’ Article rf.
< Arlicle’8. ' •
* Ce comté .ippartenait A l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
X de tons les droits qui en dérivent , de la même » manière qu’en jouissaient l’Autriche et la Prusse » sur leurs États allemands. » Cette plénitude de souveraineté, déférée aux cours de Munich,, de Stuttgard et de Bade , détruisait en réalité la réserve de l’article 7, d’après laquelle ces trois cours continuaient d’appartenir à la confédération germanique, ou du moins ne les laissait dans cette confédération que sur le même pied où s’y trouvaient l’Autriche et la Prusse. C’était la destruction des liens de dépendance qui les avaient jusqu’alors attachés au chef de l’empire; c’était un coup mortel porté à l’ancienne constitution germanique. A la vérité , l’empereur d’Allemagne , en admettant des clauses contraires à cette constitution , faisait, après la conclusion ^ du traité , déclarer, par ses plénipotentiaires, « qu’il n’avait pas entendu sous- X traire ces clauses à la connaissance et à la parti- X cipation compétente de l’empire, x Cette déclaration n’était qu’une pure affaire de forme de la part de celui qui la faisait j comme pour celui à qui elle était adressée.
Pour prix de tous ces sacriGcés, la seule acquisition que Dt la cour de Vienne était celle do l’électorat de Saltzbourg
L’archiduc Ferdinand , à qui cet électorat avait été donné par la paix de Lunéville, recevait ni échange la principauté de Wurtibourg ®, en conservant d’ailleurs la dignité élcdlor^lc.
La grande maîtrise de l’ordre Teutonique ® devenait héréditaire dans la personne de l’un des archiducs qui serait désigné par l’empereur d’Autriche et d’Allemagne, mais la somme des revenus et des domaines de l’ordre devait être considérablement diminuée par la prise de possession provisoire qu’en avaient faite, dans leurs États respectifs, les cours de Bade et de Wurtemberg, et qui; dans plusieurs de ses objets, setrouvait maintenue.
Moyennant les conditions qui viennent d’étre exposées, la totalité des États autrichiens devait être évacuée, par les troupes françaises, dans le délai de deux mois, à l’exception de la place de Braunau qui serait occupée un mois de plus. Telles étaient les clauses les plus essentielles du traité de Presbourg. Les cessions faites par l’Autriche en Al- Icmàgne lui enlevaient une population de huit cent soixante-dix sept mille Ames, sur laquelle les cours de Wurtemberg et de Bade en obtenaient trois cent mille , partagées entre elles d’une manière à peu
* Le 1" janvier 1806.
1 Article 10.
* Article 1 1 .
V Article 12.
CHAPITUK UI.
près égale. Les cinq cent soixante-dix-sept mille rcsUiit étaient dévolues à la Bavière. En Italie, la monarchie autrichienne perdait deux millions cent vingt mille âmes par sa renonciation aux États vénitiens. Balance faite dedeux cent douze inilleâmes que lui apportait l'acquisition de l’électorat de Sallzbourg, la perte dcQnilivc en population qu’éprouvait cette monarchie était de deux millions sept cent quatre-vingt-cinq mille âmes. On évaluait la diminution de ses revenus de treize à quatorze millions de florins. Ce n’est pas sous ces deux rapports seuls que sa puissance était affaiblie. Elle l'était encore par le déplacement de ses frontières. L’Autriche était écartée de l'Italie, du Rhin , de la Suisse et de 1^ Souabe. A la vérité , elle n’eùt pas dû raisonnablement regarder cette concentration comme un désavantage pour elle, mais cependant elle cessait de pouvoir se montrer menaçante sur des points aussi éloignés qu’autrefois , et elle perdait la faculté d'inquiéter, selon son caprice , les divers États qu’elle enveloppait précédemment dans les lignes variées de scs possessions. Elle rencontrait surtout, dans la composition nouvelle des Étals bavarois , une barrière désormais plus difficile à franchir.
Assurément Napoléon avait usé de la victoire , mais en avait-il donc si cruellement abusé? Le droit de la guerre n’antorise-t-il pas celui qui a été attaqué à renvoyer à l'agresseur vaincu le mal qu'on a voulu lui faire? El meme s’agis$ait-il seulement, pour les alliés, si la fortune eût souri à leurs armes, d'enlever à la France deux à trois millions d'âmes? » La paix de Presbourg, a-t-on dit, était n nulle '... Les stipulations en avaient été extorn quèes par la violence et consenties par la fai- » blesse. » (^>ucl est le traité de paix , conclu après une guerre animée , dont on ne puisse en dire autant? Sans doute on eût trouvé valable et juste le traité que méditaient les alliés, et qui, replaçant la France dans scs anciennes limites, devait lui arracher jusqu'à la Belgique et à la rive gauche du Rhin, tout ce qui avait été enfln reconnu comme sa possession légitime par les traités de Campo- Formio, de Lunéville et d’Amiens!
Quant aux doléances de quelques publicistes allemands et en particulier des écrivains ^ officiels de la Prusse sur les atteintes portées aux droits et auxanciepnes maximes dcl'cmpirc germanique, les discussions relatives à ces objets et qui appartiennent à l'année 1803 ont amplement fait connaître quel degré de respect la cour de Berlin avait pour cette constitution décrépite, violée sans cesse par toutes les parties et réclamée seulement par celles
‘ Srlirell, fftHnirr tict TraHf$.
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qui voulaient en faire une arme contre leurs adversaires. La politique suivie par Napoléon , en affranchissant du joug de l’Autriche les États secondaires de l’Allemagne, n’était que la continuation de l'ancienne politique de la France, et rien de sa part n’était plus juste que de saisir l’avantage de sa position pour consacrer l'émancipation de ces États. I<a dignité royale, désirée par deux maisons souveraines, avait, pour elles comme pour lui, un autre but que de satisfaire un frivole amourpropre, c’était de bien constater, par un titre nouveau et par ce premier des titres, le caractère absolu de leur indépendance qui aurait eu encore quelque chose d'équivoque, si, par le maintien des dénominations anciennes, ils avaient paru conserver quelques-uns de leurs rapports précédents de subordination à l’égard du chef de l’empire.
Indépendamment des conditions patentes des traités, il est rare que quelques stipulations, cachées au public , n’aggravent encore les charges imposées aux vaincus. L’empereur Napoléon m’fentendait pas faire grâce à l’Autriche de la contribution extraordinaire qu’il avait frappée sur les provinces conquises de cette monarchie. En conséquence, outre les articles que nous avons fait connaître, il avait été, le même jour 26 décembre , par un article séparé et secret, convenu entre M. de Talleyrand et le prince de Lichtenstein, que S. M. l’empereur d’Autriche et d’Allemagne payerait une somme de quarante millions de francs pour rachat de toutes les cuntâbutions imposées sur les États héréditaires et non encore perçues. Une première somme de huit millions devait être remise en espèces au moment de l’échange des raliflcations du traité. Le surplus devait être fourni à la même époque en lettres de change sur les.places de Uambourg, Amsterdam, Augsbourg, Francfort, Bâle et Paris. Ces traites seraient acquitiéesà raison de six millions le premier mois, six millions le deuxième, et ensuite de deux millions par mois jusqu’à parfait payement. Sauf quelques délais, ces conditions furent remplies. En dehors des quarante millions stipulés par l'article secret , il était rentré dans les caisses françaises , par la voie des intendants des provinces , trente-deux millions à peu près. Par la réunion de ces sommes et de celles que produisit la vente des magasins saisis au proflt de l’armée , le total des perceptions réalisées en Autriche s’élevaenviron à quatre-vingt-cinq millions de francs. Celle méthode de nourrir la guerre par la guerre a été, comme on sait, un des procédés qui ont mis l’empereur Napoléon en état de porter au plus haut point le développement de ses moyens militaires ,
' MM. Schœll et Lucchesiui.
imiTIQUE EXTEniEURE.
uns faire retomber »ar le sol français des charges proportionnées à U grandeur des dépenses.
Dans le cours de la négociation de la paix, les plénipolcnliaires autrichiens avaient fait de rives mais inutiles instances pour obtenir l'insertion d’un article ■ qui conservât le royaume des Deux Sici- » les dans son ancien état, n Au moment mémo de la signature du traité, ils remirent au plénipolenliaire français une note par laquelle ils exprimaient de nouveau rintérél que prenait S. M. l'empereur d’Autriche et d’Allemagne an sort des souverains de Naples, en raison des liens de famille qui Punissaient au roi et 4 la reine des Deux-Siciles. Cette dernière démarche n’était guère, comme la déclaration relative aux droits de Pempire d'Allemagne, qu'un de ces actes d’apparat dont on n’attend aucun succès, le plénipotentiaire de Napoléon ayant déjà plus d’une fois fait connaître son refus de prendre un semblaUe engagement.En effet, le jour même oà le traité était conclu â Presbourg , le M décembre, l'empereur annonçait, par le 57* bulletin, que le maréchal Saint-Cyr marchait sur Naples à grandes journées « pour punir la trahison de
■ la reine et précipiter du trône celte femme * cri- » roinelle. » Le lendemain S7, il mit à Pordre du jour de la grande armée une proclamation adressée aux troupes de l'armée d'Italie dirigées contre le royaume de Naples. Après avoir rappelé que trois fois il avait sauvé le roi Ferdinand qui avait tout fait pour se perdre , il i^ulait : e Parüonncrous- • nous une quatrième fois? Nous fierons-nous une » quatrième fms à une cour sans foi, saMfbourieur, » sans raison? Non, non. La tfy'nmâtie de IVaple* « > cMsé de réffner. Son existence est incompatiblt
■ avec le repos de l'Europe et l'honneur de ma cou- » ronne. « Ce fut là le premier des arrêts de déchéance prononcés contre des dynasties par Napoléon, et que le destin devait, du moÎDS pour on temps, se charger d'accomplir.
Six mois auparavant, l’empereur avait eu connaissance des liaisons de la reine Caroline avec les ennemis de la France. En consentant à la neutralité de ce royaume, il n'avait pas pu mettre une confianee absolue dans la fidélité de son observation de 1a part de S. M. sicilienne; mais celle mesure lui rendant quinxe à dix-huil mille hommes qui lui étaient nécessaires pour renforcer l'armée trop faible de ICasséoa, il avait jugé utile de l'adopler, an risque-dc voir le midi de l'Italie tomber bientôt au pouvoir de la coalition. Si, en abaodon-
' A en croire l'bislorien aHemand Saalfeki, la tMine de Napoléon pour la reioo de Naples venait du refit» que lui aurait hit celle princesse de lui donner en nariage iiM de se» filles. Oo est sans cesse étonné du grand
nant la cour de Naples à cHe-méme, M lui avait tendu un piège , il eût pu être à peu près certain d’avance qu’elle ne manquerait pas de s'y précipiter. Celte dernière chance était infaillible. A peine les troupes françaises avaient quitté le territoire napolitain, que des ordres furent donnés au nom du roi Ferdinand pour porter l'armée à soixante mille hommes. En dépit de la convention du SI septembre, ratifiée à Porlid le 8 octobre, par laquelle le roi s'éiait engagé « a repoussa par » la force toute atteinte qui serait portée à sa neo- ■ traiité, » non-seoiemenl aucun effort ne fut fait pour fermer l’entrée du port à l’escadre anglo*rasM qui le présenta devant Naples le dO novembre, mais on accueillit avec empressement et la flotte et l’armée combinée, composée de doute mille Russes et de huit mille Anglais. Avec plus de prudence, on aurait pu paraître céder à une force majeure et se ménager envers la France un moyen do justification que la politique eût peut-être conseillé à Napoléon d’admettre; mais la prudence s'accordait peu avec les passions de la reine. Au lieu de prendre ou d'affecter la position d'un État neutre qui souffre ce qu'il ne peut empêcher, la cour de Naples, prompte à jeter un masque qui lui pesait, SC prononça comme alliée de la coalition, et les troupes napolitaines furent, par un rescrit royal, mises sous les ordres du général Lacy, commandant en chef de l'armée russe. Tels étaient les faits. La conduite de S. H. sicilienne n’avail point d'excuse. Si jamais la violation d'un engagement sacré, méditée au moment de l’engagement même, rendit la vengeance légitime, c’élail dans cette occasion. Aussi m^nie parmi les écrivains les plus disposés à trouver juste tout ce qu’on pouvait tenter contre Napoléon , aucun n'a-t-il cherché à disculper la cour de Naples du reproche de mauvaise foi. On s’est borné à dire qu’après la trop rigoureuse cx|Mation de sa faute, on ne devait plus regarder « que comme une erreur * ce qui d’abord H avait paru un délit. »
Faut-il le dire? Dès longtemps une inimitié, difficile à soupçonner peut-être, accusait le royaume des Deux-Sicilcs auprès do l’empereur Napoléon. L’une des sources d’où étaient venues à l'empereur les impressions les plus fâcheuses, les relations les plus envenimées contre la cour de Naples, était la cour do Madrid. Malgré une sorte de parité entre la sitnation des deux reines, il régnait entre elles une rivalité, une jalousie qui allait jusqu'à la
nombre de faussetés niaises que l'oe rencontre dans des ouvrages (railleurs estimables soua quelques rapports.
* SrbtrII. Ilitioiti dvt Vnxiièê, lODlc VIII, page 7-