CHAPITRE LXIX
Aussi M. Canoing, tout en reconnaisuol Téquité de U proposition en elle-m^me , la repousia-MI comme ayant pour objet d'anéantir le reste des lois féodales, vénérables vestiges de l'antiquité. Dans la destruction d'un abus révoltant, son élo> quencc diffuse et emphatique apercevait le triomphe du radicalisme, la réforme parlementaire et tous les malheurs de la révolution française.
Il est toutefois en Angleterre des points communs sur lesquels toutes les administrations, miiiislêre Eux, ministère Pitl ou autres, sont toujours d'accord, c'est le soin patriotique de récompenser les services rendus à l’État, c’est l'attention constante d’éleiidreou de conserver la souveraineté mariliine et coininercialc de l'Angleterre.
En 1H06 , un général anglais , sir John Stuart, débarqué sur les côtes de la Calabre avec un corps de six à sept mille hommes, avait obtenu l'avantage sur quatre mille cinq cents hommes, réunis à la hitc par le général Reynier. Dans une affaire de ce genre et qui n'avait eu aucun résultat, la France n'aurait vu qu'un de ces nombreux combats, à peine remarqués dans ses héroïques campagnes; mais, é Londres, le plus léger succès, qui pouvait honorer les armes anglaises sur le continent, devait avoir une grande importance, et il était il'unc bonne politique d'y donner beaucoup d'éclat. 8ur la proposition de lord (trenvillc A la chambre des pairs ^ cl de M. Windbam à la chambre des communes, le parlement vola des remeretments au général Stuart et à ses compagnons d'armes. A celte occasion, l'orgueil anglais se plut à rappeler les batailles de Crécy, de Poitiers et d'Axincourl. « L'ennemi, disait M. Windbam, a voulu accrédî- ^ 1er rnpinioii qu'il nous est aussi supérieur sur ;> terre que nous lui sommes supérieurs sur mer.
> bataille de Maïda a rompu le charme Hile
• a été une leçon pourTAngleterre. pour la France, » pour le monde, do mérite comparatif des tron- >• pes des deux nations, et elle a pleinement con- » firmé la supériorité décisive de la vaillance an- » glaise. » Pour les étrangers , une telle jactance est ridicule, mais pour les Anglais reffcl pouvait en élre utile, et dès lors cette exagération de la part des organes du gouvernement n'a rien que de sage cl de raisonnable.
Par l'orJre du conseil, en date du 6 mai 1806, le ministère de H. Fox avait pareillement montré qu'il n'était pas moins que l'administration précédente, jaloux de conserver à l'Angleterre sa supériorité sur mer et le monopole du commerce. Le décret français du 21 novembre ^ n'avait donc pas manqué d'éveiller an plus haut point la sollicitude
’ Le 5 janvier.
du ministère. I>e coup porté au commerce anglais par ce décret avait été d'autant plus funeste qu'il était entièrement inattendu, et qu'i celle époque les armées françaises s'avançant avec rapidité dans le nord de l'Allemagne, son application avait eu lieu presque simultanément sur une vaste étendue de territoire. D'immenses saisies de marchandises anglaises avaient été faites, tous les payements arrêtés, les envois nouveaux rendus impossibles, et par conséquent l’échec était désastreux pour le crédit et pour les manufactures. Après avoir provoqué lui-mème cette grande détermination, le ministère aurait voulu pouvoir y opposer des mesures non moins énergiques; mais sa position était difficile. Ix)rd GrenvÜle négociait alors avec les envoyés des Étals-Unis. HH. HonrOe et Pinkney, et toute rigueur nouvelle, ajoutée A celles dont se plaignaient déjà les Étals neutres, aurait pu rompre rarrangcrnenl qu'on était sur le point de conclure. Cet embarras du cabinet britannique éclate dans une note remise, le SI décembre, aux envoyés américains. Dans cette note , on affecte de croire que le gonvemement français ne donnera pas sérieusement suite BU système étrange qu'il vient d’adopter, et on subordonne, A la conduite de ce gouvernement, la ratilicalion ou la non-ralincalion par. le roi du traité qui est sur le point d'être signé entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. D’un autre côté cependant, le ministère doit aalisfaction aux cris du commerce, et il y a nécessité pour lui de répliquer par quelque mesure nouvelle au blocus qu'a proclamé le décret français. Tel fut l'objet du nouvel ordre du coneeil, du 7 janvier 1607, «qui interdisait aux bAttroents neutres le commerce » d'un port A un autre port, tous les deux français I» ou sous la dénomination des alliés de la France, » ou dans lesquels les bâtiments anglais neseraMnl » point admis, n 11 résultait de celte défense que tout navire neutre qui entrait dans l'un des ports désignés par Vordrtdu coneetl, étailobligé d'y vendre sa cargaison, ou de la rem|>orler sans la vendre. Celte nouvelle entrave, mise A la navigation des neutres, leur fut très-préjudiciable, et toutefois elle n’avait point un caractère assez hostile pour rendre toute conciliation impossible avec Ici États- Unis. C'était cette double pensée qui avait présidé A la résolution du ministère. Aux yeux de l’administration qui va entrer en scène, les ménagements ne seront que do la faiblesse, cl tout sera porté A Pexlréme, mais la violence de scs actes ne sera peut-être pas désavantageuse A la France, parce qu'elle perpétuera les démêlés entre l'Angleterre et le gouvernement américain.
* Décret de Berlin pour le blocus continental.
POLITIQUE EXTÉIVIEURE.
Parmi toutes les administrations britanniques do 1799à Iditf, celle qui s'était formée sous la di* reclion de M. Fox et de lord Grenville, et qui. après la mort de Sf. Fox, subsista quelque temps sous la direction de lord Grenville et de lord Howick , est ainsi, malgré les torts qu'elle put avoir, la seule qui SC distingue par quelques traits auxquels toutes les nations puissent applaudir, f^s miiüslcres qui l'ont précédée et ceux qui la suivirent ont tous juré une guerre à mort à la France, tous appuyé le maintien des anciens abus , tous caressé les préventions du roi contre l’émancipation même graduelle des catholiques , tous grossi sans mesure la dette de l'État, et sacrifié aux passions du présent les destinées de l'avenir. Seule, cette administration d'un moment a été animée de sentiments de tolérance, et s'est fait un plan d'améliorations intérieures; seule elle ■ voulu mettre un terme aux prodigalités du trésor et cesser de payer les guerres continentales; seule elle a eu instantanément un désir sincère de la paix , et Napoléon a été fondé A dire que, si M. Fox eUt vécut quelques mois de plus, si du moins l'esprit de H. Fox eût continué à régner dans le cabinet , la paix eût été certaine.
Le nouveau ministère qui vient d'étre formé compte, parmi ses membres, les Canning, les Castlereagh, les Perceval. C’est la monnaie de H. Pilt, c'est M. Pitt , moins l'ascendaRt personnel de ce ministre. A dater de ce jour, la paix est pour longtemps impossible; on est revenu à une guerre d'exlerminalion ; l’Anglclerro , jusqu'à ce qu'elle voie son ennemi à ses pieds, est résolue à toujours coml*atlru; N<i|)olèu(i est cuiidainnéà toujours vaincre, h'il ccs&c de vaincre un seul jour, il sera perdu. La politique de N. Pitt aura triomphé ; mais, pour l'Angleterre elle-même, à quel prix t
Le parlement, quoique convoqué sous la dernière administration, ne larda pas à reconnaître I iiiQucnce du nouveau ministère. l4k proposition faite à la chambre des communes de proclamer ■ ses pnd'oiids regrets du changement qui avait « eu lieu , » y fut repoussée par une majorité de deux cent quarante-quatre voix contre cent quatre-vingt-dix-buit.
Comme le ministère s'élait retiré pour une qaestioo de droit constitutionnel, il s'ensuivait que le ministère nouveau avait immolé ce principe à son élévation. Une voix patriotique, celle de H. Brand, proposa de déclarer > qu'il était contraire au de- » voir des premiers serviteurs de la couronne de " s'interdire, par aucun engagement formel ou ta- » cite, la faculté d'offrir au roi les avis que la na-
tnre des circonstances peut rendre nécessaires n pour le bonheur et la sécurité de quelque partie » que ce soit des États de S. U. britannique. » Le
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débat fut animé. D'une part, on invoquait la prérogative royale; de l’autre, on demandait ce que devenait, avec do pareils engagements, la responsabilité ministérielle. L’opinion la plus générale de la nation n’était pas sur ce point favorable aux nouveaux ministres. Cependant la proposition fut rejetée, mais seulement à une majorité de vingtsix voix. La nouvelle administration comprit qu’elle ne pourrait pas se soutenir avec une majorité aussi faihle,et M. Canning n'hésita pas à menacer le parlement d'une prochaine dissolution. On commença par l'ajourner, et la dissolution fut en effet prononcée le i7 avril.
La chambre que vont produire les élections répondra mieux aux vues du ministère, et la première loi portée sera digne de tous deux. Du moment qu'on n'avait pas voulu attacher les catholiques au gouveriicnienl par une concession modérée qu'ils eussent regardée comme un important bienfait, il fallait s’armer contre eux de toutes les précautions que l'on prend contre des ennemis. De là le renouvellement de la loi , dite de rinâurrection d*trlande, avec addition de rigueurs nouvelles, telles que l'obligation pour chaque habitant de déclarer les armes qu'il possède, la défense de forger des piques, le droit de visites domiciliaires nocturnes, rétablissement de cours martiales , la suspension des lois civiles pour tout comté que le lord lieutenant déclarerait hor$ la paix du roi; enfin l'application à l’un des (rois royaumes soumis à S. H. britannique de toutes les mesures que le droit de conquête permet à peine au vainqueur dans un pays étranger.
Cette marche que suit à l'intérieur la nouvelle administration annonce asses celle qu'elle va suivre dans M politique au dehors. A peine entré en fonction , M. Canning commence par éluder ^ l'offre do médiation faite par la cour de Vienne; il s'empresse d’accéder à la convention signée à Bartenstein entre la Prusse et la Russie et, en opposition au système du ministère précédent, qui s'élait refuse à faire des expéditions dans le Nord comme A fournir de nouveaux subsides, il signe des traités par lesquels il promet des secours en hommes et en argent. Par une première convention, conclue le 17 juin avec la Suède, le roi d’Angleterre s’engage à faire soutenir S. M. suédoise par un corps de vingt mille hommes en infanterie, cavalerie cl artillerie, et à faire passer ce corps le plus tôt possible dans l’ile de Rûgen , pour agir , sous les ordres de ce prince, contre l’aile gauche de l'armée française. Une seconde convention, dn 23, renouvelle entre les deux puissances les traités
' Réponse du SS mari.