‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 298 sur 298 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

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potenlialre part, el les Français, que la Prusse Tient de sommer d'évacuer PAllemagne, marchent à la rencontre de cette puissance.

Deux batailles en un jour, léna cl Auerslacdl, ont vu tomber l'armée prussienne, el, avec elle. la inonarcliie de Frédéric II. Places fortes, citadelles, corps (t’armée épars en pleine campagne, tout capitule. I#es capitulations autrichiennes de 1805, tant insultées en Prusse, sont, en 1806, dépassées parles capitulations prussiennes.

Napoléon esté Derlin; il y marque son séjour par la mesure la plus terrible qui ait jamais été prise contre l'Angleterre, le blocus continental. l*our une suspension d'armes, comme pour la paix même, les négociations avec la Prusse ont échoué, L'armée française entre en Pologne ; elle traverse Varsovie, balles Busses à Pultusk etÂGoIymin, reste mailrcsse du champ de bataille d'Eylau et prend ses quartiers d'hiver.

La Pologne tout entière aurait pu courir aux armes, si Napoléon eût voulu l'y appeler. Napoléon s'abstient d’encourager une ardeur imprudente qui, en le servant, pourrait ne préparer qu’un redoublement de soutTrance aux provinces soumises à la domination autrichienne ou russe. Des députés de ces provinces lui offrent leur dévouement et leun bras. C’est lui qui les refuse, c'est lui qui les met en garde contre les périls auxquels ils s'exposent el dont il n'a pas la certitude de pouvoir leur épargner les suites. Quant aux provinces polonaises dépendantes de la Prusse, sa résolution est différente. Celles-là, il les organise, il accepte leur coopération, parce qu'avec l'intention de lesalTranchir il croit en avoir la possibilité

Dans les derniers mois de 18U6, une armée russe a envahi les principautés de .Moldavie et de Valachie. La guerre a été déclarée à la Russie par la PorlcOllomane.

liCS Anglais ont appuyé les Russes. Le divan, au commencement de 1807 , a de même déclaré la guerre aux Anglais. Une Oolte britannique a menacé Constantinople ; elle a été obligée de repasser les Dardanelles. L'Angleterre fait une descente en Égypte d'où clic est bientél chassée. Napoléon a conclu sous sa (ente des alliances avec les ambassadeurs de Turquie et de Perse.

DanUig a succombé; la campagne vient de se rouvrir. Heil&bcrg cl Friedland ont été pour Par-

* Lci Polonais eux-métnes, éclairés sur les obstscles qui s'opposent à l'eniiére recomposiiion de leur aneienne rxistcnee, savaient gré k Napoléon de ce qu'il •lirait voulu Faire, tout en s’affligeant qu'il ne ht pas ee qu'ils auraient désiré. Aussi lui resleroni-ils inviolahlemeni attaehés jusqu'il son dernier jour. « Bien diF-

mée russe ce qu'ont clé Icna et Auerslaedt pour l'armée prussienne. Des paroles de paix ont été j portées; la paix a été faite au moment où les deux empereurs se sont embrassés au milieu du Niémen;

‘ et ce n'est pas la paix seulement qu'a produite leur ' entrevue, c'est une alliance.

I Non contente de rejeter la médiation de la Rus- ' sic, l'Angleterre bombarde Copenhague et enlève ' la flotte danoise. I^a Russie déclare tous rapports I rompus entre elle el l’Anglelerrc. Par l'union de la Russie à la France et par l'influence de cette j union, l'Angleterre se trouve repoussée de tous les I ports du continent. Là est. selon moi, le point cul- I minant de la puissance de Napoléon. Ses possessions s'étendront encore; sa véritable force ne s'accroîtra plus.

Il en est de même de son autorité en France. Éblouie de sa gloire au dehors, de l'importance de I ses travaux au dedans, la Francese livre sans ré- I serve à un pouvoir qu'elle ne limite plus et qui ne , sait pas se limiter lui-inémc. Tout lui est dévoué I par enthousiasme, par intérêt ou nécessité. Les entraves constitutionnelles, dont le maintien eût été I un bicnfail pour lui-méme, ont cédé i son esprit dominateur; scs volontés n'ont plus d'obstacles à I craindre.

I Déjà sa dynastie tient une grande place dans I les annuaires européens. Trois de ses frères sont I rois; ses beaux-frères grands-ducs ou princes. Des I mariages ont joint sa famille aux maisons de Ba- ' vière, de Bade et de Wirtemborg. Si une autre al- ! liancc, plus cclaUnle encore, n'a lieu que plus lard, dès Tüsitl elle est possible, j Que devient cependant l’hérilter des anciens rois i de France? J.'Angleterrc elle-méinc n'ose plus le reconnaître.

j Jamais monarque ou citoyen, prince nouveau I ou souverain héréditaire, soit dans ranliquilé, soit I dans les temps modernes, n’a exercé une aussi I vaste influence que Napoléon, et surtout une iii- I fluence qui fût, à l'instar de la sienne, le produit de ses actes comme politique et comme guerrier. De quels éléments était composé le monde soumis par Alexandre, comparativement avec ceux dont se forme l’Kurope actuelle? Qu’étaient les empires d'Asie et leurs moyens de résistance, mis en imrallèlc avec les monarchies de l’russe, de Russie et d'Autriche? Quanta César, qui ne fil qu'une guerre

« férenis en r«la de cea peuples iransfiiget qui insuliè- • renl plus lard au eoloue toml>é, les Polonais, dit ■ l’kâtUfrieH d^g légion» polonaûft em A/. LéomorH

I « Ckodtko, succotubcruol en rangs serrés autour do c« I • drapeau qu’ils ont juré de déFendre. »

POLITIQUE INTÉRIEURE ET POLITIQUE EXTÉRIEURE

pour Rome et dont la principale gloire fut de vaincre dans les guerres civiles, quel avantage, sous ce rapport seul, n'a pas sur lui Napoléon dont tous les triomphes furent obtenus sur l'ennemi étranger? Dans des siècles moins éloignés, pour dominer l'Europe, fallut-il autant de génie à Charlemagne et à Charles Quinl? Considéré en 1807, Napoléon s'élève comme le plus éclatant de ces phares animés que la Providence fait briller de loin en loin sur l'Océan des âges, pour montrer de quels prodiges est capable le développement le plus complet de l'intelligence humaine, secondé dans son action de toute la faveur de la fortune.' Ces phénomènes de grandeur et de puissance portent-ils avec eux le bonheur pour les peuples? Le bonheur ? Non, mais ils donnent à l’ordre social des secousses qui ne sont pas sans résultat utile pour l’humanitc. Jusqu'à présent, les efforts qu’a faits Napoléon, même au milieu de la guerre, pour ouvrir à la nation française toutes les sources de richesse et de prospérité domestiques, rendent l'opinion indulgente envers lui. Non-seulement, dans le cours de scs campagnes , malgré son éloignement de la France , sa pensée vivifiante se révèle et agit sur tous les points de l'intérieur, mais le commerce, l'industrie s'élancent à la suite de scs armées et vont recueillir une part de ses conquêtes. En fa- ,vcur du bien qu'il aura voulu, on lui pardonnera longtemps le mal qu'il aura fait. Au moment de la paix de Tilsitt, le mal qu’il a pu déjà faire est oublié, comme s'il eût été un moyen indispensable pour arriver au point où l’on est parvenu , et il n'est pas d'espérance que ne permette l’avenir.

Jusqu’à présent, le rôle de l’historien a été en général doux, heureux et brillant; chaque année, désormais, sa tâche va devenir plus pénible. Tootefois nous devons faire ici une observation qui, peut-être, eût été mieux placée au commencement de notre travail : elle porte sur un penchant honorable du caractère français contre lequel il est à désirer que le lecteur se tienne en garde, s'il ne veut s'égarer dans ses Jugements. Ce n'est pas à la France que l’on peut reprocher l'égoisme comme nation. Jamais peuple ne fit si bon marché de luiniéme à l'amour-propre étranger que le peuple français. C'est parmi nous une habitude généreuse, désintéressée, héroïque même, si l’on veut, mais très-impolitique, car on en profite à notre désavantage, de tout pardonner aux puissances étrangères, de permettre à leur ambition l’essor le plus illimité, d’admettre comme légitimes leurs plus coupables usurpations, tandis que nous condamnons pour nous, pour notre gouvernement, ce que nous approuvons pour les autres. .

Dès longtemps tout équilibre a été rompu en Europe. Les puissances de premier ordre n’ont point d’autre idée que des idées d'agrandissement. Lorsqu’elles se sont armées nominalement contre la révolution française, elles se sont armées en effet pour conquérir.

A Valenciennes, à Condé, l'Autriche en a-t-elle fait mystère? plus tard, elle ne dissimule pas que son principal objet dans la guerre est la possession de l'Italie.

Toulon , Quiberon , crient assez haut que détruire notre marine est la constante pensée de l'Angleterre. Est- ce pour l'équilibre européen qu'elle exécute ou tente des conquêtes aux Antilles, dans l'Inde, en Afrique et dans l'Amérique méridionale?

Chaque jour la Russie s'étend aux dépens de la Turquie et de la Perse.

Les empiétements, les spoliations auxquels se livrent CCS cabinets, notre indulgence les considère comme les effets tout n.iturcis d'une politique juste et bien entendue. C'est pour nous-mêmes que nous réservons toute notre sévérité.

Que notre gouvernement, qui n'a conquis du territoire étranger qu'en repoussant l'invasion de notre propre sol, retienne, pour prix des victoires qu’on l'a contraint de remporter, la dixième partie de ce qui a été occupé par ses armes; qu’il se venge de la première coalition en se donnant la Belgique et la rive gauche du Rhin; de la seconde, en gardant le Piémont; de la troisième, en plaçant dans son système fédératif Naples cl Venise; de la quatrième, en réduisant la monarchie prussienne, c’est lui qu’on accuse d’immodéralion , lorsque , même avant la guerre de 1803, dans le désir d'assurer la paix du continent, en offrant son alliance à la Prusse , il lui proposait d'établir pour condition fondamentale qu’en cas de guerre « aucun i> État ne serait incorporé ni à l'empire français ni n au royaume d’Italie. »

Quand l'Angleterre, la Russie et l'Autriche sont lancées dans le vague d'une extension perpétuelle, la France, appelée par elles sur le champ de bataille, peut-elle rester une puissance circonscrite? Est-il en son pouvoir d'avoir une limite fixe, quand les autres n'en ont pas ; lorsque , le lendemain de la paix, on lui conteste de nouveau la frontière que les traités lui ont assurée la veille? L’Angleterre, l'Autriche, la Russie et la France sont donc des puissances également dépourvues de barrières, des puissances également envahissantes. A la fin de chaque guerre, on ne fait que marquer le poiit^ d'où partira la guerre prochaine, et chacune le marque le plus loin qu'elle peut sur le terrain de l'ennemi.

ClJAHrUE LXXIV.

Ce n>st pal la France, ce n'cst pas Napoléon qui a donné cet exemple. Le fruit de nos premières ratnpagnes n'arait fait que nous rendre, dans l’ordre européen, la part de prépondérance que nous avions perdue par le partage de la Pologne. Loin de nous laisser cette compensation, jamais l'Anglelrrrc n'a donné une sanction déüoilivc i l'acquisition de la Belgique par la France. Lorsque Rome et Hambourg étaient des villes françaises, c'était encore pour la Belgique que Napoléon avait à combattre contre l’Angleterre. Tranchons la question d'un seni mot, en portant nos regards vers les temps qui vont suivre. Cet lionimc qui, à en croire ses ennemis , était le néaii du monde, Napoléon a succombé. Qu'ont fait les héritiers de sa supréimitie, ces amis du genre humain, ces vengeurs des droits des nations et de l'indépendance des gouvernements? Le monde sans doute est libre par eux? Us l'ont partagé >.

Ici se termine la partie de mon ouvrage dont la publication a été annoncée; mais, sans anticiper sur l'avenir, il est un fait actuel que je dois constater. C'est a 1807 qu'appartient le germe d’oii sortira la perte de Napoléon.

Pour forcer l'Angleterre à la paix conrormément â raliiancc de Tilsilt, la Russie doit agir contre la Suède; la Praiice, contre le Portugal; ou, pour traduire plus largement la pensée des deux empereurs, la Russie laisse à Napoléon pleine liberté d'action sur le midi de l’Europe; la France laisse à l'empereur Alexandre une égale liberté dans le Nord, en ce qui concerne la Suède, et de plus il lui fait espérer une certaine tolérance du côté de la Turquie. El» conséquence de ces concessions réciproques, la France se trouvera engagée dans l’horrible guerre d'Espagne; la Russie, dans une guerre dont les dangers seront insignifiants, les résultats certains, l'avantage immense et immédiat, l'acquisition de la Finlande. La France pensera qu’une si belle acquisition doit sullire à la Russie. Alexandre ne s'en contentera pas.

t'ii moment. Napoléon a admis la possibilité d'un partage éventuel de l'empire ottoman. Dans l'éventualité, l’empereur Alexandre a voulu voir une certitude. Aussi le partage ne cessera-t-il d'étre réclamé par ce prince. Napoléon s'y refusera par un double motif. Il le repoussera, sous le point de vue politique, parce que le lot de la France, quelque magnifique qu’il fût, serait toujours une source d'embarras et de dangers, tandis que celui de la Russie serait tout en réalités et en valeurs positives. Il le repoussera, sous te point de vue militaire, parce

' Le* faits ont déji fait voir si le partage était dêfiniiif.

qu'il regarde l’empire turc comme un marais qui empêche la Russie de le déborder par sa droite. De là refroidissenictil graduel entre les deux empereurs. Ainsi Napoléon, après une déviation passagère, revient au système fondamental du cabinet de Versailles, système qui est celui de toutes les grandes puissances et aussi de quelques puissances de second ordre. Peul être tnéiiie le système auquel il se dévoue csl-il d'un intérêt moins vif, moins prochain pour lui que pour l’Angleterre, sa perpétuelle ennemie; pour l’Autriche, son ennemie iiilerrnittcnte; pour la Prusse, qu'il vient de combattre; pour la Suède, qu'il combat encore. Aux yeux de la vieille politique des cabinets, il est amplement justifié, trop bien justifié peut-être, car le cours du temps qui révèle la vanité des calculs humains, nous montre déjà, sous unjour nouveau, la politique à laquelle on attachait une si hatife importance. Aujourd'hui , à vingt années seulement de distance, l'extension de la Russie vers Constantinople, l’occupation même de Constantinople par la Russie, ainsi qu<% dés TilsitI, Alexandre en formait la demande à Napoléon, pourraient encore être une calamité pour l’Anglelerre et pour l'Autriche, mais on ne lient plus pour démontré que c'en fut une egalement pour le reste de l'Eun»pc, et particulièrement pour la France. C'est toutefois à celte prévenliuii du temps que l'empereur Napoléon a, sans te prévoir, lié sa destinée. C’est d'une opinion antérieurement établie, opinion plus ou moins juste en cllc-mémc, cl dont ta sagesse est depuis devenue problématique, qu'il va faire dépendre, en la suulciianl avee trop de fermeté, le sort de son propre empire. Un jour, on attribuera sa chute à singt causes dÜTéretiles, à des causes materielles ou murales, cumm^la guerre d'Espagne cl la compression des idées libérales en France. Sans examiner la part de concours accessoire que chacune de ces causes a pu exercer sur le renversement du gouvernement impérial, il est une cause première qui, d'un aveu unanime, a développé ou fortifié toutes les autres, c'est la guerre de Russie. Or, la guerre de Russie a eu. ce que généralement on ignore, sa véritable racine dans la question turque. De celte question est né le dissentiment qui s'est graduellement fait sentir entre les cabinets de Paris et de Pétersbourg, et, dans la rupture que ce dissentiment a produite, se trouve le principe décisif de la ruine do Napoléon. Il en résulte qu'en dépit de tous ses torts sous d'autres points de vue, en dépit de ses erreurs, de ses fautes, c'est à des idées saines ou réputées telles qu'il faut faire remonter l'origine de sa perle. Deux idées principales ont notoirement dominé sa politique, l'une des le jour de son avènement au pou-

I*OLITK>CE INTÉniEURE ET POLITIQUE EXTÉUIEUnE.

voir, l’autre plus particulièrement depuis 1807. Dans sa lutte pour le trioiiiplie de la première , la répression du despotisme maritime de l’Angle- j terre, il était te dèrenscur des droits de tous les ’ peuples, le champion du genre humain. Dans son attacheineiil à la seconde, la protection de la Tur*

quic.il se dévouait pour le maintien d’un système considéré alors comme étant d'un intérêt européen. Ainsi en réalité il périra pour n’avoir pas voulu sacrif)cr aux Anglais la liberté des mers; Il périra pour n'avoir pas voulu sacrifier à la Russie l’existence ni même l’intégralité de l’empire ottoman.

FIN DF. LA PnFJUIÈRE ÉPOQUE.

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