‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 297 sur 298 · IÎ · texte numérisé non relu

IÎ

ClIAI’iTRE I.XXIV.

n la Grande-Bretagne et la Russie, et noinniéinenl » la convention faite en 1801, le 5 — 17 du mois de » juin.

» Il proclame de nouveau les principes de la <> neutralité armée, ce monument de la sagesse de » Gatlicrinc , et s’engage à ne jamais déroger à ce >■ système.

n 11 demande à rAiiglctcrrc de satisfaire complét> tement ses sujets sur toutes leurs justes réclama- X tions de bâtiments et de marchandises, saisis ou !• retenus contre la teneur expresse des traités con- » dus sous son propre règne.

» L’empereur prévient que rien ne sera rétabli >< entre la Russie et l’Angleterre que celle-ci n’ait » satisfait le Danemark.

» 1/ empereur s’attend à ce que S. M. B., au lieu » de permettre à scs ministres, comme elle vient » de le faire, de répandre de nouveau les germes » de la guerre , n’écoutant que sa propre sensibi- » lité, SC prêtera à conclure la paix avec S. M. » l'empereur des Français, ce qui étendrait, pour :> ainsi dire, à toute la terre le bienfait inapprécia- » bic de la paix.

» Lorsque rempereur sera satisfait sur tous les X points qui précèdent et nommément sur celui » de la paix entre la France et l'Angleterre, sans !• laquelle aucune partie de l'Europe ne peut pas n SC promettre une véritable tranquillité, S. M. I. » reprendra alors volontiers avec la Grande-Brc- >• tagne des relations d'amitié que, dans l’état de X juste mécontentement où l’empereur devait être, n il a peut-être conservées trop longtemps, x

Cette déclaration me semble importante, non pas seulement comme justillcalion de la conduite de la Russie, mais comme expression commune des reproches que toutes les puissances du continent avaient droit de faire à l’Angleterre.

Du côté de l’empereur Alexandre, tous les engagements de Tilsitt ont été exactement remplis ; ils ont même été surpassés. Ce prince a fait plus qu’il n’avait promis, il a devancé d'un mois l’époque où il devait se déclarer contre le gouvernement anglais. En échange de sa franche association aux vues de la France sous ce rapport, il désire d’elle quelque complaisance au sujet des provinces turques. Le général Savary ayant dù demander l’évacuation de ces provinces, l’empereur, sans exprimer un refus, cherche du moins à gagner du temps; il allègue que la convention du ii août renferme deux articles offensants pour la Russie; il veut absolument qu’elle suit modiliée. L'honneur de la Russie, l'honneur d'un allié comme Alexandre, tie saurait être indifférent à l’empereur Napoléon. Celui-ci ne s’oppose à aucune des modiGcations propres à satisfaire la susceptibilité la plus om-

brageuse, mais cette délicatesse tardive du cabinet I de Pétersbourg n'était évidemment qu’un prétexte pour ajourner toute détermination Anale sur cet objet. EnGn .Alexandre, s’expliquant avec plus d’abandon, rappelle Tilsitt, et les projets et les conversations où il avait vu d’autres chances. Plus d’une fois Napoléoti avait dit u qu'il ne tenait point » à l'évacuation des principautés ; qu’on la traliie- X rait en longueur, x Alexandre fait sentir que l'évacuation des provinces turques par ses troupes ferait jeter les hauts cris a scs sujets qui souffrent et surtout à ceux qui blâment scs liaisons avec la France. La situation de ce prince avec sa nation est effectivement très-délicate. Napoléon le juge bien. Homme d’État et homme privé, il sent l'obligation de se résigner à quelques tempéraments; mais cependant il se garde de rien préjuger contre la Porte- Ottomane. Le dernier mot, le mut capital des conférences de Tilsitt a été qu’il ne serait pris aucun parti envers cette puissance que de concert entre les deux empereurs, et qu’en aucun cas ils n'agiraient l'un tans l’autre. Ce dernier mot est une ressource; on échappe à la difficulté par son ajournement.

A l’égard des autres questions , on est parfaitement d’accord. A peine une alliance a été conclue entre la France et le Danemark qu’elle a été communiquée à la Russie. Cette alliance sera temporaire. Elle est uniquement dirigée contre l’Angleterre. U Ce n’est qu’avec la Russie que Napoléon X veut une alliance éternelle et contre tout en- » nemi. » Relativement à la Suède, à qui doivent être adressées des propositions pour la déterminer à faire cause commune avec la Russie et la France, l’empereur Napoléon s’en remet à ce que fera l’einpcrcur Alexandre; il approuvera tout, ratiGera tout. Alexandre laisse la même liberté à Napoléon en ce qui concerne le Portugal.

L’empereur Alexandre n’est pas seulement Adèle allié, il est ami sincère, u Je ne veux pas, disait-il X un jour à M. Lesseps, que l’empereur puisse me X reprocher de lui avoir rien caché et qu’on puisse X proAter même d'une chose de peu d’importance

X pour le refroidir à mon égard En mai der-

X nier, le roi de Suède m’écrivit pour m’engager à X déterminer le comte de Lille à se rendre à Stock- X holm. Je me bornai à lui envoyer cette lettre à n Mittau, sans lui donner aucun conseil. Je ne me X suis plus occupé de cela et je n’y pensais plus , X lorsque hier je reçus un courrier de mon gouver- X ncur de Mittau qui m’annonçait que le comte de X Lille se disposait à s’embarquer pour la Suède. X J'ai aussitôt répondu qu'il n’était pas mon pri- X sonnier, que je lui avais offert l’hospitalité et que, K Sicile lui devenait. à charge, il lui était libre de la

POUTIQUfc INTÉUIELRK ET POLITII^UE EXTÉRIEURE.

U chercher ailleun:. D'après cela je pense qu'il s'en » ira ; mais ce qui me ferait la plus vive peine, ce a serait que l'cmiiereur crût que j'y suis pour quel- » que chose...» l/empereur Mexaiidrediten outre à M . I.csseps que le comte de Lille l’avait plusieurs fuis sollicite de le reconnalire, mais qu'il s'y était toujours refusé, « persuadé que cos prétendants K ne remonteraient ^ jamais sur le trOne. » Ainsi jufçont tes hommes. Ainsi la possibilité du rétablissement dos Bourbons est maintenant une chimère aux yeux de la Russie, aux yeux de toute l’Europe, moins le roi de Suède , car elle est une chimère même aux yeux du gouvernement anglais.

Après la paix de Tîtsitl, lorsqu'une alliance imprévue a réuni Alexandre et Napoléon, S. M. Louis XVIM n'a pas jugé que les convenances lui permissent de rester plus longtemps dans les Étals d'un prince devenu l'allié de celui qu'il regarde comme l'usurpateur de son héritage. Il s'est embarqué pour la Suède avec le duc d'Angouléme, et s’est rendu à Gothembourg où l'attendait le duc de Berry. Une frégate , ta Fraxa , a été mise à sa disposition pour le conduire en Angleterre. Sans doute l'Angleterre est pour lui un refuge toujours ouvert, un territoire allié où vivent encore ses droits méconnus ailleurs; il le croit, il doit le croire, et il se trompe. L’Angleterre elle -même a cessé d’étreinaccessibleà la considération de la puissance française. La nécessité de ménagements éventuels pour Napoléon s’est fait sentir jusque dans ce pays qui, après lui avoir juré une guerre à mort, semble craindre de ne pouvoir tenir son sermcni. Pour éviter de rendre la paix à jamais impossible, le cabinet britannique, et quel cabinet! relui qui se compose des (^asllcreagli. des Pcrceval et des Canning, a peur de voir s'élever la maison de Rourbon comme un obstacle entre l’empereur et lui! Sur l'avis des intentions de S. M. Louis XVTll, il a élé décidé que ce prince irait habiter l'Écosse, et on fait préparer le château de //ofx-ftoed pour le recevoir. L’ordre a été donné dans les ports pour que la frégate ta /'rqra allât mouiller à Leith. Là débarquera le coinle de I.ille. Là des commissaires sont proposés pour l'accompagner à Édimbniirg.

Au moment où la frégate suédoise touchait les côtes d'Angleterre, les ordres du ministère sont cuminuniqués à Louis XVIII. Ce prince sent vivement combien cette espèce d'exil en Écosse peut ' nuire à sa position. Éclairé sur scs intérêts et ferme dans le malheur, il refuse d'aller débarquer au lieu qu'on lui assigne. S'il vient en Angleterre, ce n'est point comme un fugitif qui demande un asile; H

' L'emprreur Alexandre linl le tuêrae langage an général Savary. A/^motrpi, tome III, page 157.

en avait un en Russie. uSon voyage est d'une naît turc entièrement politique; il a uniquement pour » objet ses intérêts comme roi de France; il retour- » nora en Russie plutôt que d'aller en Écosse ou » d'être traité autrement que comme un souverain » qui vient réclamer l'aide de la Grande- Brcla- » gne. I» Rien de plus honorable que la conduite du roi. I/infortuiie ainsi soutenue est une épreuve glorieuse qui ap|>ellc le retour de la prospérité. L'ciat présent de l'Europe et de l'Angleterre ne permet pas aux ministres d'accéder aux prétentions de ce prince. L'inlérét du pays, leur propre intérêt leur imposent d'autres devoirs. » Si le chef de la fa- » mille des Bourbons, disent-ils, consent à vivre » parmi nous d'une manière conforme à sa silua- » tion actuelle, U y trouvera un asile convenable » et sûr; mais nous connaissons trop la nécessité » d'avoir, pour la guerre dans laquelle nous som- N mes engagés, l'appui unanime du peuple anglais, n pour compromettre la popularité qui jusqu’à ce I» jour a accon)pagnè celte guerre; ce serait la com- I» promettre que de prendre imprudemment un I» parti qui y donnerait un nouveau caractère et » découragerait la nation. La situation delà France » et du continent présente-t-elle aujourd'hui plus » de chances pour le rétablissement des Bourbons » qu'à toute autre époque de cette guerre révolu- » lionnaire que nous soutenons depuis tant d'ann nées? L'Angleterre a-t-elle lieu d'attendre qu'elle » sera mieux secondée maintenant par l'Europe » qu'elle ne l'a été jusqu'ici? Au contraire, la sou- » mission presque entière du continent êanctionne » en quelque $orle Contre de chosee qui eritte en » France. Certes, le moment d’abamlomicr une » politique prévoyante et sage ne serait pas beu- !» reusement choisi.

» En rccuniiaissant Louis XVIll, nous offririons » aux ennemis du gouvernement une l>elle occa* » sion de l'accuser d'introduire des intérêts êiran- » gers dans une guerre dont la physionomie est N purement britannique. » Ce langage dut assurément être pénible pour un prince qui aimait à nourrir de meilleures espérances, mais la réserve que se prescrivait le ministère anglais était un devoir de sa position. Quant à la question du pays où s'établirait S. N. Louis XVIll, on leva la diflicullé par une sorte de transaction. I.e roi persistant dans son refus d'aller en Écosse, on lui permit de débarquer à Yarmouth. Sur rinvitation du duc de Buckingham, il se rendit h l'ancienne habitation de Go$tfielil‘HoU dans le comté d’Essex. Quelques années après, il ira s'établir dans riiuuible rctrailr d'MartwelL Là , un esprit éclairé, une âme asset généreuse (>our adopter en pensée la gloire de ceüc France que sa famille ne gouverne plus, une rai-

CnAPlTflE I.XXIV.

son assez vaste et assez pénétranle pour voir, dans l'excès même des prospérités de Napoléon, un pré* sage de revers plus ou moins certains, mais pres> que infaillibles, qui amèneraient des chances de I restauration pour la dynastie exilée , une douce | philosophie, des goûts littéraires et la société d'une i nièce, formée à l'école du malheur, dont la vertu ' courageuse ornait sa rao^leste cour, tous ces biens précieux que le sort n'avait pu lui ravir, composèrent pour S. BI. IjOuis XVlll une de ces existences d’expcclalive qui, malgré rinfurlunc présente, ne sont point sans agrément et sans charme. C'est de là qu'il partira, en 1814, pour remonter sur le trûne de scs aïeux; mais, en 1807, lorsque le chef de la maison de Bourbon était obligé d'arracher au gouvernement anglais, comme une faveur singulière, l'autorisalion de résider sur le sol de l'Angleterre, au lieu d’aller habiter l'Écossc, qui, hors le roi de Suède, hors ce prince téméraire qu'attend lui-meme une déposition prochaine, aurait pu croire à la chute si peu éloignée de Napoléon, au rélahlissemcnl des Bourbons * dans un temps aussi voisin? C'est une sorte de jusliflcalion de l'idée admise chez certains peuples que le don de prédire est un privilège de la folie

f/époque de la rupture de la Russie avec l'Angle* terre, cette époque où le continent tout entier sc trouve associé 4 lu France contre le seul des ennemis qu’elle n'ait pas vaincu, où la France est exempte encore des embarras que lui suscitera plus tard la guerre d'F.spagne, cette époque est, selon moi, la plus belle du règne de Napoléon. Comme un voyageur arrivé au point le plus élevé de sa course aime à jeter un regard en arrière pourjuger dans son ensemble retendue du terrain qu'il a par couru, c'est un besoin pour moi aujourd’hui de reporter un coup d'œil sur notre point de départ, et <lc réunir en un faisceau ’ tous les faits intermediaires dont est sorti le colosse actuel de la grandeur française.

Au 18 brumaire, un coup d'étal pouvait seul

' Le dévouement le plu* ferme avait lui-même perdu Tespéranre. t.a toute - puissance de la fortune avait vaincu juaqii'aii royaliame de la Vendée. Madame de Boocharap, dont le nom rappelle toutes les touffrancea des guerres civiles et te courage d'une générosité si rare, dan* ce* guerre*, envers les vaincu*, avait été présentée aux Ttiilcrirs 1 l'empereur Napoléon qui lui avait accordé une pension de six mille franc*. Etait-il autorisé à se croire fiolidcmeni affermi sur le Irène ce chef d'une famille nouvelle qui se sentait assez fort pour honorer et récompenser la Bdélité k l'aneienne dynastie!

* Rien de plus juste que te jugement porté sur Gustave IV par S. M. Louis XVlll. Après avoir témoigné

arracher la France i l'anarchie. Le général Bonaparte a dil l’oser; la France a dù l'en absoudre. La veille, tout était confusion, dénùment, misère et effroi. Le lendemain, tout était espérance, et l’espérance eut bientôt ses réalités; des lois odieuses, abolies; les proscrits de fructidor, rappelés; la liste des émigrés, close ; la liberté des cultes, en pralique; la nouvelle et l'ancienne France réconciliées par des honneurs rendus en même temps 4 la mémoire des généraux républicains et à la mémoire de Condé et de Turenne.

Créé premier consul, le général Bonaparte réorganise l'administration civile et militaire; il porte la lumière dans le chaos des (Inances, établit une banquecl fonde une caissed'amorlissemenl. Comme Henri IV, il éteint les torches de la guerre civile, force à {‘union les divers partis, et oblige à servir sous le même drapeau toutes les notabilités de mérite, de talent et de probité, qui jusqu'alors avaient suivi des bannières rivales ou même ennemies.

I.a situation de la France avec l'Europe a flxé toute son attention. Il offre la paix à l'Angleterre et à l'Autriche; il s'assure de la neutralité de la Prusse; il regagne l’alTcction des neutres en levant l'embargo mis sur leurs bâtiments dans les ports français ; il allège le joug imposé aux États dépendants de la France : l'Espagne, la Suisse et la Hollande. Son nom seul influe sur l'élection d'un pape.

liO paix qu’il propose a été rejetée; il ne lai reste qu'à la conquérir. Il donne à Moreau cent vingt mille hommes cl en garde pour lui soixante mille. Il avait annoncé à l'Kuropc une armée de réserve; l'Europe refuse de croire à l'existence de cette armée. Une nouvelle route s'ouvre pour elle A travers les Alpes. Bonaparte a franchi le Saint-Bernard; il est 4 Milan quand le commandant en chef de rarméeaulrichienne menace encore la Provence; il triomphe 4 Harengo , et douze places fortes lui sont livrées par une seule bataille. Un plénipotentiaire autrichien signe des préliminaires de paix que sa cour refuse de ralifler. Il faut de nouveau

que, s'il s'affligeait de la dêpoaiiiun de ce prioee, il nVs était point surpris, Louis XVlll disait dans une leitrc ronfidentiellc : « Gardez-vous de rroire que je

• veiiille l'arciiser de démence, mais nVst pas fou qui

• ne raisonne point, lotarl, sublime dans loua aes prin- » cipea d'honneur et de vertu , il n'est malheureuse-

• ment pas si bien partagé du côté de* idées... Jamais, B je le prédis, il ne remontera sur son trône. •

* Après huit années si pleines de bits, si riches <févéoemcolB, il nous a semblé qu'une dizaine de pages, ronsacrées h en offrir une récapitulation aommiire. ne sérail pas un hors-d'auvre. C'est un travail que le lecteur fait ordinairement iui-mén>e. Il nous saura gré peni-êirr de le lai avoir épargné.

rOMTIQUE INTÉRIEURE ET POIJTIÇI'E EXTÉRIEURE.

combattre. Horcau répond i l’appel de Narengo parla victoire de Hohenlinden. Les bases de négociations voulues par la France sont admises. I/une de ces bases change la face de l’Allemagne. L’Adige devient la frontière de la république Cisal* pine. frontière de la France, tracée à Uampo- Formio, est élargie et régularisée par le traité de Lunéville.

Cependant le premier consul a , quelques mois auparavant, conclu avec les Élals-Unis d’Amérique un traité où il a fait revivre les principes de neutralité maritime de 1780. Au même instant une heureuse coïncidence lui assure, pour la défense de ces principes, un puissant auxiliaire. Dégoûté de l'alliance de l'Angleterre, Paul l*' les invoque comme le premier consul, et il appelle à les faire prévaloir avec lui la Prusse, la Suède et le Danemark. Paul est capable d'exaltation en sens divers. Le premier consul parle à son âme chevaleresque par un noble procédé : le renvoi spontané des prisonniers russes qui sont en France. Paul est promp- ‘ Icnienl subjugué : ces deux caractères énergiques s'entendent. La Prusse, qui veut maîtriser leur action, se trouve pressée entre eux et forcée de leur obéir; un traité de confédération est signé entre les quatre puissances du Nord ; un embargo générai est mis sur les bâtiments anglais; un sé' queslre général sur les propriétés anglaises; le Hanovre est occupé; l’Elbe, l’Ems et le Wéscr, tous les ports danois, suédois et prussiens sont fermés à la navigation anglaise; l'entrée de la Baltique allait lui être pareillement interdite ; mais par la négligence de la Suède, une flotte anglaise a franchi le Sund et bombardé Copenhague. Paul 1'' meurt. L'assassinat de ce prince dissout la confédération du Nord.

Privé de ce grand .vppui, le premier consul poursuit seul sa lutte contre l'Angleterre. Libre envers l'empereur Alexandre des ménagements qu'il s'imposait envers Paul, il déclare le Piémont division militaire française. Pour se procurer des moyens de compensation avec le gouvernement anglais, il fait attaquer le Portugal par l'Espagne, refuse de ratifier un traité insuRisant signé à Radajox, et ratifie un traité plus avantageux signé à Madrid, qui donne une extension de territoire à la Guyane française.

Le projet d'une descente en Angleterre n'est encore qu'une menace, mais la menace est déjà inquiétante. La situation intérieure de l'Angleterre est pénible. Entre M. Pilt et le premier consul la paix serait difficile; M. Pitl donne sa démission : une négociation s'ouvre, des préliminaires de paix sont signés ; de toutes ses conquêtes, l'Angleterre ne garde qne Ceylan dans les Indes orientales, et

la Trinité en Amérique. L'état du continent est approuvé d'une manière formelle ou implicite. Au même moment, le premier consul signe la paix avec la Porte-Ottomane ; peu de jours après, avec la Russie; il n'est plus une seule puissance par qui la république française n'ait été reconnue ; mais avec la Russie, le traité de paix qu'a signé le premier consul est presque un traite d'alliance. Par une convention secrète, les chefs des deux Élals SC lient pour exercer en commun une sorte de die* tature sur le continent ; ils se promettent de régler ensemble les affaires d'Allemagne, les affaires d'Ilalie, et ce qui, pour la France, est le plus important, «I de rétablir un juste équilibre dam ht difn férenht parltet du monde et d'atturer la liberté v det mert. <•

Dans l'intervalle de la signature des préliminaires de paix avec l'Angleterre à la signature du traité définitif, la France n'est pas demeurée stationnaire. Son état intérieur s’est amélioré; son ‘ état politique s'est agrandi. Une consulte de la république Cisalpine, assemblée à Lyon, a proclamé le premier consul comme son président, et cette république, comme république ftalienne. l.a Prusse applaudit à ce changement ; la Russie y ad hère; l'Autriche ne l'improuvc que par son silence; l'Angleterre le sanctionne en signant, deux mois après, le traité d'Amiens.

D’après ce traité, l'ilc de Malte n'appartient ni à l'Angleterre, ni à la France, mais des arrangements doivent être pris, de concert avec les grandes puissances, pour assurer l’indépendance de cette lie, que rAiiglclcrrc s'est engagée à évacuer dans un délai convenu.

Après dix ans de guerre, l'Europe repose dans une paix générale. Le rétablissement de la paix intérieure on France a précédé la cessation de la guerre étrangère. Le premier consul a échappé aux complots des démagogues et des chouans ; il a brisé le poignard des Brulus; il a traversé intact l’explosion des machines infernales. De bonnes lois, des actes généreux, de belles institutions consomment la restauration morale do pays. Un concordat avec le saint-siège satisfait aux sentimenH religieux des Français et en même temps tranquillise les consciences p.vr la garantie donnée à la possession des biens ecclésiastiques. Une amnistie abolit les lois de sang toujours vivantes contre les émigrés et leur ouvre les portes de ta patrie. I..a Légion d'honneur offre à toutes les ambitions nobles une noble récompense. L’incertitude d’une magistrature de quelques années n'existe plus. Bonaparte est nommé premier consul à vie.

Il reste encore à exécuter une disposition du traité de Lunéville, la sécularisation des biens

ai ANTRE lAXlV.

occlésîAsliqaes d'Allemagne pour indcmniaer les princes ücputsédés de leurs domaines héréditaires sur la rive gauche du Rhin. L'Autriche voudrait éloigner cette sécularisation et surtout la sous> traire à i'influcnce française. Vains elTurts! c’est le premier consul qui seul la dirige et l'opère, seul de fait, mais nominalement de concert avec la Russie. Le premier consul réduit à trente ou quarante les douze eents souverains qui se partageaient l'Aiiemagne; il fortiüe quelques États secondaires qui, devant leur agrandissement à la France, auront besoin d'elle pour le conserver; ennn , il obtient de la Prusse et de l’Autriche ellc-mémc ta garantie des arrangements faits par la France en Ualic. Un autre grand ouvrage lui était réservé à lui seul. La médiation de la Suisse est, aux yeux de l'hunianitc, un de scs plus beaux litres de gloire.

Au milieu de tant de prospérités, le premier consul a essuyé deux grands échecs : il a perdu l'Égypte; il a échoué dans l'expédition de Sainl- Duiningue. L'Égyplc eut été conservée sans l'assassinat de Kléber; Saint-Oomingue , sans la lièvre jaune. Pour rendre à la France une grande puissance coloniale, le premier consul, dès 1800, avait obieiKi de l'Espagne la restitution de la Louisiane. En échange, ii a fondé pour l'infant de Parme un royaume en Toscane. Le nouveau roi, créé par le premier consul, est venu lui rendre hommage. Un prince de la maison de Rourbon est dans Paris, et la France ne s'en aperçoit pas.

L'Angleterre a fait la paix par lassitude. C'était un essai, il n’a pas été heureux. La guerre est redemandée tout à la fuis par tics intérêts plébéiens et par les passions aristocratiques. Pour rompre la paix, te ministèren’a point de motif défini; forcé de s'en créer un, ii dit : Malte ou la guerre. La guerre, répond le premier consul ; et, en prononçant ce mol, il a prononcé l'arrêt de sa perte. La guerre, il est vrai, lui réserve encore dix années de triomphe, mais au bout de ce terme, elle ouvrira l'abliuc où il doit périr. Vainement l'enipcrcur Alexandre .1 ulTert .sa médiation et la continue encore après la reprise des hostilités. Ce prince seul est sincère. Scs agents le secondeat mal. A Paris, à Londres, à Vienne, les ambassadeurs russes appartiennent au système anglais; tous tendent à semer la mésintelligence entre le premier consul et leur souverain. l.es prélexles ne leur manquent pas. Dans la sup|>osiliou du retour de la guerre, le premier consul a menacé l'Angleterre d'envahir le llano>rc et de reprendre dans le royaume de Naples toutes les positions qu'il y occupait avant la paix. U'autres que l'Angleterre auront à soulTrir de ces mesures. Envahir le Hano-

, vrc, c'est inquiéter la Prusse, gêner sa navigation cl celle de tous les Étals du nord de PAlIcniagne ; mettre des garnisons dans le royaume de Naples, c’est blesser le protectorat de l’empereur Alexandre sur ce royaume. La Prusse se résigne. La Russie va multiplier les plaintes et sur Naples et sur te Hanovre.

I.a France a recouvré la Louisiane ; il n’est pas maintenant en son pouvoir de la garder. Une seule I puissance peut se faire de cette possession une arme contre l'Angleterre, le gouvernement américain. C'est au gouvernement américain que l'a cédée le premier consul. La base de celte cession a été le maintien des principes de la neutralité maritime. continent européen, hors les Étals tout i fait dépendants de ta France, se déclare neutre. Le premier consul consent à la neutralité de l'Espagne etdu Portugal moyennant un subside. L’Angleterre admet cette neutralité où elle trouve aussi son avantage.

En renouvelant la guerre, l'Angleterre sait que l'état du continent ne lui offre pas les éléments ac- ^ luels d'une nouvelle coalition; il lui faut recourir I à d'autres armes; elle fait une double guerre. Pane j é la France, l'autre à l'bumnie qui gouverne la * France. Ses agents au dehors proclament ce sys- Icmc avec plus ou moins d'impudeur. A défaut des armées russes et autrichiennes, elle appelle à son secours les conspirations, les complots, tranchons le mot, l'assassinat. De toutes parts des trames sont ourdies par ses epvoyés en Allemagne contre les jours du premier consul. Elle a creuse la mine jusque sous le palais consulaire. Georges et Piebegru sont à Paris. Moreau est descendu à un indigne contact avec eux. Moreau est arrêté. L'horizon politique est sombre; l’Autriche fait des arineincnls. En ce inomciil, on annonce au premier consul que Dumouriei est avec le duc d'Engbicii à F.ltenbeim. L’ordre est donné aussilùl d'enlever le duc d'Enghien et Dumouriez. Celui-ci n’a pas quitté l’Angleterre. Le duc d’Enghien est saisi seul; il est conduit à Vincennes, il y est fusillé. Le pre- I mier consul vient de souiller par un meurtre juridique quatre ans d'un gouvernement sans tache. Le même jour voit sa plus mauvaise action et la meilleure, la mort du duc d'Enghien et l’adoption du code civil.

[ lics trames des agents anglais contre le premier consul sont mises à nu par des correspondances aulbenliques. J.c premier consul eu appelle h la conscience du corps diplomatique accrédité en France. Ia'S agents anglais sont marques du sceau de la réprobation publique, ils s'échappent des cours où ils sont accrédités et fuient comme d'obscurs malfaiteurs. Lés désavouer était impossible.

POLITIQUE IMERIEURE ET POLITIQUE EXTÉRIEURE

I.« cnbinct britannique {ircnd le parti de les defen- Mrc. Il ose soutenir que des ambassadeurs sont irréprochables pourvu qu'ils respectent la sûreté des gouvernements auprès desquels ils sont accrédités. En réponse à cet audacieux aveu, le gouvernement français déclare qu'il ne reconnaît plus le corps diplomatique de l'Angleterre en Europe.

Au lieu de tuer le premier consul en 1800, les machinations anglaises l'ont fait consul à vie. Au lieu de le tuer en 1801, elles le font empereur. L'Autriche, la Prusse ont provoque le premier consul à fonder un système d'hérédité. Elles attendaient un roi, c'est un empereur qui se montre à elles. Toutes deux reconnaissent sur-le-champ le souverain héréditaire; mais, pour le titre impérial, ■'.Autriche met une condition : elle réclame la parité pour les maisons souveraines. La maison Bonaparte refuse l'égalité à la maison d'Autriche. Les Bourbons ne l'accordaient pas. Le chef de la maison d'Autriche qui, comme empereur d'Allemagne, n'est qu'cmpercur électif, veut, de son côté, devenir empereur héréditaire. On se met d'accord. I.es deux empereurs se reconnaissent réciproquement, et Napoléon promet de prêter son appui pour faciliter la reconnaissance de l'empereur héréditaire d'Autriche.

S. M. I.ouis XVIII proteste contre l'usurpation de son trône. Sa protestation est envoyée à toutes les cours. Presque toutes la laissent sans réponse. L'empereur des F rançais exige davantage. Il trouve mauvais qu’on ail reçu une pièce dirigée contre la ligitimitéAvi gouvernement impérial que l’on vient de reconnaître avec l’hérédité dans sa famille. La protestation du roi l’inquiète si peu qu'il la fait imprimer dans le Moniltur.

Si les cours de Berlin et de Vienne ont salué empereur le chef du gouvernement français, si le roi d'Espagne et les autres princes de la maison de Bourbon ont été les plus empressés à lui offrir leurs félicitations, une voix hostile a troublé ces acclamations de l’Europe , celle de la Russie. La correspondance amicale et confiante, qui depuis plusieurs années se suivait entre le premier consul et l'empereur Alexandre , s’était refroidie par degrés. Maintenant la Russie dénonce à la diète de Ratisbonne la violation du territoire de Bade par l’enlèvement du duc d’Eoghien; elle élève à Paris une discussion peu ménagée. Le premier consul y a répondu par une cruelle allusion à l'assassinat de* l'empereur Paul. L'irritation est entrée au fond des âmes. Les questions de cabinet ne peuvent plus se concilier; les légations respectives sont rappelées. Ce n’est’ pas encore la guerre, ce n'est plus la paix.

La reconnaissance de la dignité impériale dans

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la personne de Napoléon par toutes les puissances, moins la Russie et l'Angleterre, ne lui suflit pas. Il faut qu’une consécration religieuse rende le nouveau trône respectable aux yeux du pays et des étrangers. Quel prêtre est digne de ce ministère si ce n'est le chef de l'Église? Napoléon sera sacré par le saint-père, mais il se couronnera lui -même. Loin de s'abaisser devant la cour de Rome dans le moment même où il lui demande une si grande faveur, d’une part, il supprime les jésuites; do l’autre, il proclame l'intégralité du territoire de la république italienne, ôtant ainsi au saint-siège tout espoir de voir récompenser scs complaisances spirituelles par une augmentation temporelle de puissance.

Lorsque l'Angleterre a proclaméqu'il n'y a point de droit des gens pour elle , la France a déclaré qu'elle ne reconnaît plus le corps diplomatique anglais. Les actes des deux gouvernements sont conformes à leurs doctrines. Un seul mois est signalé par un double attentat. Quoiqu’en paix avec la cour de Madrid, l'Angleterre attaque quatre frégates espagnoles, brûle une de ces frégates, fait périr trois cents personnes et conduit dans scs ports Je reste du sa proie. L'empereur Napoléon fait saisir sur la rive droite de l'Elbe un agent anglais, sir Rumboldl, accrédité auprès des villes anséatiques. Les deux faits sont condamnables, mais du côté de l'Angleterre se trouve l'atrocité sans remède. Par l'intervention de la Prusse , sir Rumboldt est mis en liberté et retourne à Londres. Qui pourrait rendre à la vie les trois cents victimes de la perfidie britannique?

Deux nouveaux combattants sont descendus dans l'arène ; la Suède , sous les drapeaux de l'Angleterre; l'Espagne, sous les drapeaux de la France.

Dès le milieu de 1801, le parti anti-français étant devenu le plus fort en Russie, le fil des coalitions s’est renoué asseï ouvertement entre les cabinets de Pélersbourg et de Londres, secrètement entre ces cabinets et celui de Vienne. Entre la Russie et l’Angleterre , l'intention est arrêtée pour un temps prochain. A Vienne, elle l’est éventuellement pour une date à déterminer plus tard.

La Russie envoie avec éclat des agents extraordinaires à Londres, à Vienne et à Berlin. Sans connaître l'étendue des projets qu'on forme pour sa ruine , Napoléon doit s'attendre à tout ce que la haine peut imaginer de plus hostile contre lui et il restera au-dessous de la réalité. En janvier 1805, une base convenue entre l'Angleterre et la Russie, base sur laquelle on est assuré de l'assentiment de l’Autriche, est de « rMuire la France à ses ancieM- » fies limitée, telles qu’elles existaient avant la ré- » voltttion. n Eh bien ! nous le demandons à tout

CIIAPITRK LXMV.

iiomme fie l>onniî fui. A la place de Xapoléon, «up- | posons qu’un niiracie soudain ait replacé sur le trône de leurs ateux Louis XVII! ou Lharles X. j Sans cunnaitre avec certitude le dessein médite | contre la France « ils le s<mproimenl. (>ue feront l.ouis XVIIÏ cl Charles X? I.a France est passée entre leurs mains telle que l’ont faite les dernières guerres et les traites qui ont termine ces guerres. Un veut leur cnteverce que la France a été forcée de cuiiquérir, ce que les traités lui garantissent; ils sauront le conserver. On veut particulièrement les chasser de toute l’Italie; ils s'y alTermiront. Dispensés par leurs ennemis de toute espèce de ménagements, ils s'èlendroiil même en Italie pourmieux s'y défendre. 11 n'est pas un Itourbon de France qui ii’eôl dü penser, qui n'eût pensé ainsi. Ce qu'ils auraient fait, Napoléon le fera.

L'autorité électivea été remplacée en Franco par un pouvoir héréditaire- L.a république italienne se change aussi cri royaume.il y a quelques années, tous les cabiiieU européens auraient Itétii l’homme qui cùl fait disparaitre une république. Aujourd’hui ce ne sont plus les républiques que l'un redoute. Un craint la force que l'hérédité donne à la France.

Gènes cl Lueques sont des dépendances françaises, mais quelquefois elles forment des embarras que leur incorporation à la France ferait évanouir. Gènes ficinande sa rcuriiou à l'empire, et sa réunion s’opère. Aussitôt un cri de réprobation s’élève de Vienne , de Londres cl de Félersbourg. Il faut punir l’usurpalcur qui anéantit un Étal indcpendaiil! C'est pour venger la justice méconnue que l'Angleterre, la Russie et l'Autriche vont de nouveau accourir ensemble sur le cbarnp de bataille. Ainsi le proclameront les inanifestes russes cl autrichiens. L'asst'rtioii des manifestes est fausse. La réunion de Gènes n'a lieu que dans le mois de juin. C'est, comme nous l'avons vu dèsjanvierf qu'on est d'accord pour réduire la France à êta ancienneê limUea. C’est le 11 avril qu’a été signé Je traité de coopération pour raccumplissement de ce grand projet, par conséquent, deux mois avant la réunion de Gènes.

Napoléon voit grossir l'orage, et cependant il ne désespère pas de Unir encore auparavant la guerre d'un seul coup, de la finir à Londres. Les flottes et CKfldres françaises, sorties de Toulon et de Buchcforl, ont à dessein égaré les forces navales de l'Angleterre à leur poursuite. I>a Manche est libre; l'empereur est à Boulogne avec plus de cent mille hommes exercés à un erobar<|urmenl et à un débarquement rapides. Tout est prêt pour la descente; elle est passible; clic est facile; elle dépend d’un seul homme. Villeneuve, s'il est Ûdèle à ses

instructions, peut, au commencement du mois d'aoôt, renforcé par les escadres françaises cl espagnoles qui raUciidcril, être devant Boulogne avec plus de cinquante vaisseaux do ligne. Villeneuve est au-dessous du rôle qui lui est confié. Il va se faire bloquer «lans Odix.

I^s preparatifs de la coalition nouvelle sont devenus publics. Les troupes marchent; l'empereur demande des explications. Celles qu’on lui donne révèlent la présence de ta guerre ; il part , il franchit le Rhin, fait une année prisonnière à Ulm, l>al à Austerlitz les deux empereurs; renvoie Alexandre en Russie, dicte à François 11 la paix de Presbourg. Le cftnlinent est soumis, mais U souveraineté des mers a clé assurée aux Anglais par la bataille de Trafalgar.

Une autre puissance s'est rangée parmi les ennemis de Napoléon, mais clic ii’a pas été assez tôt prête pour le combat, c'est la Prusse. Depuis six ans, la Prusse et la France sont dans des rapports intimes. Ij» France, depuis six ans, veut fonder la paix du continent sur l'alliance prussienne. Dès

1803, pour prix de celle alliance, le Hanovre a été uflcrl à la cour de Berlin. Cetto cour voudrait accepter le Hanovre, mais éviter l'alliance. Cependant elle s'enhardit par degrés. Après avoir, en

1804, refusé l'alliance sur la base du maintien du Pelât existant en Italie, elle l'accepte en 1803, lorsque Pélat existant comprend, de plus que l'année précédente. Gènes réunie à l'empire et Lacques devenue principauté héréditaire.

Avant la guerre de 1803, Napoléon s'est engagé avec la Bavière à nu réclamer aucun territoire au delà du Rhin. 11 fait plus avec la Prusse : il lui offre de prendre avec elle Pengagement de u'accroître p«r l'incorporation d'aucun ji'tal ni l'empire /‘rançttis ni le roiyaume d'Italie. Fidèle à sa promesse envers la Bavière, il ne réclamera aucun territoire en Allemagne. Si, par la paix de Prèsbourg, le royaume d'Italie reçoit un accroissement, c'est que la Prusse, après avoir, le 13 août, provoque à son tour Palliancc, s’y sera refusée vingt jours plus tard. Au lieu d'alliance elle ne veut plus qu’un traité de nculraiilè; Napoléon y consent. Elle ne veut plus même de traité de neutralité; il s’y résigne encore.

Sur ces entrefaites est survenu le passage de Bernadutle par Anspach. La Prusse s'irrite; Peinpereur Alexandre accourt a Berlin. l'archiduc Antoine Py suit de peu de jours, la Prusse accède à la coalition; mais elle ne peut agir que le 13 décembre, et auparavant elle veut faire des proposi-

' Par de* déclarations verbtin. Elle reculera an moaent de U «ignâtare du traité.

POLITIQUE INTEIUEÜKE ET POLITIQUE EXTÉRIEURE

lions à l’cmpcrcur des Français. Dans rintcrvallc, celui-ci a gagné la bataille d’Auslerlilz. La Prusse se trouve seule en présence du vainqueur.

Tout ce que Napoléon demandait la veille à la Prusse, il le veut encore. II oITrc encore le Hanovre cl l'alliance; seulement cette fois il parle avec plus de précision : l'alliance ou la guerre; l'alliance est signée à Vienne le I!> décembre par le comte d'IIaugwiz. A Rcrlin. on décompose l'ouvrage de ' Vienne; on met à l'alliance des conditions qui la ' détruisent; on ne prend le Hanovre qu'en dépOl. On envoie le comte d'IIaugwiz à Paris pour Faire agréerlesmodincalions que l'on propose. La Prusse n'a pas voulu du traite tel qu'il a été proposé à Vienne. La France déclare que ce traité n'existe plus. Elle en dicte un nouveau ; elle exige, outre la prise de possession du Hanovre, une rupture immédiate avec l'Angleterre. La même cour qui a rejeté le premier traité accepte le second. Quelle politique!

La paix de Presbourg a cliangé la face de l'Kii- ; ropc. Grâce à l'alliance française, plusieurs États d'Allemagne se sont agrandis et ont été émancipés. Le royaume d’Italie s'est accru; les Rourbons de ! Naples se sont retires en Sicile; un Frère de Napo- | léon règne à .Naples; un autre, en Hollande.

En Allemagne et en Italie, le traité de Presbourg i s'exécutait de bonne fui entre l'Autricbc et la ! France. Tout à coup cette exécution se trouve in- j terrumpue ailleurs. Un gouverneur autrichien li- : vre aux Russes les Bouches du Uattaro, au lieu de ! les remettre aux Français. Braunau ne sera pas évacué; les troupes Françaises prolongent leur séjour en Allemagne.

La mort qui, en 1801, avait enlevé à la France • un allié puissant dans Paul I", lui enlève, en 1800, un redoutable ennemi, M. Pitt. M. Fox lui a succédé; la paix n'est plus impossible. La négociation s'ouvre sous d'heureux auspices; elle avance | peu;les Anglais veulent une négociation commune j avec la Russie; la France veut une négociation séparée avec chacune des deux puissances.

Des ouvertures ont eu lieu entre la France et la Russie à l'occasion des Bouches du Cattaro ; des paroles de paix ont été articulées. Un plénipoten- | tiairc russe se rend k Paris. La négociation marche | rapidement. j

Le 20 juillet, tout est d'accord, circonstance ; d'autant plus heureuse pour Napoléon que, peu ; de jours auparavant, la Face de l'Allemagne a été changée et que ce changement n'a pas empêché I le plénipotentiaire russe de passer outre à la signa- | turc de la paix. j

Le changement que vient d'éprouver l'Allemagne est l'elTct de la confédération du Rhin, dont |

Napoléon est le protecteur. Par l'acte de la confédération, les princes qui en font partie ont rompu leurs liens avec l'empire germanique. En abdiquant le litre d'empereur d'Allemagne, François II a complété la dissolution de cet empire.

Le traité de la confédération du Rhin a été communiqué à la Prusse avec déclaration de l'asscnlimcntde la France k la formation d’une confédération semblable, sous son protcclorat, dans le nord de rAllemagne. Il ne reste plus qu'à conclure la paix avec l’Angleterre. L’espoir en est permis. Après une longue résistance, lord Yarmouth vient enfin de remettre ses pleins pouvoirs. La position de la France semble admirable. Ces beaux jours ne sont pas longs.

Le gouvernement anglais hl.'Ime la démarche de son plénipotentiaire. Il reproche à la Russie sa défection cl l’cxcite à rejeter le traité de paix qui vient d’être conclu, en son nom, avec la France. Il révèle k la Prusse le consentement donné par Napoléon à la resliluliun du Hanovre.

Tout change à Pélersbourg et .à Berlin. En Prusse, on assiège le roi de rapports mensongers ; on Itii montre la France envahissant la Wesiphalie; la Bavière envahissant Bayrcuth; les légations françaises promettant les dépouilles prussiennes à tout État qui voudra s'allier à Napoléon ; la France et la Russie s'unissant pour dépouiller ta Prusse cl créer un royaume de Pologne dont le roi serait le grand-duc Constantin. Le 10 aoiU, l’arniée prussienne a été mise sur le pied de guerre.

A Pélersbourg, le parti anglais l'emporte. Le ministre desalTaires étrangères, prince Czartoriski, cède la place au baron de Rudberg; l'empereur Alexandre refuse sa ratification au traité du 20 juillet, et forme des prétentions nouvelles.

Cependant la Prusse, malgré la mobilisation de son armée, continue scs démarches pour organiser sa confédération du Nord. Napoléon, qui eût favorisé la Prusse amie, suscite des dillicultés à la Prusse armée pour le comballrc. On s'aigrit; la rupture est inévitable.

L'Angleterre le voit; ce n'est plus M. Fox qui dirige sa politique. Atteint depuis quelque temps d'une maladie sans remède, ce ministre meurt. Plus de pensée de paix. On ne respire maintenant que la guerre. Napoléon tâche d’en ôter tout prétexte. Ce que l’Angleterre désire pour elle-inéme, il le lui accorde. Elle convient qu'elle est satisfaite en ce qui la concerne, mais elle veut en outre tout ce que veut la Russie. Sur les demandes de cette dernière puissance, l'cm|iercur fait aussi des concessions; il montre l’intention d'en faire d'autres encore, mais la Prusse est prête, la guerre va s’ouvrir; l'Angleterre rompt la négociation; son pléni-

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