‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 30 sur 298 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Moreau au commencement de la journée. Le village d'Ebiagen, la baolcur de Hohenhowcn furent surtout le théâtre de combats sanglants., jusqu'à ce que, sur les quatre heures du soir, le corps du général Gouvion Saint-Cyr, qui avait eu ailleurs d'autres diflicultés à vaincre, vint jeter un poids décisif dans la balance. Le pic du Hobeiibowen fut emporté, cl le générai Rray finit par se retirer, comme le prince de Vaudremont, dans les directions de Moskirch et de PfoHendorf. La perte , en tués et en blessés, fut à peu près égale, mais il resta entre les mains des Français près de sept raille prisonniers cl plusieurs pièces de canon. On remarquera que, Jusqu'à présent, l'aile gauche, commandée par le général Sainte-Suxanne, a^été étrangère aux affaires qui ont eu lieu. Ce corps se trouvait en arrière, suivant quelques écrivains, par une faute du général Moreau; selon d'autres, par une ruse de guerre qui avait eu l'avantage de tenir le général Kray deux jours de plus sur le Rhin , taudis que la plus grande partie de l'armée française marebait pour le couper, but qui avait été atteint en paKie. Le générai Gouvion Saint- Cyr formait ainsi, pour le moment, la gauche de l’armée agissante. Ce corps fut dirigé sur Liptingen et Tutliogen, tandis que relui du général Lecourbe et la réserve du général Moreau marchèrent sur Moskirch, où se trouvaient réunis le général Kray cl le prince de Vaudremont , renforcés de plus par la division de l'archiduc Ferdinand.

Le corps du général Lecourbe marcha directement sur Moskirch, par le village de Krumbacli, qu'il fallut emporter, et attaqua ensuite le village de Hendorf, point le plus important de la position dcreniiemi. Indivision du général Lorges, d'abord sérjcuscmcnl compromise, fut soutenue à temps par la division Delmas; mais bientôt l'une et l'autre coururent de grands dangers, dont vint les délivrer le général Uichcpanse. Vandamme, Munlrichard et Molitur avaient forcé le prince de Vaudremont à abandonner Moskirch ; mais l’ennemi se retirait en bon ordre, et, à la fîn du Jour, il ne céda aux Français qu'une partie du champ de bataille. Le corps du général Gouvion Saiiit-Cyr, qui d'ailleurs n'avait pu avoir part à la bataille de Moskirch, ayant reconnu que i’vnncini voulait |>asscr le Rhiu à Sigmaringen, chercha vainement à le prévenir sur ce point, !l ne put qu'enlever quinze cents hommes de l'arrièrc-gardc de l'archiduc Ferdinand.

Le lendemain, le général Moreau, au lieu de s'attacher avec toutes ses forces à la poursuite de l’ennemi, détacha sa droite vers le Tyrol pourobserver les mouvements du prince de Reuss. D'un autre côté, le général Sainte-Suzanne qui avait passé le Danube , le 4 mai , à Donau-Eschingen , suivail la

r rive gauche de ce Qenve , « se tenant un peu en I I» arrière des tètes de colonnes de l’armée , pour ; )» flanquer *, dit-on, et assurer leur marche. » Ce- ; pendant le général Kray, qui, malgré ses premiers échecs, ne désespérait pas de pouvoir reprendre ses avantages, avait , dans la nuit du 7 au 8 mai, repassé le Danube un peu au-dessous de Riodlingen, détail venu s'établir à Riberach. Un corps de dix bataillons, placé en avant de la ville, sur les hauteurs de la rive gauche de la petite rivière la Riss, coupait la roule de Bibeiach à Buchau; mais le gros de l'année autrichienne avait pris derrière la ville une position beaucoup plus redoutable, la droite sur le plateau de HeUenberg, le centre visà-vis Riberach, et la gauche à Umendorf. Le gé* néral Gouvion Sainl-Cyr, qui n'avait pas été à portée de combattre à Moskirch, était impatient de reprendre la part du gloire qui lui était échoppée. C’est à lui que va surtout appartenir l’honneur de la journée du 9 mai. Parti de Buchau avec ses deux divisions, il force le poste autrichien placé à Obernsdorf, s’empare de la position de l'ennemi sur la rive gauche de la Riss, traverse Riberach, et, renforcé par la division Richcpanse qui passe sous son commandement, n'hésite pas à gravir le plateau de McUcnbcrg, sous un feu plongeant d'artillerie et de mousquclcrie. Dans le même temps, la division Delmas, arrivant par la roule de Pfullendorf, contenait la gauche de l'ennemi qu'attaquaient à la droite cl au centre les divisions du ‘ général Sainl-Cyr. Étonné des mouvements auda- ! deux de ce dernier, et devant supposer qu'une Icnj talive aussi aventureuse n'avait pu être entreprise I sans ôlre soutenue par des masses nouvelles, le gé- ! néral Kray fit sa retraite sur Mcmmingoii pour I prendre la ligne de l'Iiler, laissant aux Français deux mille cinq cents prisonniers, et ayant fait, en tués et blessés, une perte à peu près égale.

La journée du 9 mai avait été perdue pour le général Lecourbe , jeté un peu loin du cliamp de bataille. Une noble rivalité l'y ramène bientôt. Le 10, il marche sur Meinmingen , passe flllcr à Ailrach et Egelséc, reconnaît que le gros de l'armée autrichienne a pris, entre Meinmingen et fli- Icr, une forte position défendue par trente bouches à feu, et, non moins hardi comme non moins heureux dans sa témérité que Gouvion Saiut-Cyr, il charge l'ennemi avec impétuosité, enlève sa position, fait quinze cents prisonniers et pénètre jusque dans Memmingcn, d'où s'échappe à la liàtc farrière garde ennemie. Après cette affaire, qui fut très-vive et très-sanglante, le général Kray rassembla la plus grande partie de scs forces dans le camp

* M. Mathieu Dima».

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retranché 5008 les mursd'ülm, que protégeait une double tète de pont sur le Danube, laissant aux Français tout le territoire compris entre la Suisse, lo Tyrol, le cours du Danube et celui de niler, pays riche et abondant par lui-mèine, indépendaniincntdcs immenses magasins que n'avait pu faire évacuer rarinée autrichienne. Alors furent déla* j:hés de l'armée du général Moreau environ douze mille hommes, qui, réunis à quelques bataillons stalionnés en Suisse, formèrent, sous les ordres du général Moncey, ce corps de quinze à dix*huît mille hommes, que nous avons vu descendre en Italie, par le Saint-Gothard, pour rejoindre l'armée de réserve.

Depuis le S mai , où avaient été livrés les combats d'Engen et de Stockach, presque chaque jour avait vu ainsi des batailles nouvelles. Le but de la campagne était, le 14 mai, atteint en partie, toute communication étant coupée entre le général Rray et le corps du prince de Reuss, qui était dans le Tyrol.

A dater de ce moment jusqu'au milieu du mois de juin, commence un intervalle, non de repos, mais d'actions peu décisives, n de mouvements et n de manœuvres ’ sans résultat. *• Les évéïicinenls ne prirent un caractère décisif que dans un jour éminemment célèbre, le 19 juin, sur un point doublement fameux, dans les plaines d'Hochstet, où le général Moreau, par une grande bataille, on plu* tAt par une chaîne de grands combats sur un espace de sept à huit lieues de terrain, répondait glorieusement i l'appel qui venait de lui être fait des champs de Marengo, et vengeait l'affront imprimé aux arn>cs françaises sons les Marsin et les Tallard. Triomphant, surtout par la puissance de sa cavalerie, aux mêmes lieux où avait été, en 1704, sacrifiée et anéantie la cavalerie de Louis XIV, il élevait de nouveaucette armeknn degré d'illustration que depuis elle a toujours soutenu, tant qu'elle a eu des chefs dignes d'elle. Los combats d'Hochstet avaient mis dans les mains des Françaiscinq mille prisonniers, plusieurs drapeaux et vingt pièces de canon. Comme produit matériel, c'était l'équivalent de Marengo, borné au 14 juin; mais Hochstet n'eut p»as, comme Marengo, son lendemain politique. Malgré l'éclat de U belle journée du 19, le général Moreau s'attendait encore à èlre obligé de livrer une nouvelle bataille. Celte attente fut trompée; le général Kray, ayant laissé dans Ulm une forte garnison, quitta son camp retranché, et fil sa retraite par Néresbeim et Nordiingen , d'où il redescendit surNeubourg, afin d’y repasser le Danube, et de prendre la ligne du Lccb. Prévenu sur ce point par

‘ Expressions de M. Msihieii Ehimst.

\LLEMAGNE. S9

le général Lecourbe, il passa le Danube à Ingolstadl, et marcha sur Landsbut pour s’établir sur riser; mais déjà U avait été aussi devancé à Munich par le général Dccacii, qui s'élail emparé de cette ville, après avoir battu à Dachau le général Meerfeld. Attaqué bientôt à l.andshut^ même où il no put se former une bonne ligne de défense, le général Kray se porta sur l'Inn, et plaça le gros de son armée entre Ainpfing et Mubldorf. Dans le cours de sa retraite, il avait fait proposer au général Moreau une suspension d'armes, en lui annonçant celle qui avait été conclue en Italie; mais le général français avait uiieux aimé poursuivre ses avantages. Cependant, une fois maître du cours de l'Iscr, il s'arrêta, laissant libre, entre les deux armées, le vaste champ de bataille qui s’étend de l'Iser a t'Iiin. Ce moment d'apparente inactivité couvrit une opération importante, la marche du général Lecourbe sur Feldkirch, l'un des principaux boulevards du Tyrol, et contre lequel avait échoué Masséna ou 1708. Lecourbe fut plus heureux, la difTicullé était moins grande. Le corps autrichien qui occupait ce poste, fort seulement de quatre mille hommes, cl trop faible pour en défendre tous les ouvrages, après une courte mats vive résistance, en sortit dans la nuit du an 14 juillet. Le l!$, les généraux en chef dos deux armées conclurent à Parsdorf un armistice qui embrassait l'Allemagne, la Suisse, le Tyrol et les Grisons , chaque armée devant conserver ou reprendre la ligne qu’elle occupait ce même jour : la convention, comme celle d'Alexandrie, ne fixait point la durée de l'armistice. Il était convenu seulement que, |>our le cas de la reprise des hostilités, on se préviendrait douze jours d'avance.

Quelque brillante qu'ait été celte première partie de la campagne du général Moreau, elle a été l'objet de critiques assez sévères. On a reproché à ce général de n'avoir pas connu le prix du temps, d'avoir mis trop peu de promptitude à poursuivre des succès que d'aillcun il savait très-bien obtenir, de n'avoir souvent attaqué l'ennemi qu'avec une partie de ses forces, quand il avait toutes les forces de l'ennemi à combattre; en sorte que, s'il avait vaincu, ce n'était que par sa propre habileté dans les détails, par celle de ses généraux et par l'intrépidité de ses soldats. Tous les avantages remportés par lui avaient donc été incomplets, et il lui avait fallu sans cesse recommencer le lendemain ce qu'il aurait pu achever la veille. Sur le reproche de n'avoir pas réuni la plénitude de scs forces pour l'action , Moreau s’est justifié aux dépens d'un de scs principaux coopéraleurs, le général Gouvion Saint-

* Le 0 juillet.

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