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CHAPITRE XXXIV

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que M. de Narbonne est venu à Wilna, on l’a entoure d'une telle surveillance, on lui a si peu caché le incconlcnlcmciit causé par sa présence, qu'il a du le faire cesser par un prompt départ. Ce n'est pas tout; l'empereur Alexandre lui-même sera bicnlAl un embarras pour la faction de la guerre à mort , qui maiiilenanl l'obsède et dont , par un soudain retour à un sentiment d'humanité, il pourrait tromper les calculs. S'il voyait les batailles et leurs suites, la destruction de ses villages et de ses villes, son âme, moins fortement trempée que celle des hommes violents qui l'entourent, pourrait se laisser émouvoir. On l'éloignera du théâtre des combats; ou le reléguera ainsi que M. de Romansof à Petersbourg; on ne laissera plus rien parvenir jusqu'à lui ; on ne lui parlera dcNapoléon que comme d'un ennemi implacable, acharné à sa ruine , cl l'aide de camp de Balachof, si bien traité à Wilna, en rapportant la réponse de Napoléon à la lettre de son maître, ne manquera pas d'y joindre des récits mensongers propres à blesser l'orgueil et à inspirer des ressentiments aussi vifs qu'immérités. Il y a ici, nous en convenons avec franchise, une profondeur de jiolitique qui ne trouverait place dans aucun autre pays, et dont peut seul être capable une aristocratie à moitié civilisée, disposant d'une population barbare cl fanatique comme de sa propriété et de son -patrimoine. La note du 30 avril, remise par te prince Kurakin, cl dont M. de Romansof n'a peutêtre pas senti toute la porléc, la publicité immédiate donnée à cette note par les confidences qu'en a faites à Berlin cl à Londres le parti de la guerre, dans le but de lier l'empereur Alexandre et de l'cmpéchcr de revenir sur scs pas, enfin, la rclégation de ce prince loin de ses armées, sont des coups de partie d'une admirable habileté qui ont creusé un abime entre les deux empereurs.

Maintenant la lettre de l'empereur Alexandre du 23 juin , cette lettre, peut-être le dernier acte encore libre de sa volonté personnelle, a-t-elle changé la situation où les deux Etats ont été placés par la note du 30 avril? En disant, et ce sont les seules paroles significatives que cette lettre renferme, que, « moyennant l’éracuation du tern riloire ruêse, un accomtnodeuient reste encore n possible, n cette simple déclaration doit -elle porter l'empereur des Français à s'arrêter dès son premier pas et à suspendre la campagne à peine commencée? A la vérité, si la concession est fort restreinte dans les termes, elle en offre implicitement uneabcaucoup plus grave, une renonciation sous-entendue à la fameuse sommation exprimée j par le prince Kurakin. Les précédentes exigences sont abandonnées; la négociation est admise; '

mais elle n'est admise encore que sous condition, et la condition voulue, s'il ne s'agit plus pour l'armée française de parcourir en arrière un immense espace de territoire, est toujours un mouvement rétrograde que l'on exige d'elle. Or, au moment où des corps russes sont compromis par les premières opérations de celle armée, l’empereur Napoléon doit-il, négligeant les avantages de sa nouvelle position, commencer par se soumettre à une proposition haulainemcnl exprimée qui, pour prix de son accomplissement, ne lui laisse entrevoir qu'un oubli du passé présenté comme une' faveur, cl seulement la cessation d'impossibilité à un accommodement? N'csl-il pas naturel que, dans la confiance d’un premier succès, autorisé à en espérer de plus grands cl dans un temps prochain , il ail désiré plutôt imposer la paix par une victoire que de courir les chances incertaines d'une négociation hérissée de difficultés très-réelles qu'une bataille décisive pourrait seule promptement résoudre? Comment, en effet, les forces des deux partis étant encore à peu près intactes, concilier les prélcnlioiis de la Russie à la libre réception dans scs ports du commerce anglais avec le système contraire de Napoléon, cl en supposant même, ce qui est peu probable, le retour i

de la Russie au système français, quel mode de '

garantie pourrait-il exister de sa persévérance dans un engagement nouveau qu'il serait en son pouvoir de rompre le juur,v^nr ce jour devrait bientôt venir, où elle scra.^'i rendue 1 elle-même? | Ce n’est pas avec une p-uissance de cet ordre qu'il peut être question ne la garde de scs côtes.

De plus, la guerre qui vient de commencer. Napoléon l'a nommée la seconde guerre de Polognb. Sans contredit nulle obligation envers ce pays n'a été contractée de sa part; mais si la paix se fait sans rien changer à ce qui existe, sans for- !

lifier le duché de Varsovie, ce n’est que pallier '

le mal et différer son développement. Tous ces I obstacles, un événement de guerre peut les faire ' disparaître. La guerre étant déclarée, /)teu même, suivant le style de Napoléon, ne pouvant pas faire que ce qui a été n'ait pas été, la raison, la sagesse lui défcndcnl-clles de demander à la guerre cet événement nécessaire pour ramener la pais et une paix qui ail sa garantie? Oui, a dit depuis Napoléon à Sainte-Hélène, oui, s’il eût été convaincu de la bonne foi de l'empereur Alexandre.

Il douta de celle bonne foi : avait-il tort? Si, par estime pour le caractère de l'empereur Alexandre, nous admettons que ce prince, au moment où il a j écrit sa lettre du 23 juin, ail eu l'intention sincère d'en venir à un accommodement, qui oserait dire ' que celle intention se fût longtemps soutenue?

POI.n IQü lî KXTÉllIEl' RK.

<^lui oserait rcppndre que, les corps d'armée pour lesquels il craignait reffel des mouvements do Napoléon étant une fois replacés derrière le Borystbènc, les ennemis de la France , qui entouraient ce prince, n'eussent pas fait changer bientôt une- velléité pacifique, excusable peut-être sur le sol douteux des provinces polonaises, mais déplacée à leurs yeux, sur le vieux sol de la Russie, sur ce sol qui peut se voir impunément occupé, parcouru, dévasté par des vainqueurs, par des conquérants étrangers, mais qui brave la victoire même et défie la conquête? Pour Napoléon le doute était permis.

Si l'on veut apprécier sainement une décision, ce n'est pas révenement seul qu'il faut prendre pour juge. Le présent n'ofl're pas toujours une juste explication du passé. Une résolution, pour avoir mal réussi, peut n'en avoir pas moins'été bien entendue et fort sage dans l'état de choses existant au moment ou elle a été prise. Assurément il est une considération puissante qui eût pu trouver place en cette conjoncture, la considération d’humanité, l'important avantage d'arriver à un résultat sans avoir fait couler le sang des peuples ; mais, outre que ce n'est pas là une objection invincible pour les chefs des États, et surtout pour les princes belliqueux , l'homme de guerre a aussi sa logique qui ne laisse pas d’étre spécieuse, et qui même n'est pas sans quelque solidité. Sc^o'i ici, presser la guerre, saisir vivement r»''4 sion dc''))orler un grand coup, c’est mieux ir l'humanité que de se laisser aller à une te orisation, à des ajournements qui peuvent obfjger à livrer vingt batailles pour obtenir ' ce qui, tenté été obtenu par une \

' Depuis ce lemps-là, pemhnl la cnpiiviiv de Napoléon i Sainte-Hélène, l’cmporeiir Alexandre lui a fait demander par son commissaire dans cette ile, M, de Balmyn, pourquoi il avait refusé Ujuiüt A Wilna. Par tout ce qui précède, on peut jtiUp j„(qu'à q<iel point, A Wilna, la paix a pu dépendre (fcKi^ippiéon. Sa réponse h la qnes-

scule. Ainsi raisonne probablement Napoléon, et ce raisonnement, qui va faillir cette fois, a été reconnu juste en une foule de circonstances.

Du reste, loin de repousser la paix, il déclare à l’empereur Alexandre que si ce prince veut finir la guerre, il ly trourera disposé. Il propose un cartel pour les prisonniens, et sc montre prêt à établir, malgré les hostilités, des communications directes, qui laisseraient de part et d'autre la voie ouverte à un retour. Le rejet de ces oITres, ou du moins le silence gardé par l’empereur Alexandre, prouve-t-il qu'il y ait eu, dans sa lettre du juin, un grand fonds de sincérité? Quoi qu’il en puisse être, telles ont été les conséquences du parti adopté pap^Napoléon, qu'au moment où nous sommes, ou même inunédiatement après la campagne de 1812, on a pu généralement penser qu'avoir accepté la proposition d'Alexandre eùtétc un trait d'une sagesse profonde. Incontestablement il y aurait eu , dans celte acceplalion , des chances düTércnlcs, et pur cela seul, meilleures. La négociation, même en ne réussissant pas, eût été salutaire pour Napoléon. Un mois perdu * en pourparlers inutiles l'cùl sauvé de lui-inénic, en le forçant de reconnaître l'impossibilité de tout faire en une seule campagne. Ce dernier moyen de salut lui étant échappé, ce qu’il a dit de la Russie, c’est à lui que la fortune l'applique. La fatalité i'cnlralnc, ses destins vont s'accomplir. L'édifice colossal de sa puissance a demandé, pour s’élever cl s'aflermir, quinze années de succès cl de gloire. Deux années, et même moins, d'une lutte à laquelle manquera le succès, mais que ne désertera pas la gloire, vont suffire à sa décomposition et à sa ruine.

lion d’AlexAudre fut que, * dans les termes de la propo- » siiion de ce prince il fallait un mois pour s'entendre, » Cl que re délai pouvait faire perdre toute ta campagne, n des préparatiis immenses et des alliances qui ne se (I relroiiveraicnt plus. • Ce délai d'uA mois, que rcdoiiinit Napoléon, est précisément re qui l'eût sauvé.

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